Tertullien (150 [?] 160 [?]-220 ap. J.-C.) : Le devenir de la chair et les mots pour la dire

Qui est Tertullien ?


[…] C’est pourquoi les hérétiques ont pour constance de commencer par cela, instruisant puis construisant ce qu’ils savent captiver aisément les esprits, les idées qu’on partage attirant la faveur. Venant de l’hérétique, entend-on rien d’autre que le païen n’ait déjà dit ou développé, criant sans ambages et partout sus à la chair, à son origine, à sa substance, à ses vicissitudes, à toute sa destinée : chair abjecte en sa prime heure (étant issue de terre excrémentielle) puis gagnant en abjection (sa semence étant de boue), frivole, infirme, infâme, importune, encombrante, choyant caduque (liste close de son ignominie) en terre (son origine) et dans l’appellation cadavre : pour aussi de cette sinistre appellation sortir et se perdre en toute absence d’appellation, dans la mort de tout vocable ? […]


Appropriation par Bossuet du même passage :

[…] La mort ne nous laisse pas assez de corps pour occuper quelque place, et on ne voit là que les tombeaux qui fassent quelque figure. Notre chair change bientôt de nature ; notre corps prend un autre nom ; même celui de cadavre, dit Tertullien, parce qu’il nous montre encore quelque forme humaine, ne lui demeure pas longtemps : il devient un je ne sais quoi qui n’a plus de nom dans aucune langue ; tant il est vrai que tout meurt en lui, jusqu’à ces termes funèbres par lesquels on exprimait ses malheureux restes ! […]

in « Oraison funèbre de Henriette-Anne d’Angleterre duchesse d’Orléans » (21 août 1670)

[…] Itaque haeretici inde statim incipiunt et inde praestruunt, dehinc et interstruunt, unde sciunt facile capi mentes de communione favorabili sensuum. An aliud prius vel magis audias ab  haeretico quam ab ethnico, et non protenus et non ubique convicium  carnis, in originem in materiam in casum, in omnem exitum eius, immundae a primordio ex faecibus terrae, immundioris deinceps ex seminis sui limo, frivolae infirmae criminosae molestae onerosae, et post totum ignobilitatis elogium caducae in originem terrae et cadaveris nomen, et de isto quoque nomine periturae in nullum inde iam nomen, in omnis iam vocabuli mortem? […]

(in De resurrectione carnis liber, IV)

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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