Catulle (84-54 av. J.-C.) : Quel bonheur d’être pauvre ! (poème 23)

Autoportrait (EgonSchiele, 1911)


Furius, tu n’as esclave ni huche,
Punaise ni feu, pas plus qu’araignée,
Mais tu as un père, une belle-mère
Aux dents qui pourraient broyer du silex.
Ça va bien pour toi, avec ton papa,
Et l’épouse en bois de ton paternel.
Rien d’étonnant : tous, vous vous portez bien,
Vous digérez bien, n’avez rien à craindre,
Ni les incendies, ni maisons qui croulent,
Ni faits malveillants, cuisantes piqûres
Ni aucun danger risquant d’advenir.
Vous avez des corps plus secs que la corne,
‒ Ou s’il y a rien de plus sec encore ‒,
C’est grâce au soleil, au froid, à la faim.
Tu as vraiment lieu d’être bien, heureux :
Car tu ne sues pas, ne salives pas,
Tu ne mouches pas, n’as la goutte au nez.
C’est propre, tout ça, mais plus propre encore :
Tu as le cul net plus qu’une salière,
Ne chiant pas plus que dix fois par an
Un caca plus dur que fève ou caillou
Dont le triturant, le manipulant,
Tu ne pourrais point te souiller le doigt.
Ce sont, Furius, de grands avantages,
Que tu peux vanter, sans les minorer :
Laisse donc tomber le cent de sesterces
Que tu nous mendies : tu es si heureux !


Furi, cui neque seruus est neque arca
nec cimex neque araneus neque ignis,
uerum est et pater et nouerca, quorum
dentes uel silicem comesse possunt,
est pulcre tibi cum tuo parente
et cum coniuge lignea parentis.
nec mirum: bene nam ualetis omnes,
pulcre concoquitis, nihil timetis,
non incendia, non graues ruinas,
non facta impia, non dolos ueneni,
non casus alios periculorum.
atqui corpora sicciora cornu
aut siquid magis aridum est habetis
sole et frigore et esuritione.
quare non tibi sit bene ac beate?
a te sudor abest, abest saliua,
mucusque et mala pituita nasi.
hanc ad munditiem adde mundiorem,
quod culus tibi purior salillo est,
nec toto decies cacas in anno;
atque id durius est faba et lapillis.
quod tu si manibus teras fricesque,
non umquam digitum inquinare posses
haec tu commoda tam beata, Furi,
noli spernere nec putare parui,
et sestertia quae soles precari
centum desine: nam sat es beatus.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :