Matthias Claudius (1740–1815) : Le trépas et la jeune fille / Der Tod und das Mädchen

Qui est Matthias Claudius ?

La jeune fille :

Va ton chemin, je le répète !
Va-t-en, tas d’os, cruel trépas,
Je suis encor, mon cher, jeunette :
Va-t-en, et ne me touche pas !

Le trépas :

Donne ta main, ma belle et gracieuse image !
Je viens en camarade et non point pour punir :
Je ne suis pas cruel, fais preuve de courage !
Dans mes bras tu pourras paisiblement dormir.

NB : La mort (der Tod) étant masculin en allemand, je traduis le terme par trépas plutôt que par mort pour conserver la relation sexuée des deux locuteurs.


Das Mädchen:

Vorüber! Ach vorüber!
Geh wilder Knochenmann!
Ich bin noch jung, geh Lieber!
Und rühre mich nicht an.

Der Tod:

Gib deine Hand, du schön und zart Gebild!
Bin Freund, und komme nicht, zu strafen:
Sei gutes Muts! ich bin nicht wild,
Sollst sanft in meinen Armen schlafen.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Stefan George (1868-1933) : Un royaume solaire / Ein reich der sonne

Qui est Stefan George ?

Tu veux que nous fondions un royaume solaire
Où nous aurions nous seuls la joie en apparat ·
Vous qui êtes sacrés, bois et chemins grégaires
Avant que ne se perde et notre et votre éclat.

Puisse nous contenter cette vie tranquille ·
Puissions-nous ici vivre en hôtes obligés !
Et toi de concevoir mot, chant, pour que docile
La plainte vole et branche aux rameaux élevés.

Toi d’entonner le chant des prairies bourdonnantes ·
Le chant devant la porte, au soir, plein de douceur,
D’apprendre à tolérer, tout bonnement puissante ·
En un humble sourire enterrant chaque pleur :

L’oiseau quitte en fuyant devant l’acre prunelle ·
Le papillon se musse au coup de vent hurleur,
Et le vent dissipé, derechef étincelle ‒
Et qui a jamais vu sangloter une fleur ?


Du willst mit mir ein reich der sonne stiften
Darinnen uns allein die freude ziere ·
Sie heilige die haine und die triften
Eh unsre pracht und ihre sich verliere.

Dass dieses süsse leben uns genüge ·
Dass wir hier wohnen dankbereite gäste!
Und wort und lied ersinnst du dass gefüge
Die klagen flattern in die höchsten äste.

Du singst das lied der summenden gemarken ·
Das sanfte lied vor einer tür am abend
Und lehrest dulden wie die einfach starken ·
In lächeln jede träne scheu begrabend:

Die vögel fliehen vor den herben schlehen ·
Die falter bergen sich in sturmes-toben
Sie funkeln wieder auf so er verstoben –
Und wer hat jemals blumen weinen sehen?

(in Das Jahr der Seele, L’Année de l’âme [1897])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Stefan George (1868-1933) : L’été victorieux / Sieg des Sommers

Qui est Stefan George ?

Balancement des airs, tel qu’en un changement ·
Du ciel gris, de doux feux amorçant la rupture
Et bruissant vers ma terre un souple élancement
M’apportent une invite à nouvelle aventure

Toi au long des années ma foi mon éclairage
Près de toi · où étaient les témoins stupéfaits
D’espérance et de peur · auprès de ce feuillage.
Car le bonheur nous sera-t-il montré jamais

Si la nuit désormais l’attirante étoilée
Dans un jardin fertile et vert ne le saisit ·
Si la cueille de fleurs, plénitude moirée,
Si le vent chaud ne le trahit ?


Der lüfte schaukeln wie von neuen dingen ·
Aus grauem himmel brechend milde feuer
Und rauschen heimatwärts gewandter schwingen
Entbietet mir ein neues abenteuer

Du all die jahre hin mir glanz und glaube
Bei dir · und wo die stummen zeugen waren
Von hoffen und von angst · bei diesem laube.
Denn wird das glück sich je uns offenbaren

Wenn jezt die nacht die lockende besternte
In grüner garten-au es nicht erspäht ·
Wenn es die bunte volle blumen-ernte
Wenn es der glutwind nicht verrät?

(in Das Jahr der Seele L’Année de l’âme [1897])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Stefan George (1868-1933) : Dans le parc qu’on dit mort / Komm in den totgesagten park

Qui est Stefan George ?

Dans le parc qu’on dit mort, descends pour regarder :
Le reflet de lointains et souriants rivages.
Inespéré, le bleu venu de purs nuages
Éclaire les étangs, les sentiers diaprés.

Saisis la profondeur du jaune et le gris mou
Des bouleaux et des buis. Comme le vent est doux.
Elles n’ont point fané, les roses de l’automne.
Choisis-les, baise-les, tresses-les en couronne.

Sans oublier non plus les ultimes asters.
Les sarments empourprés de la vigne sauvage.
Et ce qui reste aussi d’existence et de vert
Fonds-le légèrement dans l’automnale image.


Komm in den totgesagten park und schau:
Der schimmer ferner lächelnder gestade.
Der reinen wolken unverhofftes blau
Erhellt die weiher und die bunten pfade.

Dort nimm das tiefe gelb. Das weiche grau
Von birken und von buchs. Der wind ist lau.
Die späten rosen welkten noch nicht ganz.
Erlese küsse sie und flicht den kranz.

Vergiss auch diese lezten astern nicht.
Den purpur um die ranken wilder reben.
Und auch was übrig blieb von grünem leben
Verwinde leicht im herbstlichen gesicht.

(in Das Jahr der Seele, L’Année de l’âme [1897])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

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