Francesco Franchini (1500-1559) : 8 variations sur un grain de beauté

– 1 –

Près de son menton pâle a la superbe Himère
Un grain de beauté, grain qui sied à son minois.
Ni tache ou de ces grains connus, d’un noir de poix :
Non, l’on dirait un astre au ciel, une lumière.
Aussi m’est-il, ce grain, l’étoile lucifère,
Et toi m’es-tu l’Aurore, ô ma déesse, Himère.

– 2 –

Je ne sais qui du peuple, Himère, avait moqué
Le beau grain de beauté que tu as au visage.
En riant : « N’a de sel, de charme ne dégage,
Dit Amour, un minois sans son grain de beauté. »

– 3 –

Mais ton grain de beauté, qu’il est charmant, Himère,
Ce grain que la nature a mis sur ton visage !
Pour le même y avoir, les belles font usage,
– Et toutes ! –, sur leurs joues, du feu comme du fer,
Peinant pour ajouter le charme à la beauté :
Qui n’est en vrai jolie l’est par habileté.

– 4 –

J’embrassais ma Chérie ; mais laissant son visage,
Je pressais de baisers son grain, dans un suçon.
Au creux du grain, furtif, Amour avait sa cache :
Amour, pompé, dûment me cuit, le sauvageon !

– 5 –

Défaut d’autrui, charmant chez toi, ma belle Himère :
La Grâce est dans ton grain, et Vénus notre mère.

– 6 –

Qui prétend que ce grain dépare ton minois,
S’abuse et n’en connaît, Himère, point les charmes :
C’est de ce grain qu’Amour lui-même, en tapinois,
Pour blesser les grands dieux leur décoche ses armes.

– 7 –

Comme il allait à pied croisant un jour Himère,
Cet enjôleur d’Amour crut qu’elle était sa mère.
La beauté de sa mère est sans grain de beauté :
Sa mère point ne vit, mais son identité.
Penaud, de s’exclamer : « Tu as je ne sais quoi,
Himère, en plus que n’a ma mère en son minois. »

– 8 –

Himère allant au temple adorer l’éternel,
Apollon, dans le ciel, aperçoit son visage.
Allure et forme : il bée, visage de la belle !
Chaleur ! – Voici le dieu qui de nouveau s’embrase.
Pallas, Vénus, Junon : il leur va présenter
Ce visage mortel où le charme irradie.
« Cédez, dit-il, cédez à ce grain de beauté :
Himère en beauté vaut plus que vous réunies.


Non procul a mento niveo pulcherrima Himera
Naevum habet, et pulchro naevus in ore decet,
Nec macula est, picea insignis nigredine naevus,
Sed lumen, tamquam sidus in arce Jovis:
Lucifer est igitur merito mihi naevus Himerae :
Tuque Aurora mihi, tu mihi Himera Dea es.

Nescio quis de plebe hominum damnarat, Himera,
Quem pulchrum naevum vidit in ore tuum.
Irridens, salis esse nihil , nihil esse leporis
In facie naevo quae caret, inquit Amor.

Iste tuus quam sit tibi naevus, Himera, decori,
Accipe: sponte sua naevus in ore tuo est:
Ut similem vero naevum ferat, omnis adurit
Igne sibi, et ferro culta puella genas:
Cumque labore gravi curant decus addere formae.
Quae specie vera non nitet, arte nitet.

Oscula libaram dominae : verum ore relicto
Haerabam et naevo basia pressa dabam:
In naevo furtivus amor fruticante latebat,
Hínc merito torret me ferus haustus Amor.

Quod vitio est aliis, tibi, candida Himera, decori,
In naevo Charis est, et Venus alma tuo.

Qui naevum mendam esse tuo contendit in ore,
Fallitur, et naevi nescit, Himera , decus
Ipse tuo, cum vult magnis dare vulnera Divis,
Quo latet e naevo spicula torquet Amor.

Obvius in terris cum sese ferret Himerae
Blandus Amor, matrem credidit esse suam:
Cum tamen e naevo quo matris forma carebat,
Non matrem, matri sed vidit esse parem :
« Ore meae », maerens exclamat, « Himera, parentis,
Nescio quid facies haec tua majus habet. »

Tarpeii sacra templa Jovis mea Himera petebat,
Illius e caelo Cynthius ora videt.
Incessum et formam miratus, et ora puellae,
Aestuat, atque novo carpitur igne Deus.
Palladaque et Venerem et Junonem convenit, utque his
Mortali ostendit, quod decus ore nitet :
« Cedite, ait, facie naevoque insignis Himera,
Cedite, tres superat pulchrior una Deas. »

(in Francisci Francini cosentini poetae elegantissimi poemata [1558] pp. 220-222)


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Ippolito Capilupi (1511-1580) : Épitaphes d’ivrognes

Ma vie fut un festin : j’eus à cœur les tonneaux
Et les godets ; du vin, j’en eus de pleins barils.
Et point amer, le jour, où à mon domicile
La mort frappa ma porte à coups de pied brutaux.
Car le bruit de ses pas ne me vint à l’ouïe :
J’étais d’âme et de corps en vin pur enfoui.

*

Ma vie durant, j’ai bu – sans fin, tel l’arc-en-ciel,
Tel que le sol brûlé de soleil boit l’averse,
Tel que l’océan boit, sans trêve, sources, fleuves,
Tel que tarit la mer ce soiffard de soleil.
Ne prétends pas, Silène, avoir plus que moi bu ;
Et toi pareil, Bacchus, tends-moi les mains – vaincu.

*

D’autres entonneront « Renom tiré du sang »,
Et « Rois sous le joug mis d’une main téméraire »,
Sur leur tombe inscriront « Ennemis repoussés,
Mille vaisseaux détruits à la faveur de Mars. »

Moi, mon grand coup d’éclat, c’est d’avoir, sous les ordres
De Bacchus, souvent bu mille canons de vin ;
Et ne suis pas peu fier, si sur ma tombe pendent
– Car tels sont mes trophées – canthare et cruche énorme.

*

En mon heureuse vie, je n’étais pas de Flore
Vraiment le familier, mais plutôt de Bacchus.
Qu’on ne recouvre pas ma tombe de fleurs fraîches,
Mieux vaut la recouvrir du velours d’un vin pur.
Si son odeur me fut, de mon vivant, plus douce
Que celle des fleurs : mort, elle me le sera.


 Vita mihi jucunda fuit : mihi dolia cordi,
Et cyathi, et plenis vina fuere cadis.
Nec mihi amara dies, cum nostra ad limina venit,
Et pede percussit mors violenta fores.
Namque pedum strepitus nostras non attigit aures,
Corpus erat somno, mensque sepulta mero.

*

Dum vixi, sine fine bibi, sic Imbrifer arcus,
Sic tellus pluvias Sole perusta bibit.
Sic bibit assidue fontes , et flumina Pontus,
Sic semper sitiens Sol maris haurit aquas.
Ne te igitur jactes plus me, Silene, bibisse ;
Et mihi da victas tu quoque, Bacche, manus.

*

Jactabunt alii partum sibi sanguine nomen,
Regiaque audaci colla subacta manu.
Et tumulo inscribent, depulsos moenibus hostes,
Milleque disjectas Marte favente rates.
Maxima palma mihi, Baccho duce, pocula mille
Grandia, cum multo saepe bibisse mero.
Gloria nec tenuis, si cantharus ante sepulchrum
Pendet, et immensi, nostra trophaea, cadi.

*

Nil mihi cum Flora dum felix vita manebat,
Sed mihi cum Baccho plurimus usus erat.
Non igitur sit sparsa novis mea floribus urna ;
Sed potius dulci sparsa sit illa mero,
Ut fuit hujus odor vivo mihi floris odore
Suavior, extincto sic erit ille mihi.

(in Carmina illustrium poetarum italorum tomus tertius [1719] pp. 227-228)


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 D'autres épitaphes d'ivrognes sur ce blog :

Celio Calcagnini (1479-1541) : Euphrosyne est possessive

Qu’ai-je à faire avec vous, mes amis ? – Vous cherchez
Un cœur en vain, que veut, pour soi seule, Euphrosyne.
Quand elle a, Euphrosyne est avare : elle a tout
Emporté, le cachant, tout ensemble, en son sein ;
Et contemplant la rose entremêlée de lys,
Je crois voir de l’onyx se pénétrer de pourpre :
Elle a ravi mon cœur et de sa main lactée
Jusques en ses tréfonds dévasté ma poitrine.
Pauvre de moi, vivant sans poitrine et sans cœur
– S’il se peut que ma vie ne soit plutôt mourir.
Mieux me vaudrait la mort, plus souhaitable : mais

Je ne puis, à présent, vivre ni bien mourir.
Ô dieux, si je ne puis, sinon, subir ces feux,

Que pour ces feux et moi, ce soit le jour ultime !
Je le dirai, ce jour, heureux et bénéfique,
Où je libérerai mon cou d’un joug cruel,
Où mon ombre errera, libre, aux champs Élysée,
Pour peu qu’aussi l’amour n’y exerce son droit.

Hélas, ma plainte est vaine, et plus vive est l’ardeur ;
En ma poitrine, hélas, plus fort sévit le feu !
Ah que tu es cruelle, et si sourde à mes plaintes !
En rien cette douleur ne t’émeut, ces mots tristes ;
Plus je lamente en vain, plus durement tu brûles,
Plus féroce est le feu qui gagne sur mon être.
Que faire ? – Je ne sais : tu es mon seul espoir
De salut, la raison suprême de ma vie.

Afin de m’empêcher de trancher ces durs nœuds,
Grâce, charme et beauté contre moi sont allés,
Et ce joli minois qui a pu si souvent
Me retenir, tombant dans le gouffre d’Enfer.
Quoi, je te laisserais, pourrais t’abandonner ?
Ô jour amer, ô jour cruel à mon encontre !
Je pourrais me priver de ces lèvres de pourpre ?
Je pourrais délaisser si belle chevelure ?
Quitter des yeux rivaux des flammes de Léda,
Et les sonorités si douces de ses mots ?
Ah, qu’avant Cupidon me consume en entier
De ses feux, que je sois plutôt réduit en cendres !

Toi, si je t’ai toujours aimée intensément,
Et t’aime intensément : montre plus de douceur.
Puisque cette poitrine est tienne que tu brûles
Cruellement, et tien ce cœur que tu subjugues,
Je suis tien : que dans l’air léger je me dissolve,
Quel que soit le dommage, il sera, crois-m’en, tien.


Quid mihi vobiscum, socii? mea pectora frustra
Poscitis, Euphrosyne vendicat illa sibi.
Euphrosyne ubi habet, sibi possidet ; omnia secum
Abstulit, atque suo condidit una sinu.
Nam dum saepe rosas, commixtaque lilia miror;
Insertosque onyces murici inesse puto:
Illa mihi incauto rapuit cor, et intima prorsus
Pectora lacteola est depopulata manu.
Me miserum, qui nunc sine corde, et pectore vivo:
Si non est potius haec mihi vita mori.
Sed mihi mors melior foret atque optatior : at nunc

Vivere nec fas est, nec bene posse mori.
O Superi, si non aliter fas tollere flammas,
Una sit et flammis, et mihi summa dies.
Illa dies felix, et fausta vocabitur a me,
Excutiam a saevo qua mea colla jugo,
Libera in Elysiis nostra umbra vagabitur arvis,
Ni modo in Elysiis jus quoque habebit amor.
Me miserum, frustra queror , et magis ingruit ardor,

Saevit et in misero pectore flamma magis.
Ah crudelis, et ad nostras tam surda querelas!
Te nihil iste dolor, maestaque verba movent
Quoque magis frustra lamentor, acerbius uris,
Atque in me tanto saevius ignis agit.
Denique quid faciam ignoro : tu sola salutis
Spes mihi: tu vitae maxima caussa meae.
Namque ego ne duros properarem abrumpere nodos,

Obstitit illa mihi gratia, suada, lepos ;
Ille decor vultus, quo me persaepe cadentem
Faucibus ex Orci restituisse potes.
Tene ego desererem ? te cara relinquere possem ?
Ah mihi acerba dies, ah mihi dura dies !
Possem ego purpureis ergo caruisse labellis?
Possem ego tam pulchras destituisse comas ?
Possem ego Ledeis certantia lumina flammis,
Et tam mellito linquere verba sono?
Ante Cupidineos penitus consumar in ignes,
In cineres potius delicuisse velim.
Tu tamen, ô si te semper vehemenrer amavi,

Et vehementer amo , mitior esse velis.
Quandoquidem tua sunt, quae tam crudeliter uris
Pectora, et haec tua sunt quae male corda domas,
Sum tuus, et tenues si fors dissolvar in auras,
Quidquid erit damni, crede erit omne tuum.

(in Carmina illustrium poetarum italorum tomus tertius [1719] pp. 84-85)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Giulio Capilupi (vers 1544-avant 1600) : Épigrammes amoureuses

À sa chérie inquiète

Cesse de te transir, Chérie, de froides craintes,
Et de baigner de pleurs ta poitrine et tes joues :
Cesse de t’affliger, jetant d’injustes plaintes :
Elles me sont, hélas !, de cruelles blessures.

Les fleuves vagabonds rebrousseront leur cours,
Le Soleil cessera de suivre son chemin,
Avant que de mon cœur ta flamme ne s’écarte
Et qu’un autre souci ne retourne mes sens.

Tu es mon doux amour, tu es mon seul espoir,
Toi seule tu me plais parmi les filles belles :
Toi seule, Cornélie, dans ma vie m’es repos,
Et il m’est doux pour toi de vivre et de mourir.

*

Tableautin : Tityre pleure Némésis

Tandis que les prairies sont pues de bouvillons
Où le fleuve de Pô coule ses eaux limpides :
Du haut de la levée, Tityre qui les garde,
Pleure sa Némésis au tragique destin ;

Et regardant, penché, le fleuve – et comme glisse
Une goutte salée dans l’onde qui s’enfuit :
« Larmes, gagnez, dit-il, la mer avec ces eaux,
Et vous y ajoutant, rendez-la plus amère. »

*

Variante du précédent

Tityre, au bout, couché, de la rive de marbre
Que l’eau doucement fuit du muet Mincio,
Lamentant le trépas précoce de Néère,
Penché, versait des pleurs dans l’eau de la rivière.

D’eux-mêmes, des bovins s’approchant pour y boire,
Il leur tint à voix triste un bien triste discours :
« Fuyez loin de ces lieux et cherchez d’autres ondes
Qui puissent écarter la soif de votre mufle.

Tant est le Mincio de mes larmes amères
Imbibé, que la mer a de plus douces eaux. »

*

Entre Lune et Luna, bien des similitudes

La jeune Lune luit, radieuse, au ciel haut,
Chassant d’un clair éclat les ombres de la terre :
Tu rayonnes, Luna, visage à l’ajour haut,
Chassant de ton front pur les ténèbres du cœur.

De nuit la Lune mène à l’Olympe les danses,
Et son visage brille, éclatant plus qu’étoiles :
Albe, entraînant, Luna, les danseurs par la ville,
Ton visage éblouit, splendide plus que vierges.

Aussi t’a-t-on nommée très justement Luna,
Puisque de sa beauté resplendit ton visage.

NB : Dans l’original latin, Luna s’appelle Delia, qui est un des surnoms de Diane/Séléné (la Lune déifiée). Pour faciliter la compréhension de la version française, j’ai pris la liberté de changer le prénom.


Desine, lux mea, nunc gelido percussa timore,
Perque sinus lacrimas fundere, perque genas :
Desine et injustas diffundere maesta querelas ;
Namque haec sunt misero spicula dura mihi.

Ante suos retro flectent vaga flumina cursus,
Destituetque suas Cynthius ire vias,
Quam tua de nostris secedat flamma medullis
Et vertat sensus altera cura meos.

Tu mihi dulcis amor, tu spes mea sola, puellas
Inter formosas tu mihi sola places:
Tu requies nunc sola meae, Comelia, vitae,
Dulce mihi per te vivere, dulce mori.

*

Florida pascentes dum tondent prata juvenci
Eridanus liquidis qua fluit amnis aquis ;
Tityrus hos servat summo de margine ripae,
Et carae Nemesis tristia fata gemit,

Dum pronus fluvium spectat, dumque illius ore
In rapidas salsus labitur humor aquas:
« Ite, ait, lacrimae pelagi cum flumine ad undas,
Majoremque illis addite amaritiem. »

*

Tityrus extremo recubans in marmore ripae
Quam taciti Minci leniter unda fugit;
Immatura suae deflebat fata Naereae,
Effundens lacrimas pronus in amnis aquas;

Cum potum ad fluvium vaccis venientibus ultro
Haec dixit tristi tristia verba sono:
« Vos procul hinc fugite, atque alias jam quaerite lymphas
Quae possint vestro pellere ab ore sitim.

Namque meis adeo est lacrimis infectus amaris
Mincius, ut jam sit dulcior unda freti. »

*

Cum Luna exoriens radiis micat aethere ab alto,
E terris umbras luce nitente fugat;
Sic facie, specula cum fulges Delia ab alta,
Ex animo tenebras fronte micante fugas.

Nocturnos cum Luna choros argentea olympo
Ducit, sideribus clarior ore micat.
Sic quoque tu, choreas agitas ubi candida in urbe,
Delia, virginibus pulchrior ore nites.

Hoc igitur merito impositum est tibi Delia nomen,
Namque tuo illius splendet in ore decus.

(in Carmina illustrium poetarum italorum tomus tertius [1719] pp. 246 et 248)


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Giovanni Paolo Cesario (?-vers 1568) : Madrigaux

La céleste Vénus

Je ne veux rien de toi, ô mère des Amours ;
Déesse de Golgi et d’Idalie la sainte.
Que te bâtisse un temple et te voue des autels
L’amateur de boisson bachique et de festins,
Qui marche avec lenteur à l’ombre pompéienne,
Poitrine pantelant sous tes traits, Cupidon.

Mais moi que satisfont un fleuve, des moissons,
Qu’entraîne sur les monts l’amour des Piérides,
La Vénus que j’honore est céleste : ses feux
Divins forcent les cœurs à révérer les dieux,
Elle pousse au mépris des offrandes vulgaires
– Et qui se voient ravies, dévorées, le jour-même.

Les yeux de Glycère

Tes yeux sont si brillants, qui dissipent les nues,
Au ciel, et restituent les lumières perdues,
Qu’en te voyant l’on croit, sans en douter jamais,
Que les astres du monde ont faibli, de leur fait.
Des hommes médusés deviennent pierre inerte,
Glycère, ou interdits s’embrasent pour leur perte.

Le funambule turc

Loin du sol, une corde est tendue : le Turc ose
Y courir, et gravir les pignons des maisons,
Il bondit et jouant, comme sur terre, en l’air,
Tombe habile, est debout, léger telle une brise.

Jupiter le voyant se demande d’abord
Si un nouveau Géant n’attente au haut Olympe ;
Mais percevant le corps chétif du funambule,
Souriant, dit : « Ce nain, qu’il gagne les étoiles ! »


Non te sollicito votis, Dea mater Amorum,
Quae Golgos, sanctum quae colis Idalium.
Ille tibi templum statuat, tibi dedicet aras,
Quem latices Bacchi , lautaque mensa juvant,
Et qui Pompeia lentus spatiatur in umbra,
Perculsus telis corda, Cupido, tuis .

Ast ego, cui tantum satis est fluviusque Ceresque,
Et quem Pieridum per juga raptat amor:
Caelestem veneror Venerem, quae pectora flammis
Excitat aethereis ad pia sacra Deum.
Et jubet obscuri contemnere praemia vulgi ;
Quae rapit, et sensim devorat ipsa dies.

*

Sic tibi scintillant oculi, qui nubila caelo
Pellunt, amissum, restituuntque diem ;
Ut quicumque videt, dubita non mente, minora
Luce tua mundi sidera facta putet:
Parsque hominum stupeat, fiatque immobile saxum;
Aut tacito, Glycere, sentiat igne mori.

*

Extensum procul a terra percurrere funem,
Et celsas audet scandere Turca domos,
Exultimque, agri velut aequore, in aere ludit,
Atque ex arte cadens, surgit ut aura levis.

Juppiter ut vidit primum dubitabat Olympum
Tentaret. superum ne novus ire Gygas ;
Schenobatae sed ubi prospexit membra pusilli
Subridens : petat hic sidera nanus, ait.

(in Joannis Caesarii consentini varia poemata et orationes [1662] pp. 38, 39, 44)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Janus Pannonius (1434-1472) : Épigrammes grivoises concernant Lucie

Quand un jeune te veut crac-craquer, toi, Lucie,
Tu regardes son nez, en notes la longueur :
Instrument mesurant la quéquette des hommes,
Employé pour empan et coudée ! – Si son nez

T’a plu, sitôt le vit de ton amant te plaît,
Compliments et cadeaux n’ont pas plus d’importance.
D’entremetteur, science : experte, tu te passes,
Le nez a des vertus d’entremetteur, science.

Que seul couche avec toi quelque amant fort en nez :
Je ne veux devenir, pour moi, rhinocéros.
Les pronostics, crois-m’en, Lucie, sont mensongers,
Et ta règle est caduque, en ce qui me concerne.

*

Par un ami malin, Lucie vient de se faire
Piéger : l’embrouille est neuve, et extraordinaire.
Puisque à ses yeux son nez n’était pas assez long,
Voici qu’il se l’est fait piquer par des frelons.
Turgescent, rubicond, feint de déambuler :
Il ne demande rien, et se fait appeler.

*

Quand ventre à ventre et cuisse à cuisse et bouche à lèvres
Attelés, ma bricole en ta chatte est mussée,
Tu surpasses d’emblée tout tendron, ma lascive,
Et mon désir le cède à ta lubricité.
Moins fort le lierre étreint, le coquillage embrasse ;
Dextre, langue et fessier, rien ne manque à l’office.
Quand s’épanche pour toi la volupté festive :
« Cela suffit, Lucie, cela suffit ! » cries-tu !
– Quoi, cesser à mi-course, et résister, godiche ?
Attends, Lucie, j’ai, moi, de quoi baiser encore !


Dum iuvenes poppysma rogant, tu, Lucia, nasum
Inspicis, et quantum prominet ille, notas.
Hoc perpendiculo virgas metire viriles,
Hic tibi pro palmo est scilicet, et cubito. Si
placuit nasus, placet illico mentula, amantis,
Nec plus blanditiis addita dona valent.
Nil iam in te, lenone opus est, nil arte magistra,
Lenonis vires nasus et artis habet.
Nec nisi nasatus tecum decumbit adulter,
Ut iam ego me fieri rhinocerota velim.
Lucia, crede mihi, multum prognostica fallunt,
In me nam certe regula vana tua est.

*

Astutus modo Luciam sodalis
Miri fraude nova doli subegit.
Nasum, qui sibi non satis tumebat,
Nam crabronibus obtulit notandum.
Sic dum turgidus ore subrubenti,
Transire assimulat, vocatus ultro est.

*

Cum ventrem ventri, femori femur, ora labellis
Conserui, et cunno mentula delituit,
Principio cunctas vincis lasciva puellas,
Nequitiae, et cedit nostra libido, tuae.
Amplexus hederas superant, et basia conchas,
Nec deest officio, dextera, lingua, natis.
Postquam effusa tibi est nimium festiva voluptas,
Iam satis est, clamas, Lucia, iam satis est!
Quid medium praecidis opus? quid inepta repugnas?
Expecta, nondum, Lucia, defutui.

(in Jani Pannonii poemata [1512])


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D'autres épigrammes de Janus Pannonius sur ce site :

Janus Pannonius (1434-1472) : Ursule a le chat mal fichu

Tu parles bien, ton corps est doux, beau ton visage,
Tu me plais toute, Ursule, avant la bagatelle.
Mais au lit, ma bricole en un chat relâché
Tombe et doute d’avoir pénétré dans un chat.

Elle ne sent côtés ni fond – ainsi battrait-
Elle à l’air libre, irait dans des eaux transparentes –,
Mais errant largement en vaste fente, hélas !
Souffre et s’efforce en vain d’assouvir son envie.

À rien ne sert d’étreindre, ou de bouger les fesses,
Ou de porter le haut des cuisses à l’épaule :
Insuccès des efforts, du torse qui transpire
Et pantèle, on a mal à ses côtes brisées.

Que t’enlèvent les dieux ce qui fait que l’on t’aime,
Ursule, ou t’attribuent de quoi te faire foutre… !

*

Dans le gouffre d’Enfer, le palais de Pluton,*
Je crois, Ursule, entrer, dès lors que je te baise.
Que rude est la descente à l’Averne inguinal !
Quelque effort que l’on fasse, on n’en peut revenir.

Plus je le presse et plus le ténébreux abîme
Va s’ouvrant, concédant un Chaos vide et large,
Où logerait en germe, uni, le jeune monde,
Et où volèteraient les atomes légers.

Non seulement pénis, mais couilles, ventre, lombes
Il dévore, et les bras, les jambes et la tête !
M’en tirèrent jadis par les pieds d’épeurés
Valets – ainsi Cacus par Hercule autrefois.

Mercure, cesse donc de mener à l’Érèbe
Les pauvres morts : ici bée un plus vaste enfer.

* : Toute cette épigramme est une parodie burlesque des lieux communs liés aux descriptions antiques des Enfers. Le premier vers est d’ailleurs emprunté à Virgile (Géorgiques, IV, 467).

Blanda est lingua tibi, mollis caro, vultus honestus,
Ante opus et nobis, Ursula, tota places;
Cum vero incubui, tum laxo mentula cunno
Incidit, ut cunnum nec subiisse putet.
Non latus aut fundum sentit, velut aere nudo
Palpitet, in liquidis vel spatietur aquis.
Sed vasto infelix late bacchatur hiatu,
Ac frustra in votum nititur aegra suum.
Nec vibrare nates, aut stringere brachia prodest,
Alta nec in scapulas tollere crura iuvat.
Conatus pereunt, perit omnis sudor anheli
Pectoris, et ruptis ilibus ossa dolent. Dii
tibi vel tollant quo digna videris amari,
Vel tribuant possis, Ursula, quo futui.

*

Taenarias videor fauces, alta ostia Ditis
Ingressus, quoties, Ursula, te futuo;
Tam patet inguinei siquidem descensus Averni;
Sed revocare gradum plurimus inde labor.
Nam quanto pressi magis, hoc magis atra vorago
Panditur, et late cedit inane Chaos,
Quod caperet teneri, coeuntia semina, mundi,
Quo possent atomi pervolitare leves.
Nec tantum penem, sed testes, ilia, lumbos,
Devorat, ac pariter brachia, crura, caput.
Pridem me trepidi, planta eduxere, ministri,
Tractus ab Alcida Cacus ut ante fuit.
Desine iam miseros, Erebo deducere manes,
Amplius hic barathrum, Pliade nate, patet.

(in Jani Pannonii poemata [1512])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

D'autres épigrammes de Janus Pannonius sur ce site : 

Janus Pannonius (1434-1472) : Rebelle adolescence

Voici que ma seizième année suit son chemin,
– Si ma mère à son fils a dit la vérité ;
Viendra la dix-septième à la fin des mois blonds,
Quand, plus douce, Érigone emmène le Soleil.

J’ai plus grave la voix, du poil me rampe à l’aine,
Et souvent les désirs me gonflent la bricole.
Mon cœur brûlant palpite à la vue des poulettes,
Et je mouille souvent, rêvant, mes draps de lin.

Je t’engage à partir loin d’ici, domestique
Par mon père chargé de suivre mon enfance !
Du champ, maître sévère et vieux bouc de tuteur,
Que nul ne contrevienne à mon indépendance !

Je renonce aujourd’hui aux noix, aux tendres bulles*,
Et vêts l’habit viril : la toge ausonienne**.

* : Les noix étaient, dans l’Antiquité romaine, un jeu d’enfants ; la bulle était un ornement (une petite sphère d’or) que l’on portait en pendentif jusqu’à l’âge de 17 ans.
** : Dans l’Antiquité romaine, on prenait, à 17 ans, la toge, vêtement par excellence de l’homme adulte.

Sextus hic et decimus vitae mihi ducitur annus,
Si nato verum tradidit ipsa parens,
Septimus accedet, cum flava cucurrerit aestas,
Mitior et Phoebum devehet Erigone.
Iam mihi vox gravior, iam pubes inguina circum-
Serpit, et in Venerem mentula saepe tumet.
Ignea iam visa vibrantur corda puella,
Iam mihi per somnum lintea saepe madent.
Eminus hinc igitur moneo, liberte, recedas,
Quem puero comitem cura paterna dedit.
Cedat et hircoso trux cum tutore magister,
Nec iuris quisquam me vetet esse mei.
Hac nucibus, teneris hac luce renuntio bullis,
Hac decus Ausoniae sumo virile togae.

(in Jani Pannonii poemata [1512])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

D'autres épigrammes de Janus Pannonius sur ce site :

Ludovik Paskalić / Ludovicus Paschalis (1500-1551) : Élégie à la lune

Tête dressée brillante, ô Déesse née pure,
Du fraternel éclat luisant, entière et pleine :
Que ton frère dans l’ombre entraîne sa lumière,
Et pénètre à lents pas dans les eaux du couchant,
Pour que, tant que le Soir ne pousse encor tes feux,
Tu choies Endymion, Lune, au cœur amoureux :
Éclaire maintenant l’alliance nocturne,
Assume le labeur de ton frère éclatant
– Que lorsque sur mon sein je presse ma chérie,
Un hostile plein jour ne découvre mes joies !

Et puisque je te crois brûler de feux anciens
Je ne crains devant toi d’ainsi parler, Déesse :
Je voudrais qu’à jamais, les destins le souffrant,
Les nuits aillent sans toi, et les jours sans ton frère ;
Que fussent tous moments sous d’obscures ténèbres,
Dans une nuit sans terme, unique, ensevelis.
Ainsi jouirais-je au sûr d’un amour incessant,
Et toi pourrais-tu jouir de ton Endymion.


O Dea, quae puro nitidum caput exeris ortu,
Totaque fraterno plena nitore micas:
Sic tuus in medias sua lumina proferat umbras
Frater, et occiduas tardius intret aquas;
Ut dum Luna tuos nondum ciet Hesperus ignes,
Tu cupido foveas Endimiona sinu:
Nunc age nocturnos in lucem extende iugales,
Inque vicem nitidi munera fratris obi.
Ne modo, dum charos gremio complector amores,
Delitias retegat lux inimica meas:
Et, quia adhuc priscis te suspicor ignibus uri
Haec ego non verear te Dea teste loqui,
Ire quod aeternum vellem (nisi fata vetarent)
Et sine te noctes, et sine fratre dies;
Scilicet obscuris ut saecula cuncta tenebris,
Atque una assidua nocte sepulta forent.
Sic ego perpetuo fruerer securus amore,
Tuque tuo posses Endimione frui.

(in Carmina [1551] : Elegiarum liber primus)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

D'autres textes Ludovik Paskalić sur ce blog :

 

Ludovik Paskalić / Ludovicus Paschalis (1500-1551) : Les poètes sont des menteurs

Élégie en réponse à son ami Giovanni Bonna,
qui lui reprochait d’exagérer ses souffrances amoureuses.

Ces poèmes très doux que tu m’as envoyés
Ne sont pas à mes maux un léger réconfort
– Ils peuvent défier Philétas de Coos,
À peine les imite en se mourant le cygne.
Tu réfutes mes feux : oui, je serais bien fou
De me plaindre ou nier que tu dises le vrai.
Tu m’engages au vrai, à ce qui est sain : mais
Dans le vouloir d’autrui l’amour m’oblige à vivre.
Bien portant, l’on conseille aisément au malade
Assoiffé de bannir l’eau glacée, et d’attendre.
Toi pareil : le courroux brutal de Cupidon
Ne t’a jamais brûlé, ton cœur est sans blessure,
Tu blâmes aisément l’embrasement d’autrui,
Et ne plains pas mes maux, puisque tu n’en sais rien.
Tout amant tristement tourmenté d’un tendron 

Voudrait par moins aimer ce qu’il aime par trop,
Voir décroître à mesure une cruelle ardeur,

Et plus léger sentir le poids de son amour.
Mais Cupidon se bat constamment contre Mars,
Plus l’on va de l’arrière et plus il vous opprime…
Pour autant, m’ayant lu, ne va pas, cher Bonna,
Me penser oublieux de mes liens légitimes.
Peut-être un doux souci me brûle, d’un lit chaste,
Et me pousse à mourir pour une blanche fille,
Mais tu juges mes pleurs et mes soupirs, disant :
« Ce n’est pas de l’amour, cela, c’est du délire.
Sûr d’avoir ton amour, et maître de tes vœux,
Pourquoi gémir, baigner de pleurs laids ton visage ?
Qu’un amant malheureux pleure un espoir déçu :
Oui, et la longue attente insupporte, en amour… »
Écoute quel écho je fais à ta réplique
Et tiens-le pour plus fort que tes propres échos :
Des poètes nombreux, dont les vers sont connus,
Brûlent du saint Amour – éternel est son nom ;
Ils inventent souvent, mêlant au vrai le faux,
Pour embellir leur œuvre et pour la nuancer.
Est bien naïf qui croit que Tibulle a dit vrai,
Quand il veut « être pierre en de froides montagnes ».
Est bien naïf qui croit qu’ont dit vrai les poètes
Dont on lit la complainte en constant caquetage.
Est bien naïf, qui prête aux poètes verbeux,
En rupture de règle, une foi sans conteste.
Moi aussi, révérant la foulée des poètes,
Exalté d’Apollon j’invente bien des choses ;
J’ai pour toi controuvé ces « bien dures amours »,
Que tu as, mon Bonna disert, lues dans ma lettre.
J’ai eu vent, quelque jour, que Vénus la câline,
Préparait je ne sais quels pièges pour te perdre :
C’était pour t’inciter, mes feux, à la prudence,
Et des pièges charmants garder ton imprudence.


Quae mihi misisti dulcissima carmina, nostris
Solamen tribuunt non mediocre malis ;
Carmina, quae Coo possint certare Philetae,
Carmina , quae moriens vix imitetur Olor.
Certe ego sim demens, dum nostros arguis ignes
Si querar, aut si te dicere vera negem.
Vera mones fateor, et cuncta salubria: sed me
Alterius nutu vivere cogit amor.
Qui valet heu facile sitienti consulit aegro,
Abstineat gelidis ut patienter aquis.
Tu quoque, quem nondum violenta Cupidinis ira
Ursit , et intactum vulnere pectus habes;
Alterius facile damnas incendia, nec te
Usus, ut indoleas ad mala nostra , facit.
Omnis amans, tenerae quem torquet cura puellae,
Id quod amat nimium , vellet amare minus;
Vellet ut ille ferus sensim decresceret ardor,
Et levius fieri vellet amoris onus:
Sed contra assiduo depugnat Marte Cupido,
Quoque magis retrahis te, magis ille premit.
Non tamen accipias ita, quae modo scribimus, ut me
Legitimi immemorem, Bonna, reare thori.
Forsitan et casti me dulcis cura cubilis
Decoquit, et niveo cogit amore mori:
Sed tu dum lacrimas, mea dum suspiria sentis,
Non amor est, dices, sed furor iste tuus.
Si, quod amas, securus habes, votoque potiris,
Cur gemis? et lacrimis turpiter ora rigas ?
Flere decet miserum , qui spe frustratur, amantem
Nec potis est longas ferre in amore moras.
Haec tua sed contra, quae nos adducimus, audi;
Et superaddictis haec potiora tene.
Innumeri, quorum sunt nota poemata vates,
Quos sacer aeterni nominis urit amor ;
Fingere multa solent, et veris jungere falsa,
Scilicet ut varium pulchrius extet opus.
Credulus es, si vera putas cecinisse Tibullum,
Dum cupit in gelidis montibus esse lapis.
Credulus es, si vera putas cecinisse Poetas,
Quos legis assidua garrulitate queri.
Credulus es, si grandiloquis et lege solutis
Vatibus indubiam credis inesse fidem.
Me quoque, qui vatum veneror vestigia, saepe
Cogit Apollineus fingere multa calor;
Et nunc tam duros tibi sum mentitus amores,
Quos legis in scriptis Bonna diserte meis.
Quandoquidem audieram, blandam coepisse Dionem
In tua nescio quos damna movere dolos;
Scilicet, ut facerent te nostra incendia cautum,
Incautus placidis ne caperere dolis.

(in Carmina illustrium poetarum italorum tome 7 [1720])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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