Girolamo Balbi (1450-1535) : Passez-moi sur le corps…

Plate-tombe de Nicolas Roeder (Strasbourg)

Plate-tombe de Nicolas Roeder (Strasbourg)


M’asperger les cheveux de myrrhe d’Acaronte,
Que m’importe, ou dormir dans un lit brodé d’or,
Si l’amour, fou, sévit, si la fille, inflexible,
Me refuse le chaud de sa tendre poitrine ?
Je n’aime pas le jour, pas plus l’ombre nocturne ;
Tous moments sont embus de fiel et de tristesse.
Les froids brouillards, la brume armée de gelée blanche
Me voient coucher mon corps à même le sol dur.
Je passe nu, dehors, des nuits d’un froid de Scythe,
Et m’éveille, ah, malheur ! devant des portes closes,
Devant des portes, oui ! ‒ Saint, le seuil que j’adore,
Que de son tendre pied la chère enfant toucha !
Au lieu de son corps blanc, j’étreins de durs jambages,
Et crois, dans ma folie, enlacer ma maîtresse.
Comme douées de sens, ah, j’embrasse des portes,
Pour que les ventaux, sourds, soient plus doux à mes pas.
Puissé-je aussi coucher, sur le seuil cher, ma vie,
Voir enterrer mes os devant la porte aimée !
Quiconque l’enjambant dira, voyant ma tombe :
« Celui qui gît ici fut soldat d’amour tendre. »


Quid mihi Acorontea crines perfundere myrrha,
aut juvat Attalico succubuisse toro,
insanus si saevit amor, si dura puella
me negat in molli velle fovere sinu ?
Non mihi lux grata est, nec noctis amicior umbra ;
omnia nam tristi tempora felle madent.
Me gelidae nubes, canisque armata pruinis
bruma videt, dura ponere corpus humo.
Sub Jove nudus ago Riphaeae frigora noctis,
et miser occlusis excitor in foribus.
Excitor in foribus, sanctum quoque limen adoro,
quod tetigit tenero chara puella pede.
Amplector niveo rigidos pro corpore postes,
et dominam demens fingo tenere meam.
Oscula do foribus, tamquam sit sensus in illis ;
molliat ut gressus janua surda meos.
O utinam in caro vitam quoque limine ponam,
et dominae ante fores busta sepulta cubent.
Nostra etenim quisquis transibit funera, dicet :
Qui jacet hic, teneri miles amoris erat.

(in Opera poetica, oratoria ac politico-moralia, 1791-1792)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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