Disparue Caraïbe


Cette suite, dont voici une partie, a été écrite
il y a vingt ans
et publiée dans la revue Parasites.

Quand je t’aimais Sirène en mer des Caraïbes
la méduse opaline attifait le corail
en épouvante aux plies goulues de ton soleil
et s’y gavait ma bouche en source d’écriture
foulant aussi les blés à longs pas de bleuets
j’y prenais ma goulée de tendre eau galopante
(en vérité grand bleu : c’est moisson d’onde équestre !)
hippocampe absolu ; pâmoison dans les vagues :
l’un tranchait les épis d’un ciseau de ses jambes
l’autre disait l’orgasme en crissant sur le sable

Dans un désir de pluie je trayais à ma paume
les fleuves les plus bleus et plus soyeux que sang
c’est mer de feu qu’un cœur percutant ses marées
en mes veines tambour et toi qui le battais
tam-tamant dans mon bleu sur la peau de mes eaux
l’écho fusait aux doigts comme étoile bruissante
maculant toutes nuits les jours mal fagotés
en vrac dans ma fournaise : en faisceaux les soleils
canne en pleurs sur haquets en route vers le rhum

Je pommelais pour toi le grand bleu supérieur
mes draps mis à sécher sur des ciels de printemps
froufroutaient au tympan des pluies, oreilles drues
créolées arc-en-ciel (quand ça sourdait du sol
à bonds de sang tel oiseau gourd soudain vivant
hors des taillis) : et mes chevaux d’aller leur amble
écartelé sur l’horizon quelque étoile au frontail
en ferronnière ou œil cyclope et qui mirait
m’Amour nos cœurs couvés dans le nid des pétrels

Et celui qui suçait l’absolu – pain béni ! :
c’est la bouche à manger du soleil, disait-il,
se repaissant aussi des larmes de ses yeux
mieux que de jambon cuit et bière à demi tiède
en auberge ardennaise où fut l’Arthur d’antan,
à l’autre qui vaquait pour b(r)aguette et jaja
pendant qu’il écrivait tête à l’étoile et poignes
pleines de mots dégouttelant des bras levés
haut debout vers janvier ligne de cœur en crue
les pieds tanqués dans le sablon comme échalas
étayant sur le ciel la tomate concrète. 

[…]

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