Georg Trakl (1887-1914) : À ceux devenus muets / An die Verstummten

Qui est Georg Trakl ?

Ô folie de la grande ville quand au soir
Contre un mur noir transissent rabougris des arbres,
Que sous masque d’argent l’esprit du méchant guette ;
Que la lumière à coups de fouet magnétique évince la pierreuse nuit.
Ô les sons engloutis des cloches vespérales.

Putain qui à frissons de glace accouche d’un mort-né.
Déchaînée, la colère de Dieu fouaille le front du possédé,
Pourpre épidémie, faim, fracassant des yeux verts.
Ô rire horrible de l’argent.

Mais silencieuse saigne en une grotte sombre une plus muette humanité,
Aboute en dur métal la tête rédemptrice.


O, der Wahnsinn der großen Stadt, da am Abend
An schwarzer Mauer verkrüppelte Bäume starren,
Aus silberner Maske der Geist des Bösen schaut;
Licht mit magnetischer Geißel die steinerne Nacht verdrängt.
O, das versunkene Läuten der Abendglocken.

Hure, die in eisigen Schauern ein totes Kindlein gebärt.
Rasend peitscht Gottes Zorn die Stirne des Besessenen,
Purpurne Seuche, Hunger, der grüne Augen zerbricht.
O, das gräßliche Lachen des Golds.

Aber stille blutet in dunkler Höhle stummere Menschheit,
Fügt aus harten Metallen das erlösende Haupt.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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