Teofilo Folengo (1491-1544) : Les quatre saisons

I – Le printemps

La terre vêt déjà sa jupe chamarrée,
Les beaux prés sont couverts de fleurettes nouvelles,
Et les montagnes rient, les bosquets reverdissent,
L’oiselle va cherchant son compagnon chéri.
Froid rampe le lézard sur les murailles chaudes,
La bonne abeille met à sac les champs fleuris,
La sagace fourmi sort de sa cache à grains,
La grenouille s’enquiert d’où va le pèlerin.
La pastoure au matin chante son amoureux :
Elle a pour lui tressé toutes sortes de roses
……………En galantes couronnes.

II – L’été

Chaud, l’Apollon déjà fend le sol enflammé,
Roustissant tous les champs de son feu dévorant.
Adagio pour sa charrette, et lents chevaux !
Sa dextre même est lasse, à tirer sur la bride.
Sous l’avoine mûrie blondit toute la plaine :
Les petits des chevaux ne mangent plus d’ivraie.
Chante jusqu’à crever sur le pieu la cigale,
La mouche à bœuf cherche des crosses aux mâtins.
Le plouc, brûlé, supporte à peine sa chemise,
Chez les Teutons, la cave est toujours grande ouverte.

III – L’automne

Mère Nature, pour nourrir les faims d’hiver
Stocke en ses magasins maintes provisions.
La fourmi porte sa glanée vers ses greniers,
L’abeille met le miel en ses cireuses ruches.
Pour ses bœufs, le bouvier fait des bottes de foin,
Et toi pareil, joli berger, pour tes moutons.
Quel vacarme sortant de ces caves obscures
Où pour le vin nouveau l’on prépare les fûts !
Le valet soûl remplit de rafle les tonneaux
Et chantent les Teutons « ohé, ohé, je trinque ! »

IV – L’hiver

Ce gredin de Borée déjà souffle des Alpes,
Dépouillant tous les bois de ce qui les parait.
Fleuves sont pris de glace, et les champs de gelée,
Et le brouillard partout disperse ses chandelles.
L’escargot se tient coi, huis clos, dans sa coquille.
La mouche meurt de froid, la cigale de faim.
Une vieillarde cuit pour le repas des raves,
Ne mangeant pas, tant que n’est vide sa quenouille.
D’insomnieux pédants pâlit la lampe à huile,
– Étudiant, jouis de la nuit mélancolique.

____________________________________________________________
Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

I – De primavera

Multicoloritam recipit iam terra camoram
Bellaque florettos dat pradaria novos.
Montagnae rident, boscamina virda fiuntur,
Qua eque sibi charum cercat osella virum.
Frigida per caldas rampat luserta muraias
Et bona florigeros pecchia sachezzat agros.
Exit graniferas formica sacenta masones
Ranaque domandat quo peregrinus eat.
Pastorella suum cantat damatina morosum,
Cui texit variis serta galanta rosis.

II – De aestate

Caldus afogatum iam schiappat Apollo terenum
Cunctaque boiento brostolat arva foco;
Vult eat addagium pigris carretta cavallis
Ipsaque straccatur dextra tirando briam.
Omnia maturis ita flavent rura biavis,
Ut iam polledris fraina negatur equis.
Cantat supra palum crepatque canendo cicala,
Stigat mastinos mosca tavana canes.
Arsus comportat villanus apena camisam,
Caneva Todeschis semper aperta manet.

III – De autumno

Ut cibet Invernum mater Natura famatum,
Multa magazzenis stipat edenda suis.
Formichetta trahit segetum ad granaria somas
Mellaque ceratis condit apetta casis.
Stramina pro bobus mangianda bovarus adunat
Idque facis pegoris, bel pegorare, tuis.
Rumor ab obscuris cantinis maximus exit,
Dum cerchiant vino vasa paranda novo.
Mustolenta replet graspis fameia tinazzos
Todeschique canunt: « Ehu ohe, trincher io ».

IV – De inverno

Tornat Hyperboreis iam Borra gaioffus ab Alpis,
Manticibus sfoliat qui nemus omne suis.
Flumina deventant vitrum campique biacca,
Brumaque candelas spargit ubique suas.
Cheta stat in gusso foribus limaca seratis,
Frigore iam moritur mosca, cigala fame.
Vecchiarella parat coctae convivia rapae
Nec pransat, nisi sit voda conocchia prius.
Pallidat insomnes oliosa lucerna pedantos,
Tuque malenconica nocte, studente, godis.

(in Epigrammata [1520])

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