Le taureau dans la Gartempe


… Dans ses tréfonds le taureau torrentiel
boulé peut-être, il attend pique, épée,
pour jaillir du toril, encornant truite
et silure au passage, arc-bouté grimpe
ensuite aux prés d’embouche avec son mufle
beuglant au ciel pour appeler l’orage ‒
il vient avec son glaive, les poissons
béent dans l’espoir des sangs vermeils.

(© LEM 14 août 2017)

 

Nourrir une rivière en été (inédit)


… On lui donne ‒ elle a soif ‒ un nuage, une goutte
de rosée, c’est assez pour calmer sa pépie,
mais manger, c’est la barque avec les barbillons
qu’elle exige et la carpe en vieux cuir à mâcher :

lui occuper la bouche est un devoir antique
de riverains, l’été, c’est sinon la folie
du cheval qui se cabre et encense, emportant
la charrette et le foin sous l’orage attelé
au grand ciel électrique où vibrent les couleuvres.

(© LEM 8 août 2017)

 

L’orage (inédit 1993-1994)


L’orage
astique ses cuivres
sur la peau de bique
d’un champ d’orge mûr
ses quarts et ses gamelles
ses bidons
bringuebalent de partout
qu’en fait-il quand il les a
fourbis ?
il aiguise ses éclairs
sur le fusil d’acier du paratonnerre
tout cela sent le meurtre
rituel du cochon
les chaudronnées d’entrailles
qu’on cuit
l’orage est un
tueur de bêtes

(© LEM 1993)

 

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