Michele Marullo (1453-1500) : Un exilé face à la mer / Nenia

(Le poète, en exil à Constantinople, regarde la mer et pense à l’Italie.)

Bien loin de ces récifs, sur l’autre bord s’étendent
Les doux rivages de ma patrie : cette forte
Houle de mer, poussée par les flots du Bosphore,
S’en va là-bas briser sur la côte italienne.

Ne sens-tu pas souffler plus tendrement les brises
Animées de mémoire ? – Oh, tels, sans contredit,
Sont le pouvoir de la naissance originelle
Et le pouvoir du sol natal sur toutes choses !
Pourraient-elles, sinon, ces brises, fatiguées
Par leur long cours sur une mer grouillant de monstres,
Exhaler ce je ne sais quoi mêlant senteurs
De la patrie à des parfums mystérieux ?

Quel bonheur c’est, que de pouvoir de bon matin
Retrouver, quand les vents ont tourné, la demeure
Qu’on a quittée la veille, et de ne point mener,
Éternel pérégrin, une vie d’exilé !
Mais ce serait plus grand, plus grand bonheur encore,
Que de se contenter du fleuve de ses pères,
De l’algue accoutumée sur les grèves d’enfance,
Et de vivre à l’abri du domicile élu,
Sans vouloir visiter les fleuves éloignés,
Ni les plis et replis des terres et des mers […]


Haec certe patriae dulcia littora
Contra saxa iacent, haec pelage impete
Huc propulsa gravi Bosphorici freti
Plangunt Hesperium latus.
Ipsae nonne vides mitius aurulae
Ut spirant memores unde videlicet
Tantum innata potest rebus in omnibus
Natura et patrium solum?
Quid, tantis spatiis monstriferi aequoris,
Tanto tempore post lassulae, adhuc tamen
Halant nescio quid, quod patrium et novis
Mulcet aera odoribus?
Felices nimium, vespere quae domo
Egressae redeunt mane Aquilonibus
Versis, nec peregre perpetuo exigunt
Aetatem exilio gravem;
Felices sed enim multo etiam magis,
Si tantum patriae fluminibus suae
Et primi solita littoris algula
Contentae lateant domi,
Nec longinqua velint flumina visere
Et terrae varios et pelagi sinus […]

(in Neniarum liber [1515])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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