Des rencontres cet automne, autour de « Nativité cinquante et quelques » et de « Mousseline et ses doubles »

En novembre, en Poitou-Charente,
dans le cadre de l’opération Les auteurs se font une toile ! :

 

Capture 1


En décembre à Paris :

 

Rencontre avec LEM 3

Mousseline et ses doubles dans Transfuge de ce mois

Transfuge 2

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Sur Mousseline et ses doubles, un très bel article — et d’une pleine page — signé de Sophie Pujas dans la livraison de novembre du magazine culturel Transfuge : « Une saga familiale au XXe siècle, de racines paysannes à la conquête de la capitale. Le projet pourrait sembler désuet ou étriqué. Il est ample, subtil, passionnant, par la grâce de la plume puissante de Lionel-Édouard Martin ».

Mousseline et ses doubles lu/vu par Anne Bolenne (sur Babelio)

MARTIN-Mousseline-1re-90x141« Vers midi partout cette odeur de bougeoir, on mangeait de la lumière » : et voilà, je suis partie dans le roman. Immédiatement, j’ai envie de me plonger dans la lecture de Mousseline et ses doubles. Je sais que j’aime déjà les mots – pas l’histoire, non, les mots du roman. L’écriture de Lionel-Édouard Martin, je la reçois comme une force, de plein fouet. Quelque chose qui est de l’ordre du rythme, du son. C’est beau, les mots s’enroulent, se nouent se dénouent, s’agrippent, se tordent, se déchirent, happent, montent, descendent, crescendo, decrescendo, se cristallisent, s’immobilisent, s’enracinent puis reprennent leur route, leur course, parlent, se taisent, s’écoutent même dans le silence.

« Tu n’as pas bien dormi, le silence est un silence que tu ne connais pas. Les silences ne sont pas tous les mêmes: c’est un silence, ici, de voitures et de machines, de foules, jamais complet, tandis que chez toi, c’est un silence de bête. » Il y a, chez l’auteur, une appréhension subtile des théories, des sensations, de la génération qui l’a précédé, et j’ai envie de dire que j’ai abordé la méthode de l’écrivain (et je prends le risque d’être dans l’erreur du monde du lecteur) comme celle des peintres ou des musiciens pour faire le portrait (multiple) de Mousseline (Mousseline, Marielle, Marie).

Des portraits de mots ?

Des portraits de femmes ?

Le portrait d’une femme comme l’auteur sait si bien le faire (je pense aussi à La Vieille aux buissons de roses, à Anaïs ou les gravières). Des noms inventés, des êtres de fiction ? Mousseline offre généreusement au portraitiste sa personne bien incarnée pour l’aider à mettre en pleine lumière l’indéchiffrable continent des femmes qui n’a pas fini de mettre en émoi le continent des hommes. Toutes forment cette chaîne d’êtres singuliers qui ont mis en situation un homme, un écrivain parmi les femmes, la femme.

Je détourne volontiers la citation de Simone de Beauvoir, « On ne naît pas homme, on le devient… » Par quel chemin, par quelles voies semées d’amour, de rêveries, d’embûches, un homme est-il devenu homme, un homme est-il devenu écrivain ? – Et cet homme-écrivain, et cet écrivain-homme c’est Michel, Michel et son double.

*

Une histoire triste, des obstacles à franchir par l’enfant promis à sa carrière d’homme. La profondeur, la musique, le corps viscéral, la belle singularité de l’écriture de Lionel-Édouard Martin, m’entraînent toujours vers cette magie de la lecture, une lecture de transport, à cette capacité étrange que possèdent certains livres de nous faire voyager sur une barque et suivre une rivière ou une machine à explorer le temps. Un autre espace et un autre temps, dans un autre paysage, dans une autre langue. Je pense ici à cette citation de Proust : « En réalité, chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même. L’ouvrage d’un écrivain n’est qu’une espèce d’instrument optique qu’il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que sans le livre il n’eût peut-être pas vu en soi-même. » Les cinq sens sont stimulés tour à tour selon les chapitres qui nous font vivre l’expérience, les désirs (conscients ou inconscients) du corps. Le livre s’offre au lecteur dans une juste et touchante dimension sensible.

Mousseline est une écorce, Michel un arbre. Le lecteur ramène la vie sous l’écorce. La lecture en est la sève. Mousseline n’est pas double, elle est multiple ! Trois M, Marielle, Mousseline, Marie Une trinité : Marie, Joseph, Michel.

Il n’y a donc pas besoin d’être savant pour lire, il faut sentir les mots quand ils vous appellent, vous emportent : c’est cela, la lecture d’un beau livre.

Sincèrement, je pense que Mousseline, à travers le contact et la pulsation des phrases de « Michel », découvre ou retrouve charnellement quelque chose de lui, et plus précisément de son expérience du monde.

Ma petite touche, ma petite note (atonale) : j’ai eu le sentiment que Mousseline et ses doubles était un roman écrit pour les femmes.

Anne Bolenne est peintre.
(posté sur Babelio)

Hölderlin, Friedrich (1770-1843) : Socrate et Alcibiade

Pourquoi toujours à ce jeune homme, saint Socrate,
……Rends-tu honneur ? Ne connais-tu rien de plus grand ?
…………Pourquoi d’un œil énamouré
………………Le regarder comme les dieux ?

Qui pense au plus profond aime le plus vivant ;
……Fleur de l’âge comprend qui regarde le monde,
…………Et à la fin souvent se penchent
………………Les sages sur ce qui est beau.


Warum huldigest du, heiliger Sokrates,
……Diesem Jünglinge stets? kennest du Größers nicht?
…………Warum siehet mit Liebe,
………………Wie auf Götter, dein Aug´ auf ihn?“

Wer das Tiefste gedacht, liebt das Lebendigste,
……Hohe Jugend versteht, wer in die Welt geblickt,
…………Und es neigen die Weisen
………………Oft am Ende zu Schönem sich.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Mousseline et ses doubles (éd. du Sonneur) est en librairie

Bannière Mousseline

Ce qu’en dit Marc Villemain sur son blog : « […] une écriture à nulle autre pareille, où les à-coups de la respiration viennent se nicher dans une phrase de grande amplitude, où la justesse du mot et la suggestivité de la syntaxe donnent aux images tous leurs échos, toutes leurs résonances, et où s’entend le rythme ténu mais obsédant d’une gorge qui palpite, d’une voix qui, pour énoncer précisément, n’est jamais loin de trembler. L’écriture romanesque de Lionel-Edouard Martin, dont on sait que la poésie occupe la moitié de l’œuvre, n’aura peut-être jamais été aussi évocatrice ; populaire et savant, d’une composition dont la minutie n’altère jamais l’intensité de personnages très touchants, ce drame de l’amour en témoigne de manière aussi sensible que magistrale. »

Andrea Navagero (1483-1529) : Rocco Siffredi n’a qu’à bien se tenir…

Que fuis-tu donc, oui quoi, saloperie ?
Crains-tu le poids de mon artillerie ?
– Ou me crois-tu, plutôt, trop mal monté,
Trop chichement, pour toi, enquéquetté ?
Non, non, la miss, ne prends pas la tangente,
Car cet engin, à tes yeux maigre rente,
Mou, qui pendouille – un grenier à poussière ! –
Tripote-le de la bonne manière :
Il surgira, crête en chef, de son froc,
Et prendra telle ampleur – raide et duroc
Conjointement – que tu ne croiras pas
Que de moi c’est un bout, mais penseras
Que moi, plutôt, je suis un bout de lui.


Quid nam, pessima, quid fugis puella ?
Nostrae pondera num times columnae ?
An credor potius parum paratus
et parum tibi mentulatus esse.
Ne recte fuge, ne puella, ne ne !
Namque hic, qui tibi tantulus videtur
languens, pendulus atque araneosus,
idem, si digitis parum titilles,
cristatum caput exeret cucullo
tamque amplo pariter tumore crescet,
rectus turgidulusque ut esse nostri
jam pars non videatur hic, sed hujus
me possis potius putare partem.

(in Lusus, LXVI, in Carmina quinque illustrium poetarum [1548])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

D'autres textes d'Andrea
Navagero sur ce blog :
D'autres épigrammes obscènes
d'expression latine
de la Renaissance et de l'Antiquité sur ce blog :

Epigrammes votives extraites de l’Anthologie palatine

L'Anthologie palatine est un recueil 
d'épigrammes grecques de l'Antiquité.
Les titres indiqués pour chacune de celles qui suivent 
correspondent au nom de leur auteur.

APOLLONIDAS

Prélevant du rucher la douceur de saison
Cliton le vieil apiculteur t’a fait, ô Pan,
Large libation d’un miel vierge soustrait
Aux rayons parfumés, don du troupeau volant
Sans borne ni berger. Multiplie à foison
Ses essaims, et emplis de nectar mordoré
Les alvéoles – faits de cire – de ses ruches.


ZONAS ( ?)

Cette grenade dont l’écorce se craquèle
Et ce coing duveteux, cette figue ridée
Avec sa queue, son ombilic, et cette grappe
Enivrante et de pourpre, aux grains innumérables,
Cette noix dégagée de son écale verte :
Ces fruits, le jardinier les consacre à Priape,
Dieu des jardins taillé dans un billot de bois,
En offrande rustique et champêtre à la fois.


MUCIUS

À toi Priape qui protèges cette plage,
Pour une prise au creux de leurs solides rets
De maints thons bondissant dans ce golfe aux eaux glauques,
En marque de reconnaissance, des pêcheurs
Ont fait d’humbles présents : une tasse de hêtre,
Un banc dur de bois blanc, une coupe de verre,
Pour que tu puisses délasser après la danse
Ton corps et rafraîchir tes lèvres assoiffées.


PHILIPPE

Une grenade à l’écorce dorée, des figues
À la peau qui se ride, une grappe aux grains roses,
Une pêche odorante au duvet délicat,
Une noix dépassant de son écale verte,
Un concombre soyeux déposé sur ses feuilles,
Et une olive presque mûre en habit d’or :
Lamon le jardinier, Priape, t’en fait don ;
À ses arbres, à lui, donne santé et force.


PHANIAS

Hermès gardien de ce chemin, nous te donnons
Cette grappe de beau raisin, cette portion
D’un onctueux gâteau que l’on cuisit au four,
Une figue bien mûre, une friande olive,
Des parts de tomme ronde, une mesure d’orge,
Des grenades en masse, un verre de vin doux
– Tous mets qui plairaient même à Cypris, ma déesse ;
Et vous, je vous suggère, amis, de sacrifier
Sur le bord du rivage une chèvre aux pieds blancs.


CRINAGORAS

Les roses autrefois fleurissaient au printemps,
Mais au gros de l’hiver nous ouvrons maintenant
Nos calices de pourpre, en sourire à ce jour
De ton anniversaire et du proche hyménée.
Mieux vaut parer le front de la reine d’amour
Que d’attendre un rayon de soleil printanier.


THÉÉTÈTE

– Enfants, soyez heureux ! Quel pays vous vit naître,
Vous qui êtes si beaux, comment vous nomme-t-on ?
– Moi, je suis Nicanor, mon père est Épiorète
Ma mère est Hégéso ; je viens de Macédoine.
– Et moi, je suis Phila, Nicanor est mon frère.
Ces statues de nous deux furent ici placées
À la suite d’un vœu que firent nos parents.


ANTIPHILE

Je suis un coing bien conservé – dirait-on pas
Comme un fruit de saison ? – dans ma première fleur
Et ma jeune pelure, immaculé, bien lisse
Et duveté comme une joue adolescente,
Noué encore à ma native belle branche,
Rare prérogative en ce temps de froidure !
– Mais c’est qu’en ton honneur, ô Suprême déesse,
L’hiver même acquiesce à pareil fruit d’automne.


APOLLONIDAS

Moi, Ménis le pêcheur, je te fais, Diane, don
D’un mulet cuit au gril et d’un goujon du port.
J’ai pour toi de vin pur rempli jusques au bord
Une coupe, et tranché dans ma miche un quignon
– L’offrande est miséreuse, il est vrai, mais pieuse.
Donne-moi – don pour don ! – des nasses toujours pleines
– Car est-il un filet qui point ne t’appartienne ?


PLATON

Moi la fière Laïs qui affolais la Grèce,
Qui avais à ma porte afflux de prétendus,
Je consacre à Vénus mon miroir : car il laisse
Voir celle que je suis, plus celle que je fus.


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Jacopo Sannazaro (1458 [?] – 1530) : Tu es trop vieux pour aimer Cassandre / De Cassandra Marchesia

Cesse de décompter les talents de la Belle,
Cesse de remuer des flambeaux bien éteints :
Car à te rappeler cheveux, front, bras et mains,
Toi-même tu construis tes propres tombe et stèle.
Cassandre emplit tes yeux, Cassandre emplit ton cœur,
Cassandre a tous les droits, hélas, sur ton esprit !
– Le caressant Amour nous gangrène sans bruit.
C’est ainsi que l’on œuvre à – même – son malheur.


Desine formosae dotes numerare puellae ;
Desine jam exstinctas sollicitare faces.
Nam dum saepe comas, frontemque, humerosque, manusque
Commemoras ; proprios exstruis ipse rogos.
Dumque oculis Cassandra, animo Cassandra recursat ;
Cassandra heu mentis jus habet omne tuae ;
Blandus Amor tacitis subrepsit in ossa venenis.
Sic sibi vel fatum quilibet esse potest.

(in Epigrammaton liber II, Actii sinceri Sannazarii opera omnia latine scripta nuper edita [1535] p. 69)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


D'autres poèmes, sur ce blog, 
de Jacopo Sannazaro :

Giovanni Antonio Taglietti (Italie, XVIe siècle) : un envoi de violettes / Ad violas a puella missas

Violettes, beau don de l’alme Violaine,
Heureux tribut de mes offices, violettes !
Nourries par Flore errant dans les jardins de Chypre ?
Et par Vénus la belle à coups d’ongles cueillies ?
Mieux que récoltes d’Arabie vous embaumez,
Mais la main qui vous donne est par trop violente
– Oui, violente : elle me sait souffrant d’amour,
Et ses présents sont à l’image de mes peines.
Car, si d’un filet d’or elle vous a liées,
Elle a noué mon cœur de ses cheveux dociles ;
Comme vous, malheureux, je suis pâle ; on vous dit
« Violettes » : ses yeux, tyrans, me violentent.


Formosum o violae, munus Violanthidis almae;
Servitii violae praemia grata mei.
Num vos Idaliis aluit vaga Chloris in hortis,
Unguibus et carpsit Cypria pulchra suis?
Panchaeas grato messes superatis odore:
Sed mihi vos nimium dat violenta manus.
Dat violenta manus, miseri quae conscia amantis,
Munera fert poenis aequiparanda meis.
Namque ut vos molli vinctas circumdedit auro.
Me quoque flexilibus nexuit illa comis.
Estis pallentes, infelix palleo: nomen
Est violae, dominae luminibus violor.

(in Carmina Praestantium Poetarum, Johannes Antonius Taygetus, p. 117  [Brixiae, 1565])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


D'autres épigrammes, sur ce blog, de la même époque 
et sur le thème de la violette :
Nicolas Bourbon (1503-1550) :
Angelo Poliziano (1454 – 1494) :
Giovanni Pontano (1429-1503) :

Sur le thème de la violette 
dans l'épigramme néolatine
Marcos Ruis Sánchez :

 

 

 

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