Horace : Mieux vaut boire sous un arbre (Quid bellicosus Cantaber et Scythes, in Odes, II, 11)

Des cogitations du belliqueux Cantabre
Hirpinus Quinctius, et du Scythe, l’obstante
___Adriatique nous sépare, cesse
___de t’en instruire, et de te démener

à user d’une vie requérant peu de chose :
la jeunesse sans ride et sa grâce s’enfuient,
___l’âge sec et chenu chasse l’amour
___et ses fredaines, le sommeil facile.

Les fleurs n’ont pas toujours leur beauté printanière
et la lune cuivrée ne brille pas d’un seul
___même visage : à quoi bon fatiguer
___constamment de projets ta petite âme ?

Pourquoi sous cet altier platane ou sous ce pin
à notre aise étendus, tant qu’il nous est possible,
___rose embaumant nos chevelures blanches,
___et parfumés de nard assyrien

ne pas boire ? Évius dissipe les soucis
qui rongent. Quel garçon sera le plus rapide
___à soulager, versant d’une eau courante,
___le brûlement des coupes de Falerne ?

Qui tirera Lydé, margoton des écarts,
de chez elle ? – Dis-lui de se hâter portant
___lyre d’ivoire et cheveux relevés
___en beau chignon, comme à Lacédémone.


Quid bellicosus Cantaber et Scythes,
Hirpine Quincti, cogitet Hadria
__divisus obiecto, remittas
__quaerere nec trepides in usum

poscentis aevi pauca: fugit retro
levis iuventas et decor, arida
__pellente lascivos amores
__canitie facilemque somnum.

Non semper idem floribus est honor
vernis neque uno luna rubens nitet
__voltu: quid aeternis minorem
__consiliis animum fatigas?

Cur non sub alta vel platano vel hac
pinu iacentes sic temere et rosa
__canos odorati capillos,
__dum licet, Assyriaque nardo

potamus uncti? dissipat Euhius
curas edacis. Quis puer ocius
__restinguet ardentis Falerni
__pocula praetereunte lympha?

Quis devium scortum eliciet domo
Lyden? Eburna dic, age, cum lyra
__maturet, in comptum Lacaenae
__more comas religata nodum.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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Horace : À quoi bon le luxe ? (Non ebur neque aureum, in Odes, II, 18)

Point d’ivoire ou d’or
qui fasse briller chez moi les solives,
ni poutre d’Hymette
qui pèse à piliers taillés en lointaine
Afrique – d’Attale
je n’eus l’héritage, et n’ai le palais ;
d’honnêtes clientes :
point, de Laconie me tissant la pourpre ;
mais loyauté, veine
féconde d’esprit – le riche me cherche,
moi le pauvre ; et rien
ne quêtant des dieux, n’obsédant pour plus
mon puissant ami,
je suis l’homme heureux d’un seul bien sabin.

Un jour pousse l’autre,
meurent tour à tour les nouvelles lunes ;
toi tu fends du marbre,
proche du tombeau, oublies le sépulcre,
construis des demeures,
tu presses la mer grondant à Baïes
de quitter la côte,
point assez nanti de rivages fermes.
Bien pis : tu arraches
les bornes des champs contigus, tu passes
outre les limites
de tes clients, rat ! chasses mari, femme,
leurs enfants en loques,
portant contre cœur les dieux de leurs pères.

Il n’est de palais
pourtant plus certain que la fin qu’Orcus
donne, avide, au riche
maître. Guigner plus, pourquoi ? Même terre
s’ouvre pour le pauvre
et l’enfant de roi, le suppôt d’Orcus
n’a point ramené,
soudoyé, le fin Prométhée. Tantale,
ce fat, et sa race
y sont retenus ; quitte de ses peines
le pauvre est comblé
– qu’il en prie ou pas – demandant remise.


Non ebur neque aureum
mea renidet in domo lacunar;
non trabes Hymettiae
premunt columnas ultima recisas
Africa, neque Attali
ignotus heres regiam occupavi,
nec Laconicas mihi
trahunt honestae purpuras clientae.
At fides et ingeni
benigna vena est pauperemque dives
me petit; nihil supra
deos lacesso nec potentem amicum
largiora flagito,
satis beatus unicis Sabinis.
Truditur dies die 15
novaeque pergunt interire lunae;
tu secanda marmora
locas sub ipsum funus et sepulcri
inmemor struis domos
marisque Bais obstrepentis urges
summovere litora,
parum locuples continente ripa.
Quid quod usque proximos
revellis agri terminos et ultra
limites clientium
salis avarus? Pellitur paternos
in sinu ferens deos
et uxor et vir sordidosque natos.
Nulla certior tamen
rapacis Orci fine destinata
aula divitem manet
erum. Quid ultra tendis? Aequa tellus
pauperi recluditur
regumque pueris, nec satelles Orci
callidum Promethea
revexit auro captus. Hic superbum
Tantalum atque Tantali
genus coercet, hic levare functum
pauperem laboribus
vocatus atque non vocatus audit.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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Horace : Un homme de quarante ans (Intermissa, Venus, diu rursus bella moves?, in Odes, IV, 1)

____Tu ranimes, Vénus, des guerres
finies depuis longtemps ? Grâce, je t’en supplie !
____J’ai bien changé depuis le règne
de ma gentille Cinara… Oublie, cruelle
____mère des douces passions,
un cœur rétif de quarante ans bientôt, renonce
____à lui dicter tes ordres tendres :
réponds donc aux appels enjôleurs des blondins !____
____Va – c’est plus de saison –, Ailée
*
aux cygnes éclatants, chez Paulus Maximus,
____avec tous ceux qui t’accompagnent,
si tu veux enflammer un cœur digne de toi ;
____car c’est un noble et beau garçon,
qui sait combler de mots l’accusé qui s’inquiète ;
____qui a de multiples talents ;
qui portera bien loin l’aigle de tes milices ;
____et quand, éclipsant les présents
d’un prodigue rival, il aura ri de lui,
____il placera près des lacs d’Albe**
sous des ais de citrus ton effigie de marbre.
____Là-bas, vers tes narines, maint
encens s’élèvera, tu prendras du plaisir
____aux sons mêlés de lyre et flûte
de Bérécynte, avec aussi le chalumeau.
____Là-bas, deux fois le jour, garçons,
fillettes, te loueront pour ta divinité,
____et frapperont d’un pied candide
trois fois la terre, ainsi que font les Saliens***.
____Femme ou garçon, je n’en veux plus,
ni du crédule espoir d’un amour réciproque,
____je ne veux plus jouter de vin,
ni couronner non plus mes tempes de fleurs fraîches.
____ Hélas, Ligurinus, pourquoi
ces larmes qui parfois me mouillent le visage ?
____Pourquoi ma langue, d’éloquente,
entre les mots défaille et fait un laid silence ?
____Voici qu’en mes rêves nocturnes
t’ayant pris, je te tiens, que je te suis, rapide,
____courant sur le gazon du Champ
de Mars, nageant, cruel, dans les roulantes eaux.

*

* : Vénus est dite « ailée » du fait de sa rapidité ; les cygnes sont ses attributs. ** : Les lacs d’Albe (à proximité de Rome) étaient réputés pour leurs temples ; *** : prêtres de Mars, dont les rituels s’accompagnaient entre autres de danses et de bonds rythmiques (tripudium : frapper trois fois du pied le sol).


____Intermissa, Venus, diu
rursus bella moves? Parce precor, precor.
____Non sum qualis eram bonae
sub regno Cinarae. Desine, dulcium
____mater saeva Cupidinum,
circa lustra decem flectere mollibus
____iam durum imperiis: abi,
quo blandae iuvenum te revocant preces.
____Tempestiuius in domum
Pauli purpureis ales oloribus
____comissabere Maximi,
si torrere iecur quaeris idoneum;
____namque et nobilis et decens
et pro sollicitis non tacitus reis
____et centum puer artium
late signa feret militiae tuae,
____et, quandoque potentior
largi muneribus riserit aemuli,
____Albanos prope te lacus
ponet marmoream sub trabe citrea.
____Illic plurima naribus
duces tura, lyraque et Berecyntia
____delectabere tibia
mixtis carminibus non sine fistula;
____illic bis pueri die
numen cum teneris virginibus tuum
____laudantes pede candido
in morem Salium ter quatient humum.
____Me nec femina nec puer
iam nec spes animi credula mutui
____nec certare iuvat mero
nec vincire novis tempora floribus.
____Sed cur heu, Ligurine, cur
manat rara meas lacrima per genas?
____Cur facunda parum decoro
inter verba cadit lingua silentio?
____Nocturnis ego somniis
iam captum teneo, iam volucrem sequor
____te per gramina Martii
campi, te per aquas, dure, volubilis.


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Horace : Vivre simplement (Tyrrhena regum progenies, in Odes, III, 29)

Postérité des rois de Tyrrhénée, pour toi,
j’ai du vin doux et pur dans une jarre close,
et j’ai des fleurs, Mécène, de rosier,
de l’huile de gland pour ta chevelure,

depuis longtemps chez moi. Cesse de différer :
fraisTibur, Éfula et sa plaine déclive,
il n’en faut plus rêver, ni des sommets
de Télégone qui tua son père.

Laisse là les dégoûts de l’abondance ainsi
qu’un bâtiment qui touche aux nuages abrupts,
oublie la belle et l’opulente Rome,
et ses fumées, ses bruits et son argent.

Le changement souvent est agréable aux riches,
et des dîners proprets sous le lare modeste
de pauvres gens, sans tentures ni pourpre,
savent dérider les fronts soucieux.

Le père d’Andromède, étincelant, déjà
montre un feu qu’il cachait ; Procyon et l’étoile,
déjà, du Lion furieux font rage,
et le soleil ramène les jours secs ;

le pasteur au troupeau nonchalant, cherche, las,
déjà l’ombre, le ru, les buissons de l’hirsute
  Sylvain ; le rivage silencieux
n’est plus aux prises des vents vagabonds.

Toi, te tracasse le statut de la cité ;
pour la ville inquiet, tu crains ce qu’échafaudent
les Sères, Bactres où régna Cyrus,
le Tanaïs en proie à la discorde.

L’issue de l’avenir, le dieu, dans sa prudence,
la tient environnée d’une nuit ténébreuse,
et rit, si un mortel, outrepassant
ses interdits, tressaille. Le présent,

songe à en disposer en sage ; tout le reste
est charrié, pareil au fleuve qui tantôt
coule égal et paisible vers la mer
étrusque et qui tantôt roches rongées,

troncs arrachés, bétail, demeures, tout entraîne
en ses roulis – et les montagnes retentissent
de son vacarme, et la forêt voisine –
quand un déluge affreux vient irriter

le calme de ses eaux. Il est maître de soi
– et il vivra heureux – celui qui chaque jour
peut dire « J’ai vécu », que Jupiter
demain place au ciel un nuage noir

ou un soleil sans tache – et peut-il abroger,
d’ailleurs, rien du passé ? donner forme nouvelle
à rien, rien abolir de ce que l’heure
a dans sa course avec elle emporté ?

La Fortune se plaît à des œuvres cruelles,
obstinée, elle joue à des jeux insolents,
plaçant çà, là, les honneurs incertains,
tantôt me comble, et tantôt comble un autre.

Demeure-t-elle, je la loue ; qu’à tire d’aile
elle s’envole, je résigne ses faveurs,
dans ma vertu je m’enveloppe et cherche
une pauvreté probe et non dotée.

Que si mon mât mugit sous les trombes d’Afrique,
cela n’est pas mon fait d’en venir à prier
piteusement, de marchander mes vœux,
craignant que des denrées de Chypre et Tyr

ne s’enrichisse encor l’avarice des mers :
à pareille heure, assis dans ma barque à deux rames,
m’iront poussant sur la houle égéenne
la douce brise et le Gémeau Pollux.


Tyrrhena regum progenies, tibi
non ante verso lene merum cado
cum flore, Maecenas, rosarum et
pressa tuis balanus capillis

iamdudum apud me est: eripe te morae
nec semper udum Tibur et Aefulae
decliue contempleris arvom et
Telegoni iuga parricidae.

Fastidiosam desere copiam et
molem propinquam nubibus arduis,
omitte mirari beatae
fumum et opes strepitumque Romae.

Plerumque gratae divitibus vices
mundaeque parvo sub lare pauperum
cenae sine aulaeis et ostro
sollicitam explicuere frontem.

Iam clarus occultum Andromedae pater
ostendit ignem, iam Procyon furit
et stella vesani Leonis
sole dies referente siccos;

iam pastor umbras cum grege languido
rivomque fessus quaerit et horridi
dumeta Siluani caretque
ripa vagis taciturna ventis.

Tu civitatem quis deceat status
curas et urbi sollicitus times
quid Seres et regnata Cyro
Bactra parent Tanaisque discors.

Prudens futuri temporis exitum
caliginosa nocte premit deus
ridetque, si mortalis ultra
fas trepidat. Quod adest memento

componere aequus; cetera fluminis
ritu feruntur, nunc medio aequore
cum pace delabentis Etruscum
in mare, nunc lapides adesos

stirpisque raptas et pecus et domos
volentis una, non sine montium
clamore vicinaeque silvae,
cum fera diluvies quietos

inritat amnis. Ille potens sui
laetusque deget cui licet in diem
dixisse: ‘Vixi’, cras vel atra
nube polum Pater occupato

vel sole puro; non tamen inritum,
quodcumque retro est, efficiet neque
diffinget infectumque reddet
quod fugiens semel hora vexit.

Fortuna saevo laeta negotio et
ludum insolentem ludere pertinax
transmutat incertos honores,
nunc mihi, nunc alii benigna.

Laudo manentem; si celeris quatit
pinnas, resigno quae dedit et mea
virtute me involvo probamque
pauperiem sine dote quaero.

Non est meum, si mugiat Africis
malus procellis, ad miseras preces
decurrere et votis pacisci,
ne Cypriae Tyriaeque merces

addant avaro divitias mari;
tunc me biremis praesidio scaphae
tutum per Aegaeos tumultus
aura feret geminusque Pollux.


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Horace : Quintilius est mort (Quis desiderio sit pudor aut modus, in Odes, I, 24)

Est-il honte ou mesure à donner au regret
d’une tête si chère ? – Enseigne-moi des chants
lugubres, Melpomène : à toi donna ton père
______une voix claire et la cithare.

Quintilius est donc sous l’éternel sommeil
pressé ? Mais quand Pudeur et Justice, sa sœur,
l’intègre Bonne Foi et la Vérité nue,
______trouveront-elles son égal ?

Il est parti, digne des pleurs des bonnes gens,
plus digne de tes pleurs, Virgile, que d’aucuns.
Ta piété réclame en vain Quintilius
______aux dieux – à cela point voué.

Que si de sons plus doux que ceux d’Orphée de Thrace,
tu cadençais la lyre écoutée par les arbres ?
Le sang reviendrait-il à une ombre sans corps
______quand de sa baguette effroyable,

revêche à qui le prie de rouvrir aux destins,
Mercure l’a poussée parmi le noir troupeau ?
Dur ! Mais la patience aide à rendre moins lourd
______tout ce qu’on ne peut corriger.


Quis desiderio sit pudor aut modus
tam cari capitis? Praecipe lugubris
cantus, Melpomene, cui liquidam pater
___vocem cum cithara dedit.

Ergo Quintilium perpetuus sopor
urget? Cui Pudor et Iustitiae soror,
incorrupta Fides, nudaque Veritas
___quando ullum inveniet parem?

Multis ille bonis flebilis occidit,
nulli flebilior quam tibi, Vergili.
Tu frustra pius, heu, non ita creditum
___poscis Quintilium deos.

Quid si Threicio blandius Orpheo
auditam moderere arboribus fidem?
Num vanae redeat sanguis imagini,
___quam virga semel horrida,

non lenis precibus fata recludere,
nigro compulerit Mercurius gregi?
durum: sed levius fit patientia
___quicquid corrigere est nefas.


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Horace : Eh oui, tu vieillis, Lydie… (Parcius iunctas quatiunt fenestras, in Odes, I, 25)

Ils secouent moins souvent tes fenêtres fermées
les grêlant de cailloux, les jeunes sans vergogne,
ils ne t’arrachent plus au sommeil et ta porte
________en pince pour ton seuil

– elle qui remuait, jadis, si lestement
ses gonds ! – tu les entends de moins en moins  te dire :
« Je suis tien, je me meurs de longues nuits durant,
________et toi tu dors, Lydie ? »

À ton tour de pleurer, seule au fond de ruelles,
le dédain des coureurs, vieille de peu de chose !
– et par un ciel sans lune, un vent soufflant de Thrace
________fera ses bacchanales,

et ils t’iront brûlant, l’amour et le désir
qui mettent en folie les juments poulinières,
ils séviront tous deux dans ton foie ulcéré,
________tu n’iras pas sans geindre

que l’allègre jeunesse éprouve plus de joie
à la verdeur du lierre et au sombre du myrte,
et consacre à l’Eurus, compagnon de l’hiver,
________les rameaux desséchés.


Parcius iunctas quatiunt fenestras
iactibus crebris iuvenes proterui
nec tibi somnos adimunt amatque
_______ianua limen,

quae prius multum facilis movebat
cardines. Audis minus et minus iam:
‘Me tuo longas pereunte noctes,
_______Lydia, dormis?’

Invicem moechos anus arrogantis
flebis in solo levis angiportu
Thracio bacchante magis sub inter-
_______lunia vento,

cum tibi flagrans amor et libido,
quae solet matres furiare equorum,
saeviet circa iecur ulcerosum
_______non sine questu,

laeta quod pubes hedera virenti
gaudeat pulla magis atque myrto,
aridas frondes hiemis sodali
_______dedicet Euro.


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Horace : La génisse et le vieillard (Nondum subacta ferre iugum valet cervice, in Odes, II, 5)

Elle est trop jeune encor pour voir soumise au joug
son cou, trop jeune encor pour égaler l’effort
__d’un compagnon, pour d’un pesant taureau
__qui vers l’amour se rue s’accommoder.

Elle a l’esprit tourné vers les verts pâturages,
ta génisse ! et tempère en rivière les fortes
__chaleurs, parfois, et parfois sous l’humide
__bois de saules préfère avec les veaux

s’ébattre. Ton désir de raisins verts, il n’est
pas de saison : bientôt, le chamarrant automne
__de tons de pourpre – et à ton avantage –
__va diaprer les grappes olivâtres ;

et elle va bientôt te suivre : il court, vois-tu,
le temps féroce, et les années qu’il t’aura prises,
__il les lui donnera ; bientôt, d’un front
__fripon, va Lalagé chercher mari,

chérie plus que ne sont Pholoé la fuyante,
et Chloris dont l’épaule au teint pâle luit comme
__sur la nocturne mer la lune pure
__– plus que Gygès, le jouvenceau de Gnide :

lui, si tu l’introduis dans un chœur de tendrons,
à merveille il se joue du flair de tes convives,
__brouillant les différences, les cheveux
__flottants, portant l’équivoque au visage.


Nondum subacta ferre iugum valet
cervice, nondum munia comparis
__aequare nec tauri ruentis
__in venerem tolerare pondus.

Circa virentis est animus tuae
campos iuvencae, nunc fluviis gravem
__solantis aestum, nunc in udo
__ludere cum vitulis salicto

praegestientis. Tolle cupidinem
immitis uvae: iam tibi lividos
__distinguet autumnus racemos
__purpureo varius colore;

iam te sequetur; currit enim ferox
aetas et illi quos tibi dempserit
__adponet annos; iam proterva
__fronte petet Lalage maritum,

dilecta, quantum non Pholoe fugax,
non Chloris albo sic umero nitens
__ut pura nocturno renidet
__luna mari Cnidiusve Gyges,

quem si puellarum insereres choro,
mire sagacis falleret hospites
__discrimen obscurum solutis
__crinibus ambiguoque voltu.


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Horace : à Mécène (Maecenas atavis edite regibus, in Odes, I, 1)

Mécène, descendant d’une race de rois,
ô toi qui me soutiens, qui es ma douce gloire :

Certains, courant en char, se plaisent à cueillir
la poussière olympique ; et la borne évitée
par leurs roues surchauffées, la palme et son prestige,
les haussent jusqu’aux dieux, les maîtres de la terre ;
l’un, à se voir porté par la cohue volage
des Quirites aux trois échelons des honneurs ;
cet autre, à enfermer dans ses propres greniers
tout le grain qu’on récolte aux aires de Libye.

Qui aime ouvrir, sarcler la terre de ses pères,
lui donnât-on statut d’Attale – au grand jamais
ne la quittera pour, d’une proue faite à Chypre,

fendre, marin craintif, la mer bordant Myrtos.

Quand luttent l’Africus et les flots d’Icarie,
le marchand qui s’effraie loue le calme et les champs
de son bourg – et bientôt répare l’avarie
de son bateau, rétif à supporter la gêne.

Tel autre ne fait fi d’un vieux Massique en coupes,
ni de prendre sa part sur le total du jour
en s’allongeant tantôt sous le vert arbousier,
tantôt près d’une source exquise d’eau sacrée.
À maints plaisent les camps, les accents combinés
de trompette et clairon, et la guerre, des mères
détestée.

_________Il fait froid, mais le chasseur s’attarde,
et il ne pense plus à sa tendre épousée,
si un cerf a paru devant ses chiens fidèles,
si un sanglier marse a rompu ses rets fins.

Moi, le lierre qu’on donne au front des hommes doctes
me mêle aux dieux du ciel ; moi, fraîcheur des bocages,
Nymphes aux chœurs légers, Satyres, loin du peuple
me tiennent à l’écart, si Euterpe consent
à jouer de la flûte et si Polhymnie daigne
de tendre ses accords sur le luth lesbien.

Si tu me mets au rang des poètes lyriques,
de ma tête levée, j’irai toucher les astres.


Maecenas atavis edite regibus,
o et praesidium et dulce decus meum,
sunt quos curriculo pulverem Olympicum
collegisse iuvat metaque fervidis
evitata rotis palmaque nobilis
terrarum dominos evehit ad deos;
hunc, si mobilium turba Quiritium
certat tergeminis tollere honoribus;
illum, si proprio condidit horreo
quicquid de Libycis verritur areis.
Gaudentem patrios findere sarculo
agros Attalicis condicionibus
numquam demoveas, ut trabe Cypria
Myrtoum pavidus nauta secet mare.
Luctantem Icariis fluctibus Africum
mercator metuens otium et oppidi
laudat rura sui; mox reficit rates
quassas, indocilis pauperiem pati.
Est qui nec veteris pocula Massici
nec partem solido demere de die
spernit, nunc viridi membra sub arbuto
stratus, nunc ad aquae lene caput sacrae.
Multos castra iuvant et lituo tubae
permixtus sonitus bellaque matribus
detestata. Manet sub Iove frigido
venator tenerae coniugis inmemor,
seu visa est catulis cerva fidelibus,
seu rupit teretis Marsus aper plagas.
Me doctarum hederae praemia frontium
dis miscent superis, me gelidum nemus
Nympharumque leves cum Satyris chori
secernunt populo, si neque tibias
Euterpe cohibet nec Polyhymnia
Lesboum refugit tendere barbiton.
Quod si me lyricis vatibus inseres,
sublimi feriam sidera vertice.


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Horace : Dialogue d’ex… (Donec gratus eram tibi, in Odes, III, 11)

Horace :
Tant qu’à tes yeux j’eus quelque charme,

qu’à nul godelureau n’alla ta préférence
et à ses bras ta blanche nuque,
j’ai vécu plus heureux que le roi de la Perse.

Lydie :
Tant que plus fort tu ne brûlas

pour l’autre, et que Chloé n’eut le pas sur Lydie,
– Lydie : ce nom sur toutes lèvres… –
j’ai vécu plus connue qu’Ilia la Romaine. *

Horace :
J’aime à présent Chloé de Thrace

qui sait de doux refrains, qui joue de la cithare.
Pour elle je mourrai sans crainte,
si ma chère âme reste, épargnée par le sort.

Lydie :
Nous sommes pris d’un même feu,

Calaïs de Thuries, fils d’Ornytus, et moi.
Pour lui, je mourrai, re-mourrai,
si mon chérubin reste, épargné par le sort.

Horace :
Et si revient l’ancien amour,

qu’il pose un joug de bronze au cœur des séparés ?
– Si l’on renvoie Chloé la blonde,
et si la porte s’ouvre à Lydie l’éconduite ?

Lydie :
Même s’il est plus beau qu’un astre,

et toi léger plus que le liège et coléreux
plus que l’affreux Adriatique :
c’est avec toi que je voudrais vivre et mourir.

*

* : autre nom de Rhea Silvia, mère de Romulus et Remus, les mythiques fondateurs de Rome.


Horatius:
Donec gratus eram tibi

Nec quisquam potior bracchia candidae
Ceruici iuuenis dabat,
Persarum uigui rege beatior.

Lydia:
Donec non alia magis

Arsisti neque erat Lydia post Chloen,
Multi Lydia nominis,
Romana uigui clarior Ilia.

Horatius:
Me nunc Thressa Chloe regit,

Dulcis docta modos et citharae sciens,
Pro qua non metuam mori,
Si parcent animae fata superstiti.

Lydia:
Me torret face mutua

Thurini Calais filius Ornyti,
Pro quo bis patiar mori,
Si parcent puero fata superstiti.

Horatius:
Quid si prisca redit Venus

Diductosque iugo cogit aeneo,
Si flaua excutitur Chloe
Reiectaeque patet ianua Lydiae ?

Lydia:
Quamquam sidere pulchrior

Ille est, tu leuior cortice et inprobo
Iracundior Hadria
Tecum uiuere amem, tecum obeam lubens.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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Horace : Devenir un oiseau (Non usitata nec tenui ferar, in Odes, II, 20)

D’une plume volant ni commune ni frêle
dans le limpide éther, sans plus rester, poète
____biforme, sur la terre, et plus
____grand que l’envie, je quitterai

les villes. Non, moi rejeton d’une lignée
de pauvres, moi, Mécène, à qui tu dis « mon cher »,
____non, je ne mourrai pas, ni l’onde
____du Styx ne m’emprisonnera.

Déjà, déjà, des peaux rugueuses sur mes jambes
s’affaissent, et du haut je me fais oiseau blanc,
____et il me naît des plumes lisses
____aux doigts comme sur les épaules.

Déjà, plus vite que l’Icare de Dédale,
je vais voir du grondant Bosphore les rivages,
____oiseau chanteur, Syrtes gétules
____et plaines de l’Hyperborée.

Colche, Dace cachant sa peur des troupes marses,
Gélon de nos confins, sauront mon nom ; l’Ibère
____– ce connaisseur – et le buveur
____de Rhône étudieront mes chants.

Qu’on exclue les nénies de mes vaines obsèques,
le deuil et ses laideurs, les lamentations !
____Retiens les cris – et du sépulcre
____bannis les honneurs inutiles.


Non usitata nec tenui ferar
penna biformis per liquidum aethera
__vates neque in terris morabor
_longius invidiaque maior

urbis relinquam. Non ego pauperum
sanguis parentum, non ego quem vocas,
__dilecte Maecenas, obibo
_nec Stygia cohibebor unda.

Iam iam residunt cruribus asperae
pelles et album mutor in alitem
__superne nascunturque leves
_per digitos umerosque plumae.

Iam Daedaleo ocior Icaro
uisam gementis litora Bosphori
__Syrtisque Gaetulas canorus
_ales Hyperboreosque campos.

Me Colchus et qui dissimulat metum
Marsae cohortis Dacus et ultimi
__noscent Geloni, me peritus
_discet Hiber Rhodanique potor.

Absint inani funere neniae
luctusque turpes et querimoniae;
__conpesce clamorem ac sepulcri
_mitte supervacuos honores.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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