Albert Joriszoon Goedhart / Albertus Eufrenius (1581-1626) : Éloges de la chevelure féminine

Toilette matinale (Degas,1894)

Toilette matinale (Degas,1894)


Plaisirs d’amants : les yeux, et plaisirs les baisers ;
Goûtées, la bouche rouge et les roses des joues.
Les cheveux, cependant, n’ornent pas moins la tête,
Et parent à l’envi les visages superbes.
J’aime une chevelure épandue sur la nuque,
Le cheveu se complaît à l’éclat des poitrines.
Toi qui surpasses seule en beauté toutes Nymphes,
Tes beaux cheveux me sont, belle Isabelle, grâce.


Un corps de jeune fille orné de beaux cheveux,
C’est comme le ciel haut qu’orne la lune blanche.
Car que vienne une chauve ‒ et fût-elle bien faite,
Et de sa chevelure eût-elle été privée,
Fût-elle l’envoyée du plus profond des cieux,
Ou bien fût-elle née d’écume océanique,
Serait-elle Vénus, menât-elle les Grâces,
Fût-elle accompagnée des chœurs de Cupidon,
Fût-elle parfumée de cinname ou de baume :
Plaire même à Vulcain, elle ne le pourrait.


Telle d’édifier ses cheveux en tourelles,
Telle de préférer les hauteurs du chignon :
Qu’elle est belle, la fille ornée à l’italienne !
La Batavie n’en fait pas assez pour la mise.
Plais-moi, Chérie, parée à la batave : non
Coiffés, que tes cheveux te volent sur le cou ;
Ou noue-les de deux nœuds, si tu veux les contraindre,
Contiens ta chevelure avec un bandeau blanc.


Delectant oculi, delectant basia amantes
Cumque genis roseis rubra labella juvant.
Non minima at, capitis sunt ornamenta capilli,
Qui pulchros vultus condecorare solent.
Me certe exhilarant pendentes vertice crines,
Fulgidaque oblectat pectora caesaries.
Ante alias, Nymphis formosior omnibus una,
Me recreas pulchris, pulchra Isabella, comis.


Virginis exornant formosi membra capilli
Non secus accelsum candida Luna polum.
Nam, formosa licet, procedat calva puella,
Crinibus et fuerit despoliata suis,
Illa licet caelo fuerit demissa supremo
Spumantique licet nata sit Oceano
Sit licet ipsa Venus, Charitum sive agmina ducat
Sitque Cupidineis consociata choris
Cinnama odora licet flagret, vel balsama roret
Non vel Vulcano complacuisse queat.


Aedificent aliae turrita mole capillos,
Suggestum comptae praeferat illa comae.
Quam juvat Italico decorari more Puellam :
Nec satis ad cultus terra Batava facit.
Tu placeas Batavis mihi, Vita, ornatibus. Haud mi
Come comam. Leviter per tua colla volet
Aut si stricta juvat binis conjungito nodis ;
Albaque connectat fascia caesariem.

(in Poemata Alberti Eufreni Georgiadis […] Erotica, Basia, Coma, Sylvae [1601] pp. 70 à 80)


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

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