Deux poèmes de Nelly Sachs

La bougie dont pour toi j’ai allumé la mèche
L’air lui fait bégayer la langue des flammèches.
Et l’eau me mouille l’œil ; au cimetière appelle
Ta cendre manifeste à la vie éternelle.

Ô haute convergence en ce gueux logement !
Si je savais le sens de tous ces éléments !
C’est toi qu’ils signifient, car tout te signifie,
Toi. Me répandre en pleurs – c’est tout ce que je puis.

***

Je t’écris toi
Au monde tu es revenu
avec le spectrificateur pouvoir des lettres
qui vers ton être est allé tâtonnant
Une lueur paraît
et le bout de tes doigts brasille dans la nuit
image d’astre à sa naissance
tirée du noir comme ces signes –

***

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

***

Die Kerze, die ich für dich entzündet habe,
Spricht mit der Luft der Flammensprache Beben,
Und Wasser tropft vom Auge; aus dem Grabe
Dein Staub vernehmlich ruft zum ewgen Leben.

O hoher Treffpunkt in der Armut Zimmer.
Wenn ich nur wüßte, was die Elemente meinen;
Sie deuten dich, denn alles deutet immer
Auf dich; ich kann nichts tun als weinen.

[extrait de In den Wohnungen des Todes (1945)]

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Ich schreibe dich –
Zur Welt bist du wieder gekommen
mit geisternder Buchstabenkraft
die hat getastet nach deinem Wesen
Licht scheint
und deine Fingerspitzen glühen in der Nacht
Sternbild bei der Geburt
aus Dunkelheit wie diese Zeilen –

[extrait de Glühende Rätsel (1965)]

Angye Gaona : Sud / Sur

La route rêve qu’elle mène à la mer
tandis qu’elle escalade le volcan
ou qu’elle traverse le grand marais
La route en bordure d’océan
se souvient de la neige et de la cécité,
du secret de la lagune,
du verbiage de la selve.
Nomade est la mémoire de la route :
passent les souvenirs en chaque sens du temps,
menant plus près, plus loin.
La route cueille des arômes en-allés,
laisse trousseaux oubliés près de regards brisés,
recèle des adieux multiples
que reflète le rétroviseur.
Elle s’en retourne à l’occasion, la route,
entraînant
paysage âge empreinte.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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Sur

La carretera sueña que lleva al mar
mientras asciende al volcán
o cruza el gran pantano.
La carretera de orilla oceánica
recuerda la nieve y la ceguera,
el secreto de la laguna,
la palabrería de la selva.
La memoria de la carretera es nómada:
transitan los recuerdos en cualquier sentido del tiempo,
llevan más acá, más allá.
La carretera recoge aromas idos,
deja enseres olvidados junto a miradas rotas,
contiene adioses que múltiples
se refractan en el retrovisor.
Retorna en ocasiones la carretera
trayendo consigo
paisaje edad huella.

Avènement des ponts

Avènement des ponts sera disponible sur le stand des éditions Tarabuste, au marché de la poésie, place Saint-Sulpice (75006)du jeudi 14 au dimanche 17 juin.

Catulle, LXXXV : Odi et amo (J’aime et je hais)

J’aime et je hais. Ne me demande pas pourquoi :
Je ne sais ; mais je sens, qui advient, cette croix.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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Odi et amo. Quare id faciam, fortasse requiris.
Nescio, sed fieri sentio et excrucior.

Un an et demi après sa parution aux éditions du Vampire Actif, La Vieille au buisson de roses fait encore parler d’elle. C’est sous la plume d’Angèle Paoli, et c’est ici sur Terres de femmes.

Zbigniew Herbert ~ Ballade qui dit que nous ne disparaîtrons pas

Qui à l’aurore appareilla
mais jamais ne s’en reviendra
du fait des vagues de bâbord
– un coquillage tombe alors
au fond, belles lèvres de pierre –
et qui suivit voie de poussière
mais sans atteindre les fenêtres
– déjà pourtant pointaient les aîtres :
l’air comme cloche est leur repère
à ceux qui laisseront sans père
livres et glaciales planches,
encrier vide et page blanche…
ils ne sont pas entiers défunts,
ils bruissent dans le papier peint,
têtes planes sur les cimaises…
d’air, d’eau, de calcaire et de glaise
est leur éden ; l’ange du vent
poignera leur corps, l’effaçant,
ils se dissiperont
dans les prairies du monde rond.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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Ballada o tym że nie giniemy 

Którzy o świcie wypłynęli
ale już nigdy nie powrócą
na fali ślad swój zostawili –
w głąb morza spada wtedy muszla
piękna jak skamieniałe usta
ci którzy szli piaszczystą drogą
ale nie doszli do okiennic
chociaż już dachy było widać –
w dzwonie powietrza mają schron
a którzy tylko osierocą
wyziębły pokój parę książek
pusty kałamarz białą kartę –
zaprawdę nie umarli cali
szept ich przez chaszcze idzie tapet
w suficie płaska głowa mieszka
z powietrza wody wapna ziemi
zrobiono raj ich anioł wiatru
rozetrze ciało w dłoni
będą
po łąkach nieść się tego świata

Zbigniew Herbert