Eric Giebel (né en 1965) : Île, eau perdue / Insel, verlorenes Wasser


Ah, le Rhin. Pas un fleuve
de la connaissance.
__Werner DÜRRSON

Regard pointé contre courant,
résistances d’un jeune enfant :
vers la source, vers la source, me rafraîchir
au fil de l’eau. Pas la mer, pas
le chemin rapide, ne pas sombrer
dans l’assemblée des vagues et des tourbillons.
 
Le regard sur l’origine, la circulation
de l’eau, je me rêve roche quand je suis
sédiment, grain de sable, emporté puis
déposé derechef, à la façon des morts
creusant des trous dans le village : lequel écarte
les jambes pour accueillir de nouvelles semences.
 
Les barques ont disparu, des planches
pourries dans l’eau jouent
fugaces à la nostalgie. Graswerth, pas un asile
pour les oiseaux, qui vont plus loin. Migration. Couvaison.
Le bruit du pont, de la fontaine pérenne, poussée
du fret le long des routes, just in time.
 
Dois-je avoir des racines, dans cette terre ?
Le paysan bat sa faux et
me fauche. À un croisement
je reste au sol, abandonné. Provisoirement,
pour ce petit instant de vérité :
attention, ici on vole des pères !
 
Les cerises, rouges, probes appellations,
extraites de la brochure présentant la région
car les fruits à noyau n’ont pas de mémoire,
dénoyautées ou vite crachées :
Büttner, Empereur François, Geisepittersch,
Lorenze, Keglersch, Cœur clair, Jabuly.
 
Petits pas d’enfants vers la pointe sud,
exultants de leur sans-gêne,
de leur rupture avec les routines
des vieilles gens qui, leur vie durant
partis et diligents
continuent de faire, continuent d’aller ;
 
longer le cimetière où justement quelqu’un
ouvre la porte menant aux morts.
Le grincement des gonds est
avalé par le mur, la prochaine crue
va karchériser toute pourriture.
On devra refaire les tombes à neuf.
 
En rêve les rapides bateaux à moteur,
des gens sans visages qui bondissent
bruyamment. Leur fun, just for. Là c’en était
fait de grand-pères centenaires.
On parlait de cailloux et de soquettes
blanches pour jeunes filles, de salutations d’Allemagne.
 
Prenant congé j’avais quitté l’île
sans me presser. Les pommes sous les arbres. Reposaient-elles
loin ou pas de leur tronc ? Qui suis-
je pour en décider ? Fruits tombés et lieux pourris.
Et sous le couvre-lit de mon gris d’hôtel il n’y avait
ni mon grand-père ni mon père, que moi.

Ach der Rhein. Kein Fluss
der Erkenntnis.
__Werner DÜRRSON

Die Blickrichtung gegen den Strom,
Widerstände eines kleines Kindes:
zur Quelle, zur Quelle, mich laben
am Rinnsal. Nicht das Meer, nicht
der schnelle Weg, in der Gesellschaft
der Wellen und Strudel nicht untergehen.
 
Auf den Anbeginn blicken, des Wassers
Kreislauf, träume mich als Fels, bin doch
ein Sediment, Korn nur, weggetragen und
später wieder angeschwemmt, so wie Tote
Löcher reißen in das Dorf, das die Beine
spreizt, um neuen Samen zu empfangen.
 
Die Nachen sind verschwunden, morsche
Planken liegen im Wasser und bespielen
flüchtig Nostalgie. Graswerth, kein Ruheplatz
für Vögel, die weiterziehen. Migration, Brut.
Der Lärm der Brücke, stetes Brummen, Auftrieb
der Fracht entlang der Trassen, just in time.
 
Ich soll Wurzeln haben, in dieser Erde?
Der Bauer dengelt seine Sense und
schneidet mich ab. An einer Weggabelung
bleibe ich unbeachtet liegen. Vorerst,
für diesen kleinen Moment Wahrheit:
Vorsicht, hier werden Väter gestohlen!
 
Die Kirschen, rote, aufrechte Namen,
abgeschrieben aus dem Heimatbuch,
denn Steinobst hat kein Gedächtnis,
entkernt oder schnell ausgespuckt:
Büttner, Kaiser Franz, Geisepittersch,
Lorenze, Keglersch, Helle Herz, Jabuly.
 
Kleine Kinderschritte zur Südspitze,
frohlockend in ihrer Taktlosigkeit,
in ihrem Ausreißen aus dem Trott
der alten Leute, die ihr Leben längst
abgegangen und unverdrossen
weitermachen, weitergehen;
 
am Friedhof vorbei, wo irgendjemand
gerade das Tor zu den Toten öffnet.
Das Quietschen in den Angeln wird
von der Mauer geschluckt, aller Moder
kärchert das nächste Hochwasser ab.
Die Gräber werden neu zu richten sein.
 
Im Traum die schnellen Motorboote,
das laute Aufspringen von gesichtslosen
Menschen. Ihr fun, just for. Da war es
um hundertjährige Großväter geschehen.
Von Kieseln war die Rede und von weißen
Jungfrausöckchen, von einem deutschen Gruß.
 
Zum Aufbruch war ich das Eiland ohne Hast
abgegangen. Die Äpfel unter den Bäumen. Ob
sie weit vom Stamm lagen oder nicht? Wer bin
ich, dies zu entscheiden? Fallobst und faule Stellen.
Und unter der Bettdecke meines grauen Hotels lag
weder mein Großvater, noch mein Vater, nur ich.

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

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