Jean de Santeul (1630-1697) : La pompe du pont Notre-Dame


Il a existé à Paris, entre 1676 et 1853, un système de pompage installé sur le Pont-Neuf et destiné à alimenter en eau de Seine diverses fontaines de la capitale. Le poète néolatin Jean de Santeul est l’auteur de l’épigramme qui suit, gravée sur le frontispice de l’établissement. Pierre Corneille et d’autres poètes de l’poque en ont versifié des traductions assez libres (ou plus exactement des imitations), que j’indique à la suite de la mienne. Il n’est pas sans importance de préciser que Santeul se défend de s’être lui-même inspiré d’une épigramme sur le même sujet due au père jésuite François Vavasseur (1605-1681) – cette dernière, qui me semble moins bonne que celle de Santeul, est aussi donnée (avec sa traduction par mes soins) ci-dessous en appendice.


Sitôt que parvenant dedans la ville-reine,
La Seine en l’étreignant ralentit son courant ;
Éprise de l’endroit, s’arrêtant, ne sachant
Où couler, par la ville à plaisir se promène :
Et gorgeant de son flux remontant maints canaux,
Jouit d’être fontaine, étant fleuve tantôt.


Traduction de Pierre Corneille (1606-1684) :

Que le Dieu de la Seine a d’amour pour Paris !
Dès qu’il en peut baiser les rivages chéris,
De ses flots suspendus la descente plus douce
Laisse douter aux yeux s’il avance ou rebrousse.
Lui-même à son canal il dérobe ses eaux
Qu’il y fait rejaillir par de secrètes veines ;
Et le plaisir qu’il prend à voir des lieux si beaux,
De grand fleuve qu’il est le transforme en fontaines.


Traduction de Charles Du Périer (1622-1692)

___Éprise d’un lieu si charmant,
___Je coule bien plus lentement,
Je m’arrête partout, et mon onde incertaine
___Semble même oublier son cours :
Ainsi ces longs canaux, où je coule sans peine,
___Font qu’après mille détours,
De fleuve que j’étais, je me change en fontaine.


Traduction de François Charpentier (1620-1702)

Aussitôt que la Seine en sa course tranquille,
Joint les superbes murs de la royale ville,
Pour ces lieux fortunés elle brûle d’amour :
Elle arrête ses flots, elle avance avec peine,
Et par mille canaux se transforme en fontaine,
Pour ne sortir jamais d’un si charmant séjour.


Sequana cùm primùm reginae allabitur urbi,
__Tardat praecipites ambitiosus aquas ;
Captus amore loci, cursum obliviscitus, anceps
__Quò fluat, et dulces nectit in urbe moras.
Hinc varios implens fluctu subeunte canales,
__Fons fieri gaudet, qui modò flumen erat.

(in Joannis Baptistae Santolei Victorini […] opera poetica [Paris, 1695] pp. 283-284)


Appendice :

Épigramme de François Vavasseur (1605-1681)

La Seine entrant naguère en la ville des rois,
Baignait d’eaux empressées les pompeux domiciles.
Heureuse en son méandre, éprise de l’endroit,
Elle ne demandait qu’à s’attarder en ville.
Et suivant longuement le plomb creux de tuyaux,
De fleuve elle se fit fontaine aux closes eaux.


Sequana nuper, ubi regalem ingressus in urbem,
__Magnificas avido lamberet amne domos
Circuitu gaudens, et captus amore locorum
__Quaerebat longas ducere in urbe moras.
Ergo cavum subiit per longa foramima plumbum;
__Flumen erat, clausis fons quoque factus aquis.


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

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