Horace : Bamboula d’hiver (Quantum distet ab Inacho Codrus, in Odes, III, 19)

_____Tu dis combien d’années séparent
Inachus de Codrus, mort avec grand courage
_____pour sa patrie, race d’Éaque,
hostilités menées sous Ilion la sainte,
_____mais à quel prix nous achetons
le cruchon de Chios et qui fait chauffer l’eau,
_____qui sera notre hôte, à quelle heure
me passera ce froid péligne, tu le tais*.

_____Buvons ! à la lune nouvelle !
à la mi-nuit ! buvons ! garçon, vite ! à l’augure
_____Murena ! – Trois ou neuf cyathes**
à ras bord de vin pur à mélanger à l’eau ?
_____Aimant l’imparité des Muses,
le poète, exalté, veut trois fois trois cyathes,
_____« N’en ajoutez pas plus de trois »,
s’oppose, redoutant les bagarres, la Grâce
_____accompagnée de ses sœurs nues.

Qu’il est bon d’être fou !… Mais d’où vient que la flûte
_____de Bérécynthe perde souffle  ?
qu’est pendu le syrinx, que la lyre est sans voix ?
_____Je déteste qu’on ait la main
chiche, moi ! Fais pleuvoir les roses, qu’ils entendent
_____un fier chahut, jaloux, Lycus,
et la voisine, au vieux Lycus mal assortie !
_____ Paré de tes cheveux épais,
tu ressembles, Télèphe, au pur astre du soir.
_____Rhodê t’appelle, en âge d’homme :
mon amour pour Glycère à feu lent me consume.

*

* : Un fâcheux (Télèphe ?) y va de son érudition ; or l’important, c’est pour Horace de savoir où se tiendra le banquet du soir, en l’honneur d’un certain Murena, qui vient d’être nommé augure ; les amis ont pour l’occasion acheté à grand frais du vin de Chios, et espèrent bien se réchauffer dans la maison de leur hôte : on est en hiver, le froid est qualifié de « péligne », c’est-à-dire comme il en règne dans les montagnes du pays samnite (Italie centrale).
** : il en va des pratiques traditionnelles du banquet romain : le vin ne se buvait pas pur, mais mêlé d’eau selon des proportions données, plus ou moins enivrantes. Ce qui est ici proposé, c’est, soit trois parties de vin pur pour neuf d’eau, soit l’inverse.  


___Quantum distet ab Inacho
Codrus, pro patria non timidus mori,
___narras, et genus Aeaci,
et pugnata sacro bella sub Ilio.
___Quo Chium pretio cadum
mercemur, quis aquam temperet ignibus,
___quo praebente domum et quota
Paelignis caream frigoribus, taces.
___Da lunae propere novae,
da noctis mediae, da, puer, auguris
___Murenae. Tribus aut novem
miscentur cyathis pocula commodis?
___Qui Musas amat imparis,
ternos ter cyathos attonitus petet
___vates, tris prohibet supra
rixarum metuens tangere Gratia
___nudis iuncat sororibus.
Insanire iuvat . . . Cur Berecyntiae
___cessant flamina tibiae?
Cur pendet tacita fistula cum lyra?
___Parcentis ego dexteras
odi: sparge rosas; audiat invidus
___dementem strepitum Lycus,
et vicina seni non habilis Lyco.
___Spissa te nitidum coma,
puro te similem, Telephe, Vespero
___tempestiva petit Rhode:
me lentus Glycerae torret amor meae.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

D'autres odes d'Horace sur ce blog :

Elles sont trop nombreuses pour qu’on puisse en donner ici la liste :
si on est intéressé, saisir « Horace » dans l’outil de recherche
situé en haut à droite de cette page.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :