Gottfried Benn (1886-1956) : Cariatide / Karyatide

Qui est Gottfried Benn ?

Retire à ton dos la pierre ! Dévaste
La grotte où tu es esclave ! Fais rage
Dans les champs ouverts ! Fi des chapiteaux –
Vois le Silène ivre : À travers sa barbe,
Tiré de son sang toujours frénétique
Pur inégalé parcouru d’échos,
S’écoule du vin jusqu’en ses parties !

Vomis tout désir d’atlantes : des mains
Séniles, usées, les ont fait trembler
Dans les cieux couverts. Mets à bas les temples
Devant tes genoux combles de langueur
Où la danse appelle !

Distends-toi, éclos en force, ensanglante
Ton souple terrain de larges blessures :
Vénus aux pigeons, vois, se ceint les hanches,
La porte d’amour, en usant de roses –
Vois ce souffle bleu, dernier de l’été,
Passer sur les mers d’asters pour gagner
La côte lointaine aux arbres bruns : point,
Vois, la dernière heure à menteuse joie
De notre midi
Hautement voûté.

NB : On trouve ici (en anglais) d'intéressants commentaires 
sur diverses traductions en anglais de ce même texte.

Entrücke dich dem Stein! Zerbirst
Die Höhle, die dich knechtet! Rausche
Doch in die Flur! Verhöhne die Gesimse-
Sieh: Durch den Bart des trunkenen Silen
Aus seinem ewig überrauschten
Lauten einmaligen durchdröhnten Blut
Träuft Wein in seine Scham!

Bespei die Säulensucht: toderschlagene
Greisige Hände bebten sie
Verhangenen Himmeln zu. Stürze
Die Tempel vor die Sehnsucht deines Knies,
In dem der Tanz begehrt!

Breite dich hin, zerblühe dich, oh, blute
Dein weiches Beet aus großen Wunden hin:
Sieh, Venus mit den Tauben gürtet
Sich Rosen um der Hüften Liebestor-
Sieh dieses Sommers letzten blauen Hauch
Auf Astermeeren an die fernen
Baumbraunen Ufer treiben; tagen
Sieh diese letzte Glücklügenstunde
Unserer Südlichkeit
Hochgewölbt.

(in Fleisch. Gesammelte Lyrik, 1917)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

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