Jacopo Sannazaro (1458 [?] – 1530) : Tu es trop vieux pour aimer Cassandre / De Cassandra Marchesia

Cesse de décompter les talents de la Belle,
Cesse de remuer des flambeaux bien éteints :
Car à te rappeler cheveux, front, bras et mains,
Toi-même tu construis tes propres tombe et stèle.
Cassandre emplit tes yeux, Cassandre emplit ton cœur,
Cassandre a tous les droits, hélas, sur ton esprit !
– Le caressant Amour nous gangrène sans bruit.
C’est ainsi que l’on œuvre à – même – son malheur.


Desine formosae dotes numerare puellae ;
Desine jam exstinctas sollicitare faces.
Nam dum saepe comas, frontemque, humerosque, manusque
Commemoras ; proprios exstruis ipse rogos.
Dumque oculis Cassandra, animo Cassandra recursat ;
Cassandra heu mentis jus habet omne tuae ;
Blandus Amor tacitis subrepsit in ossa venenis.
Sic sibi vel fatum quilibet esse potest.

(in Epigrammaton liber II, Actii sinceri Sannazarii opera omnia latine scripta nuper edita [1535] p. 69)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


D'autres poèmes, sur ce blog, 
de Jacopo Sannazaro :

Giovanni Antonio Taglietti (Italie, XVIe siècle) : Envois de fleurs

Bouquet de violettes (Albrecht Dürer)


Violettes, beau don de l’alme Violaine,
Heureux tribut de mes offices, violettes !
Nourries par Flore errant dans les jardins de Chypre ?
Et par Vénus la belle à coups d’ongles cueillies ?

Mieux que récoltes d’Arabie vous embaumez,
Mais la main qui vous offre est par trop violente
– Oui, violente : elle me sait souffrant d’amour,
Et ses présents sont à l’image de mes peines.

Car, si d’un filet d’or elle vous a liées,
Elle a noué mon cœur de ses cheveux dociles ;
Comme vous, malheureux, je suis pâle ; on vous dit
« Violettes » : ses yeux, tyrans !, me violentent.


Ô vous, fleurs que j’adore, offertes au temps faste,
Tenues de blanche main, par une chaste enfant !
De vous j’ai pris grand soin : mais sans vous embrasser,
Mais sans vous arroser d’une eau venue du ciel,
Quand le destin cruel, en sa dure inclémence,
L’eut menée avant l’heure aux champs élyséens.

Que faire ? Abandonné, sans cœur, hélas, dans l’ombre,
C’est à vous, à vous seuls, chers témoins, que je parle.
Je vous porte à présent, fleurs nées sous une heureuse
Étoile ‒ extravaguez ! ‒ d’exquises subsistances :
Pleurs de mes yeux, soupirs de mon cœur ‒ chaque jour
Je vous prodigue l’air et l’arrosage, hélas !

Vous seul soulagement d’un amant malheureux,
Ah, vivez à jamais en place de la morte !


Formosum o violae, munus Violanthidis almae;
Servitii violae praemia grata mei.
Num vos Idaliis aluit vaga Chloris in hortis,
Unguibus et carpsit Cypria pulchra suis?
Panchaeas grato messes superatis odore:
Sed mihi vos nimium dat violenta manus.
Dat violenta manus, miseri quae conscia amantis,
Munera fert poenis aequiparanda meis.
Namque ut vos molli vinctas circumdedit auro.
Me quoque flexilibus nexuit illa comis.
Estis pallentes, infelix palleo: nomen
Est violae, dominae luminibus violor.


O mihi dilecti flores, quos tempore fausto
Tradiderat nivea casta puella manu,
Vos equidem colui : sed nec grata oscula junxi
Nec me rorantes dante bibistis aquas.
At postquam hanc saevi dira inclementia fati
Ante diem sedes misit ad Elysias.
Heu quid agam ? sine corde miser, sine luce relictus
Vobiscum saltem pignora grata loquar.
Et nunc o flores stellis felicibus orti,
(Este vagi) vobis grata alimenta fero.
Fundo oculis lacrymas, suspiria pectore, numquam
Aura, vel effusis deficit miser aquis.
Vos modo vos saltem miseri solamen amantis,
Aeternum extincta vivite pro domina.

(in Carmina illustrium poetarum italorum, tomus nonus [1722], pp. 235-6)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


D'autres épigrammes, sur ce blog, de la même époque 
et sur le thème de la violette :
Nicolas Bourbon (1503-1550) :
Angelo Poliziano (1454 – 1494) :
Giovanni Pontano (1429-1503) :

Sur le thème de la violette 
dans l'épigramme néolatine
Marcos Ruis Sánchez :

 

 

 

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