Luis Cernuda (1902-1963) : Rivages de l’amour / Orillas del amor

Comme une voile sur la mer
condense cette ardeur bleuâtre qui s’élève
jusqu’aux étoiles à venir,
faite échelle de flots
par où des pieds divins descendent dans l’abîme,
ainsi ta forme-même
ange, démon, rêve du rêve d’un amour
condense en moi l’ardeur qui jadis élevait
jusques aux nuages ses flots mélancoliques.

Éprouvant encor les forces de cette ardeur,
moi, le très amoureux,
sur les rivages de l’amour,
invisible à toute lumière
définitivement mort ou vivant,
je contemple ses flots et voudrais ne noyer,
éperdu du désir
de descendre, tels ces anges par l’échelle d’écume,
jusques au fond du même amour que nul homme n’a vu.

***

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

***

Como una vela sobre el mar
resume ese azulado afán que se levanta
hasta las estrellas futuras,
hecho escala de olas
por donde pies divinos descienden al abismo,
también tu forma misma,
ángel, demonio, sueño de un amor soñado,
resume en mí un afán que en otro tiempo levantaba
hasta las nubes sus olas melancólicas.

Sintiendo todavía los pulsos de ese afán,
yo, el más enamorado,
en las orillas del amor,
sin que una luz me vea
definitivamente muerto o vivo,
contemplo sus olas y quisiera anegarme,
deseando perdidamente
descender, como los ángeles aquellos por la escala de espuma,
hasta el fondo del mismo amor que ningún hombre ha visto.

(in Donde habite el olvido, 1931)

  1. C’est rare de pouvoir lire Cernuda aujourd’hui. Fait partie de ces poètes méconnus par chez nous, comme généralement tous ceux de cette génération du 27. Et encore est-il le mieux (le plus) traduit de tous.
    Très belle traduction, au reste, même si j’aurais retenu « vagues » pour « olas » plutôt que « flots », « plus » pour « mas » plutôt que « très » (vers 11), et surtout « de l’amour même » et non « du même amour » en lieu et place « del mismo amor ». Mais bon, c’est du coupage de poil en quatre, n’est-ce pas ?
    « invisible à toute lumière » est merveilleux. Il fallait le trouver.
    Merci donc.

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    • Grand merci de votre intérêt. « Du même amour » au sens où Corneille l’entendait… Pour le reste : il en va le plus souvent de questions rythme ou de sonorité — toujours, bien évidemment, contestables.

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