Maria Luise Weissmann (1899-1929) : Les Chats / Die Katzen

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Ils sont plein de froideur et souples, quand ils marchent,
Et leur corps doucement se coule en ce qu’ils longent.
Lorsque s’ouvrent les fleurs qui logent dans leurs pattes,
La terre s’aplatit sous leur démarche ronde.

Ils ont le regard humble et un peu fou parfois.
Ils retordent alors, griffant, des fils secrets,
Un lacis douloureux de cheveux et de soie,
Devant marches de cave et contrevents brisés.

Ils sont grands dans le soir, leur absence est entière,
Envoutés, allongés sur le blanc-nuit des pierres.
Dans les maux, les plaisirs, souffrant de spleen, ravi,
Tu entends, loin, leurs pleurs qui traversent tes nuits.


Sie sind sehr kühl und biegsam, wenn sie schreiten,
Und ihre Leiber fließen sanft entlang.
Wenn sie die blumenhaften Füße breiten,
Schmiegt sich die Erde ihrem runden Gang.

Ihr Blick ist demuthaft und manchmal etwas irr.
Dann spinnen ihre Krallen fremde Fäden,
Aus Haar und Seide schmerzliches Gewirr,
Vor Kellerstufen und zerbrochnen Läden.

Im Abend sind sie groß und ganz entrückt,
Verzauberte auf nächtlich weißen Steinen,
In Schmerz und Wollust sehnsuchtskrank verzückt
Hörst du sie fern durch deine Nächte weinen.

(in Das frühe Fest, 1922)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Maria Luise Weissmann (1899-1929) : Juin 1919 / Juni 1919

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L’aube sombre me porte en son sein, lourdement,
Elle se meurt, me faisant naître au matin blême ;
Parmi des églantiers je grandis lentement,
Le mont doit m’allouer le bleu de ses ombrages
Lorsque midi me blesse en son ardeur abrupte.
Mène au soir le ponceau, chargé de lassitude,
Qui oscille, craintif, au-dessus du ruisseau.
Dans la nuit les murs blancs s’écroulent en silence,
Tout autour de mon lit marchent les forêts noires.


Die dunkle Frühe trägt mich schwer im Schoß,
Sterbend die mich gebar dem blassen Morgen;
Mit Heckenrosen werd ich langsam groß,
Berg muß mir seine blauen Schatten borgen,
Wenn Mittag mich in steiler Glut versehrt.
Zum Abend führt, von müder Last beschwert,
Bachüberwankend scheu das schmale Brett.
Stumm stürzen nachts die weißen Wände ein,
Die schwarzen Wälder schreiten um mein Bett.

(in Das frühe Fest, 1922)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Maria Luise Weissmann (1899-1929) : La Ville étrangère / Die fremde Stadt

Nollendorfplatz (Ernst Ludwig Kirchner, 1912)


Le ciel est maçonné de beaucoup de ciment,
Tout proche. Et reluisant, repeint, badigeonné
De ce bleu qui rayonne aux colonnes Morris ;
Sourd et lourd, un désastre est là qui guette, aux angles,

Et les coins ‒ quel frisson de mort tout autour ! ‒ scrutent
Des écueils, ‒ je suis vague, et brusquement m’y brise,
M’y fracasse, et les flots en me roulant m’entraînent.
Ce sont, toute la nuit, des voitures qui sifflent,

J’ai, dans ce bruit, perdu le bonheur éternel.
Ô angéliques voix, mélodieuses harpes,
Flux d’oraisons, parfum de palmes, souffle d’ailes ! ‒

Je me heurte aux verrous infrangibles de portes,
Je fixe de mes yeux mille masques d’effrois,
Je suis tellement lasse et ne dois pas dormir.


Der Himmel ist aus viel Zement gemauert,
Sehr nah. Und grell mit Tünche übermalt
Von jenem Blau, das Litfaßsäule strahlt;
Aus Winkeln, dumpf und schwer, Verhängnis lauert,

Und Ecken starren, oh so todumschauert, –
Klippen, – ich Woge, jählings dran zerschellt,
Bis mich die Flut zerschmettert weiterwellt.
In diesem Autopfiff, der Nächte überdauert,

Ging mir die ewige Seligkeit verloren.
– Oh Engelstimmen, oh Gesang der Harfen,
Gebetshauch, Palmenduft, oh Flügelwehn! –

Ich stoße mich an fest verrammten Toren,
Ich starre rings in tausend Schreckenslarven,
Ich bin so müd, und darf nicht schlafen gehn.

(in Das frühe Fest, 1922)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Jean-Antoine de Baïf (1532-1589) : Bestiaux

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Joue ton chant sacré, Pan, pour les moutons qui paissent,
broyant les chaumes d’or entre leurs lippes courbes.
Les mères, pis gonflés, de retour à la crèche,
feront fumer de lait bourru le vase à traire.
Mais pour toi coulera, d’un cou velu, du sang
quand on t’immolera le mâle du troupeau.


Et cette vache fend les labours, d’un soc courbe,
s’arc-boutant du jarret sur le coutre pointu,
puis, déposé le joug d’une longue besogne,
donne à téter au veau, seconde et lourde tâche.
Fermier, ne la bats pas : ce veau, mère épargnée,
deviendra une vache épaisse et apte au joug.


Méris juge ‒ à bon droit ‒ que doit être exilé
du soc le bœuf fourbu par les labours et l’âge :
engraissé, le tuera. Le bœuf, là, dételé
mugit en sa retraite, égayant son herbage.


Pascenti pecori sacrum Pan praecine carmen
curva per auratos labra terens calamos.
Quo distenta domum referentes ubera matres,
lacte suo faciant fervere vasa novo.
At tibi villoso fusus de gutture sanguis
ibit, victima cum vir gregis ipse cadet.


Et vacca haec curvo sulcos proscindit aratro,
adpungente femur cuspide dum premitur ;
et juga post longi rursum sublata laboris,
ubera dat vitulae, cura secunda gravis.
Ne nimium vexa : Matri si parcis arator,
post vitula haec crescet vacca torosa jugo.


Moeris aratorem sulco senioque caducum
jure bovem ferri vindicat exitio
mactandum memor. Emeritus bos liber aratri
herbida mugitu pascua nunc hilarat.

(in Сarminum Jani Antonii Baifii liber I, 1577 [pp. 24, 22 et 12])


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Jean-Antoine de Baïf (1532-1589) : Cigales


Admonestation aux bergers

Pourquoi me chassez-vous de mon seul lieu de vie,
bergers, de l’arbre où perle une fraîche rosée,
moi la cigale à voix de flûte et chère aux nymphes,
dont au gros de l’été résonnent monts et bois ?

Voici la grive goinfre et les merles, voici
toutes sortes d’oiseaux saccageurs de campagnes.
Chassez qui nuit aux fruits, décimez-les. Mais moi
pourquoi me mesurer rosée et feuille tendre ?


Épitaphe d’une cigale

(C’est la cigale qui parle,
s’adressant à un passant imaginaire,
les tombeaux se trouvant, dans l’Antiquité,
disposés le long des routes)

Il peut bien, ô passant, ce tout petit sépulcre
avoir un sol tout plat sans se gonfler en tertre
ni s’élever bien haut ; quand tu verras ce bout
de pierre où gît un corps : ne désapprouve pas
Philénis, qui voulut que tel il fut dressé.
Car elle a, ce dit-elle, aimé de longue amour
‒ cela dura deux ans ‒ sa chère ailée, habile
au chant flûté, Cigale ! hôtesse, ci-devant,
des arbres épineux. À ma mort, elle eut soin
de me faire enterrer, quand j’eus cessé de vivre
et de chanter un chant plaisant à son oreille,
car il la disposait au bon sommeil nocturne.
M’honorant par la suite encore, me donnant,
en son affliction, sépulcre à ma mesure,
et gravant sur le marbre en mémoire d’amour :
C’est le don personnel de Philénis, sa mère,
à sa très douce enfant, Cigale à voix de flûte,
de son vivant, musique. À jamais tue, hélas !
Que son cri n’emplit-il le silence éternel !


Cur me Pastores praedam loca sola colentem
rore novo madidis traxtis ab arboribus ;
me gratam nymphis, arguta voce cicadam,
aestu cui medio monsque nemusque sonant ?
En turdusque vorax merulaeque. Ecce volantum
omne genus ruris quod male perdit opes.
Praedite quae fructus laedunt : has perdite. Nobis
quae frondis rorisque invidia est teneri ?


Licet viator hoc sepulcrum parvulum
solo sit aequum, nec tumente se aggere
attollat alte ; saxulum cum videris
hoc non inane, ne tamen culpaveris,
quae tale jussit erigi, Philaenida.
Nam cantionis stridulae sciam alitem
caram cicadam, spinicultricem prius,
amasse dicit ipsa longo tempore
binos per annos. Meque tandem mortuam
curasse poni, desii cum vivere
cantareque una carmen ipsi blandulum,
quod conciebat nocte molles somnulos.
Nec post reliquit cassam honore ; sed dolens,
amplo sepulcro sorte pro mea satis
donans, amoris marmor inscribit memor.
Altrix alumnae de suo suavissimae
donat Philaenis hoc Cicadae stridulae
argutulae dum vixit. At nunc, heu, silet :
quin sempiternis obstrepit silentiis.

(in Сarminum Jani Antonii Baifii liber I, 1577 [pp. 22 et 8])


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Rainer Maria Rilke (1875-1926) : Jour d’automne / Herbsttag

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Seigneur, il en est temps. L’été fut colossal.
Couche ton ombre en long sur les cadrans solaires,
Et sur l’aire des champs donne aux vents libre cours.

Ordonne aux derniers fruits d’aller à plénitude ;
Procure-leur deux jours encore de soleil,
Intime-leur d’avoir à s’accomplir et pousse
Les dernières douceurs dans le vin pondéreux.

Le sans-toit désormais ne va plus s’en bâtir.
L’esseulé désormais va le rester longtemps,
Va veiller et va lire, écrire de longs mots,
Marcher par les allées de-ci, de-là, sans but,
En intranquillité, quand tournoieront les feuilles.


Herr: es ist Zeit. Der Sommer war sehr groß.
Leg deinen Schatten auf die Sonnenuhren,
und auf den Fluren laß die Winde los.

Befiehl den letzten Früchten voll zu sein;
gieb ihnen noch zwei südlichere Tage,
dränge sie zur Vollendung hin und jage
die letzte Süße in den schweren Wein.

Wer jetzt kein Haus hat, baut sich keines mehr.
Wer jetzt allein ist, wird es lange bleiben,
wird wachen, lesen, lange Briefe schreiben
und wird in den Alleen hin und her
unruhig wandern, wenn die Blätter treiben.

(in Das Buch der Bilder, 1902)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Pétrone (14-66 ap. J.-C.) : Scène de plage

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Qui ne veut tôt mourir ni forcer le destin
À trancher brusquement le fil fin de la vie,
N’aille pas s’exposer à la mer orageuse.
Sans danger le ressac vient lui mouiller les pieds ;
La moule est ballottée parmi les algues vertes ;
Sourdement, bruit, traîné, le visqueux coquillage ;
Le sable se rétracte où la vague a roulé ;
Tiré du sol raclé, le galet y contraste.
Chacun peut y marcher ; sur le rivage, au sûr,
Jouer ; juger que c’est, la mer, juste cela.


Qui non uult properare mori nec cogere fata
Mollia praecipiti rumpere fila manu,
Hactenus iratum mare nouerit. Ecce refuso
Gurgite securos subluit unda pedes,
Ecce inter uirides iactatur mytilus algas,
Et rauco trahitur lubrica concha sono.
Ecce recurrentes qua uersat fluctus harenas,
Discolor attrita calculus exit humo.
Haec quisquis calcare potest, in litore tuto
Ludat et hoc solum iudicet esse mare.

(in Anthologia latina [Alexander Riese éd. 1869])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

L’oreille qui siffle (attribué à Pétrone ; ou à Sénèque ; ou à Virgile)

parler à l'oreille


« Toute la nuit l’oreille et me babille et siffle ;
Tu dis que c’est quelqu’un ‒ qui donc ? ‒ qui pense à moi ?
― Tu veux savoir qui c’est ? Si l’oreille te siffle,
Siffle toute la nuit : c’est Délie qui te parle. »
Aucun doute : Délie me parle ‒ un faible souffle
Me parvient, qui frémit, doux, d’un léger murmure.
C’est ainsi qu’à voix basse et dans un chuchotis,
Délie rompt le silence intime de la nuit,
Ainsi qu’en accolant du tendre de ses bras
Elle coule ses mots dans l’oreille attentive.
C’est elle : j’ai perçu l’écho de sa vraie voix,
Un son plus caressant tinte en ma fine oreille.
De grâce, continue, susurre tout du long !
Je déplore, en parlant, déjà que tu te taises.


‘Garrula quod totis resonat mihi noctibus auris,
Nescio quem dicis nunc meminisse mei?’
‘Hic quis sit, quaeris? resonant tibi noctibus aures:
Et resonant totis: Delia te loquitur.’
Non dubie loquitur me Delia : mollior aura
Venit et exili murmure dulce fremit.
Delia non aliter secreta silentia noctis
Submissa ac tenui rumpere uoce solet,
Non aliter teneris colium complexa lacertis
Auribus admotis condita uerba dare.
Agnoui: uerae uenit mihi uocis imago,
Blandior arguta tinnit in aure sonus.
Ne cessate, precor, longes gestare susurros!
Dum loquor haec, iam uos opticuisse queror.

(in Anthologia latina [Alexander Riese éd. 1869])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Publius Terentius Varro Atacinus (82 [?] av. J.-C. – 37 av. J.-C.) (attribué à) : Trois épigrammes

ivrogne


Un ivrogne impuissant

Tu baises fréquemment, sans relâche, à foison,
Sans épargner ta peine ‒ à part lorsque pompette
Tu y vas de tes pleurs : tu ne vaux pas tripette
Pour la bourre, amolli par l’excès de boisson.
Lucinus, mes conseils : ou freine tes baisades
Et continue de boire et chouine aux débandades,
Ou cesse de baiser ‒ pour ça, prends du poison.


Début, fin de l’amour

Par quel malheur poussé faut-il que je divorce !
Un pareil sacrilège outrepasse ma force :
C’est la décision, l’impulsion de feu
De quelque destinée ou bien de quelque dieu.
Qui croirait vains les dieux ? Pour dire vrai, Délie :
Amour à toi me donne ‒ et de toi me délie.


En amour, on se tait

Je dois ‒ juré, craché ‒ te promettre, Galla,
De me taire. En retour, jure-moi que ta pomme
N’en parlera pas plus (oui oui, c’est lex dura…)
Sauf si tu veux, Galla, en parler à un homme.


Saepius futuis nimisque semper,
Nec parcis, nisi forte ebriatus
Effundis lacrimas, quod esse moechus
Multo non ualeas mero subactus.
Plura ne futuas, peto, Lucine;
Aut semper bibe taediumque plange,
Aut, numquam ut futuas, uenena sume.


Nescio quo stimulante malo pia foedera rupi.
Non capiunt uires crimina tanta meae.
Institit et stimulis ardentibus inpulit actum
Siue fuit fatum, seu fuit ille deus.
Arguimus quid uana deos? uis, Delia, uerum?
Qui tibi me dederat, idem et ademit: amor.


Juratum tibi me cogis promittere, Galla,
Ne narrem. Jura rursus et ipsa mihi,
Ne cui tu dicas (nimium est lex dura, remittam),
Praeterquam si uis dicere, Galla, uiro! 

(in Anthologia latina [Alexander Riese éd. 1869])


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Rainer Maria Rilke (1875-1926) : « Tranquille ami des nombreux lointains »

cloche


Tranquille ami des nombreux lointains, sens
comme ton souffle accroît l’espace encore.
Dans la charpente des clochers obscurs,
laisse-toi donc sonner. Ce qui te ronge,

ainsi nourri, en force se transforme.
Va donc et viens dans la métamorphose.
De quelle épreuve as-tu le plus souffert ?
S’il t’est amer de boire, fais-toi vin.

Dans cette nuit de démesure, sois
force magique au croiser de tes sens,
sois sens de leur rencontre inusuelle.

Et si le globe un jour t’a oublié,
à la tranquille terre, dis : Je coule,
à l’eau rapide, parle et dis : Je suis.


Stiller Freund der vielen Fernen, fühle,
wie dein Atem noch den Raum vermehrt.
Im Gebälk der finstern Glockenstühle
laß dich läuten. Das, was an dir zehrt,

wird ein Starkes über dieser Nahrung.
Geh in der Verwandlung aus und ein.
Was ist deine leidendste Erfahrung?
Ist dir Trinken bitter, werde Wein. 

Sei in dieser Nacht aus Übermaß
Zauberkraft am Kreuzweg deiner Sinne,
ihrer seltsamen Begegnung Sinn.  

Und wenn dich das Irdische vergaß,
zu der stillen Erde sag: Ich rinne.
Zu dem raschen Wasser sprich: Ich bin.

(in Sonette an Orpheus, II, 29 [1922])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.