Bouts de Brèche

Dans les choses les mots couvent à petit feu ; qu’y touche la paume aoûtée du poète : de la craquelure à peine perceptible à l’oeil ni à l’oreille, ménagée dans la coque par le geste tendrement briseur, sourd l’escarbille.

Et nulle part ne s’embrase mieux le chant qu’à la surface fendille du monde.

L’écorce, on aurait tort de croire qu’elle calfate l’arbre hermétiquement. Disons : elle tâche à l’endiguer, et ses débordements de parole végétale ; à colmater les brèches. Ce qui n’est pas si simple : il faut imaginer la puissance de la pression contenue, et comprendre que, s’arc-boutant comme elle peut, prenant appui sur rien, ou l’air nu, elle retient la poussée à seul force de ses doigts mal joints, et qui laissent filtrer des mots. Pas entiers, le plus souvent : des bribes, des onomatopées, moignons de syllabes, articulations juste ébauchées, mouvements brisés de lèvres, cassots de murmures, en quête d’ensemble. Il serait vain de prétendre aveugler ces bruissements : car que dirait alors l’oiseau ? Mieux vaut aider à leur passage et les recueillir entre ses paumes comme au tronc des pins la résine ; attendre, y instiller un peu de voix humaine.

Pour affiner l’accord.

Extrait de Brèches,  ENCRES VIVES, 2005

Dans nos intérieurs / Romain Fustier

si Romain Fustier a l’oreille fine, il a tout l’œil du voyant rimbaldien – de celui qui sait percevoir, sous le quotidien le plus trivial, ces formes latentes que seul le poète peut y débusquer « 

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Dans nos intérieurs, revue Triages (Tarabuste) N° 23, volume Voix unes & premières

Romain Fustier, sous le regard de Lionel-Édouard Martin, sur Exigence Litterature

Au plus loin du tropique / Jean-Marie Dallet

Le phrasé plus que la phrase, oui : Dallet vous rythme à la diable ses courts chapitres, vous les ponctue comme il lui chante, au grand dam de la virgule attendue, du point en souffrance, dans une respiration globalisante où tout se mêle, s’emmêle – présent, passé, ici, là-bas, haut, bas, devant, derrière, monologues intérieurs et poussée narrative »

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Jean-Marie Dallet, Au plus loin du tropique, aux Éditions du Sonneur, 2005.

Chronique de Lionel-Édouard Martin sur LE VAMPIRE RE’ACTIF.

Dépendances de l’ombre / Véronique Gentil

Dépendances de l’ombre est d’évidence un recueil très accompli. Le terme de recueil, d’ailleurs, ne convient peut-être pas : sa composition fait du livre un itinéraire dans un espace de vie, ponctué d’étapes, enclos, au début et vers la fin, de proses courtes comme pour en délimiter la géographie. ».

Dépendances de l’ombre, Véronique Gentil, aux éditions Pierre Mainard, 2008.

Regard, par Lionel-Édouard Martin sur LE VAMPIRE RE’ACTIF

Cloués au port / Jacques Josse

Les poètes – dont est Jacques Josse, excellemment –, quand ils glissent, insidieux, vers la prose, demeurent foncièrement des poètes. On reste donc, chez Josse, dans l’humain noué au mythe en « ces scènes qui surgissent épisodiquement du fond des âges sans crier gare »

Cloués au port, de Jacques Josse, aux éditions QUIDAM, 2011.

Chronique de Lionel-Édouard Martin sur Exigence Litterature.

Philoctète Magnifique

C’est que, poésie de la tendresse et de l’amour d’autrui, la poésie de Philoctète est aussi, fondamentalement, une poésie de la vigueur ; d’où cette coloration singulière qui l’imprègne et lui confère son timbre « 

Un retour sur Poèmes des îles qui marchent  de René Philoctète, aux éditions Actes Sud, 2003, Préface Lyonel Trouillot.

Par Lionel-Édouard Martin sur Exigence Litterature