Simon Armitage : Le Clown punk / The clown punk

Rentrant chez soi, roulant par les quartiers poissards,
on voit de temps en temps le clown des boulevards,
genre panière à linge et tout juste levé
déambulant, halant un chien en laisse. Mais

ne riez pas : sa peau d’homme, en chaque pixel,
a été mitraillée à l’encre indélébile ;
quand à l’arrêt aux feux le voici qui traverse,
pensez-y : dans trente ans, de quoi  aura-t-il l’air,

scalp en peau de chagrin, maigrichon de la bouille,
hautement punk encor, tatoué de barbouille ?
Gamins derrière assis, qui tressaillez, hurlez
quand sur le pare-brise il plaque son portrait,

fixez bien le clown punk tagué de la trombine :
– hop, un coup d’essuie-glace, et que tombe la bruine.

***

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

*** 

Driving home through the shonky side of town,
three times out of ten you’ll see the town clown,
like a basket of washing that got up
and walked, towing a dog on a rope. But

don’t laugh: every pixel of that man’s skin
is shot through with indelible ink;
as he steps out at the traffic lights,
think what he’ll look like in thirty years’ time –

the deflated face and shrunken scalp
still daubed with the sad tattoos of high punk.
You kids in the back seat who wince and scream
when he slathers his daft mush on the windscreen,

remember the clown punk with his dyed brain,
then picture windscreen sweepers, and let it rain.

(in Tyrannosaurus Rex versus the Corduroy Kid, éd. Faber and Faber,2006) 

Simon Armitage (né en 1963), Soir / Evening

Tu as douze ans, tout au plus treize,
Tu quittes la maison par la petite porte.
Tu as le temps. Tu as promis
de ne pas t’attarder, de ne pas aller loin.

Tu apprendras un jour le nom de tous les arbres.
Tu prends à gauche sous la crête,
gagnes la piste cavalière entre deux rus.
Voici Wool Clough. Voici Riyd Edge.

Pic encore ensoleillé. Mais
le soir. Le soir qui te surprend dans la montée.
La brune fait aller ses doigts sur tes vertèbres.
Tourne talons. À ton retour

l’enfant dort dans son lit, trop grand pour le berceau.
Ta femme à la chandelle entretient les habits.
Désolé. Tu pensais
qu’il était tôt. Comment s’est-il donc fait si tard ?

***

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

*** 

You’re twelve. Thirteen at most.
You’re leaving the house by the back door.
There’s still time. You’ve promised
not to be long, not to go far.

One day you’ll learn the names of the trees.
You fork left under the ridge,
pick up the bridleway between two streams.
Here is Wool Clough. Here is Royd Edge.

The peak still lit by sun. But
evening. Evening overtakes you up the slope.
Dusk walks its fingers up the knuckles of your spine.
Turn on your heel. Back home

your child sleeps in her bed, too big for a cot.
Your wife makes and mends under the light.
You’re sorry. You thought
it was early. How did it get so late?

(in Tyrannosaurus Rex versus the Corduroy Kid, éd. Faber and Faber,2006) 

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