Virgile : Énéide, livre X : La Mort de Pallas (474-489) ; Le Simulacre d’Énée (633-642)

Pallas lance une pique avec toutes ses forces
Et du fourreau creux tire une épée qui fulgure.
Elle, vole où se dresse, au plus haut, l’épaulière,
Tombe, fraie son chemin au bord du bouclier
– Même en fin touche un peu le grand corps de Turnus.
Alors Turnus un fer fixé au rouvre, aigu,
Fait longtemps tournoyer, à Pallas jette et dit :
« Vois si le mien, de trait, ne pénètre pas mieux ! »
Se tait. Le bouclier bardé de fer, d’airain,
Que la peau, tant de fois, couvre et ceint, d’un taureau,
L’impact vibrant du pieu au milieu le traverse,
Et la cuirasse obstante, et la large poitrine.
Il tire – en vain – le trait cuisant de la blessure :
Avec, par même voie, sang et vie vont suivant.
S’effondre sur sa plaie, dessus ses armes bruissent,
Terre hostile ! où il croule, et meurt – sa bouche saigne.


Ayant ainsi parlé, sitôt du haut ciel elle*
s’élance et meut l’hiver, nimbée, à travers souffles,
gagne l’armée troyenne et le camp des Laurentes.
Usant du creux nuage : une ombre ténue, grêle,
qui semble Énée – à voir, c’est prodige étonnant –
des traits dardaniens elle orne ; écu, panache
du divin chef imite, et donne des mots vides,
donne une voix sans âme, et copie pas, démarche
– la mort venue : ainsi, dit-on, volent fantômes
ou songes qui se jouent de nos sens endormis.

* : il s’agit de Junon.


At Pallas magnis emittit uiribus hastam
uaginaque caua fulgentem deripit ensem.
Illa uolans umeri surgunt qua tegmina summa
incidit atque uiam clipei molita per oras
tandem etiam magno strinxit de corpore Turni.
Hic Turnus ferro praefixum robur acuto
in Pallanta diu librans iacit atque ita fatur :
« Adspice, num mage sit nostrum penetrabile telum. »
Dixerat ; at clipeum, tot ferri terga, tot aeris,
quem pellis totiens obeat circumdata tauri,
uibranti cuspis medium transuerberat ictu
loricaeque moras et pectus perforat ingens.
Ille rapit calidum frustra de uolnere telum :
una eademque uia sanguis animusque sequuntur.
Corruit in uolnus, sonitum super arma dedere
et terram hostilem moriens petit ore cruento.


Haec ubi dicta dedit, caelo se protinus alto
misit, agens hiemem nimbo succincta per auras,
Iliacamque aciem et Laurentia castra petiuit.
Tum dea nube caua tenuem sine uiribus umbram
in faciem Aeneae, uisu mirabile monstrum,
Dardaniis ornat telis clipeumque iubasque
diuini adsimulat capitis, dat inania uerba,
dat sine mente sonum gressusque effingit euntis,
morte obita qualis fama est uolitare figuras
aut quae sopitos deludunt somnia sensus.


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


D'autres extraits
de Virgile sur ce blog :

Martial / Marcus Valerius Martialis (40 – 104 [?]) : Épigrammes 2

Un conseil : fuis les coups fourrés de Grande Pute,
Ô Gallus, plus léger que conques de Cythère !
Tu comptes sur ton cul ? – L’époux n’est pas culbute,
Et ne fait que deux trucs : il suce, ou se fait mettre.


Tu n’as souvent qu’un sou dans tout ton réticule
Et plus usé, Hyllus, que le trou de ton cul :
En verra la couleur ni boulanger ni queux
Mais qui sera nanti d’une imposante queue.
Ton pauvre ventre voit ton cul faire bombance :
Misère ! il meurt de faim ; l’autre s’emplit la panse.


Hyllus, mon gars, tu fous la femme d’un soldat,
Et de peine ne crains que ce qu’on fait aux gars.
Malheur à toi ! Jouant, seras castré ! – Tu dis :
« C’est pas permis ! » Tes faits, Hyllus, ils sont permis ?


Subdola famosae moneo fuge retia moechae,
levior o conchis, Galle, Cytheriacis.
Confidis natibus? Non est pedico maritus;
quae faciat duo sunt: irrumat aut futuit.


Unus saepe tibi tota denarius arca
cum sit et hic culo tritior, Hylle, tuo,
non tamen hunc pistor, non auferet hunc tibi copo,
sed si quis nimio pene superbus erit.
Infelix venter spectat convivia culi,
et semper miser hic esurit, ille vorat.


Uxorem armati futuis, Puer Hylle, tribuni,
supplicium tantum dum puerile times.
Vae tibi! dum ludis, castrabere. Jam mihi dices
‘Non licet hoc’. Quid? tu quod facis, Hylle, licet?


(in Epigrammatum libri II [47 ; 51 ; 60])


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


D'autres épigrammes 
de Martial sur ce blog :

Cornelius Gallus (69 – 26 av. J. C.) : Deux courtes (et charmantes) épigrammes amoureuses

Petite, souris-tu, ton regard étincelle,
Un murmure inconnu palpite sur tes lèvres :
Vite, dénoue ta bouche et donne-moi tes mots !

*

Ta gorge embaume la cannelle,
Tout ton être n’est que délice.
Couvre ton sein, dont m’est supplice
La neige rayonnante et belle !
Vois-moi, cruelle, qui languis :
M’abandonner, mort à demi !


Subrides si, virgo, faces jacularis ocellis,
Et tua nescio quo murmure labra sonant ;
Cur non ora mihi jamdudum in verba resolvis ?

*

Sinus expansa profert cinnarna:
Undique surgunt ex te deliciæ.
Conde papillas, quæ me sauciant
Candore et luxu nivei pectoris.
Sæva, non cernis quantum ego langueo?
Sic me destituis jam semimortuum?


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


Du même auteur sur ce blog :

Martial / Marcus Valerius Martialis (40 – 104 [?]) : Épigrammes 1

L’abeille dans l’ambre

Claire et close au secret de cette goutte d’ambre,
L’abeille semble incluse en son propre nectar.
Sa récompense est à hauteur de sa besogne,
Et l’on croirait qu’elle a voulu mourir ainsi.


 La chasteté de Thaïs

Personne du peuple et dans toute la ville
Ne se targuerait d’avoir baisé Thaïs
(Maint pourtant la désire et l’en requiert).
– Thaïs est si chaste ? – Non pas, elle suce.


 Le zizi de Papile

Si long est ton zizi, Papile, et long ton nez
Qu’à chaque bandaison tu peux te le flairer.


 Les maris de Galla

Tu épousas, Galla, de six à sept tarlouzes
Dont te plaisaient cheveux et barbe bien peignés ;
Puis éprouvant leurs reins et leur pine pareille
Au cuir mouillé (ta main lassée de la raidir),
Tu désertas l’hymen eunuque et maris mous.
Tu retombes pourtant dans ces mêmes amours…
Cherche qui n’ait au bec que mâles d’anciens temps,
Un hirsute, un farouche, un plouc, un dur à cuire :
On trouve ; mais la horde a aussi ses tarlouzes :
Difficile, Galla, d’épouser un vrai mec…


Et latet et lucet Phaethontide condita gutta,
Ut videatur apis nectare clusa suo.
Dignum tantorum pretium tulit illa laborum:
Credibile est ipsam sic voluisse mori.


Non est in populo nec urbe tota
a se Thaida qui probet fututam,
cum multi cupiant rogentque multi.
Tam casta est, rogo, Thais? Immo fellat.


Mentula tam magna est, tantus tibi, Papile, nasus
Ut possis, quoties arrigis, olfacere.


Jam sex aut septem nupsisti, Galla, cinaedis,
dum coma te nimium pexaque barba iuvat;
deinde experta latus mandidoque simillima loro
inguina nec lassa stare coacta manu,
deseris imbelles thalamos mollemque maritum,
rursus et in similes decidis usque toros.
Quaere aliquem Curios semper Fabiosque loquentem,
hirsutum et dura rusticitate trucem:
invenies; sed habet tristis quoque turba cinaedos:
difficile est vero nubere, Galla, viro.

(in Epigrammatum libri IV [32 ; 85), VI [36], VII [58])


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


D'autres épigrammes 
de Martial sur ce blog :
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