Virgile, L’Énéide, livre IV / Vergilius, Aeneis liber IV : Les affres de Didon / Didonis dolor

Après avoir promis de l’épouser, Énée vient d’annoncer à Didon, reine de Carthage, qu’il doit la quitter pour accomplir son destin. Cela ne va pas sans troubles ni colère…


C’était la nuit, toutes fatigues sur la terre
Cueillaient un doux repos, tout était coi, forêts,
Flots cruels, à cette heure médiane où les astres
Infléchissent leur course, où se taisent les plaines :
Troupeaux, oiseaux jaspés, hôtes des lacs limpides,
Des champs et des buissons, dormaient dans la nuit muette.
Mais il n’est de sommeil qui libère Didon
De ses affres, ses yeux et son âme à la nuit
Sont soustraits, redoublant son angoisse – et recroît,
Cruel, l’amour – La brûle, irrésolue, son ire.
Puis cessant, retournant ces pensées dans son cœur :
« Que ferai-je ? risée de mes anciens promis,
Demander à genoux que m’épouse un Nomade
Dont tant de fois j’ai refusé d’être la femme ?
Ou suivre les Troyens, me mettre à leur merci ?
Je les ai secourus, je peux m’en prévaloir :
Les obligés d’un jour ne sont point des ingrats…
Mais quand je le voudrais : qui me prendrait, haïe,
Sur son altier vaisseau ? – Ne sais-tu, malheureuse,
Ne sens-tu que ces gens d’Ilion sont parjures ?
M’enfuir seule, escorter ces marins triomphants ?
Ou entourée des Tyriens, de mes soldats,
De tous ceux à grand’ peine arrachés de Sidon,
De nouveau prendre mer, et donner voile au vent ?
– Tue plutôt ta douleur, sans tarder, ce t’est dû […]
Que n’ai-je donc vécu, sans crime, sans amant,
Farouche, et préservée de semblables tourments ! […]


Nox erat et placidum carpebant fessa soporem
corpora per terras, silvaeque et saeva quierant
a
equora, cum medio volvuntur sidera lapsu,

cum tacet omnis ager, pecudes pictaeque volucres,
quaeque lacus late liquidos quaeque aspera dumis
rura tenent, somno positae sub nocte silenti.
at non infelix animi Phoenissa, neque umquam
solvitur in somnos oculisve aut pectore noctem
accipit: ingeminant curae rursusque resurgens
saevit amor magnoque irarum fluctuat aestu.
sic adeo insistit secumque ita corde volutat:
‘en, quid ago? rursusne procos inrisa priores
experiar, Nomadumque petam conubia supplex,
quos ego sim totiens jam dedignata maritos?
Iliacas igitur classis atque ultima Teucrum
jussa sequar? quiane auxilio juvat ante levatos
et bene apud memores veteris stat gratia facti?
quis me autem, fac velle, sinet ratibusve superbis
invisam accipiet? nescis heu, perdita, necdum
Laomedonteae sentis perjuria gentis?
quid tum? sola fuga nautas comitabor ovantis?
an Tyriis omnique manu stipata meorum
inferar et, quos Sidonia vix urbe revelli,
rursus agam pelago et ventis dare vela jubebo?
quin morere ut merita es, ferroque averte dolorem. […]
non licuit thalami expertem sine crimine vitam
degere more ferae, talis nec tangere curas. […]

(Énéide, livre IV [vers 522-551] / Aeneis liber IV [versus DXXII-DLI])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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