Girolamo Balbi (1450-1535) : À une fille sans cœur

© Hendrik Kerstens

© Hendrik Kerstens


Tu n’as donc pas pitié, perfide, d’un mourant ?
Il n’est donc pas de dieu blessé pour t’émouvoir ?
Cruelle, et plus cruelle, oh oui ! que l’ourse dure,
Et plus dure que fer, et plus dure que pierre.
Tu surpasses silex, acier, fauve, en rudesse,
Et je te crois du marbre en ta dure poitrine.
Non, n’étaient pas humains les parents qui t’on faite,
Mais loup, lionne atroce en son dur trou de roche,
Tu es née dans les bois, nourrie de lait sauvage,
Le sein qu’on te donna était d’une tigresse.
Jamais, cruelle, émue, par de si grands tourments,
Calme ton méchant cœur en me faisant souffrir.
J’éprouve autant de maux qu’au ciel il brille d’astres,
Qu’il est en l’air d’oiseaux, qu’il est d’eaux dans le fleuve.
Si quelqu’un veut un jour fâcheusement connaître
Toutes douleurs et maux en tous genres : qu’il aime !


Ces mains, cheveux, ce cou, ces épaules laiteuses,
Ces yeux, étoile double en demeure éthérée !
Ô cette voix, ces mœurs pudiques distinguées !
Front, lèvres égalant les premières des roses !
Vous ma perte, voyez périr un pauvre amant.
Voyez-moi, je me meurs ; voyez-moi, je me meurs,
Je meurs ! Que mon corps soit linceulé par la fille,
Que le marbre engravé porte telle épitaphe :
« Ci-gît Jérôme, mort en ses tendres années,
Cause de son trépas fut Petra l’insensible. »


Comme attire l’aimant le fer dur, rigoureux,
Je suis, en précipice, attiré par tes yeux.


Nullane te pietas morientis, perfida, tangit ?
Nulla movent animum numina laesa tuum ?
Crudelis, duris multo crudelior ursis,
durior et ferro, durior et lapide.
Saevitia vincis silices, adamanta, ferasque ?
Ut reor, in duro pectore marmor habes.
Non, non humani te progenuere parentes,
sed lupus, aut dura rupe leaena ferox ;
et genita in silvis, nutritaque lacte ferino,
et tibi quae tribuit ubera, tigris erat.
Crudelis, tantos numquam miserata labores,
nunc satia nostris pectora saeva malis.
Tot mala nam patior, quot caelo sidera fulgent,
aethera quot volucres, quot vehit amnis aquas.
Si quis erit, cunctos misera qui mente dolores,
et genus omne mali noscere poscat, amet. 


O manus, o crines, o colla, o lactea cervix,
O oculi aethereae sidera bina domus!
O vox, o mores sine rusticitate pudici!
O frons, o primis aemula labra rosis;
Perditis heu miserum, periturum cernite amantem.
Cernite me morior: cernite me, morior
Heu morior! puella cingatur veste cadaver,
Et referant tales marmora scripta sonos;
Hic jacet extinctus teneris Hieronymus annis
Dura causa fuit aspera Petra necis. 


Attrahit ut ferri magnetica gemma rigorem :
Luminibus praeceps sic trahor ipse tuis.

(in Opera poetica, oratoria ac politico-moralia, 1791-1792)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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