Georg Trakl (1887-1914) : Faisant route / Unterwegs

Qui est Georg Trakl ?

Ils ont porté le soir l’étranger dans la chambre mortuaire ;
Une odeur de goudron ; le léger bruissement de platanes roussis ;
Sombre vol des choucas ; sur la place une garde a été relevée.
Le soleil a sombré dans du lin noir ; revient toujours ce soir passé.
Dans la pièce qui jouxte la sœur joue une sonate de Schubert.
Son sourire avec grande douceur s’abîme en la fontaine qui s’écroule
Et bruit bleuâtre au crépuscule. Ô qu’elle est vieille, notre race.
Quelqu’un chuchote en bas dans le jardin ; quelqu’un a quitté ce ciel noir.
Sur la commode une senteur de pommes. Grand-mère allume des bougies dorées.

Oh que l’automne est doux. Retentissent tout bas nos pas dans le vieux parc
Au-dessous d’arbres hauts. Oh, qu’est grave, couleur d’hyacinthe, le visage du crépuscule.
La source bleue est à tes pieds, mystérieux rouge silence de ta bouche.
Enténébré par le feuillage ensommeillé, l’or profond de croulants tournesols.
Alourdies de pavot doucement rêvent tes paupières sur mon front.
Poitrine traversée d’un tremblement de cloches tendres. Nuage bleu,
Ton visage a sombré sur moi au crépuscule.
Un air à la guitare, et qui résonne en auberge étrangère.
Les buissons là-bas de sureau sauvage, jour de novembre d’autrefois,
Pas familiers dans l’escalier crépusculaire, on voit des poutres brunes,
Une fenêtre ouverte, où s’est éternisée une espérance douce –
De cela, tout, mon Dieu, est indicible, et dans un trouble on en tombe à genoux.

Ô qu’elle est sombre, cette nuit. Une flamme de pourpre
S’est éteinte à ma bouche. Dans le calme
Meurt de l’âme apeurée l’arpège solitaire.
Laisse, quand enivrée de vin la tête sombre au caniveau.


Am Abend trugen sie den Fremden in die Totenkammer;
Ein Duft von Teer; das leise Rauschen roter Platanen;
Der dunkle Flug der Dohlen; am Platz zog eine Wache auf.
Die Sonne ist in schwarze Linnen gesunken; immer wieder kehrt dieser vergangene Abend.
Im Nebenzimmer spielt die Schwester eine Sonate von Schubert.
Sehr leise sinkt ihr Lächeln in den verfallenen Brunnen,
Der bläulich in der Dämmerung rauscht. O, wie alt ist unser Geschlecht.
Jemand flüstert drunten im Garten; jemand hat diesen schwarzen Himmel verlassen.
Auf der Kommode duften Äpfel. Großmutter zündet goldene Kerzen an.

O, wie mild ist der Herbst. Leise klingen unsere Schritte im alten Park
Unter hohen Bäumen. O, wie ernst ist das hyazinthene Antlitz der Dämmerung.
Der blaue Quell zu deinen Füßen, geheimnisvoll die rote Stille deines Munds,
Umdüstert vom Schlummer des Laubs, dem dunklen Gold verfallener Sonnenblumen.
Deine Lider sind schwer von Mohn und träumen leise auf meiner Stirne.
Sanfte Glocken durchzittern die Brust. Eine blaue Wolke
Ist dein Antlitz auf mich gesunken in der Dämmerung.
Ein Lied zur Guitarre, das in einer fremden Schenke erklingt,
Die wilden Hollunderbüsche dort, ein lang vergangener Novembertag,
Vertraute Schritte auf der dämmernden Stiege, der Anblick gebräunter Balken,
Ein offenes Fenster, an dem ein süßes Hoffen zurückblieb –
Unsäglich ist das alles, o Gott, daß man erschüttert ins Knie bricht.

O, wie dunkel ist diese Nacht. Eine purpurne Flamme
Erlosch an meinem Mund. In der Stille
Erstirbt der bangen Seele einsames Saitenspiel.
Laß, wenn trunken von Wein das Haupt in die Gosse sinkt.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Près du marais / Am Moor

Qui est Georg Trakl ?

Errant dans le vent noir ; le roseau sec tout bas chuchote
Dans le silence du marais. Dans le ciel gris
Fait suite un vol d’oiseaux sauvages ;
Biaisant au-dessus des eaux sombres.

Tumulte. En une hutte en ruine
La pourriture plane avec ses ailes noires ;
Des bouleaux rabougris soupirent dans le vent.

Soir à l’auberge délaissée. Étreint la route du bercail
Le doux accablement des troupeaux à l’engrais,
La nuit paraît : crapauds sourdant d’eaux argentées.


Wanderer im schwarzen Wind; leise flüstert das dürre Rohr
In der Stille des Moors. Am grauen Himmel
Ein Zug von wilden Vögeln folgt;
Quere über finsteren Wassern.

Aufruhr. In verfallener Hütte
Aufflattert mit schwarzen Flügeln die Fäulnis;
Verkrüppelte Birken seufzen im Wind.

Abend in verlassener Schenke. Den Heimweg umwittert
Die sanfte Schwermut grasender Herden,
Erscheinung der Nacht: Kröten tauchen aus silbernen Wassern.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Chant du séparé / Gesang des Abgeschiedenen

Qui est Georg Trakl ?

À Karl Borromaeus Heinrich

Plein d’harmonies est le vol des oiseaux. Les forêts vertes
Se sont groupées le soir près de plus calmes huttes.
Les cristallins gagnages du chevreuil.
L’obscurité rend doux le clapotis du ru, l’humidité des ombres

Et les fleurs de l’été, qui joliment bruissent au vent.
C’est déjà crépuscule au front de qui médite.

Et brille dans son cœur un lumignon, le bien,
Et la paix du repas ; car consacrés sont pain et vin
Par les divines mains, et te regarde avec ses yeux nocturnes
En silence le frère, afin de reposer son épineuse errance.
Ô habiter le bleu, cette âme de la nuit.

Avec amour aussi, le taire dans la chambre étreint les ombres des ancêtres,
La pourpre des tourments, plainte d’un haut lignage,
Qui désormais pieusement se meurt en son unique descendant.

Car s’éveille toujours plus rayonnant des noirs moments de la démence
Celui qui patiente au seuil pétrifié
Et la fraîcheur du bleu l’étreint par sa violence et l’éclat déclinant de l’automne,

La tranquille demeure et les dires des bois,
Mesure et loi et lunaires sentiers des séparés.


An Karl Borromaeus Heinrich

Voll Harmonien ist der Flug der Vögel. Es haben die grünen Wälder
Am Abend sich zu stilleren Hütten versammelt;
Die kristallenen Weiden des Rehs.
Dunkles besänftigt das Plätschern des Bachs, die feuchten Schatten

Und die Blumen des Sommers, die schön im Winde läuten.
Schon dämmert die Stirne dem sinnenden Menschen.

Und es leuchtet ein Lämpchen, das Gute, in seinem Herzen
Und der Frieden des Mahls; denn geheiligt ist Brot und Wein
Von Gottes Händen, und es schaut aus nächtigen Augen
Stille dich der Bruder an, daß er ruhe von dorniger Wanderschaft.
O das Wohnen in der beseelten Bläue der Nacht.

Liebend auch umfängt das Schweigen im Zimmer die Schatten der Alten,
Die purpurnen Martern, Klage eines großen Geschlechts,
Das fromm nun hingeht im einsamen Enkel.

Denn strahlender immer erwacht aus schwarzen Minuten des Wahnsinns
Der Duldende an versteinerter Schwelle
Und es umfängt ihn gewaltig die kühle Bläue und die leuchtende Neige des Herbstes,

Das stille Haus und die Sagen des Waldes,
Maß und Gesetz und die mondenen Pfade der Abgeschiedenen.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Où le soleil se couche / Abendland

Qui est Georg Trakl ?

En hommage à Else Lasker-Schüler

1

Lune, on croirait à quelque mort
Sortant d’une caverne bleue,
Et des fleurs, il en tombe
Beaucoup sur le sentier rocheux.
Pleure argentin comme un malade
Près de l’étang du soir,
Dans une barque noire
Des amants morts sont passés outre.

Ou bien d’Elis se font entendre
À travers bois
Couleur d’hyacinthe,
Les pas se perdant sous des chênes.
Ô silhouette de l’enfant
Faite de larmes cristallines,
D’ombres nocturnes.
L’éclair éclaire tors les tempes,
Les toujours froides,
Quand sur le tertre verdoyant
Tonne l’orage de printemps.

2

Si calmes sont les forêts vertes
De notre sol natal,
La vague cristalline
Mourant contre le mur en ruines
Et nous avons, dormants, pleuré ;
Marchant à pas mal assurés
Longeant la bouchure d’épines
On chante au coucher de l’été,
Dans le silence saint
De l’éclat propagé des vignes ;
Ombre à présent dans le sein frais
De la nuit, deuil des aigles.
Referme un calme rai de lune
Les pourpres maux de la tristesse.

3

Vous grandes villes
Bâties en pierres
Parmi la plaine !
Comme le sans-patrie
Suit, le front sombre,
Sans mot dire, le vent,
Les arbres chauves sur le tertre !
Vous, lointains fleuves brunissants !
Puissamment angoissant,
L’horrible rouge crépuscule
Dans les nuages de tempête.
Vous peuples qui mourez,
Vague blafarde
Brisant aux grèves de la nuit,
Astres qui tombent.


Else Lasker-Schüler in Verehrung

1

Mond, als träte ein Totes
Aus blauer Höhle,
Und es fallen der Blüten
Viele über den Felsenpfad.
Silbern weint ein Krankes
Am Abendweiher,
Auf schwarzem Kahn
Hinüberstarben Liebende.

Oder es läuten die Schritte
Elis’ durch den Hain
Den hyazinthenen
Wieder verhallend unter Eichen.
O des Knaben Gestalt
Geformt aus kristallenen Tränen,
Nächtigen Schatten.
Zackige Blitze erhellen die Schläfe
Die immerkühle,
Wenn am grünenden Hügel
Frühlingsgewitter ertönt.

2

So leise sind die grünen Wälder
Unsrer Heimat,
Die kristallne Woge
Hinsterbend an verfallner Mauer
Und wir haben im Schlaf geweint;
Wandern mit zögernden Schritten
An der dornigen Hecke hin
Singende im Abendsommer,
In heiliger Ruh
Des fern verstrahlenden Weinbergs;
Schatten nun im kühlen Schoß
Der Nacht, trauernde Adler.
So leise schließt ein mondener Strahl
Die purpurnen Male der Schwermut.

3

Ihr großen Städte
Steinern aufgebaut
In der Ebene!
So sprachlos folgt
Der Heimatlose
Mit dunkler Stirne dem Wind,
Kahlen Bäumen am Hügel.
Ihr weithin dämmernden Ströme!
Gewaltig ängstet
Schaurige Abendröte
Im Sturmgewölk.
Ihr sterbenden Völker!
Bleiche Woge
Zerschellend am Strande der Nacht,
Fallende Sterne.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Déclin de l’été / Sommersneige

Qui est Georg Trakl ?

Le vert été s’est fait si peu
Bruyant, ta face cristalline.
Près de l’étang du soir les fleurs sont mortes,
Appel d’un merle qui s’épeure.

Vain espoir de la vie ! au voyage déjà
S’apprête en la demeure l’hirondelle
Et le soleil s’abîme sur le tertre ;
Déjà la nuit acquiesce au voyage stellaire.

Calme des villages ; à l’entour
Résonnent les bois délaissés. Cœur
À présent plus aimant, penche-toi
Sur la coite dormeuse.

Le vert été s’est fait si peu
Bruyant, et le pas retentit
De l’étranger parmi la nuit d’argent ;
Qu’un gibier bleu se remémore son chemin,

Le bel accord de ses années spirituelles !


Der grüne Sommer ist so leise
Geworden, dein kristallenes Antlitz.
Am Abendweiher starben die Blumen,
Ein erschrockener Amselruf.

Vergebliche Hoffnung des Lebens. Schon rüstet
Zur Reise sich die Schwalbe im Haus
Und die Sonne versinkt am Hügel;
Schon winkt zur Sternenreise die Nacht.

Stille der Dörfer; es tönen rings
Die verlassenen Wälder. Herz,
Neige dich nun liebender
Über die ruhige Schläferin.

Der grüne Sommer ist so leise
Geworden und es läutet der Schritt
Des Fremdlings durch die silberne Nacht.
Gedächte ein blaues Wild seines Pfads,

Des Wohllauts seiner geistlichen Jahre!

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Chant d’un merle en cage / Gesang einer gefangenen Amsel

Qui est Georg Trakl ?

Pour Ludwig von Ficker

Un souffle sombre en vert branchage.
Fleurs bleues flottant près du visage
Du solitaire, du pas d’or
Agonisant sous l’olivier.
La nuit gagne le haut, s’envolant d’une aile ivre.
Humilité saignant sans bruit,
Lent aigail s’égouttant de l’épine fleurie.
Bras charitables, radieux,
Autour d’un cœur qui se déchire.


Für Ludwig von Ficker

Dunkler Odem im grünen Gezweig.
Blaue Blümchen umschweben das Antlitz
Des Einsamen, den goldnen Schritt
Ersterbend unter dem Ölbaum.
Aufflattert mit trunknem Flügel die Nacht.
So leise blutet Demut,
Tau, der langsam tropft vom blühenden Dorn.
Strahlender Arme Erbarmen
Umfängt ein brechendes Herz.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : L’automne du solitaire / Der Herbst des Einsamen

Qui est Georg Trakl ?

Retour du sombre automne avec fruits et foisons,
Éclat jauni des jours de la belle saison.
Par un trou d’enveloppe un bleu pur s’introduit ;
Le vol des oiseaux bruit d’anciennes légendes.
La vendange est pressée et le doux calme empli 
D’une ombre de réponse à de sombres demandes.

Et çà, là, une croix sur un tertre désert ;
Dans la rousseur du bois un troupeau qui se perd.
Sur le miroir-étang le nuage chemine ;
Serein, du paysan le geste récupère.
Le soir, d’une aile bleue, effleure une chaumine
Avec grande douceur, et le noir de la terre.

Aux sourcils las bientôt les astres nicheront ;
Coite, une modestie entre en de frais salons
Et des anges sans bruit se retirent des yeux
Bleus des amants, dont le supplice est adouci.
Le roseau bruisse ; assaut d’apeurements osseux
Quand l’aigail goutte noir du saule dégarni.


Der dunkle Herbst kehrt ein voll Frucht und Fülle,
Vergilbter Glanz von schönen Sommertagen.
Ein reines Blau tritt aus verfallener Hülle;
Der Flug der Vögel tönt von alten Sagen.
Gekeltert ist der Wein, die milde Stille
Erfüllt von leiser Antwort dunkler Fragen.

Und hier und dort ein Kreuz auf ödem Hügel;
Im roten Wald verliert sich eine Herde.
Die Wolke wandert übern Weiherspiegel;
Es ruht des Landmanns ruhige Geberde.
Sehr leise rührt des Abends blauer Flügel
Ein Dach von dürrem Stroh, die schwarze Erde.

Bald nisten Sterne in des Müden Brauen;
In kühle Stuben kehrt ein still Bescheiden
Und Engel treten leise aus den blauen
Augen der Liebenden, die sanfter leiden.
Es rauscht das Rohr; anfällt ein knöchern Grauen,
Wenn schwarz der Tau tropft von den kahlen Weiden.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Afre / Afra

Qui est Georg Trakl ?

Une enfant, cheveux bruns. La prière et l’amen
Assombrissent sans bruit la fraîcheur vespérale
Et Afre qui sourit, rouge en son jaune cadre
De tournesols, de peur et de gris temps d’orage.

Ceinte d’un manteau bleu la voyait autrefois
Peinte dévotement sur des vitraux le moine ;
C’est, souffre-t-il, encore une aimable compagne
Quand de son spectre astral elle hante son sang.

Automne qui décline et taire du sureau.
Le front touche de l’eau le mouvement bleuté,
Une haire gisant sur un porte-cercueil.

Des fruits décomposés tombent de la ramure ;
Indicible est le vol d’oiseaux, rencontre avec
Des moribonds ; des années sombres lui font suite.


Ein Kind mit braunem Haar. Gebet und Amen
Verdunkeln still die abendliche Kühle
Und Afras Lächeln rot in gelbem Rahmen
Von Sonnenblumen, Angst und grauer Schwüle.

Gehüllt in blauen Mantel sah vor Zeiten
Der Mönch sie fromm gemalt an Kirchenfenstern;
Das will in Schmerzen freundlich noch geleiten,
Wenn ihre Sterne durch sein Blut gespenstern.

Herbstuntergang; und des Hollunders Schweigen.
Die Stirne rührt des Wassers blaue Regung,
Ein härnes Tuch gelegt auf eine Bahre.

Verfaulte Früchte fallen von den Zweigen;
Unsäglich ist der Vögel Flug, Begegnung
Mit Sterbenden; dem folgen dunkle Jahre.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Sonja

Qui est Georg Trakl ?

Soir qui retourne au vieux jardin ;
Sonja : sa vie, un bleu silence.
Des migrateurs le vol lointain ;
Automne, arbre chauve et silence.

Des tournesols doux et ployés
Sur de Sonja la blanche vie.
Un rouge mal, jamais montré
En sombres chambres prête vie

Où bleues les cloches retentissent ;
Pas de Sonja, son doux silence.
Bête qui meurt salue et glisse,
Automne, arbre chauve et silence.

Soleil de jours anciens, clarté
Sur de Sonja les blancs sourcils,
Ses joues, de neiges humectées
Et le hallier de ses sourcils.


Abend kehrt in alten Garten;
Sonjas Leben, blaue Stille.
Wilder Vögel Wanderfahrten;
Kahler Baum in Herbst und Stille.

Sonnenblume, sanftgeneigte
Über Sonjas weißes Leben.
Wunde, rote, niegezeigte
Läßt in dunklen Zimmern leben,

Wo die blauen Glocken läuten;
Sonjas Schritt und sanfte Stille.
Sterbend Tier grüßt im Entgleiten,
Kahler Baum in Herbst und Stille.

Sonne alter Tage leuchtet
Über Sonjas weiße Brauen,
Schnee, der ihre Wangen feuchtet,
Und die Wildnis ihrer Brauen.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Les Maudits / Die Verfluchten

Qui est Georg Trakl ?

— 1 —

Le crépuscule. Vont au puits les vieilles femmes.
Un rougeoiement se rit dans les marronniers sombres.
D’une échoppe ruisselle une senteur de pain
Et le tournesol sombre au-dessus de la haie.

L’auberge au bord de l’eau bruit encor, calme et tiède.
Guitare qui bourdonne, un tintement d’argent.
Une auréole choit dessus cette petite
Qui attend devant l’huis vitré, suave et blanche.

Ô cet éclat de bleu qu’elle éveille au carreau,
Ceint de ronces et noir, figé dans son extase.
Un écrivain voûté sourit tel un dément
Vers l’eau que terrifie un tumulte sauvage.

— 2 —

Le soir venu la peste ourle son habit bleu,
Un hôte ténébreux ferme sans bruit la porte.
L’érable et son poids noir sombrent à la fenêtre ;
Un gamin met son front dans les mains de la fille

Aux paupières sombrant souvent, lourdes, mauvaises.
Dans ses cheveux les mains ruissellent, de l’enfant
Qui laisse retomber ses pleurs brûlants et clairs
Dans le creux vide et noir des yeux de la petite.

Elle, un nid de serpents de couleur écarlate
Se cabre mollement dans son sein convulsé.
Ses bras laissent partir quelque chose de mort
Ourlé serré dans la tristesse d’un tapis.

— 3 —

Vers le jardinet brun résonne un carillon.
Flotte une bleuité dans les marronniers sombres,
C’est là le doux manteau d’une femme étrangère.
Senteur de réséda et sentiment ardent

Du mal. Le front s’incline en sa blême moiteur,
Froid sur l’ordure en tas que triture le rat,
Baigné de l’éclat tiède, écarlate, des astres ;
Des pommes au jardin tombent, sourdes et molles.

Noire est la nuit. Le foehn gonfle spectralement
Le blanc habit de nuit du petit somnambule
Et lui grippe la bouche en silence la main
De la morte. Sonja sourit, suave et belle.


— 1 —

Es dämmert. Zum Brunnen gehn die alten Fraun.
Im Dunkel der Kastanien lacht ein Rot.
Aus einem Laden rinnt ein Duft von Brot
Und Sonnenblumen sinken übern Zaun.

Am Fluß die Schenke tönt noch lau und leis.
Guitarre summt; ein Klimperklang von Geld.
Ein Heiligenschein auf jene Kleine fällt,
Die vor der Glastür wartet sanft und weiß.

O! blauer Glanz, den sie in Scheiben weckt,
Umrahmt von Dornen, schwarz und starrverzückt.
Ein krummer Schreiber lächelt wie verrückt
Ins Wasser, das ein wilder Aufruhr schreckt.

— 2 —

Am Abend säumt die Pest ihr blau Gewand
Und leise schließt die Tür ein finstrer Gast.
Durchs Fenster sinkt des Ahorns schwarze Last;
Ein Knabe legt die Stirn in ihre Hand.

Oft sinken ihre Lider bös und schwer.
Des Kindes Hände rinnen durch ihr Haar
Und seine Tränen stürzen heiß und klar
In ihre Augenhöhlen schwarz und leer.

Ein Nest von scharlachfarbnen Schlangen bäumt
Sich träg in ihrem aufgewühlten Schoß.
Die Arme lassen ein Erstorbenes los,
Das eines Teppichs Traurigkeit umsäumt.

— 3 —

Ins braune Gärtchen tönt ein Glockenspiel.
Im Dunkel der Kastanien schwebt ein Blau,
Der süße Mantel einer fremden Frau.
Resedenduft; und glühendes Gefühl

Des Bösen. Die feuchte Stirn beugt kalt und bleich
Sich über Unrat, drin die Ratte wühlt,
Vom Scharlachglanz der Sterne lau umspült;
Im Garten fallen Äpfel dumpf und weich.

Die Nacht ist schwarz. Gespenstisch bläht der Föhn
Des wandelnden Knaben weißes Schlafgewand
Und leise greift in seinen Mund die Hand
Der Toten. Sonja lächelt sanft und schön.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

%d blogueurs aiment cette page :