Hermann Hesse (1877-1962) : Le Noël du vieil homme / Weihnachten des Alten

Qui est Hermann Hesse ?


Lorsque j’étais enfant, dans le temps de Noël,
Quel immense bonheur et jamais assouvi,
Dans l’odeur des bougies, au-dessous du sapin,
J’avais à m’amuser avec mes jouets neufs :
Livre illustré, cheval, petit train, violon !
Et même si bientôt tout jouet pâlissait
Et se banalisait, tout arbre de Noël
Était chaque fois neuf, était fête et merveille,
Me prenait chaque fois dans son cercle magique.

À présent, je ne joue à aucun nouveau jeu,
J’ai épuisé envie, éclat, j’ai accompli
Mon long cheminement plein de jouets cassés
Dont tintent les débris. Pourtant la nostalgie
Pour mes yeux peint encore une ultime et très haute
Merveille aux coloris charmants : l’ultime fête,
Sortir de l’univers de l’enfance et du jeu,
Entrer dans le suivant, puissamment désiré.

À toi je pense, quand le monde désempli
Tremblote à mon entour avec ses débris peints,
À toi je pense, ultime jeu, mort bien-aimée !
Encore vont briller les envies de l’enfance,
Encore va verdir l’arbre sec de Noël,
La merveille briller, pour qu’au fond du puits sombre
De mon cœur apeuré sourde à nouveau la joie.
Et entre les bougies et l’odeur de sapin
Et l’amoncellement de jouets démolis,
Viendra, sortant du noir empli de volupté,
Pour m’appeler : la voix lointaine de ma mère.


Als ich ein Knabe war, in Weihnachtszeiten,
Wie war ich selig da und unersättlich,
Im Duft der Kerzen mit dem neuen Spielzeug
Zu spielen unterm Tannenbaum: dem Ross,
Dem Bilderbuch, der Eisenbahn, der Violine!
Und wenn auch jedes Spielzeug bald erlosch
Und Alltag wurde, jeder Weihnachtsbaum
War wieder neu, war Fest und Wunder,
Umfing mich wieder mit dem Zaubernetz.

Heut weiß ich keine neuen Spiele mehr,
Erschöpft ist Glanz und Lust, der lange Weg
Liegt hinter mir, zerbrochenen Spielzeugs voll,
Die Scherben klirren. Doch die Sehnsucht malt
Mir einen letzten, höchsten Zauber noch
In holden Farben aus: das letzte Fest,
Den Ausgang aus der Spiel- und Kinderwelt,
Den Eingang in die nächste, tief ersehnt.

Dein denk ich, wenn die leergewordne Welt
Um mich mit ihren farbigen Scherben flirrt,
Dein denk ich, letztes Spiel, geliebter Tod!
Aufglänzen wird noch einmal Kinderlust,
Noch einmal wird der dürre Christbaum blüh´n
Und Wunder strahlen, dass im dunkeln Schacht
Das Herz von neuer Wonne bang erquillt.
Und zwischen Kerzenglanz und Tannenduft
Und all dem Wust zerbrochner Spielerei´n
Wird aus dem wonnevollen Dunkel
Die ferne Stimme meiner Mutter rufen.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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