Heinrich Heine (1797-1856) : La Lorelei / Die Lorelei


Un des poèmes allemands les plus connus, souvent mis en musique (on en trouve ici la mélodie la plus fréquente ; , celle plus rêveuse de Liszt ; et , celle plus dramatique, due à Clara Schumann). J’ai, dans ma traduction, tâché de conserver le style très simple et volontiers répétitif du texte original.

Je me demande d’où me vient
Cette tristesse qui m’a pris,
Un conte issu des temps anciens
Qui ne me quitte pas l’esprit.
L’air a fraîchi, le soir s’éploie,
Et le Rhin coule calmement ;
Le faîte du coteau flamboie
Sous l’éclat du soleil couchant.

Assise est la très belle fille,
En haut – merveille ! – du versant :
Elle a son bijou d’or qui brille,
Des cheveux d’or, les va peignant,
Les peigne avec un peigne en or
Et elle chante en même temps :
Sa mélodie a pour accord
Un fort pouvoir d’envoutement.

Chant qui pêcheur en barque accroche
‒ Que l’homme éprouve de douleurs !
D’yeux, il n’a pour écueil ni roche,
D’yeux, il n’a que pour les hauteurs.
À la fin, je crois bien qu’en l’onde,
Pêcheur, esquif, sont engloutis :
C’est là ce qu’en chantant sa ronde
La Lorelei a accompli.


Ich weiß nicht, was soll es bedeuten,
Daß ich so traurig bin,
Ein Märchen aus uralten Zeiten,
Das kommt mir nicht aus dem Sinn.
Die Luft ist kühl und es dunkelt,
Und ruhig fließt der Rhein;
Der Gipfel des Berges funkelt,
Im Abendsonnenschein.

Die schönste Jungfrau sitzet
Dort oben wunderbar,
Ihr gold’nes Geschmeide blitzet,
Sie kämmt ihr goldenes Haar,
Sie kämmt es mit goldenem Kamme,
Und singt ein Lied dabei;
Das hat eine wundersame,
Gewalt’ge Melodei.

Den Schiffer im kleinen Schiffe,
Ergreift es mit wildem Weh;
Er schaut nicht die Felsenriffe,
Er schaut nur hinauf in die Höh’.
Ich glaube, die Wellen verschlingen
Am Ende Schiffer und Kahn,
Und das hat mit ihrem Singen,
Die Loreley getan.

(in Das Buch der Lieder, 1827)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

George Buchanan (1506-1582) : L’humanité est un théâtre


La description de Protée est empruntée à celle de Virgile dans les Géorgiques, livre IV, vers 437-440. Il ne s’agit pas d’un plagiat, mais d’un procédé courant dans l’Antiquité comme jusqu’au moins au XVIIe siècle (Virgile lui-même emprunte beaucoup à ses prédécesseurs, dont Ennius),  qui relève à mon sens du clin d’œil au lecteur, et s’apparente à notre moderne citation (on pourrait imaginer que le passage soit mis entre guillemets).

Les poètes anciens racontent qu’un certain
Protée avait le don de se changer en toute
Chose, rien ne pouvait le retenir, aucun
Attachement, tantôt coulant, fluide goutte,
Feu crépitant, lion féroce rugissant,
Arbre vert, ours affreux, sibilante vipère,
Se transformant en tout ‒ miraculeusement.
Je trouve pour ma part que dans cette matière
Il y a plus de vrai qu’aux dires sibyllins :
Les hommes que je vois me semblent des Protées
Au visage arborant des masques incertains,
Et sachant épouser des formes variées ;
Et leur sort, hautement sujet à calomnie,
Fait d’eux des éternels héros de tragédie.


Veteres poetae, fabulantur Protea
Quemdam fuisse, in omnes qui se verteret
Formas, nec ullis contineri vinculis
Posset, liquentes nunc in aquas dum fluit,
Nunc flamma stridet, nunc ferus rugit leo,
Viret arbor, horret ursus, anguis sibilat,
In cuncta rerum transiens miracula.
At ego profecto, fabulam istam comperi
Longe Sibyllae veriorem oraculis.
Nam quotquot homines video, tot me Proteos
Videre vultus credo qui sumant novos,
Seseque vertant in figuras quaslibet.
Subjecta quorum maxime calumniis
Fortuna semper Scenici est spectaculi.

(Prologue de Baptistes sive Calumnia [tragédie] in Georgi Buchanani […] elegiarum liber I […] [1579] p. 40)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Francesco Maria Molza (1489-1544) : Requête au soleil


Bon soleil prodiguant tes célestes rayons
À la terre enfantant ses richesses offertes,
Vois ces fruits alourdir, déjà, les branches vertes,
Portés par le tortis renflé des frondaisons.

Tant qu’Alexis le bel est loin de sa patrie,
Ils resteront pour lui pendus dans le verger.
Ne les fais pas souffrir des excès de l’été,
Ni tomber, rudoyés de froide intempérie.


Sol pater, aetherea cuius sub lampade foetus
__Concipit, et varias terra ministrat opes,
In virides cernis quae jam procumbere ramos
__Poma diu, et curvo stipite nixa geri.
Pulcher Alexis abest patriis dum longius oris,
__Illi pendebunt sepibus ista suis:
Tu face ne nimio tandem violentur ab aestu,
__Neu rapido ad terram frigore lapsa cadant.

(in Delle poesie volgari e latine di Francesco Maria Molza, tome I [1747] p. 250)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Francesco Maria Molza (1489-1544) : Prière votive à Diane


Délia que l’on chante à voix sèche en voyage
Pour alléger les longs chemins de leur ennui :
Fais au bel Alexis, Déesse, bon visage,
Au long de son trajet de retour au pays.

Protège du soleil sa coiffure jolie ;
De la poussière aussi, préserve sa beauté ;
Et au lieu de rosée : humecte d’ambroisie,
Bon guide, le chemin matinal emprunté.


Delia, quam sicco properans canit ore viator
__Et minuit longae taedia mille viae,
Dum patrias repetit sedes formosus Alexis,
__Aspires placido numine Diva precor,
Neve illi molles urantur sole capilli,
__Detrahat aut solitum pulvis et ipse decus,
Ambrosiae exudes tenui pro rore liquorem,
__Quo matutinum te duce carpat iter.

(in Delle poesie volgari e latine di Francesco Maria Molza, tome I [1747] p. 249)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Lorenzo Lippi (1442 [?]-1485) : Poissons, coquillages et crustacés


Les crabes

Les crabes, au printemps, changeant de carapace,
Dépouilles déposées, rajeunis, sont contents.

Vere novis renovant cancri sua tergora crustis
__Exuviis positis laeta juventa redit.


Ce que dit l’étoile de mer

Pareille à une étoile ardente de feu vif,
Je brûle de mon cuir grenu ce que je touche.

Sum similis stellae candenti fervidus igne:
__Uruntur callis omnia tacta meis.


Ce que dit le nautile

À me voir sur la mer, au sûr, tel un navire,
L’Ésonide apprit l’art de la marine à voile.

Per freta dum cautus deducor imagine navis,
__Aesonides didicit ducere vela ratis.


Le dauphin

La cithare et l’amour émeuvent les dauphins :
Les astres clairs du ciel stellaire en sont témoins.

Mulcetur cithara delphin, mulcetur amore:
__Testes stelligeri sidera clara poli.


Ce que dit la seiche

J’épands du noir de seiche en place de sang rouge,
On me mange, et mon « sang » coule sur le papier.

Atrum purpureo pro sanguine fundo liquorem.
__Devoror et nostro sanguine charta madet.


Ce que dit le grondin

Comme ma langue brille, on me surnomme « lampe » :
On me prendrait, de nuit, pour un vrai lampion.

Est lucerna mihi nomen, quod lingua refulget:
__Si noctu aspicias, lumina vera putes.


Le couteau (coquillage)

Le couteau fait briller la mer de radiances :
Il éclaire la table où il est déposé.

Dactilus illustrat radianti lumine pontum:
__Apponas mensae lumine mensa nitet.


Ce que dit l’oursin

Je suis sur tout le corps entouré de piquants,
Mais casse-t-on mon test, ma chair est succulente.

Spicula me volvunt totum defixa per orbem:
__Sed liquor infracto cortice gratus erit.


Ce que dit la grenouille

Tant que je n’ai ma forme, on m’appelle têtard,
Et quand je l’ai, je suis la grenouille jacasse.

Dum caro deformis poteras dixisse Gyrinum:
__Mox formata magis garrula rana vocor.


Le silure

Ce brigand de silure attaque toute bête,
Entraînant dans les eaux les chevaux qui s’y baignent.

Appetit omne animal grassator dente silurus:
__Et summa nantes per freta mergit equos.


Ce que dit le maquereau

On me croirait couleur de soufre, dans l’eau pure :
Je montre, hors de l’eau, mes écailles dorsales.

Sulphureus videor liquidis cum cernor in undis:
__Extra undam apparent squamea terga mihi.


Ce que dit l’éponge

J’ai, de nature, sens, et pouvoir de m’accroître
Car mangeant poissillons et petits coquillages.

Incrementa mihi et sensum natura paravit:
__Nam parvas conchas pisciculosque voro.

(in Pictorii sacra et satyrica epigrammata […] Laurentii Lippii Collensis, disticha, ad Laurentium Medicem Florentinum, […] [1518] pp. 60 et sq.)


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Benedetto Giovio (1471-1545) : Poissons du lac de Côme


NB : Certains des noms latins des poissons cités (trisius, persicus, aquo) n’appartiennent pas au latin classique et sont introuvables dans les dictionnaires. Je me suis fié, pour les traduire, au sens qu’en donne le professeur M. Monti dans son ouvrage : Ittiologia della provincia e diocesi di Como (Côme, 1846).
On pensera bien sûr aux poissons de la Moselle d’Ausone, mais aussi au petit bestiaire d’Alexandre Neckam (1157-1217).

Équation animale

L’onde argentée abrite autant de poissillons
Que les monts soleilleux hébergent d’oisillons.

Quot tibi pisciculos argentea Lympha creavit,
__Collibus apricis tot numerabilis aves.


La truite 1

S’appelait « Fario » jadis la grosse truite,
Pour toi, le lac de Côme en chouchoute d’énormes.

Majorem varium troctam dixere vetusti;
__Quam tibi praepinguem Larius ipse fovet.


La truite 2

Vivant seule en eau vive, on me dit « torrentine »,
Mais pourquoi sans raison m’appelle-t-on « truda » ?

Cur torrentinam? fluvidis quod solus in undis?
__Cur trudam nulla me ratione vocas?


La truite 3

M’appelant « truite », on a voulu dire « vorace »,
Le terme est bon, je suis vorace de poissons.

Qui troctam dixit; voluit signare voracem:
__Piscivorax apto nomine trocta vocor.


La tanche

‒ « Tanche », pourquoi ce nom ? ‒ Vois, sur mon dos, ces ta[n]ches ;
Et pour me fricasser : de l’ail, du lard, du poivre.

Tinca vocor: quare? maculosum respice tergum:
__Allia des lardum, dum coquor, atque piper.


La lotte

Qu’on me cuise la lotte en une huile bien chaude :
J’en prends laitance et foie, et vous laisse le reste.

Trisius ardenti mihi sit bene coctus olivo:
__Da jecur et lactes: caetera reddo tibi.


L’anguille

Moi, serpent ? Que nenni : je suis un gros poisson,
Réputé le meilleur, au gril, après la truite.

Me colubram fortasse putas: sum piscis obesus,
__Tostaque post troctam gloria prima feror.


La perche

Native du peu d’eau de l’Eupili : c’est moi
La perche qui de là gagne le lac de Côme.

Eupylis exigua sum Persicus ortus in unda:
__Meque peregrinum Larius inde tulit.


Le brochet

À l’aigu de mes dents n’échappe nulle proie :
Je suis « loup », comme on dit, mais j’ai le dos qui brille.

Non me praeda fugit quia dentibus armor acutis:
__Sum Lupus ut referunt: sed mihi terga nitent.


L’alose

Le profond lac de Côme héberge mainte alose :
Ce poisson délicat ne vit point hors de l’eau.

Larius innumeros in gurgite pascit Aquones:
__Molle animal demptis vivere nescit aquis.

(in Carmina illustrium poetarum italorum, tome V [1720] pp. 422-3)


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Lorenzo Gambara (1495-1585) : Sept quatrains sur les fontaines des jardins Farnèse à Caprarola


Lorsque la Chèvre épand sur ces feuilles l’ondée,
Qu’aux jaspures d’Iris l’onde sert de miroir :
On sait d’où vient qu’au ciel Jupiter l’a placée
Comme astre de la pluie, et qu’il la fait pleuvoir.


« Je le cède, étrangère, aux eaux de Castalie,
L’emportant sur toute eau, quels qu’en soient les confins ;
Et puisse sur le marbre adornant les bassins,
L’emporter cet ouvrage où j’ai mon effigie. »


« Moi Thaumas qui jadis hantais la Tyrrhénée,
J’habite un antre aimable au sein de monts ombreux,
Et verse par ma bouche une onde douce, heureux
D’avoir délaissé flots et demeure salée. »


« À cette nouvelle eau, roches proches quittées,
Pour mon maître j’unis de Capène les vins,
Quand le vent court, privant de dîners aux jardins,
Ou quand tombent du ciel, noires, les giboulées. »


« Pénètre, voyageur, l’abri des bois feuillus,
Où l’ombre sur la source est doucement à l’œuvre.
Bois, dors en ces forêts : car il n’y a pas plus
Dans l’herbe de serpent que dans l’eau de couleuvre. »


« Reste au loin, voyageur, de ces eaux qui sont miennes,
Et si du sang salit tes mains : n’y touche pas.
Si mon onde se mêle à plaisir aux étrennes
De Bacchus, elle hait l’âpre vin des soldats. »


« Moi, Cimina, connue entre toutes les nymphes,
J’enfante des lis bleus que j’abreuve de lymphes.
Car mon maître les aime et porte à son blason
Des lis couleur d’azur en très vieil écusson. »


Cum folia hæc inter jaculatur Capra liquores,
__Atque Irim vario lympha colore refert;
Non mirum, hanc caelo sidus pluviale locavit
__Juppiter, & pluvias fundere posse dedit.


Quam nos Castalio fonti concedimus hospes,
__Tam fontis cedit quælibet unda mihi.
Ars decorat structos si quos e marmore fontes,
__Huic operi, & nostris cedat imaginibus.


Ipse ego Tyrrheni quondam maris incola Thaumas,
__Nunc placida umbrosis collibus antra colo,
Et dulces lymphas effundere laetor ab ore,
__Et freta, & æquoreas deseruisse domos.


Vicinas liqui rupes, ut fonte recenti
__Miscerem domino vina Capena meo
Cum prohibent hortis vaga flamina ponere mensas,
__Aut niger e cælo cum cadit imber aquae.


Frondosis nemorum latebris succede viator,
__Qua fontis latices non gravis umbra tẹgit.
Mox bibe, et his silvis somnum cape; nam, per herbam
__Vipera non errat, nec latet anguis aqua.


Hos latices ne accede meos, nec tange viator,
__Sanguine foedata est si tua dextra manus.
Nostrae etenim lymphae Bacchi gratissima miscent
__Numera, non saevi pocula Martis amant.


Sum Cimina ante alias fama notissima nymphas
__Caerula quae in lucem lilia sola rigo.
Namque amat hæc dominus, clypeoque insigne vetustum
__Lilia caeruleo picta colore gerit.

(in Laurentii Gambarae Brixiani poemata [1559] pp. 38-39)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Publio Fulvio (Italie, XVIIe siècle) : La Bataille de Lépante


[…] Les tambours, bruits d’enfer, de donner le signal,
De sonner l’airain rauque et criard des trompettes.
L’espoir, qui s’est dressé, frappe de cris les astres,
L’éther tonne au fracas des boulets qui explosent.
La rame grince, arrache une onde qui écume ;
Les rapides bateaux courent sur l’eau marine,
Se ruant sans tarder sur le fer : ils s’approchent
Et la fureur de Mars mêle les deux armées.
L’airain fait briller l’onde et l’air est enfumé :
Les rivages renvoient le vacarme en écho.
Déjà, mollit son arc, et son carquois se vide :
Glaives, flèches et plomb sont la mort du barbare,
Tombent, tombent, les chefs ennemis, les phalanges ;
La main victorieuse a pris les rostres turcs. […]


[…] Tartareos imitata sonos dant tympana signum,
__Et rauco clangens increpat aere tuba.
Hic spes arrectae feriunt clamoribus astra,
__Displosisque globis aethra fragore tonat.
Spumant convulsae remis stridentibus undae;
__Concurrunt celeres per vada salsa rates.
In ferrum sine more ruunt, et cominus instant
__Martius et cuneos miscet utrosque furor.
Aere micant fluctus, fumo subtexitur aer:
__Ingentem referunt littora pulsa sonum.
Jam laxos arcus, pharetras jam sentit inanes
__Barbarus; et jaculis, glandibus, ense perit.
Hostiles cecidere duces, cecidere phalanges;
__Captaque victrici Turcica rostra manu. […]

(in Carmina illustrium poetarum italorum tome V [1720] pp. 147-8)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Francesco Franchini (1500-1559) : La Fontaine du pape Jules III


L’eau jaseuse, coulant des glaciaux sommets,
Et dont l’exquis babil court sur les roches creuses,
Mande en sa pureté les colombes neigeuses,
Et, cygne et rossignol, appelle vos caquets :
Belles Grâces, venez, et vous, les Nymphes tendres :

La Vierge, votre sœur, vous invite en ses antres.


Garrula quae manat gelidis e montibus unda,
Quaeque fluit blando per cava saxa sono:
Ad sese niveas invitat pura columbas,
Cygne tuos cantus et Philomela tuos:
Formosae Charites, dulcesque accedite Nymphae :
Ad sua vos virgo convocat antra soror.

(in Francisci Franchini Cosentini poetae elegantissimi Poemata. […] [1558] p. 215)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Giovanni Pietro Astemio (1505-1567) : Poète, boucle-la !


Mais vas-tu la boucler, lourdingue de poète ?
Ils sécrètent, tes vers, du râpeux, du bébête,
Et font un tel potin qu’il risque d’advenir
Qu’invoquant la Naïade ils la feront s’enfuir.


Tacete, o nimium graves poetae,
tam durum strepitant et infacetum
vestri murmura carminis, periclum
ut sit ne fugiat vocata Nais.

(in Carmina)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.