Giovanni Battista Evangelista (XVIe siècle ? Italie) : Deux épigrammes passionnément amoureuses

Pourquoi briser un cœur brisé, cruel Amour,
L’arracher, le broyer – lui bourrelé de flèches –,
Ajouter peine à peine, et douleur à douleur,
Et blessure à blessure, et des flammes aux flammes,
Et redoubler tes coups, darder tes traits qui volent ?

– Arrête, je me meurs, arrête, enfant barbare !
Ces blessures en nombre, et récentes, sont vaines :
Traits, feux ne trouveront de place encore libre.
Je te suis, moi ta proie : dépose ici tes flèches.
Épargne un innocent, ta gloire en grandira.

*

Ainsi, aux vieilles plaies et aux anciennes flammes,
Tu joins, cruel Amour, des traits, des feux nouveaux ?
L’amoureux qui brûlait pour Phyllis, pour Cassandre,
Brûle d’un tiers amour pour Lucie, le pauvret !
Cassandre avec Phyllis fendait son cœur blessé :
C’est Lucie depuis peu qui fend son cœur impie.

Phyllis, ce sont ses yeux, Cassandre ses cheveux
Qui m’ont séduit, Lucie – jolie – son beau visage.
Mais ce nouvel amour n’a pu chasser les autres :
Il donne un feu nouveau sans éteindre les vieux.
Je les veux toutes trois – je meurs, même supplice !
C’est le même délice et le même plaisir.

Désirant ce feu triple et ces triples blessures,
À moi seul je serai la proie, las !, d’elles trois.


Quid lacerum laceras pectus ? quid corda sagittis
Improbe contundens saucia vellis Amor ?
Quid poenam poena, cumulasque dolore dolorem ?
Quid flammas flammis, vulnera vulneribus ?
Quid geminas ictus ? quid tela, volantia torques ?

Desine, jam morior, desine saeve Puer.
Quae modo multa facis, sunt irrita vulnera, nullum
Inveniunt vacuum tela facesque locum.
Te sequimur, tua praeda sumus, depone sagittas :
Servasse insontem gloria major erit.

*

Ad veteres igitur plagas, flammasque vetustas
Saeve Amor adjicies tela facesque novas ?
Urebat Phyllis, Cassandra urebat amantem;
Lucia nunc miserum tertius urit Amor.
Saucia caedebat Cassandra, et pectora Phyllis:
Impia nunc caedit Lucia corda recens.

Luminibus Phyllis cepit, Cassandra capillis :
Lucia formosa pulcrior ore capit.
Non novus antiquos potis est detrudere amores :
Non tollit priscas, sed nova flamma facit.
Hanc cupio ; opto illas, pariter cruciatque necatque ;
Delectant pariter, proh pariterque placent.

Vulnere sic triplici, triplici sic igne petitus,
Unus ero infelix apta rapina trium.

(in Carmina illustrium poetarum italorum tomus quartus [1719] p. 124)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Michele Marullo (1453-1500) : Envoi symbolique de fleurs

Je t’envoie ces lis blancs avec ces violettes :
Elles cueillies du jour, et les lis blancs d’hier :
Les lis pour t’avertir de la vieillesse instante,
– Ils pourrissent, Fillette, à la chute des feuilles ;
Violettes d’avril ? « Cueille en la vie l’avril
Donné bref aux pauvrets par la Parque envieuse. »
Viens vite : bref avril ni violette mais
Ronciers seront sinon tes cueillettes de vieille.


Has violas atque haec tibi candida lilia mitto:
Legi hodie violas, candida lilia heri:
Lilia, ut instantis monearis virgo senectae,
Tam cito quae lapsis marcida sunt foliis;
Illae, ut vere suo doceant ver carpere vitae,
Invida quod miseris tam breve Parca dedit.
Quod si tarda venis, non ver breve, non violas, sed
(Proh facinus!) sentes cana rubosque metes.

(in Hymni et epigrammata [1497])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

D'autres textes de Marullo sur ce blog :
Sur ce même thème de l'envoi symbolique de fleurs :

Giovanni Pontano (1426-1503) : Épitaphe : Rosette et la rosée

C’est Rosette qui s’exprime :

Rosée j’ai pour blason, et pour nom j’ai Rosette,
Rosée ne dure point – point n’a duré ma vie.
Rosée mouille ma tombe et marbres arrosés ;
Rosette suis : baignée de rosée rose, d’eau.
Point d’abeille : en ma tombe habitent des cigales
Stridulant sur ma cendre, y craquetant en nombre.
Hiver, paix de la morte, et l’été, sa torture !
L’hiver, oui, est ma paix, et l’été mon supplice.

NB : Le jeu sur les mots, liant dans cette épitaphe le prénom Rosette à la rosée, qui pose un rapport sémantique, en latin, entre les parophones sous-jacents nomen (nom) et omen (présage, destin) (et que je traduis tant bien que mal sans respect absolu de la lettre) est fréquent chez Pontano comme chez d’autres auteurs de son temps et d’après. On en trouve ici, sous la plume du même Pontano, d’autres exemples.

Ros mihi dat titulum, nomenque est Roscia nostrum
Ros brevis est, brevis heu sic mihi vita fuit.
Rore madet tumulus , stillant & marmora rorem.
Roscia sum; me ros, roscida & unda rigat.
Sed nec apes tumulo, verum insedere cicadae,
Stridulaquc ad cineres hei mihi turba crepat.
Bruma mihi requies, aestas est poena sepultae:
Bruma quies ; aestas est mihi supplicium.

(in De tumulis libri duo [1502])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

D'autres textes de Pontano sur ce blog :

Ils sont trop nombreux pour qu’on puisse en donner ici la liste :
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Giovanni Pontano (1426-1503) : Épitaphe d’une jeune fille prénommée Urbaine

C’est Urbaine qui s’exprime :

Inhumée dans un champ quand mon nom vient de « ville » !
Tout est faux, épitaphe et les noms qu’on me donne.
Ce tombeau : mon supplice, oui, ce tombeau champêtre :
Où l’autre a son repos, c’est là qu’est ma torture.
Poireau pour violette ; encens, parfums arabes ?
Non, des oignons – la terre est implantée d’oignons.
Les truies et les verrats, les chèvres me malmènent,
Le goinfre de canard pollue ma sépulture.
Me dérange avant tout la vieille et ses rengaines,
« Je t’invoque les morts, je t’invoque l’enfer ! ».
Transférez autre part mes restes – autre part !
Je fus Urbaine : assez de gésir campagnarde !


Rure quidem jaceo, cum sit mihi nomen ab urbe ;
nec titulus, nec sunt nomina vera mihi.
Poena mihi est tumulus, poena est rurale sepulcrum,
quaeque quies aliis, est mihi supplicium.
Pro viola porrum, pro thure atque Arabe costo
cepa datur, cepis obsita semper humus ;
meque sues, meque et verres vexantque capellae,
inquinat et tumulos ingluviosus anas.
In primis me turbat anus, quae carmine longo
evocat et Manes, evocat atque Erebum.
Vos alio cineres, alio traducite nostros,
quaeque Urbana fui, rustica ne jaceam.

(in De tumulis libri duo [1502])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

D'autres textes de Pontano sur ce blog :

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Giovanni Pontano (1426-1503) : Le somme d’Estelle

Seins, Chérie, de toi-même – et tétons – dénudés,
Prenant ma main, tu l’as portée à ta poitrine,
À ma bouche abouchant tes lèvres, tendrement,
Sur mes genoux assise – ô mon fardeau d’amour ! –
M’accolant, de sommeil léger bientôt gagnée,
Contre mon sein tu es, languide, retombée,
Après de longs soupirs fermant tes yeux lassés,
Tandis qu’en ta torpeur s’immisçait le repos.

Empressé, je t’apporte un filet mince d’air,
T’éventant doucement d’une paume efficace.
J’allège ton sommeil en chantant ; mon chant parle
Des amours de Sarnis, des doux secrets de Faune :

« Faune, viens, tu connais le fleuve où est Sarnis,
Les saules tu connais, candide Faune, viens.
Pour toi je lie troène à la couleur de neige,
Violette et lys blanc ainsi que roses pourpres.
Fraîches cueillies pour toi, j’ai des fraises humides,
Des fraises, et autant de baisers préparés.
Viens, mon beau, car pour toi, j’ai séché tout à l’heure
Mes cheveux près du fleuve, et les ai démêlés.
Les muses m’ont coiffée – se lavant elles-mêmes
Et leurs fauves cheveux souplement dans le fleuve –,
De baume de Syrie m’ont oint la chevelure,
M’ont parfumé la tête au parfum d’Arabie,
Enseigné la cithare où je suis passée maître,
Et fait le beau présent d’une lyre d’ivoire.
Faune, viens, Sarnis t’aime et toi seul, et soupire,
Et apprête en son sein de neige bien des joies ;
T’appellent le syrinx, les pipeaux, l’été, l’onde,
Les brises et le bruit des bondissantes eaux. »

Je berçais ton sommeil. Une pourpre légère
Fleurissait bellement la neige de tes joues,
Telle qu’Hébé, menée au lit de son époux,
Rougit sous les premiers baisers d’un homme épris.
Que de fois j’ai remis, d’une main caressante,
En ordre tes cheveux répandus sur son front :
« Léda plaisait ainsi, et la femme d’Oreste,
Et Hélène aussi », dis-je, « on la parait ainsi. »
Rejetant sur ton cou tes cheveux mis en ordre,
J’ai dit : « Par ces cheveux a plu Laodamie. »
Que de fois, nuançant de fleurs tes tendres seins,
J’ai dit : « Ainsi s’ornait la poitrine des Grâces. »
J’ai de gemmes paré tes doigts : ainsi Thétis,
Qu’on menait à Pélée para sa blanche main.
Te dénudant les bras, j’ai dit : « Les bras d’Aurore ! »
Dans le creux de ta main plaçant des fruits humides :
« Dioné reposant près du myrte vert !, dis-je,
« Et tenant dans sa main le fruit de son Pâris !
Ambroisie s’exhalant de son sein, bouche où courent
Les blandices, beauté mêlée d’aimable grâce ! »

Mais dans tes joues infus et tes lèvres de rose,
Et dans ton tendre sein, joue un charme enchanteur.
Quand tu ouvres tes yeux séduisants de sommeil,
Je te croirais pouvoir même émouvoir les dieux.
Tu les émeus : ma garde est là, qui te protège,
Je ne supporte pas que tu quittes mon sein.

Sucer tes lèvres : non, mais y boire, sans nuire
À mon ensommeillée, c’est ce que je voudrais.
– Ainsi, légère, au plus haut de la fleur, l’abeille
Dans l’herbe tendre boit, lèche la rosée claire.
Je buvais les baisers que toi, comme éveillée,
Tu recevais – et tu semblais vouloir parler.
Semblais vouloir parler : je vole des baisers,
Le souffle vient à moi, de ta bouche suave,
Je joue, hardi, et mords, non sans vigueur, ta bouche :
« Aïe », t’écries-tu – ainsi s’exprime la douleur.
« Aïe », m’écrié-je, « il faut me pardonner, Chérie ! »
J’ai ton pardon : plaquée sur mon sein connu, tendre,
Tu mordilles mon cou, mes lèvres ; et vengée
De ta douleur, tu ris – tous deux nous mignardons.

Pour approfondir sur ce même thème : 
voir ici le très bel article de Virginie Leroux, 
L'érotisme de la belle endormie.

Nudasti, mea vita, sinus et sponte papillas,
admostique meam pectora ad ipsa manum,
oraque cum teneris junxisti nostra labellis,
sedistique meo sarcina grata genu ;
cervicemque amplexa, levi mox victa sopore,
concidis in nostrum languida facta sinum,
longaque post fessos suspiria claudis ocellos,
dum tibi sopitae serpit ad ossa quies.
Ipse tibi tenuem procuro sedulus auram,
Composita et moveo lenia flabra manu,
Ipse tibi somnos cantu levo; cantus amores
Sarnidis et Fauni dulcia furta refert:

« Faune, veni, tibi Sarnis adest ad flumina nota:
Ad notas salices, candide Faune, veni.
Ecce tibi niveum violae cum flore ligustrum
Iungo, et puniceis lilia cana rosis,
Roscida servantur, legi tibi quae modo, fraga,
Fragaque quot totidem basia et ipsa paro.
Huc ades, o formose, tibi nam nuper ad amnem
Siccavique meam disposuique comam,
Pierides compsere caput, dum corpus et ipsae
Et crinis flavos molliter amne lavant,
Inde comam assyrio certatim unxere liquore;
Inde arabo nostrum spirat odore caput.
Quin citharam docuere, et me fecere magistram,
Et data pro magno munere eburna chelys.
Faune, veni, te Sarnis amat, suspirat et unum,
Et parat in niveo gaudia multa sinu,
Fistula te et calami vocitant, vocat aestus, et unda,
Auraeque, et murmur subsilientis aquae. »

His ego mulcebam somnos. Tibi purpura mollis
Tingebat niveas flore decente genas,
Qualis ubi ad thalamos Hebe deducta mariti
Ad cupidi erubuit basia prima viri.
O quotiens sparsos, errant dum fronte, capillos
Collegi blanda disposuique manu:
Sic Lede placitura fuit, sic uxor Orestis,
Atque Helene, dixi, sic quoque culta fuit.
Et modo compositum reieci in colla capillum,
Et dixi: hac placuit Laodamia coma.
O quotiens teneras variavi flore papillas,
Et dixi: Charites sic coluere sinum;
Ornabam gemmis digitos: ad Pelea quondam
Vecta Thetis, niveam sic tulit ipsa manum;
Brachia nudavi: Aurorae sunt brachia, dixi;
Admovique cavae roscida poma manu:
Sic rear ad virides myrtus requiesse Dionem,
Poma manu Paridis dum tenet illa sui,
Ipsa sinu ambrosiam spirat, perque ora recursant
Blanditiae et grato mistus honore decor.

At tibi perque genas, roseisque infusa labellis,
Ludit et in tenero gratia amica sinu,
Et, quotiens blandos somno recludis ocellos,
Crediderim vel te posse movere deos.
Quosque moves; verum custodia nostra tuetur,
Teque meo patior non abiisse sinu.

Tunc ego non suxisse, quidem libasse labellum,
Sed tibi sopitae nil nocuisse velim;
Sic levis ad summum florem de rore liquenti
Libat, et e tenero gramine lingit apis.
Oscula libabam, quae tu, velut excita somno,
Excipis atque aliquid velle videre loqui;
Velle loqui dum visa, simul dum basia carpo,
Auraque de molli ducitur ore mihi,
Dum ludo improbius, tua duriter ora momordi:
Hei mihi, clamasti; sic iubet ipse dolor.
Hei mihi, clamavi, parcas mitissima, dixi.
Parcis, et in solito es blanda refusa sinu,
Colla notas et labra notas; mox ulta dolorem
Risisti, et gratos movit uterque iocos.

(in Eridanus, I, 17 [rédigé entre 1483 et 1500])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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Giovanni Baptista Pinello (?-1630 ?) : Les plaisirs de la campagne

Élégie à Lilla (extrait)

[…] Que ne me plaisent ville et altière demeure
Si tu aimes les champs et la chaumine en bois !
Que je mène une vie oisive, à la campagne,
Sous ton commandement, longtemps je marcherai
Avec toi dans les bois, les écarts, avec toi,
Chasseur aidé de chiens je forcerai les fauves.
Bonheur de me montrer sans peur, quand sous tes yeux
J’irai jusqu’à toucher les sangliers féroces,
Capturer les chevreaux sauvages, et défaire
En ma course emportée cerfs et lièvres timides.
Veux-tu, Chérie, pêcher des poissons écailleux ?
C’est moi qui porterait les nasses, les filets.
S’il te plaît de jouer avec gibier à plumes :
J’imiterai, nouveau Faune, les chants d’oiseaux.
Et quand, les jours de fête, à l’ombre feuillue d’arbres,
Les pieds des villageois pilonneront la terre,
S’il te plaît de danser avec les autres filles,
Et de mouvoir, légère, en rythme bras et jambes :
T’escortant, diligent, parmi la foule dense,
Je te prendrai la main, je t’ouvrirai la voie,
Sans trêve emboucherai de légers chalumeaux
Ou jouerai du crotale, au gré de tes désirs.
Tout ce que tu voudras, je le ferai, j’irai
Où tu iras, content, loin, près que l’on voyage.
J’irai content, Phébus montrant son char au monde
Ou le plongeant, rompu, dans le gouffre des mers.
Quand partout brilleront les bois de neige blanche,
Quand l’Auster hivernal versera mainte pluie,
Je conterai pour toi, qui feras, attentive,
Tourner au coin du feu ton fuseau arrondi. […]


Ah mihi ne placeant urbes, neve alta domorum:
Dum te rura juvant, vimineaeque casae.
Sed tecum in campis vitae traducar inerti,
Subque tuo imperio tempora longa traham
Tecum per saltus, tecum per devia montis
Venator canibus persequar usque feras.
O me felicem, cum te spectante feroces
Arguar intrepidus comminus ire sues,
Et capreas captare feras, et praepete cursu
Vincere seu cervos , seu timidos lepores !
Si, mea vita, voles squamosos prendere pisces;
Ipse feram nassas, retia et ipse feram.
Seu mage plumoso aucupio lusisse juvabit:
Alter Faunus ero cantu imitatus aves.
Sed cum luce sacra frondente sub arboris umbra
Tellurem quatiet rustica turba pede;
Ducere si choreas aliis immixta puellis,
Leviaque ad numeros membra movere voles ;
Ipse per angustam turbam comes impiger ibo,
Subjiciamque manus, efficiamque viam.
Ipse leves calamos non segni inflabo labello,
Pulsabo seu tu malueris crotalum.
Jusseris, efficiam quicquid : quodcumque mearis
Ibo lubens, via sit longa , sit illa brevis.
Ibo lubens, seu Phoebus equos ostenderit orbi,
Gurgite seu fessos merserit Oceani .
Ac nive cum albenti candescent undique silvae,
Et multam hybernus fuderit Auster aquam;
Tunc tibi fabellas referam, dum turbine fusum
Versabis tereti sedula inante focum.

(in Carmina illustirum poetarum italiorum tomus septimus [1720] p. 249)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Josephus Parlistaneus (XVIe siècle, Italie) : Arrivée de la vieillesse : Ode 2

Visage labouré de rides, front sévère
Et contracté ; j’avais les cheveux bruns, voici
Qu’ils sont devenus blancs ; et la vigueur décline
_______En mon corps chancelant.

La force toutefois de mon cœur point ne cède
À mes pesants malheurs : mon âme ne se laisse
Ballotter par l’orage et n’exulte non plus
_______Quand les eaux sont faciles.

Qu’une douce torpeur régénère la terre
Dans le noir de la nuit ; que chassant les ténèbres,
Le soleil, se levant, ramène sur le monde
_______La clôture du ciel,

La main de Dieu est là qui m’échauffe, et de cette
Glace paralysant mes attaches, mes membres
Et tout mon corps sensible, elle dénoue l’emprise
_______De jour comme de nuit.

Ô Soleil nourricier, ô lumière nouvelle,
Flamme immense entourée de concorde et d’amour,
Continue d’échauffer de ton paisible feu
_______Mes languissantes moelles,

Continue : que jamais nulle force n’abaisse
La puissante chaleur de ton amour, mais qu’il
Croisse toujours et brûle en mes pauvres attaches
_______Et en mes os – toujours,

Afin qu’à l’heure ultime où s’échappe la vie,
Mon âme, libérée du lourd carcan du corps
Puisse, plus diligente, éployer ses deux ailes
_______Et gagner les étoiles.


Ruga jam vultus arat, et severam
Contrahit frontem : capitisquc nigri
Albicant crines : tremulo et recedit
______Corpore virtus.

Nec tamen cordi insita vis malorum
Ponderi cedit : neque turbulentis
Fluctuat rebus, neque mens fecundis
______Aestuat undis.

Namque seu dulci recreat sopore
Atra nox terras, oriens Olympum
Sive sol clausum referat fugatis
______Orbe tenebris,

Me fovet dextra Deus, occupatos
Et mihi nervos, mihi membra, et omnes
Corporis sensus glacie resolvit
______Nocte dieque.

Alme sol ergo, nova lux, et ingens
Flamma concordi comitata amore,
Perge languentes placido medullas
______Igne fovere,

Perge, ne magnum tui amoris aestum
Ulla vis umquam minuat, sed usque
Crescat, et nervos graciles et ossa
______Torreat usque

Ultima ut vitae fugientis hora
Ocior densis mea mens soluta
Corporis vinclis geminas ad astra
______Explicet alas.

(in Carmina illustrium poetarum italiorum tomus septimus [1720] p. 84)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Du même Josephus Parlistaneus sur ce blog :

 

Josephus Parlistaneus (XVIe siècle, Italie) : Arrivée de la vieillesse : Ode 1

____Finis pour moi les doux sourires
De Vénus la charmante, et mère des Amours
____Jumeaux, fini tiède zéphyr
Propageant devers moi ses douces halenées,
____Fini sein printanier offert
Par la terre teintée de toutes les couleurs.
____Veines, viscères, sang, visage,
L’âge, dans sa rigueur, les ride et les contracte,
____Et le sinistre hiver de Thrace
De neige a saupoudré le brun de mes cheveux.
____Voici que peu à peu la force
Ignée quitte mon corps languide, et m’abandonne
____Comme une fleur fanée. Que si
La déesse aux trois corps, en son unique grâce,
____M’assiste ; que si la lumière
Au ciel brille pour moi de son éclat candide :
____Je ne craindrai le vent de Thrace,
Ni celui de l’Afrique attristé de nuages,
____Et la nécessité cruelle
Ne m’affaiblira point dans les difficultés,
____Mais au milieu de maints périls
Je vivrai plus constant que le prince arsacide.
____Et quand les Parques qui n’épargnent
Personne couperont le fil qui me concerne,
____Sortant des chaînes de ce corps,
Je vivrai plus heureux, peut-être, que les hommes.


__Jam nec dulce mihi Venus
Arridet gemini blanda Cupidinis
__Mater, nec tepidi leves
Adspirant animae dulce Favonii
__Nec vernos aperit sinus
Depicta omnigenis terra coloribus.
__Venas, viscera, sanguinem
Et rugis faciem contrahit aspera
__Aetas nigraque tempora
Spargit Threicia tristis hiems nive,
__Ac vis ignea languido
Paulatim fugiens corpore deficit,
__Ut flos aridus ; unica
Quod si tergemini gratia numinis
__Praesens adsit, et aetheris
Quod si praeniteat lux mihi candida,
__Flatus non ego Thracios,
Nec tristem metuam nubibus Africum
__Nec me dura necessitas
Quicquam diminuet rebus in asperis.
__Inter mille pericula
Sed vivam Arsacida principe firmior;
__Et cum fila legent mihi
Parcae, quae nequeunt parcere, nexibus
__Hujus corporis exiens
Vivam tunc hominum forte beatior.

(in Carmina illustrium poetarum italiorum tomus septimus [1720] p. 83)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Du même Josephus Parlistaneus sur ce blog :

Ludovik Paskalić / Ludovicus Paschalis (1500-1551) : À ses amis, pour prendre congé

Accordez-moi un peu, chers amis, de présence
– Parmi les vastes flots, j’ai longue route à faire :
De l’enfance à ce jour, une éternelle entente
Nous a toujours liés fidèlement ensemble.
Donc, à vous l’on m’arrache –  à peine en ai-je eu bruit –,
Gagnant Gnosse, pays du Jupiter antique
– Le destin me l’enjoint. Dites-moi « Bonne étoile »,
Dites-moi « Bon voyage », en termes guillerets.
Donnez-moi l’accolade, et gages de nos cœurs,
Recevez ces baisers où se mêlent mes larmes.
Souvenez-vous de moi, suivez ma longue route,
Et là où n’iront point vos corps, qu’aillent vos cœurs !
– Vous, forêts d’Illyrie, montagnes, au revoir,
Et rivières que j’ai célébrées dans mes vers !
Au revoir, ma patrie, mes lares, mes pénates,
Lieux que j’ai entourés du soin de mes études.
Vous, dieux du ciel, gonflez mes voiles de bon vent
Jusqu’à mon arrivée en terre de Dicté :
Veuillez, le temps venu que je reprenne mer,
Ramener mon bateau dans le sein de mes pères.
– Mais vous voici, qui tous me prodiguez vos vœux,
Cependant que ma main largue l’ultime amarre.


Vos mihi nunc veteres paulisper adeste sodales,
Dum feror in longas per freta vasta vias:
Quos mihi adhuc teneris aeterno foedere ab annis
Una semel junxit tempus in omne fides;
Abstrahor a vobis, et vix mihi cognita fama
Sponte sequor veteris Gnosia regna Jovis,
Quo mea me fortuna vocat : vos omine laeto,
Laeta mihi, et nostrae dicite verba viae.
Jungite complexus, et nostri pignus amoris,
Accipite haec lacrimis oscula mixta meis .
Este mei memores, nec vos via longa moretur,
Et quo non poterunt membra, sequatur amor.
Et vos Illyrides silvae , montesque valete,
Cunctaque carminibus flumina nota meis .
Jam valeant Patriique lares, patriique penates;
Et loca, quae studiis culta fuere meis.
At vos caelicolae faciles in carbasa ventos
Mittite, Dictaea dum potiamur humo:
Et, cum tempus erit, pelago mea vela remenso
Ad patrios referant numina vestra sinus.
Sed jam quisquis adest, mihi vota faventia fundat,
Ultima dum nostra solvitur ora manu.

(in Carmina illustrium poetarum italorum tome 7 [1720])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

D'autres textes Ludovik Paskalić sur ce blog :

Ludovik Paskalić / Ludovicus Paschalis (1500-1551) : Élégie

À son ami Giovanni Bonna

J’habite un sol battu de fonds adriatiques,
Bourrelé par le gel et recouvert de neige.
Là, parmi glace, froids, et brumes à frissons :
Je brûle, Arabe nu sous le ciel d’Assyrie,
Je brûle comme quand, Sirius au zénith,
Brûle l’aube arrosée par le fleuve de l’Inde,
Je brûle, fer brûlant dans l’antre de l’Etna,
Quand Jupiter rageant, Vulcain fourbit ses armes.
Je brûle, comme emplie de pétrole la lampe,
Comme le feu du ciel hâle la moisson blonde :
Je brûle, et désormais feu vivant devenu,
J’embrase en y soufflant le givre des rochers.
Que touchent mes soupirs un bosquet verdoyant,
Son feuillage tremblant tombera consumé ;
Que montent mes soupirs aux cimes du Caucase,
Les neiges de Russie brûleront sur les crêtes.
La Maritsa gelée, l’eau glacée du Danube,
Tout fondrait, tout fondrait sous mon extrême ardeur !

Au large, chers amis, fuyez ce malheureux,
Que ce mien flamboiement ne gagne votre sein !

Mais vous, les triples sœurs, tranchez mon existence,
Vous avez tout pouvoir pour juger de ma vie.
Ma vie haïe, pourquoi la voudrais-je poursuivre,
Si je n’ai nul instant dénué de détresse,
Si je n’ai nul secours qui soulage mon âme,
Si j’emplis nuit et jour des échos de mes plaintes ?
Tu amènes, nuit noire, avec toi les soupirs,
Les maux nombreux qu’envoie cruellement l’amour.
Je ne ferme point l’œil pour jouir du repos,
Notre ami le sommeil, hélas, point ne me gagne :
Mais larmes et douleur, tristes tourments surtout,
Ballottent mon esprit dans leurs vastes remous.
Mais mes douleurs avec la nuit n’ont point de fin :
Le jour m’est plus mordant que l’aiguillon nocturne.
L’habituel tourment me ravit l’âme en tout,
Je n’ai plus de plaisir si ce n’est à pleurer.
Je n’ai plus dans le cœur ni de joie ni de rire :
Toutes morosités convergent vers mon âme.

Foin de lasser le ciel de plaintes continues !
Mes supplications, les dieux, sourds, les dédaignent.
Mon cœur n’a nul repos ni d’espoir de salut :
Dans de si grands malheurs, quel bonheur de mourir !
Car la mort seule peut achever mes tortures
Et peut seule apaiser de si grandes misères.
Mon sot espoir peut-être a imploré la mort
En vain, puisque la mort ne peut me secourir.
Après la mort peut-être on persiste à sentir
Ce que l’on ressentait avant l’ultime jour.
Ah ! Je supporterai des douleurs éternelles,
Mes larmes n’auront donc point de rémission !

Mais toi que Cupidon regarde en souriant,
Que l’Amour fait aller sans peine en ses royaumes,
Gloire de la patrie, Bonna, très beau jeune homme
Mais dont l’intelligence excède la beauté :
Quand tu liras ces vers attestant de ma flamme,
Puisse mon cas t’instruire à aimer prudemment !


Me tenet Hadriaco circum pulsata profundo
Terra gelu, et rigida nunc adoperta nive.
Hic inter glacies, atque horrida frigora brumae
Uror, ut Assyrio sub Jove nudus Arabs :
Uror ego, ut celsum cum Sirius exserit astrum,
Uritur Eoa quem rigat Indus aqua :
Uror ego, Aethnaeis ferrum velut uritur antris,
Mulciber irato cum struit arma Jovi.
Uror ego, ut liquido perfusa bitumine lampas,
Flavaque supposito flagrat ut igne seges :
Uror ego, et vivos jam jam conversus in ignes
Accendo afflatu frigida saxa meo.
Si mea florentem tangant suspiria silvam,
Excutiet tremulas silva perusta comas.
Si mei Caucaseos adeant suspiria montes,
Ardebunt Scythicae per juga summa nives.
Solveret hic Hebri glacies, hic solveret Istri
Frigore concretas plurimus ardor aquas.
Ite procul dulces, miserumque relinquite amici,
Ne cadat in vestros haec mea flamma sinus.
At vos tergeminae mea rumpite pensa sorores,
Arbitrium vitae est quas penes omne meae.
Nam quid ego invisam cupiam producere vitam ?
Si non ulla meis luctibus hora vacat,
Si non ulla meae veniunt solatia menti,
Sed resonat geminu noxque diesque meo ?
Cum nox atra venis, veniunt suspiria tecum,
Et mala, quae saevus plurima mittit amor.
Non mea jucundo declinant lumina somno,
Nec venit (heu mifero) nobis amica quies:
Sed dolor, et lacrimae, tristesque ante omnia curae
Exagitant animum per freta vasta meum:
Nec faciunt nostri finem cum nocte dolores,
Sed magis est stimulo noctis acerba dies.
Quicquid ago, ad solitas rapitur mens anxia curas,
Et nihil est, quod jam me, nisi flere juvet.
Jam mihi nec risus, nec sunt mihi gaudia cordi:
Conveniunt animo tristia cuncta meo.
Nec juvat assiduis caelum lassare querelis,
Despiciunt nostras numina surda preces.
Nulla animo requies, nulla est spes certa salutis : .
Quam foret in tantis mors mihi grata malis!
Sola rneos etenim potis est finire labores,
Et requiem tantis mors dare sola malis.
Forsitan et mortem frustra imploravit inanis
Spes mea, cum nullam mors dare possit opem.
Forsitan et nobis idem post funera sensus
Permanet, extremam qui fuit ante diem
Scilicet, aeternos ut cogar ferre dolores,
Nullaque sit lacrimis ultima meta meis.
At tu, quem placida respexit fronte Cupido,
Cui dat Amor faciles per sua regna vias;
Bonna, jubar patriae, juvenum pulcherrime, sed qui
Ingenii superas dotibus oris opes;
Dum legis haec.nostras testantia carmina flammas,
Exemplo poteris cautus amare meo.

(in Carmina illustrium poetarum italorum tome 7 [1720])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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