Johannes Robert Becher (1891-1958) : Chant d’amour / Liebeslied

Qui est Johannes Robert Becher ?

Les rues courent parmi les pâtés de maisons :
Ciment colosse. Éclats de mercure pour tresses.
Des veines sous la peau, c’est leur comparaison.
Des nuées sont tirées par un soir sombre, épaisses.

Te voici maintenant qui coules sur des pentes
De lumière et de pierre. Es soudain visible. Oui,
Les trams font ton portrait sur alarme bruyante,
Les roues glissent. Dedans, tout à coup, plus de nuit,

Te voici ceint par le courant, place soignée
Par lui de ses rumeurs, douchée de firmament.
La poitrine au zénith en brillant s’est scindée,
Fusante hostie. Incendiant espace et vent.


Die Straßen rinnen zwischen Häuserquadern:
Koloß Zement. Quecksilberner Glast verflicht.
So scheinen sie wie unter Häuten Adern.
Ein brauner Abend zieht die Wolken dicht.

Jetzt spülest du heraus aus den Gefällen
Von Licht und Stein. Bist plötzlich deutlich. Ja,
Es schildern dich die Trams in einem gellen
Signal mit Räderrutsch. Bis steigend jäh umfah

Dich Strom aus Nacht, der von Geräuschen heilte
Den Platz, beduscht mit Sternenfirmament.
Der Schoß sich strahlend am Zenith entteilte,
Raketenhostie. Windigen Raum durchbrennt.

(in An Europa, 1916)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Georg Heym (1887-1912) : L’hiver / Der Winter

Qui est Georg Heym ?


Le plat pays est recouvert de neige bleue,
L’hiver s’étale. Et les panneaux indicateurs
Se montrent l’un à l’autre en étendant la main
Le violet silencieux de l’horizon.

Quatre routes ici progressant vers le vide
Se joignent. Dénudés, les arbres bas se dressent
Comme des mendiants. Le rouge de la sorbe
Brille trouble, semblable à leur œil. Les chemins

Font une courte halte et parlent sous les branches
Avant de repartir vers leur isolement,
Vers le nord et le sud et vers l’est et vers l’ouest
Où pâlit le jour bas de la saison d’hiver.

Un panier à haut bord au cannage éventré
Est depuis la moisson demeuré dans le champ.
Barbe blanche, un soldat, qui après la bataille
Et la chaude journée est de garde des morts.

La neige s’appâlit et le jour se consume.
L’haleine du soleil sur le firmament fume,
Avec pour résultat que la glace des flaques
Brûle au bas du chemin, rouge comme du feu.


Der blaue Schnee liegt auf dem ebenen Land,
Das Winter dehnt. Und die Wegweiser zeigen
Einander mit der ausgestreckten Hand
Der Horizonte violettes Schweigen.

Hier treffen sich auf ihrem Weg ins Leere
Vier Straßen an. Die niedren Bäume stehen
Wie Bettler kahl. Das Rot der Vogelbeere
Glänzt wie ihr Auge trübe. Die Chausseen

Verweilen kurz und sprechen aus den Ästen.
Dann ziehn sie weiter in die Einsamkeit
Gen Nord und Süden und nach Ost und Westen,
Wo bleicht der niedere Tag der Winterzeit.

Ein hoher Korb mit rissigem Geflecht
Blieb von der Ernte noch im Ackerfeld.
Weißbärtig, ein Soldat, der nach Gefecht
Und heißem Tag der Toten Wache hält.

Der Schnee wird bleicher, und der Tag vergeht.
Der Sonne Atem dampft am Firmament,
Davon das Eis, das in den Lachen steht
Hinab die Straße rot wie Feuer brennt.

(in Umbra vitae [1912])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Paul Mayer (1889-1970) : Hiver / Winter

Qui est Paul Mayer ?


Toutes les routes sont
Recouvertes de neige,
Seul y marche un aveugle
Grelottant dans le vent.

Et les arbres en rangs
Sont pareils à des nonnes
Implorant le pardon
Dans leur haire de crin.

Sur la croix de l’étang
Le Rédempteur pend, nu,
Du bec, une corneille
Le blesse dans sa chair.


Alle Wege sind
Vom Schnee verweht,
Nur ein Blinder geht
Frostzitternd im Wind.

Und die Baume stehn
Wie Nonnen gereiht,
Die im Büßerkleid
Vergebung erflehn .

Auf dem Kreuz am Teich
Hängt der Heiland nackt,
Eine Krähe hackt
Ihm Wunden ins Fleisch.

(in Rudolf Kayser (éditeur): Verkündigung [1921])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Heym (1887-1912) : L’hôpital des fièvres I / Das Fieberspital I

Qui est Georg Heym ?


Le pâle drap de lin couvrant les lits nombreux
Se fond sur le mur nu dans la salle commune.
Toutes les maladies, frêles marionnettes,
Marchent, s’y promenant, dans les allées. Sa part

En a chaque malade. Et à la blanche craie
Est proprement noté le mal qui le tourmente.
La fièvre bruit comme un tonnerre. Leurs entrailles
Brûlent comme des monts. Leur œil hagard regarde

La couverture, où quelques grosses araignées
Extirpent de longs fils hors de leur abdomen.
Ils se tiennent assis dans la froideur du lin
Et leur sueur, genoux repliés vers le haut.

Ils creusent en mordant les ongles de leurs mains.
Les rides à leur front, qui est rougeâtre et brûle,
Paraissent un labour à sillons de grisaille
Sur quoi fleurit la grande aurore de la mort.

Ils tendent vers avant la blancheur de leurs bras,
Le froid les fait trembler, l’horreur les rend muets.
Déjà, leur cerveau, noir, va d’une oreille à l’autre,
Roulant vite en tous sens et monstrueux remous.

Alors, derrière eux, noire, une fissure bâille,
Et, ressortant du mur badigeonné de blanc,
Un bras se tend. Autour de leur gosier se serre
Une main, lentement, qui est dure et osseuse.


Die bleiche Leinwand in den vielen Betten
Verschwimmt in kahler Wand im Krankensaal.
Die Krankheiten alle, dünne Marionetten,
Spazieren in den Gängen. Eine Zahl

Hat jeder Kranke. Und mit weißer Kreide
Sind seine Qualen sauber aufnotiert.
Das Fieber donnert. Ihre Eingeweide
Brennen wie Berge. Und ihr Auge stiert

Zur Decke auf, wo ein paar große Spinnen
Aus ihrem Bauche lange Fäden ziehn.
Sie sitzen auf in ihrem kalten Linnen
Und ihrem Schweiß mit hochgezognen Knien.

Sie beißen auf die Nägel ihrer Hand.
Die Falten ihrer Stirn, die rötlich glüht,
Sind wie ein graugefurchtes Ackerland,
Auf dem des Todes großes Frührot blüht.

Sie strecken ihre weißen Arme vor,
Vor Kälte zitternd und vor Grauen stumm.
Schon wälzt ihr Hirn sich schwarz von Ohr zu Ohr
In ungeheurem Wirbel schnell herum.

Dann gähnt in ihrem Rücken schwarz ein Spalt,
Und aus der weißgetünchten Mauerwand
Streckt sich ein Arm. Um ihre Kehle ballt
Sich langsam eine harte Knochenhand.

(in Der ewige Tag [1911])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Heym (1887-1912) : Les trains / Die Züge

Qui est Georg Heym ?


Des nuées de fumées, roses, comme au printemps,
Que pousse promptement le noir poumon des trains,
S’affaissent sur le fleuve immense qui emporte,
Large, des blocs de glace à coups bruyants et chocs.

Le vaste jour d’hiver sur la rase campagne
Brille au loin comme un feu, rouge et or cristallin,
Sur plaines et sur neige où sombre le ballon
Ignescent du soleil sur bois et crépuscule.

Les trains vont en tonnant sur le chemin de miles
Qui court par les forêts, tel la traîne du jour.
Leur fumée en montant ressemble à une flamme

Qui haut dans la clarté frappe au bec le vent d’est,
Lequel, emplumé d’or, comme un puissant griffon,
Fond à pic sur le soir, poitrine déployée.


Rauchwolken, rosa, wie ein Frühlingstag,
Die schnell der Züge schwarze Lunge stößt,
Ziehn auf dem Strom hinab, der riesig flößt
Eisschollen breit mit Stoß und lautem Schlag.

Der weite Wintertag der Niederung
Glänzt fern wie Feuer rot und Gold-Kristall
Auf Schnee und Ebenen, wo der Feuerball
Der Sonne sinkt auf Wald und Dämmerung.

Die Züge donnern auf dem Meilendamme,
Der in die Wälder rennt, des Tages Schweif.
Ihr Rauch steigt auf wie eine Feuerflamme,

Die hoch im Licht des Ostwinds Schnabel zaust,
Der, goldgefiedert, wie ein starker Greif,
Mit breiter Brust hinab gen Abend braust.

(in Umbra vitae [1912])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Heym (1887-1912) : Les oiseaux / Die Vögel

Qui est Georg Heym ?


Tels les troubles matins de journées de lenteur
Au-dessus des marais et des lacs pleins de plaintes,
Des roseaux chatoyants, la nuit est au repos.
Il se met à pleuvoir. Dans les arbres s’éveille

Tout un bouquet de cris. Les chiens passent, furtifs,
Tout à l’entour des murs avec leur gueule chaude.
Mais s’élèvent des monts, pâlissantes, les tours
Sises sans bruit autour des étangs rabougris.

Une torche s’enflamme. Et les oiseaux des friches
Prennent de la hauteur, gagnant le firmament,
S’envolant sourdement des aires dénudées
D’arbres géants que fend leur grand élancement,

Touchant avec lenteur de leurs puissantes mains
Les bornes de la nuit qui vont s’obscurcissant,
Menaçants comme l’ombre et les pensées mauvaises,
Et montant, descendant, dans les nuées qui crèvent.

Un claquement soudain fuse près de la lune
Criant comme un enfant devant le bruit des plumes.
Battant de l’aile, ils vont nicher au-dessus d’elle
Et vertement du bec poussent une chanson.


Wie trübe Morgen langsamer Tage
Über den Seen und Sümpfen voll Klage
Über dem schillernden Schilf ruht die Nacht
Regen [beginnt]. In den Bäumen erwacht

Ein Geschrei. Und huschen die Hunde
Rund um die Mauern mit heiserem Munde.
Aber die Türme steigen von Bergen, bleichen,
Hockend stumm um die verschrumpften Teiche.

Eine Fackel brennt auf. Und die Vögel der Öden
Hoch herauf zu Himmels-Böden
Schwer flattern von den kahlen Horsten
Riesiger Bäume mit großen Schwingen zerborsten,

Langsam mit ihren gewaltigen Händen
Fassend die Nacht an den dunkelnden Enden
Drohend wie Schatten und böse Gedanken,
Die in brechenden Wolken schwanken.

Plötzlich stürmet vorbei an dem Mond ein Geschwirre.
Und er schreit wie ein Kind vor der Federn Geklirre.
Schlagend den Flügel, nisten sie über ihm,
Und krähen ein Lied aus den Schnäbeln so grün.

(in Umbra vitae [1912])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Heym (1887-1912) : Les villes maritimes / Die Meerstädte

Qui est Georg Heym ?
Port du Havre, effet de nuit (Claude Monet,1873)


Nous avons traversé sur les bateaux à voile
Les villes qu’emplissaient la nuit et la clarté de ports frigorifiés,
Vides, des escaliers suspendus par milliers menaient à la mer large,
Les bateliers, obscurs, agitaient le brandon.

Emplis de rues d’argent, les jardins maritimes
S’étendaient au-dessous du reflet des étoiles
Et les poissons géants allaient, en habit d’or
Et le rostre brillant, au-dessus des eaux vastes.

Nul grondement de cloche. Et point de mendiants assis près de la sente.
D’appel de corne aucun, ni personne qui vînt nous barrer le chemin.
Et nues comme des murs étaient les villes, toutes,
Seuls, des astres allaient sur les créneaux, très grands.

Des barrières de port reposaient fendillées sur le taillis des murs.
Immenses et salées des tours devant nos pieds.
Des ponts étaient, croulés, pareils à des squelettes,
Il se jetait au loin des feux dessus le fleuve.


Mit den segelnden Schiffen fuhren wir quer herein
In die Städte voll Nacht und frierender Häfen Schein.
Tausend Treppen leere hingen zum Meere breit,
Dunkel die Schiffer schwangen den Feuerscheit.

[Die Gärten der Meere mit silbernen Straßen gefüllt
Dehnten sich [??] unter der Sterne Bild
Und die riesigen Fische gingen im goldenen Kleid
Mit blitzenden Speeren über die Wasser weit. ]

Glocken nicht brummten. Und Bettler nicht saßen am Pfad.
Rief kein Horn, und niemand den Weg uns vertrat.
Und die Städte alle waren wie Wände bloß.
Sterne nur gingen über den Zinnen sehr groß.

Seebäume saßen geborsten im Mauergestrüpp.
Salzig, und weite [Türme] vor unserem Fuß.
Brücken zerbrochen standen wie Knochengerüpp,
Ferne Feuer warfen sich über den Fluß.

(in Umbra vitae [1912])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Heym (1887-1912) : La messe / Die Messe

Qui est Georg Heym ?

Doucement éclairé de trois cierges
Le corps est endormi. Et de grands moines vont
Tournant à son entour et posent quelquefois
Leurs doigts sur son visage.

Heureux les morts, qui s’en retournent au repos
Et qui étendent leurs mains blanches
Vers les anges, qui vont, ombreux et grandioses,
Par la haute maison dans des claquements d’ailes.

Seuls s’entendent parfois des pleurs à travers murs,
Dans le contentement roule un profond sanglot.
On croise doucement ses mains aux maigres doigts
En un signe de paix sur le buste velu.


Bei dreier Kerzen mildem Lichte
Die Leiche schläft. Und hohe Mönche gehen
Um sie herum, und legen ihre Finger
Manchmal über ihr Angesicht.

Froh sind die Toten, die zur Ruhe kehren
Und strecken ihre weißen Hände aus,
Den Engeln zu, die groß und schattig gehen
Mit Flügelschlagen durch das hohe Haus.

Nur manchmal schallt ein Weinen durch die Wände,
Ein tiefes Schluchzen wälzt sich in der Lust.
Man kreuzet ihre hageren Finger-Hände
Zum Frieden sanft auf die verhaarte Brust.

(in Umbra vitae [1912])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Heym (1887-1912) : Gaieté / Fröhlichkeit

Qui est Georg Heym ?

Vacarme et sifflements sur les grands carrousels
Qu’on dirait d’éclatants soleils d’après-midi.
Et des gens par milliers regardent, ébaudis,
Des chameaux, des chevaux tourner à un train tel,

Avec des éléphants et des cygnes figés.
Levant déjà la patte, un esprit folichon
Grogne en son ventre noir comme fait un cochon,
Et tous les animaux se mettent à danser.

Tout à côté pourtant, dans la lumière pure,
S’activent les maçons, comme des poux petits,
Assemblés pleins d’ardeur autour de leurs bâtis,
Et avec leur truelle ils marquent la mesure.


Es rauscht und saust von großen Karussellen
Wie Sonnen flammend in den Nachmittagen.
Und tausend Leute sehen mit Behagen,
Wie sich Kamele drehn und Rosse schnelle,

Die starren Schwäne und die Elefanzen,
Und einer hebt vor Freude schon das Bein
Und grunzt im schwarzen Bauche wie ein Schwein,
Und alle Tiere fangen an zu tanzen.

Doch nebenan, im Himmelslicht, dem hellen,
Gehen die Maurer rund, wie Läuse klein,
Hoch ums Gerüst, ein feuriger Verein,
Und schlagen Takt mit ihren Mauerkellen.

(in Umbra vitae [1912])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Métamorphose du mal / Verwandlung des Bösen

Qui est Georg Trakl ?

Automne : marche noire à l’orée du bois ; minute d’une destruction muette ; aux aguets le front du lépreux sous l’arbre nu. Soir d’un lointain passé, qui s’abîme à présent sur les degrés de mousse ; novembre. Une cloche sonne et le berger pousse au village un troupeau de chevaux noirs et roux. Sous la coudraie le chasseur vert étripe sa prise. Ses mains fument de sang et l’ombre de la bête soupire dans la ramure au-dessus des yeux de l’homme, brune et taciturne ; le bois. Des corneilles qui se dispersent ; trois. Leur vol pareil à une sonate, comble d’accords pâlis et de mélancolie virile ; un nuage doré se dissipe sans bruit. Près du moulin, de jeunes gars font un feu. Flamme : frère du plus pâle d’entre eux, riant enfoui sous ses cheveux de pourpre ; ou c’est un lieu du crime, où mène, y passant, un chemin de pierre. L’épine-vinette a disparu, l’année durant cela rêve dans l’air de plomb sous les pins sylvestres ; angoisse, verte obscurité, les gargouillis d’un qui se noie : de l’étang aux étoiles le pêcheur retire un grand, un noir poisson, face emplie de cruauté et de démence. Voix de roseaux, d’hommes en querelle dans son dos : ce qu’il berce dans sa barque rouge sur l’eau froidissante d’automne, vivant dans le dire sombre de sa race, les yeux ouverts, pierreux, sur nuits et terreurs virginales. Le mal.

Qu’est-ce qui te force à te tenir sur l’escalier croulé, dans la maison de tes pères ? Noir de plomb. Qu’est-ce que, de ta main d’argent, tu portes à hauteur d’yeux ; et tes paupières retombent comme ivres de pavot ? Mais à travers le mur de pierre tu vois le ciel, ses astres, la voie lactée, Saturne ; rouge. Frénétique, au mur de pierre l’arbre nu frappe. Toi sur les marches croulées : arbre, astre, pierre ! Toi, bête bleue, tremblant tout bas ; toi, prêtre blême, l’immolant sur l’autel noir. Ô ton sourire dans l’obscurité, triste et méchant, qu’en pâlit l’enfant qui dort. Une flamme rouge a jailli de ta main et un papillon nocturne s’y est brûlé. Ô la flûte de la lumière ; ô la flûte de la mort. Qu’est-ce qui t’a forcé à te tenir sur l’escalier croulé, dans la maison de tes pères ? En bas, de son doigt de cristal, un ange frappe à la porte.

Ô l’enfer du sommeil ; venelle obscure, brun jardinet. Tout bas résonne dans le soir bleu l’ombre de la morte. Vertes fleurettes l’entourant de volettements et elle a oublié son visage. Ou il se penche, pâli, sur le front froid du meurtrier, dans l’obscurité du couloir ; adoration, flamme pourpre de jouissance ; mourant, le dormeur tombait sur les marches noires dans l’obscurité.

Quelqu’un t’a laissé à la croix des chemins et longtemps tu regardes en arrière. Pas argentés dans l’ombre de petits pommiers rachitiques. Le fruit luit pourpre dans la ramure noire et dans l’herbe le serpent fait sa mue. Ô ! l’obscurité ; la sueur venue au front glacé, et les tristes rêves avinés, à l’auberge de village, sous les poutres enfumées de noir. Toi, terre sauvage encore, mage tirant, du nuage brun du tabac, des îles roses, et des tréfonds le cri sauvage d’un griffon, quand autour des récifs noirs il chasse en mer, tempête et glace. Toi, vert métal, avec à l’intérieur un visage enflammé, qui veut partir et de la colline aux os chanter les temps ténébreux et la chute flamboyante de l’ange. Ô ! désespoir, qui dans un cri muet tombe à genoux.

Un mort te rend visite. De ton cœur coule le sang dont il est source et dans le sourcil noir niche un indicible instant ; sombre rencontre. Toi – lune pourpre, quand il apparaît dans l’ombre verte de l’olivier. Le suit une nuit sans fin.


Herbst: schwarzes Schreiten am Waldsaum; Minute stummer Zerstörung; auflauscht die Stirne des Aussätzigen unter dem kahlen Baum. Langvergangener Abend, der nun über die Stufen von Moos sinkt; November. Eine Glocke läutet und der Hirt führt eine Herde von schwarzen und roten Pferden ins Dorf. Unter dem Haselgebüsch weidet der grüne Jäger ein Wild aus. Seine Hände rauchen von Blut und der Schatten des Tiers seufzt im Laub über den Augen des Mannes, braun und schweigsam; der Wald. Krähen, die sich zerstreuen; drei. Ihr Flug gleicht einer Sonate, voll verblichener Akkorde und männlicher Schwermut; leise löst sich eine goldene Wolke auf. Bei der Mühle zünden Knaben ein Feuer an. Flamme ist des Bleichsten Bruder und jener lacht vergraben in sein purpurnes Haar; oder es ist ein Ort des Mordes, an dem ein steiniger Weg vorbeiführt. Die Berberitzen sind verschwunden, jahrlang träumt es in bleierner Luft unter den Föhren; Angst, grünes Dunkel, das Gurgeln eines Ertrinkenden: aus dem Sternenweiher zieht der Fischer einen großen, schwarzen Fisch, Antlitz voll Grausamkeit und Irrsinn. Die Stimmen des Rohrs, hadernder Männer im Rücken schaukelt jener auf rotem Kahn über frierende Herbstwasser, lebend in dunklen Sagen seines Geschlechts und die Augen steinern über Nächte und jungfräuliche Schrecken aufgetan. Böse.

Was zwingt dich still zu stehen auf der verfallenen Stiege, im Haus deiner Väter? Bleierne Schwärze. Was hebst du mit silberner Hand an die Augen; und die Lider sinken wie trunken von Mohn? Aber durch die Mauer von Stein siehst du den Sternenhimmel, die Milchstraße, den Saturn; rot. Rasend an die Mauer von Stein klopft der kahle Baum. Du auf verfallenen Stufen: Baum, Stern, Stein! Du, ein blaues Tier, das leise zittert; du, der bleiche Priester, der es hinschlachtet am schwarzen Altar. O dein Lächeln im Dunkel, traurig und böse, daß ein Kind im Schlaf erbleicht. Eine rote Flamme sprang aus deiner Hand und ein Nachtfalter verbrannte daran. O die Flöte des Lichts; o die Flöte des Tods. Was zwang dich still zu stehen auf verfallener Stiege, im Haus deiner Väter? Drunten ans Tor klopft ein Engel mit kristallnem Finger.

O die Hölle des Schlafs; dunkle Gasse, braunes Gärtchen. Leise läutet im blauen Abend der Toten Gestalt. Grüne Blümchen umgaukeln sie und ihr Antlitz hat sie verlassen. Oder es neigt sich verblichen über die kalte Stirne des Mörders im Dunkel des Hausflurs; Anbetung, purpurne Flamme der Wollust; hinsterbend stürzte über schwarze Stufen der Schläfer ins Dunkel.

Jemand verließ dich am Kreuzweg und du schaust lange zurück. Silberner Schritt im Schatten verkrüppelter Apfelbäumchen. Purpurn leuchtet die Frucht im schwarzen Geäst und im Gras häutet sich die Schlange. O! das Dunkel; der Schweiß, der auf die eisige Stirne tritt und die traurigen Träume im Wein, in der Dorfschenke unter schwarzverrauchtem Gebälk. Du, noch Wildnis, die rosige Inseln zaubert aus dem braunen Tabaksgewölk und aus dem Innern den wilden Schrei eines Greifen holt, wenn er um schwarze Klippen jagt in Meer, Sturm und Eis. Du, ein grünes Metall und innen ein feuriges Gesicht, das hingehen will und singen vom Beinerhügel finstere Zeiten und den flammenden Sturz des Engels. O! Verzweiflung, die mit stummem Schrei ins Knie bricht.

Ein Toter besucht dich. Aus dem Herzen rinnt das selbstvergossene Blut und in schwarzer Braue nistet unsäglicher Augenblick; dunkle Begegnung. Du – ein purpurner Mond, da jener im grünen Schatten des Ölbaums erscheint. Dem folgt unvergängliche Nacht

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

%d blogueurs aiment cette page :