Rainer Maria Rilke à l’honneur dans la revue Triages (éditions Tarabuste)

19 poèmes de Rainer Maria Rilke,
extraits des Poèmes nouveaux (Neue Gedichte)
traduits par mes soins 
dans la revue Triages (n° 29, juin 2017) 
(version bilingue allemand-français)

 

Rilke, « Regarde, les anges… » in Gedichte an die Nacht (Poèmes à la nuit)

Regarde,  les anges ressentent
en traversant l’espace
leurs sentiments perpétuels.
Notre ardeur leur serait du froid.
– Regarde, les anges fulgurent
en traversant l’espace.
Tandis qu’à nous, qui n’en savons
rien d’autre, ceci se refuse
et en vain cela se révèle,
ils passent, ravis de leur fin,
en traversant leur univers
aux formes achevées.

NB : cette traduction pourra paraître une « belle infidèle », dans la mesure où elle épouse d’autres rythmes – malheureusement non rimés – que ceux le poème de Rilke, et qu’elle en interprète subjectivement l’obscurité. J’assume ce qui me semble non pas relever d’une trahison, mais de la transposition souhaitée, à défaut sans doute d’être effective, de la beauté du texte original.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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Siehe, Engel fühlen durch den Raum
ihre unaufhörlichen Gefühle.
Unsre Weißgluth wäre ihre Kühle.
Siehe, Engel glühen durch den Raum.
Während uns, die wirs nicht anders wissen,
eins sich wehrt und eins umsonst geschieht,
schreiten sie, von Zielen hingerissen,
durch ihr ausgebildetes Gebiet.

Rainer Maria Rilke : Clair de lune / Mondnacht


Dans le fond du jardin, creux tel un long fluide,
Sans bruit dans la haie tendre un branle évanescent.
Oh, la lune, et la lune, et les bancs fleurissant
Presque à son approche timide.
Calme, et combien pressant. Là-haut, dis, veilles-tu ?
Sensible et constellée, la vitre à toi s’oppose.
Les paumes des brises déposent
Sur ta face approchée la nuit la plus perdue.


Weg in den Garten, tief wie ein langes Getränke,
leise im weichen Gezweig ein entgehender Schwung.
Oh und der Mond, der Mond, fast blühen die Bänke
von seiner zögernden Näherung.
Stille, wie drängt sie. Bist du jetzt oben erwacht?
Sternig und fühlend steht dir das Fenster entgegen.
Hände der Winde verlegen
an dein nahes Gesicht die entlegenste Nacht.

in  Gedichte an die Nacht,  Insel Verlag, 2004


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.
Par ailleurs chez Verdier, 
une traduction intégrale du recueil > 
Poèmes à la nuit
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