Jacopo Sannazaro (1458 [?] – 1530) : L’Enfantement de la Vierge / Jacobus Sannazarius : De partu Virginis (extraits)

Le De partu Virginis est un poème en trois chants,
publié la première fois à Naples en 1526.
Il relate, sur un mode lyrique
empreint d'éléments de l'Antiquité (dont la mythologie),
les événements entourant l'Incarnation.
Une excellente analyse en est donnée ici par Marc Deramaix.

Annonciation : L’archange Gabriel vole vers la Vierge

Appelant les zéphyrs, dans le ciel vide il se
Met en route, perce les nues, traverse l’air,
Descend, à peine meut légèrement ses ailes.
Ainsi mirant de haut les berges bien connues
Du Méandre ou le cours du nonchalant Caystre,
Se précipite et fond le cygne immaculé :
Nu de plume, indolent, tel lui semble-t-il être
Tant que des eaux aimées il ne s’est rendu maître
Victorieux : ainsi fendait-il brise et nues.

Annonciation : la Vierge après avoir écouté la parole de l’archange

Stupéfaite à ce coup, terrorisée la Vierge
Baissa les yeux, son corps entier devint exsangue.
Telle que, ramassant des coques sur la grève
De l’étroit Mykonos, sur les rocs de Sériphe,
La fillette nu-pied, la fierté de sa mère,
Voit, vers la côte proche, un navire gréé
Faire route, et s’effraie: et n’ose se trousser
Ni se rendre en courant à l’abri  près des siens :
Mais en silence tremble, et subjuguée se fige.

Arrivée de Joseph et Marie à Bethléem

Mais une ville emplie d’un grand concours de gens,
Aussitôt qu’arrivés, porte à peine franchie,
– C’est ce qu’ils voient : mêlée d’afflux de tous côtés,
Foule immense, eût-on dit, se rendant de très loin
À quelque foire, ou l’ennemi pillant leurs champs,
De paysans couards accourus en lieu sûr.
Tortillons, ruelles étriquées, tout est plein
D’une confusion pressée d’hommes, de femmes.
Laboureurs et bétail ; chars ici qu’on attelle,
Là des toiles qu’on tend ; on dort sous les portiques
Ouverts, tout retentit d’un tumulte sonore,
Un peu partout brillent des feux que l’on attise.


[…] Ille altum Zephyris per inane vocatis
carpit iter, scindit nebulas, atque aera tranat
ima petens, pronusque leves vix commovet alas.
Qualis, ubi ex alto notis Maeandria ripis
prospexit vada, seu placidi stagna ampla Caystri,
praecipitem sese candenti corpore cycnus
mittit agens: jamque implumis, segnisque videtur
ipse sibi, donec tandem potiatur amatis
victor aquis: sic ille auras, nubesque secabat.

[…]

Stupuit confestim exterrita Virgo,
demisitque oculos, totosque expalluit artus.
Non secus ac conchis si quando intenta legendis
seu Mycone parva, scopulis seu forte Seriphi,
nuda pedem virgo, laetae nova gloria matris,
veliferam advertit vicina ad litora puppim
adventare, timet: nec jam subducere vestem
audet, nec tuto ad socias se reddere cursu:
sed trepidans silet, obtutuque immobilis haeret.

[…]

Ecce autem magnis plenam conventibus urbem
protinus, ut venere, extremo e limine portae
adspiciunt: mixtum confluxerat undique vulgus,
turba ingens: credas longinquo ex aequore vectas
ad merces properasse: aut devastantibus arva
hostibus, in tutum trepidos fugisse colonos.
Cernere erat, perque anfractus, perque arcta viarum,
cuncta replesse viros, confusoque ordine matres:
permixtos pecori agricolas; hos jungere plaustra:
hos intendere vela: alios discumbere apertis
porticibus: resono compleri cuncta tumultu:
accensos variis lucere in partibus ignes.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

D'autres poèmes, sur ce blog, 
de Jacopo Sannazaro :

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