Martial (40-104 ap. J.-C.) : La charrette de Bassus

Qui est Martial ?

On trouve ici, par Constant Dubos (1768-1845),
une autre traduction en vers de cette même épigramme.
Elle est assez typique de l’exercice scolaire appelé amplification

À la porte Capène¹ où l’eau tombe à foison,
Où le fer de Cybèle est lavé dans l’Almon¹,
Là où verdit le champ consacré des Horaces¹,
Où le petit Hercule a son temple vivace¹,
Bassus traînait, Faustin, à pleine cargaison
Tout ce que peut produire un domaine fécond.
Ah, tu aurais vu ça ! Choux de noble lignée,
Ciboulette, poireau², laitue ample et pommée²,
Bette point inutile au ventre fainéant ;
Grives grasses liées en chapelet pesant,
Un lièvre mâchuré par les crocs d’une lice,
Et un cochon de lait sans fève pour nourrice².
Le coureur³ n’allait pas devant le char, oiseux,
Mais portait dans du foin, bien protégés, des œufs.
‒ Bassus allait à Rome ?
______________________‒ Eh non : à la campagne.

¹ : La porte Capène, par où on sortait de Rome pour se rendre à Capoue. Elle supportait un aqueduc qui, à l’époque de Martial, n’était plus étanche (un autre auteur, Juvénal, parle de « madida Capena », « porte Capène imbibée d’eau »). L’Almon était un ruisseau qui se jetait dans le Tibre ; une fois l’an, on y lavait, au cours d’une fête, les instruments liés au culte de Cybèle. Le champ consacré des Horaces était supposé celui du combat mythique des Horaces et des Curiaces. Le temple du « petit Hercule » (à moins qu’il ne faille comprendre « Le petit temple d’Hercule » était ainsi nommé pour le distinguer des deux autres temples de Rome consacrés au même dieu.
² : Ciboulette et poireau portent le même nom, en latin (Martial parle « des deux variétés de poireaux »), la première est le « porrum sectivum », le second est le « porrum capitatum ». La « lectuca sessilis » est celle qui s’étale en pommant, sans monter en tige. Le cochon de lait, quant à lui, est un porcelet pas encore sevré, et qui n’est donc pas nourri de fèves.
³ : Le coureur (« cursor ») était un esclave qui précédait litière et attelage, afin de dégager la rue. Il avait d’ordinaire les mains libres (« feriatus »), pour pouvoir mieux exercer sa fonction.

Capena grandi porta qua pluit gutta
Phrygiumque Matris Almo qua lavat ferrum,
Horatiorum qua viret sacer campus
Et qua pusilli fervet Herculis fanum,
Faustine, plena Bassus ibat in raeda,
Omnis beati copias trahens ruris.
Illic videres frutice nobili caules
Et utrumque porrum sessilesque lactucas
Pigroque ventri non inutiles betas;
Illic coronam pinguibus gravem turdis
Leporemque laesum Gallici canis dente
Nondumque victa lacteum faba porcum.
Nec feriatus ibat ante carrucam,
Sed tuta faeno cursor ova portabat.
Urbem petebat Bassus? immo rus ibat.

(in Epigrammaton liber V, 47)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Martial (40-104 ap. J.-C.) : Vaine coquetterie d’homme

Qui est Martial ?

Tu joues, les cheveux teints, Létinus, au galant,
Rendu soudain corbeau, mais cygne il n’y a guère.
Tous ne s’y trompent pas : la Mort¹ sait ton poil blanc,
Elle t’enlèvera ton masque capillaire.

¹ : Proserpine, dit Martial, reine des Enfers.

Marot a donné de cette épigramme cette interprétation que je trouve bien troussée : 


Mentiris juvenem tinctis, Laetine, capillis,
___Tam subito corvus, qui modo cycnus eras.
Non omnes fallis; scit te Proserpina canum:
___Personam capiti detrahet illa tuo.

(in Epigrammaton liber III, 43)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Martial (40-104 ap. J.-C.) : Il y a figue et figue…

Qui est Martial ?

Contexte : Un certain Cécilien reprend Martial, qui dit « ficus » là où il faudrait dire, selon lui, « ficos ». Mais pour Martial, s’il s’agit de quasi homophones, les sens sont bien différents, le premier signifiant « figues = fruits du figuier », le second « hémorroïdes ». Martial de confirmer qu’il emploiera « ficus » (accusatif pluriel de la quatrième déclinaison) pour parler des figues que produisent les figuiers, et « ficos » (accusatif pluriel de la deuxième déclinaison) quand il s’agira de ce qui pousse ailleurs, et par quoi Cécilien semble concerné.
Maintenant : comment rendre ça en français ?
Je propose, à défaut de pouvoir traduire littéralement le jeu de mot original, les deux adaptations suivantes (la première est plus proche du latin, sachant qu’un fic est une sorte de grosse verrue) :

1 – Tu ris, car j’ai dit fic : « quel mot de mal instruit ! »
Et veux, Cécilien, que je prononce figue.
Je prononcerai figue en évoquant le fruit,
Mais prononcerai fic en évoquant tézigue.

2 – Tu ris : « Tu dis vérole, espèce d’Ostrogoth ! »
Et veux, Cécilien, que je dise virole :
Oui, je dirai virole en parlant de couteau,
Mais pour parler de toi : non, je dirai vérole.


Cum dixi ficus, rides quasi barbara verba,
___Et dici ficos, Caeciliane, jubes.
Dicemus ficus, quas scimus in arbore nasci:
___Dicemus ficos, Caeciliane, tuas.

(in Epigrammaton liber I, 65)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Martial (40-104 ap. J.-C.) : Les étrennes de Martial

Qui est Martial ?

Pour étrennes¹, Umber, tu m’as fait le présent
De tout ce que l’on t’a offert cette semaine¹ :
Deux lots de six carnets, un de sept cure-dents ;
Nappe, éponge, godet¹, sont venus à leur traîne,
Fèves (un demi-muid), olives (un panier),
Vin cuit de Tarragone (un cruchon noir de lie)²,
Canoniques pruneaux², petits fruits de figuier²,
Et pot pesant son poids de figues de Libye :
Tous ces présents ‒ valant, crois-je, à peine cent sous ‒
Livrés par un octet de Syriens immenses…
Qu’il eût été plus simple ‒ et moins tuant, du coup ‒,
De n’envoyer qu’un gars redorer mes finances³.

¹ : Mot à mot « à l’occasion des Saturnales », qui, au temps de Martial, duraient cinq jours (je traduis par « une semaine »). On trouve sur le site d’Arrête ton char un excellent résumé (dans des traductions parfois un peu surannées) des activités qui s’y pratiquaient, dont les échanges de cadeaux d’une valeur, parfois, très discutable. Umber est accusé par Martial de lui donner pour présents ce qu’à lui-même on a offert et dont il se défait.
² : Les vins d’Espagne étaient, dans l’Antiquité, déjà renommés, à l’exception de ceux de l’actuelle Catalogne, réputés épais et d’une couleur peu engageante. Les « canoniques pruneaux » sont littéralement « chenus » : il en va de pruneaux obtenus par dessiccation. Quant aux « petits fruits de figuier » (coctana ou cottona), il s’agit d’une variété petite de figues, produite en Syrie.
³ : Je prends ici, tout en conservant bien sûr le sens, quelque liberté avec le mot à mot de Martial, qui aurait préféré qu’un « gars » ( = un jeune esclave) lui apportât cinq livres (pondera) d’argent en cadeau…

Omnia misisti mihi Saturnalibus, Umber,
munera, contulerant quae tibi quinque dies:
bis senos triplices et dentiscalpia septem;
his comes accessit spongea, mappa, calix,
semodiusque fabae cum vimine Picenarum
et Laletanae nigra lagona sapae;
parvaque cum canis uenerunt coctana prunis
et Libycae fici pondere testa gravis.
Vix puto triginta nummorum tota fuisse
munera, quae grandes octo tulere Syri.
Quanto commodius nullo mihi ferre labore
argenti potuit pondera quinque puer!

(in Epigrammaton liber VII, 53)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Martial (40-104 ap. J.-C.) : Manger selon sa bourse

Qui est Martial ?

Un sanglier pillait le gland tusque, engraissé
De maint chêne ‒ on eût dit la Bête d’Étolie !
Éclat d’un coup d’épieu : l’ami Droit l’a percé,
Près de mon âtre gît ce gibier qu’on m’envie.
Ah, l’opulent chez moi, gras fumets de cuisson,
Odeurs de bois de crête¹ et de festive liche !
‒ Mais le queux va vouloir le poivrer² à foison,
Le mouiller de falerne³ et de garum³ pour riche !
Mon feu n’est pas pour toi, repars chez qui t’a pris,
Ruineux sanglier : j’ai faim à plus bas prix.

¹ le bois de montagne, supposé de meilleure qualité.
² le poivre était, dans l’Antiquité comme au Moyen âge (d’où l’expression « cher comme poivre ») une épice très coûteuse. 
³ le falerne était un des crus les plus fameux, et des plus onéreux, de l’Antiquité romaine. Le garum, quant à lui, était une sauce très prisée des Romains, à base de poissons fermentés dans de la saumure (cf. l’actuel nuocmâm). Il en existait diverses qualités

Tuscae glandis aper populator et ilice multa
__Jam piger, Aetolae fama secunda ferae,
Quem meus intravit splendenti cuspide Dexter,
__Praeda jacet nostris invidiosa focis:
Pinguescant madido laeti nidore penates
__Flagret et exciso festa culina jugo.
Sed cocus ingentem piperis consumet acervum
__Addet et arcano mixta Falerna garo:
Ad dominum redeas, noster te non capit ignis,
__Conturbator aper: vilius esurio.

(in Epigrammaton liber VII, 27)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Martial (40-104 ap. J.-C.) : Épitaphe de la petite Érotion

Qui est Martial ?

Fronton et Flaccilla, à vous deux, ses parents,
Je remets ma bisette et mes joies : cette enfant,
Ce chou d’Érotion¹, pour que les ombres noires²
Ne l’effraient, ni le chien monstrueux du Tartare.
De solstices d’hiver³, c’est six qu’elle aurait vus
Si six ‒ aussi ‒ de jours elle eût vécu de plus.
Entre ses vieux patrons puisse-t-elle s’ébattre
Et bredouiller mon nom dans son bagou folâtre… !
Que le gazon soit mol sur son corps tendre, et sois
-Lui, terre, sans lourdeur : elle l’était pour toi.

¹ : Il faut comprendre qu’Érotion (en grec : « Petite chérie ») était une fillette esclave. Elle vient de mourir, et Martial confie son âme aux parents, morts, de l’enfant, pour qu’ils l’accompagnent sur le chemin des Enfers et lui évitent la peur des monstres qu’elle est appelée à rencontrer.
² : Il s’agit des âmes des morts.
³ : Je prends bruma dans son sens étymologique (brevissima [dies]) tel qu’il est donné par Varron : il s’agit du jour le plus court de l’année, celui du solstice d’hiver (21 décembre) : sans cette référence à ce jour précis, et en traduisant, comme on lit parfois, frigora brumae par la froidure d’hiver, on ne peut comprendre pourquoi Martial souligne qu’il aurait eu 6 ans dans 6 jours. La petite Érotion était donc née un 15 décembre.

L’excellent Vojin Nedeljkovic, de l’Université de Belgrade (Serbie) en donne ici, de cette épigramme, une très belle lecture, qui respecte le scansion originelle du distique élégiaque et la prononciation du latin classique telle qu’on la reconstitue de nos jours.
Michel de Marolles, quant à lui, en a donné (1655) la traduction suivante, que je trouve charmante (avec toutefois une interprétation des premiers vers différente de la mienne) :


Hanc tibi, Fronto pater, genetrix Flaccilla, puellam
____Oscula commendo deliciasque meas,
parvola ne nigras horrescat Erotion umbras
____Oraque Tartarei prodigiosa canis.
Inpletura fuit sextae modo frigora brumae,
____Vixisset totidem ni minus illa dies.
Inter tam veteres ludat lasciva patronos
____Et nomen blaeso garriat ore meum.
Mollia non rigidus caespes tegat ossa nec illi,
____TTerra, gravis fueris: non fuit illa tibi.

(in Epigrammaton liber V, 34)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Martial (40-104 ap. J.-C.) : À un laideron


Tu voudrais que je bande et rebande pour toi :
Lesbie, un vit, crois-m’en, ce n’est pas comme un doigt !
Tu peux bien insister, chatteries, tripotage :
Plus pressant que tu n’es, il y a… ton visage.


La même épigramme traduite librement par Clément Marot :


Stare jubes nostrum semper tibi, Lesbia, penem :
Crede mihi, non est mentula quod digitus.
Tu licet et manibus, blandis et vocibus instes,
Contra te facies imperiosa tua est.

(in Epigrammaton liber VI, 23)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Martial (40-104 ap. J.-C.) : Contre un bruyant maître d’école


Mais qu’as-tu contre nous, maudit maître d’école,
Bonhomme abominé des garçons et des filles ?
Ces encrêtés de coqs n’ont pas rompu le calme
Que tu grondes déjà, donnant du martinet.
L’airain sonne aussi fort martelé sur l’enclume
Quand le forgeron rive un baveux sur sa rosse* ;
Les cris fusent plus doux au grand amphithéâtre
Quand la foule des fans acclame son vainqueur.
Nous tes voisins voulons un tant soit peu dormir
‒ Car si on peut veiller, ça pèse, une nuit blanche !
Chez eux, tes écoliers ! Veux-tu gagner, beuglard,
Autant pour la boucler qu’on t’offre pour crier ?

* Il s’agit d’un forgeron qui travaille à la statue équestre d’un avocat (causidicus, pris en mauvaise part, que je traduis par l’argotique  « baveux »). C’était, à l’époque de Martial, la coutume chez les riches Romains (et surtout chez les parvenus) de se faire ainsi représenter.

Quid tibi nobiscum est, ludi scelerate magister,
invisum pueris virginibusque caput ?
Nondum cristati rupere silentia galli :
murmure iam saevo verberibusque tonas.
Tam grave percussis incudibus aera resultant,
causidicum medio cum faber aptat equo :
mitior in magno clamor furit amphitheatro,
vincenti parmae cum sua turba favet.
Vicini somnum – non tota nocte – rogamus :
nam vigilare leve est, pervigilare grave est.
Discipulos dimitte tuos. Vis, garrule, quantum
accipis ut clames, accipere ut taceas ?

(in Epigrammaton liber IX, 69)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Martial (40-104 ap. J.-C.) : Embrassades hivernales


Décembre au plus haut point nous crispe et nous hérisse,
Mais tu as le culot de donner à chacun
Que tu croises çà, là, l’accolade du givre,
Et d’embrasser, Linus, tout ce qui est dans Rome.
Mais que ferais-tu donc de pis, de plus cruel
Si on t’avait battu, qu’on t’eût roué de coups ?
Nul ne m’embrasserait par ce froid, fût-ce épouse
Ou fillette à la bouche inhabile aux mamours,
Mais toi, oui, car « tu es plus chic, plus raffiné »
Alors que pend livide à ton canin de nez*
Un bout de stalactite et que ta barbe raide
Tient du poil que retranche en levant ses cisailles
Le tondeur de Cilix au mâle de Cinyps**.
Je préfère tomber sur cent broute-minous
Et je redoute moins le Galle qui vient de…***
C’est pourquoi j’en appelle à ton bon sens, Linus,
Et à ta retenue, avec cette requête :
Reporte au mois d’avril tes bises hivernales.


* Linus a le nez humide, comme un chien, à moins qu’il ne renifle (Perse dans sa première satire [I, 109] appelle le « r » la lettre canine [canina littera], du fait de sa prononciation). On peut comprendre aussi que Linus a le nez agressif, comme dans l’expression verba canina = « des mots canins, mordants ». Aucune de ces interprétations n’en exclut d’ailleurs une autre, Martial jouant avec brio de la polysémie de caninus.
** Cilix pour Cilicie (ancienne province romaine, dans l’actuelle Turquie) ; le « mâle de Cinyps » renvoie à deux vers de Virgile tirés des Géorgiques (III, 311/312), barbas, incanaque menta, / Cinyphii tondent hirci (« ils tondent barbes et blanches mantes du bouc de Cinyps »). Le Cinyps était un fleuve de Libye, fameux pour les troupeaux de chèvres qui paissaient sur ses rives. Le vers de Martial peut paraître incohérent si on s’en rapporte à la géographie : il faut prendre Cinyphio marito pour une périphrase sans référence précise à la Libye, et jouant rhétoriquement sur le chiasme (Tonsor Cinyphio Cilix marito) et les sonorités allitératives à consonances étrangères pour une oreille latine.
*** Les Galles étaient réputés pratiquer le sexe oral (à leur sujet, Martial dit ailleurs [III, 81] qu’ils sont « hommes par la bouche »)… Certains commentateurs prennent recentem au sens de « qui vient d’être castré », mais cela rompt la continuité thématique amorcée dans le vers précédent : je préfère pour ma part n’en dire pas plus que n’en dit Martial (recens = « qui a récemment [fait quelque chose] »), sachant que le lecteur latin n’était nullement en peine de comprendre le non-dit.

Bruma est et riget horridus December,
Audes tu tamen osculo niuali
Omnes obuius hinc et hinc tenere
Et totam, Line, basiare Romam.
Quid posses grauiusque saeuiusque
Percussus facere atque uerberatus?
Hoc me frigore basiet nec uxor
Blandis filia nec rudis labellis,
Sed tu dulcior elegantiorque,
Cuius liuida naribus caninis
Dependet glacies rigetque barba,
Qualem forficibus metit supinis
Tonsor Cinyphio Cilix marito.
Centum occurrere malo cunnilingis
Et Gallum timeo minus recentem.
Quare si tibi sensus est pudorque,
Hibernas, Line, basiationes
In mensem rogo differas Aprilem.

(in Epigrammaton liber VII, 95)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Martial (40-104 ap. J.-C.) : Un goinfre


Rien de plus pauvre et de plus goinfre que Santra.
Quand prié il se rue à quelque riche table
Où il a jour et nuit cherché à s’inviter,
Il prend trois fois de ris de porc, quatre d’échine,
Les deux cuisses du lièvre et les pattes d’avant,
A le front de mentir : « Je n’ai pas eu de grive ! »
Et celui de racler le pied glauque des huîtres.
Salissant de bouchées de gâteaux sa serviette,
Il y emmagasine aussi des raisins secs,
Non sans y ajouter quelques grains de grenade,
L’obscène rogaton d’une vulve sans farce,
Une figue avachie et un bolet mollet.
Sa serviette crevant sous ces mille larcins,
Il tiédit son gousset de rognures marines,
Du tronc d’un tourtereau dont il bâfra la tête.
À ses yeux, nulle honte à porter sa main longue
Vers ce que balayeurs et chiens ont délaissé.
Il faut à ce gosier plus que des proies solides :
Une flasque à ses pieds s’emplit de vin coupé.
Tout emporté chez lui, grimpées ses deux cents marches,
Peureusement reclus dans son taudis sous clé,
Le lendemain ce goinfre écoule ses regrats.


Nihil est miserius neque gulosius Santra.
Rectam vocatus cum cucurrit ad cenam,
Quam tot diebus noctibusque captavit,
Ter poscit apri glandulas, quater lumbum,
Et utramque coxam leporis et duos armos,
Nec erubescit pejerare de turdo
Et ostreorum rapere lividos cirros.
Buccis placentae sordidam linit mappam;
Illic et uvae conlocantur ollares
Et Punicorum pauca grana malorum
Et excavatae pellis indecens volvae
Et lippa ficus debilisque boletus.
Sed mappa cumjiam mille rumpitur furtis,
Rosos tepenti spondylos sinu condit
Et devorato capite turturem truncum.
Colligere longa turpe nec putat dextra,
Analecta quidquid et canes reliquerunt.
Nec esculenta sufficit gulae praeda,
Mixto lagonam replet ad pedes vino.
Haec per ducentas cum domum tulit scalas
Seque obserata clusit anxius cella
Gulosus ille, postero die vendit.

(in Epigrammaton liber VII, 20)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

%d blogueurs aiment cette page :