Bernard de Clairvaux (Saint Bernard) (1090-1153) : L’enfer épouvantable

Qui est Bernard de Clairvaux (Saint Bernard) ?

[…] Admettons qu’en tant que Père, [Dieu] ne tienne pas rigueur, qu’il pardonne en tant que Bon : mais il ne fait rien de tel en tant qu’il est Seigneur et Créateur, et qui épargne son fils n’épargnera pas sa créature, n’épargnera pas son mauvais serviteur. Pèse ce qu’éprouve de terreur et d’effroi qui méprisa ton créateur et celui  de toutes choses, qui offensa le Seigneur de Majesté. C’est le propre de la majesté d’être crainte et le propre du seigneur d’être craint : au plus haut degré quand il s’agit de cette Majesté-ci et de ce Seigneur-ci. Car si les lois humaines ont consacré d’infliger la peine capitale à qui lèse la majesté – laquelle n’est qu’humaine : quelle fin connaîtront les contempteurs de la divine omnipotence ? « Il touche les montagnes et elles partent en fumée¹ » : et une majesté si redoutable, un vil tas de poussière ose la mettre en courroux, lui qu’un moindre, qu’un seul souffle bientôt disperse sans espoir de retour ? Celui-ci, celui-ci doit inspirer l’épouvante, qui, après avoir au corps donné la mort, a pouvoir aussi de l’envoyer en enfer. J’ai peur de l’enfer, peur du visage du Juge, redoutable même aux puissances angéliques. Je tremble de tous mes membres face au courroux du Puissant, face à sa rage, face au fracas de l’écroulement du monde, face à la conflagration des éléments, face à la force de la tempête, à la voix de l’Archange et à son verdict implacable. Je tremble de tous mes membres face aux crocs de la bête infernale, face au ventre de l’enfer, face aux rugissants prêts à se repaître. J’ai pour effroi le ver rongeur et le feu brûlant, la fumée, la vapeur et le soufre, et le souffle des tourmentes : j’ai pour effroi les ténèbres extérieures. « Qui changera ma tête en source et mes yeux en fontaine de larmes² », afin que je prévienne, par mes pleurs, les pleurs et les dents qui grincent et les durs fers aux mains, aux pieds, et le poids des pressantes, enserrantes, brûlantes chaînes qui jamais ne consument ? Pauvre de moi, ma mère ! Que m’as-tu mis au monde, fils de douleur, fils d’amertume, d’indignation et d’éternelle lamentation ? Pourquoi tiré de ton giron, de ta poitrine, suis-je né pour brûler, pour nourrir le feu ? […]


¹ : Psaumes, CIII, 37
² : Jérémie, IX, 1

Esto quod dissimulet Pater, ignoscat Beneficus: sed non Dominus et Creator et qui parcit filio, non parcet figmento, non parcet servo nequam. Pensa cujus sit formidinis et horroris, tuum atque omnium contempsisse Factorem, offendisse Dominum majestatis. Majestatis est timeri, Domini est timeri et maxime hujus Majestatis, hujusque Domini. Nam si reum regiae majestatis, quamvis humanae, humanis legibus plecti capite sancitum sit : quis finis contemnentium divinam omnipotentiam erit? Tangit montes, et fumigant: et tam tremendam majestatem audet irritare vilis pulvisculus, uno levi flatu mox dispergendus, et minime recolligendus? Ille, ille timendus est, qui postquam occiderit corpus, potestatem habet mittere et in gehennam. Paveo gehennam, paveo Judicis vultum, ipsis quoque tremendum angelicis potestatibus. Contremisco ab ira potentis, a facie furoris ejus, a fragore ruentis mundi, a conflagratione elementorum, a tempestate valida, a voce Archangeli, et a verbo aspero. Contremisco a dentibus bestiae infernalis, a ventre inferi, a rugientibus praeparatis ad escam. Horreo vermem rodentem, et ignem torrentem, fumum, et vaporem, et sulphur, et spiritum procellarum: horreo tenebras exteriores. Quis dabit capiti meo aquam, et oculis meis fontem lacrymarum, ut praeveniam fletibus fletum, et stridorem dentium, et manuum pedumque dura vincula, et pondus catenarum prementium, stringentium, urentium, nec consumentium? Heu me, mater mea ! ut quid me genuisti filium doloris, filium amaritudinis, indignationis et plorationis aeternae? Cur exceptus genibus, cur uberibus, natus in combustionem, et cibus ignis?

(in Sermones, XVI, 7)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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