Martial (40-104 ap. J.-C.) : Manger ou lire

Qui est Martial ?

Tu ne pries à dîner que pour cette raison :
Lire, Ligurinus, tes vers de mirliton.
Je me suis déchaussé¹ : voici que l’on apporte
Un livre épais, flaquant laitues et sauce forte.
On attend les entrées : second livre de vers,
Maintenant le troisième – et tardent les desserts.
Tu lis le quatrième, et le cinquième ensuite :
À tant m’en resservir, je boude ta marmite².
Fourgue-moi tes fléaux à des vendeurs d’anchois³
Ou tu vas dîner seul, Ligurinus, chez toi.

¹ : C’était l’habitude, chez les Romains, que de se déchausser avant de dîner.
² : Le latin dit, peut-être proverbialement : « Putidus est [aper], totiens si mihi ponis aprum » = On se lasse de sanglier (mets, au goût des Romains, des plus estimés), si chaque fois on en sert.
³ : Je traduis par « fléaux » les « scelerata poemata » de Martial = tes poèmes criminels, que tu fais subir en châtiments. Martial enjoint à Ligurinus de donner à des marchands de poissons (de « scombri » = maquereaux) ses livres de poèmes, afin qu’ils en utilisent le papier pour envelopper leur marchandise.

Haec tibi, non alia, est ad cenam causa vocandi,
___versiculos recites ut, Ligurine, tuos.
Deposui soleas, adfertur protinus ingens
___inter lactucas oxygarumque liber:
alter perlegitur, dum fercula prima morantur:
___tertius est, nec adhuc mensa secunda venit:
et quartum recitas et quintum denique librum.
___Putidus est, totiens si mihi ponis aprum.
Quod si non scombris scelerata poemata donas,
___cenabis solus jam, Ligurine, domi.

(in Epigrammaton liber III, 50)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

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