Dylan Thomas (1914-1953) : Dira-t-on que les dieux rouent de coups les nuages / Shall gods be said to thump the clouds

Dira-t-on que les dieux rouent de coups les nuages
Quand les nuages sont maudits par le tonnerre,
Les dira-t-on pleurer quand l’ouragan fait rage ?
Les arcs-en-ciel teinteront-ils leurs vêtements ?

Lorsque tombe la pluie, où se trouvent les dieux ?
Quelqu’un dira-t-il donc qu’ils font rejaillir l’eau
De cuves de jardin, qu’ils libèrent les crues ?

Quelqu’un dira-t-il donc qu’à l’instar de Vénus
Les trayons d’un vieux dieu sont pressés et crevés,
Que la nuit moite me rabroue comme une nurse ?

Autant dire plutôt que les dieux sont des pierres.
Sous la pierre lancée, le sol résonne-t-il,
Tinte-t-il, le semis de gravier ? Parlez, pierres
Avec des langues s’exprimant en toutes langues.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


Shall gods be said to thump the clouds
When clouds are cursed by thunder,
Be said to weep when weather howls?
Shall rainbows be their tunics’ colour?

When it is rain where are the gods?
Shall it be said they sprinkle water
From garden cans, or free the floods?

Shall it be said that, venuswise,
An old god’s dugs are pressed and pricked,
The wet night scolds me like a nurse?

It shall be said that gods are stone.
Shall a dropped stone drum on the ground,
Flung gravel chime? Let the stones speak
With tongues that talk all tongues.

(in Collected Poems. New York, N.Y.: New Directions, 1957)

D'autres poèmes de Dylan Thomas sur ce blog : 

Dylan Thomas (1914-1953) : Et la mort n’aura point d’empire / And death shall have no dominion

Et la mort n’aura point d’empire,
Les morts, nus, se verront unis
À l’homme dans le vent et à la lune d’ouest ;
Leurs os, rongés à blanc, leurs os blancs disparus,
Ils auront, coude et pieds, des étoiles pour lest ;
Ils seront sains d’esprits, bien que fous devenus,
Bien qu’immergés en mer, rejaillissant du bas ;
Si meurent les amants, l’amour, lui, ne meurt pas,
Et la mort n’aura point d’empire.

Et la mort n’aura point d’empire.
Sous les ondulations marines
Tout de leur long couchés nul vent ne les tuera ;
Vissés à l’échafaud,  quand les chairs se déchirent,
Fixés même à la roue, ils ne craqueront pas,
La foi qu’ils ont en main pourra se désunir,
Et les diables cornus les traverser de pas ;
Pourfendus de partout, ils ne céderont pas,
Et la mort n’aura point d’empire.

Et la mort n’aura point d’empire.
Les goélands, fini d’entendre leur crierie,
Et les vagues venant se briser sur les grèves ;
Où la fleur a fleuri, nulle autre fleur ne lève
La tête pour l’offrir aux bourrasques de pluie ;
Qu’importe qu’ils soient fous, clous morts, minés de rouille,
Leurs têtes de bouffons battront les marguerites,
Forceront le soleil jusqu’à ce qu’il s’écroule
Et la mort n’aura point d’empire.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


And death shall have no dominion.
Dead men naked they shall be one
With the man in the wind and the west moon;
When their bones are picked clean and the clean bones gone,
They shall have stars at elbow and foot;
Though they go mad they shall be sane,
Though they sink through the sea they shall rise again;
Though lovers be lost love shall not;
And death shall have no dominion.

And death shall have no dominion.
Under the windings of the sea
They lying long shall not die windily;
Twisting on racks when sinews give way,
Strapped to a wheel, yet they shall not break;
Faith in their hands shall snap in two,
And the unicorn evils run them through;
Split all ends up they shan’t crack;
And death shall have no dominion.

And death shall have no dominion.
No more may gulls cry at their ears
Or waves break loud on the seashores;
Where blew a flower may a flower no more
Lift its head to the blows of the rain;
Though they be mad and dead as nails,
Heads of the characters hammer through daisies;
Break in the sun till the sun breaks down,
And death shall have no dominion.

(in Twenty-Five Poems, 1936)

D'autres poèmes de Dylan Thomas sur ce blog :

Dylan Thomas (1914-1953) : N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit / Do not go gentle into that good night

N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit,
Les vieux devraient tonner, gronder quand le jour tombe ;
Rage, mais rage encor lorsque meurt la lumière.

Si le sage à la fin sait que l’ombre est la norme,
Comme aucun de ses mots n’a fourché en foudre il
N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit.

Le bon, près de la vague ultime, qui déplore
Que sa vie frêle eût pu danser en verte baie,
Il rage, il rage encor lorsque meurt la lumière.

Le fou qui prit, chanta, le soleil en plein vol,
Et conscient, trop tard, d’avoir bridé sa course,
N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit.

Le juste, agonisant, qui voit d’un œil aveugle
Qu’un œil aveugle peut briller, gai, météore,
Il crie, il crie encor lorsque meurt la lumière.

Et toi, mon père, là, sur ces tristes hauteurs,
Maudis-moi, bénis-moi de pleurs durs, je le veux !
N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit.
Mais rage, rage encor lorsque meurt la lumière.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


Do not go gentle into that good night,
Old age should burn and rave at close of day;
Rage, rage against the dying of the light.

Though wise men at their end know dark is right,
Because their words had forked no lightning they
Do not go gentle into that good night.

Good men, the last wave by, crying how bright
Their frail deeds might have danced in a green bay,
Rage, rage against the dying of the light.

Wild men who caught and sang the sun in flight,
And learn, too late, they grieved it on its way,
Do not go gentle into that good night.

Grave men, near death, who see with blinding sight
Blind eyes could blaze like meteors and be gay,
Rage, rage against the dying of the light.

And you, my father, there on that sad height,
Curse, bless me now with your fierce tears, I pray.
Do not go gentle into that good night.
Rage, rage against the dying of the light.

(in In Country Sleep [éd. New Directions,  New York, 1952])

D'autres poèmes de Dylan Thomas sur ce blog :
%d blogueurs aiment cette page :