Aturrus (nouvelle)

 

J’ai développé pendant deux décennies un rapport assez intime avec le Sud-Ouest et les Pyrénées.
J’en parle dans cette courte nouvelle, publiée en 2009 dans la revue Le Festin.

Aturrus 

Siegfried Völlger (né en 1955) : un chat dans un pré / eine katze auf einer wiese

 

assis dans un pré
un chat, bien rangé bien en ordre,
scrute le sol

j’ai toujours pensé
qu’ils attendent ce faisant les souris

maintenant
je sais

qu’il apaise la terre


eine katze auf einer wiese
sitzt, aufgeräumt und ordentlich,
starrt auf den boden

ich dachte immer
sie warten so auf mäuse

jetzt
weiß ich

sie beruhigt die erde


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


Célébration de la Gartempe en son étiage

 

Peut-être sommes-nous tous possédés par une rivière.
Le mienne, ma « rivière d’enfance », celle qui arrose ma ville natale, c’est la Gartempe.
Elle est grosse à l’automne, en hiver ; très maigre en été, coule comme furtive parmi les rocs.
C’est en juillet 2017 que j’ai voulu la célébrer.

Célébration de la rivière
en son étiage

Anke Glasmacher (née en 1969) : Pater Noster

 

gargouillant suave
la paroi crache
un être
humain

sur l’autre face
gueule en bois bée
bâfrant au calme
elle se
l’avale


sanft gurgelnd
spuckt die wand
einen menschen
aus

auf der anderen seite
mit aufgesperrtem holzmaul
gemächlich schmatzend
verschluckt sie
ihn

(in Brot und Spiele, elifverlag 2014)

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


Michael Hillen (né en 1953) : Purification / Reinigung

 

« radis. fromage blanc. chou-fleur.
échalotes. chicorée. feta ».
je n’avais pas encore poussé
plus avant le survol de l’article
et je pensais le temps d’allumer
une allumette à van ostaijen,
au mot « poisson »
qui recèle plus de poésie
que tous les poèmes à propos de poissons,
mais il était question d’une femme
qui pour la purification de son
âme affamée ne mangeait que
des aliments de couleur blanche.


›rettich. quark. blumenkohl.
schalotten. chicorée. schafskäse‹.
ich hatte den artikel
noch nicht weiter überflogen
und dachte das anzünden
eines streichholzes lang an van ostaijen,
an das wort ›fisch‹
dem mehr poesie eigen sei
als allen gedichten über fische,
aber es ging um eine frau
die zur reinigung ihrer
verhungernden seele allein
weißfarbene lebensmittel aß

(In Antonia und andere Frauengeschichten. Gedichte, Verlag Traian Pop 2018)

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


Adrian Kasnitz (né en 1974) : Rio de la Plata

 

Au vent froufroutent
tickets de caisse, papier-monnaie
les jupes
______volettent
petits oiseaux
des couples se joignent en couples
dans le parc
_______sur la berge
prière de ne pas cueillir de fleurs
prière de jeter les ordures aux ordures
_______l’eau l’eau
prière de ne pas y toucher


Im Wind rascheln
Kassenbons, Papiergeld
die Röcke
_______flattern
kleine Vögel
Paare treffen sich als Paare
im Park
______am Ufer
Blumen bitte nicht pflücken
Müll bitte zu Müll
_____Wasser, Wasser
bitte nicht anfassen


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


Giorgio Anselmo (1459 ?-1528) : L’anti-Narcisse

Qui est Giorgio Anselmo ?

Évite la fontaine, au vu de ta figure,
Linus, et les sommets d’où découle une eau pure.
Tel Narcisse jadis – lui par amour de soi –,
T’y mirant tu mourrais – toi par haine de toi.


Cum tu facie tali, Line, ne pete fontem,
_Neu juga qua nitida defluit amnis aqua.
Adspiciens ne te (nimio Narcissus amore
_Ut quondam) ipse odio sic moriare tui.

(in Carmina selecta ex illustribus poetis saeculi decimiquinti et decimisexti [1732] p. 332) 

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


Judith Hennemann (née en 1975) : Pour le prochain hiver / Für den nächsten Winter

 

Sur le déclin de l’été sombre, j’étais
un château de cartes. Il suffisait d’un souffle ultime
pour que je sois partout, fleuve invisible,
gris de jour, voie de tourne. De nuit
le bruit noir, Dieu n’était plus
joueur d’échecs. L’hiver me suivait
et demeurait. Provisoire, négligé,
un assemblage de pigeons pend au ciel.

La ville à présent pleine de chantiers : hâtives
opérations sans anesthésie. Les jours,
chiens blancs aux pattes à motricité globale,
n’arrivent pas dans les angles, mais la nuit,
phalène empêtrée dans la toison luminescente
des réverbères. Ce printemps électrique nous
tient plus au chaud que le feu pascal. Le bois en est
déjà coupé.


Als der dunkle Sommer sich neigte, war ich
ein Kartenhaus. Ein letzter Atem reichte
dann war ich überall, unsichtbarer Fluss,
am Tage grau, eine Abbiegerspur. Nachts
das schwarze Rauschen, Gott war kein
Schachspieler mehr. Der Winter folgte mir
und blieb. Ein Provisorium, nachlässig ab
montierte Tauben hängen im Himmel.

Die Stadt jetzt voller Baustellen: hastige
Operationen ohne Betäubung. Die Tage,
weiße Hunde mit grobmotorischen Pfoten,
reichen nicht in die Winkel, aber die Nacht,
ein Falter verfängt im Lichtfell der Straßen
Laternen. Dieser elektrische Frühling hält
uns wärmer als Osterfeuer. Das Holz ist
bereits geschlagen.

(In Bauplan für etwas anderes, Axel Dielmann Verlag 2016)

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

 

Étienne Forcadel / Stephanus Forcatulus (1519-1578) : Pour Clytie / Ad Clytiam

Qui est Étienne Forcadel ?

 


Tes présents : m’embrasser et des brassées de fleurs,
Embrassements, brassées, ont les mêmes senteurs.


NB : Le jeu de l’épigramme repose sur la paronomase, en latin, entre suaviola / violas (baisers doux / violettes) qu’il s’agit bien sûr de rendre en français. Le texte original signifie : « Tu m’as donné, de tes lèvres, des baisers, de tes mains, des violettes. Le parfum des baisers est le même que celui des baisers ».

Suaviola et violas labris manibusque dedisti
___Suaviolis odor est qualis et est violis.

(In Stephani Forcatuli jureconsulti epigrammata [1554, p. 10])

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Werner Weimar-Mazur (né en 1955) : médéen / medeal

 


pour Bela et ses pommiers

tes ancêtres venaient du caucase
terres inconnues à bêtes sauvages
et habitants aux rudes coutumes
tu venais de la mer noire
suivais un traîne-misère de séducteur
l’aidais à barboter dérober
devins de son fait meurtrière
[c’était une autre voulaient nous faire accroire ses descendants]
il t’a laissée tomber
en retour pas un merci
oh si tu avais conservé pour toi la toison d’or
l’avais cachée dans la maison de ton grand-père
dans le buron perdu
juste derrière le col sous les glaciers
où les troupeaux de chèvres et les bergers connaissent seuls le chemin
où les sonneurs de cromornes rivalisent de souffle avec le vent
où les filles lorgnent timides par les fenêtres des huttes
quand passe à cheval un prince étranger
à la recherche d’un vieux secret
où la poétesse chante les roches
le fleuve la mer où s’écoule le fleuve
les poissons qui ne reviennent pas
quand ils ont rencontré la baleine argentée
avec sa lippe-lune
aussi grande et belle que le ciel
au-dessus de la lucarne du château rocheux
tu pourrais être étendue dans un caftan multicolore
au début de l’été sous un tilleul
ton amant embrasserait ton corps de miel
le sang des cerises se mêlerait au tien
oh si tu lui avais au traîne-misère de séducteur
planté dans le cœur la lame à tranchant double des montagnards
la mer noire son sang l’aurait encore assombrie davantage
[mais nul poète pour cela ne n’aurait chantée]


für Bela und ihre Apfelbäume

aus dem kaukasus kamen deine vorfahren
unbekannte gegenden mit wilden tieren
und menschen mit harten bräuchen
vom schwarzen meer kamst du
folgtest einem elenden verführer
halfst ihm stehlen und rauben
wurdest durch ihn zur mörderin
[wollten uns seine nachfahren mit einer anderen weismachen]
fallen ließ er dich
du erhieltest keinen dank
ach hättest du das goldene widderfell für dich behalten
es versteckt in deines großvaters haus
im entlegenen gebirgsstall
gleich hinter der passhöhe unter den gletschern
wo nur die ziegenherden und hirten den weg kennen
wo die krummhörner mit dem wind um die wette blasen
wo die mädchen scheu aus den fenstern der hütten lugen
wenn ein fremder prinz vorüber reitet
auf der suche nach einem alten geheimnis
wo die dichterin die felsen besingt
den fluss das meer in den der fluss fließt
die fische die nicht zurückkehren
wenn sie den silbernen wal getroffen haben
mit seinem mondmund
der so groß und schön ist wie der himmel
über der dachluke der felsenburg
in einem bunten kaftan könntest du liegen
im frühsommer unter einer linde
dein geliebter küsste dir den honig vom leib
das blut der kirschen mischte sich mit deinem
ach hättest du dem elenden verführer
die doppelklinge der bergbewohner ins herz gestoßen
das schwarze meer wäre noch dunkler geworden von seinem blut
[doch kein dichter hätte dich dafür besungen]


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.