Benedikt Steiner (né en 1990) : tiré des sons / aus den Klängen


profondément rêvent
pierre devenues
baignées constamment
d’eaux de monts lointains
croissant de source ainsi
que les plus lents des rythmes
jamais ne trompent
désormais vivent
autres les villes qui demeurent
sans au-dessus plus de fumée
et de la brume fine
entre les maisons
tisse une nuit toute première  


träumen tief
zu Stein gewordene
stets umflossen
vom Gewässer ferner Berge
in Quellgebieten wachsend als
langsamste Rhythmen
täuschen nie
leben von nun an
anders gebliebene Städte
über denen kein Rauch mehr steht
und feiner Nebel
zwischen den Häusern
eine allererste Nacht webt


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Joscha Röhrkasse (né en 1994) : raie 14.03.2019 / rochen 14.03.2019


dans ta salle de bain c’est
toujours novembre
partout ailleurs on est en mars
la raie au-dessus de la porte
sur la page novembre
de ton calendrier de salle de bain
reflète avec la tache
blanche sur son ventre
le bleu de l’océan
où elle nage
et là on dirait
que ce n’est pas une zone
blanche reflétant du bleu
mais un trou dans son
corps avec l’océan
nageant à travers.
et la raie de dire :
au juste qui nage ici
à travers qui ?
et moi de dire :
max, il n’y a plus de papier
toilette dans votre salle
de bain.
et lui :
va donc aux WC
chez ton thérapeute.
là on est en mars,
je pense.


in deinem badezimmer ist
immer noch november
überall sonst ist es märz
der rochen über der tür
auf dem novemberblatt
deines badezimmerkalenders
reflektiert mit dem weißen
fleck auf seiner brust
das blau des ozeans
in dem er schwimmt
und jetzt sieht es aus
als wäre das keine weiße
stelle, die blau reflektiert,
sondern ein loch in seinem
rumpf, durch das der ozean
schwimmt.
und der rochen so:
wer schwimmt hier eigentlich
durch wen?
und ich so:
max, da ist kein toiletten-
papier mehr in eurem bade-
zimmer.
und er sagt:
geh halt bei deinem
therapeuten aufs klo.
da ist es märz,
denke ich.

(in Sandhunde in Fußgängerzonen [verschlag verlag, 2020])

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Kathinka Zitz-Halein (1801-1877) : Le poète / der Dichter

Qui est Kathinka Zitz-Halein ?


C’est le sort du poète, à lui seul imparti,
Que de haut s’élever au-dessus du vulgaire
Du fait que dans sa vie, il vit d’imaginaire,
Se tenant au plus près du céleste parvis.

La parole divine en ses mots retentit,
Le spleen et ses génies volètent sur son aire,
Et le Beau dont le ciel l’a fait dépositaire
Expire dans ses vers faits de rêve et dépit.

De douces harmonies émanent de sa bouche
Et ses mots au complet sont des sensations
Qu’éprouvent mêmement l’envie et la blessure.

Jamais nulle bassesse ici-bas ne le touche,
Car il va librement vers de beaux horizons,
Bellement couronné de sa gloire future.


Nur dem Dichter ist das Loos geworden,
Über And’re hoch sich zu erheben,
Denn er lebt ein Phantasieenleben,
Näher steht er an des Himmels Pforten.

Sprach’ der Gottheit tönt aus seinen Worten,
Genien der Wehmut ihn umschweben,
Was der Himmel Schönes ihm gegeben,
Haucht er aus in sehnenden Akkorden.

Seiner Lipp’ entströmen sanfte Lieder,
Alle seine Worte sind Gefühle
Die der Schmerz und auch die Lust empfunden.

Niedriges zieht nimmer ihn hernieder,
Denn er wandelt frei zum schönen Ziele,
Mit des Nachruhms schönem Kranz umwunden.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Elke Engelhardt (née en 1966) : Pour que les jours commencent convenablement / Die Tage mit Anstand beginnen lassen


Faire le poirier
pour, les bougeant, mettre en lumière les choses
(question de perspective).
Juste encore quelques pages d’un livre ouvert :
la certitude alors disparaîtra,
et avec la certitude la seconde peau faite de mauvaises réponses.
Les questions qui se poseront alors sur la peau à vif et qui feront mal,
les supporter jusqu’à pouvoir admettre :
c’est là la réponse.


Einen Kopfstand machen,
um die Dinge ins rechte Licht zu rücken
(eine Frage der Perspektive).
Nur noch wenige Seiten eines offenen Buches,
dann wird die Gewissheit verschwinden,
und mit der Gewissheit die zweite Haut aus falschen Antworten.
Die Fragen, die sich dann schmerzhaft auf die rohe Haut legen
aushalten, bis man zugeben kann:
das ist die Antwort.

(Publié ce jour [16 mai 2020] dans Fixpoetry)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Christine Rainer (née en 1970) : mots pommes / apfelwörter


manger une pomme tous les jours de l’année
déposer avec soin les pépins dans un verre
avec ça leur donner des mots d’amour
lumière et eau de terre
leur donner un petit savoir
ils dormiront l’hiver durant
ils rêveront des mots
aspirés en leurs tréfonds
au printemps lentement éveillés
lumière et eau les feront croître
dans le pépin les mots minimes
s’en vont mûrir gagnant la cime
le bout des feuilles les bourgeons tendres
les abeilles en feront la récolte et
les dissémineront entends-tu leur bourdon
elles œuvrent à des histoires
multicolores et multiformes
le vent prête curieux l’oreille
les emporte au loin loin loin

übers jahr jeden tag einen apfel essen
die kerne sorgsam ins glas legen
lieblingswörter dazu geben
die von erde wasser und licht
eine kleine ahnung geben
sie werden den winter verschlafen
von den wörtern träumen
sie aufsaugen ins innerste
im frühling langsam erwachen
wasser und licht ziehen sie groß
die winzigen wörter im kern
werden reifen bis in die krone
die blätterspitzen die weichen blüten
die bienen werden sie ernten und
verteilen hörst du sie summen
sie arbeiten an den geschichten
in tausend farben und formen
der wind lauscht neugierig
trägt sie weit und weiter

(publié ce jour [14 mai 2020] dans Fixpoetry)

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Angela Lohausen (née en 1979) : grand-père / opa


l’été c’était wdr4 ambre solaire
ta barbe tendrement m’égratignait la joue
nous dansions kalinka au travers du salon
jusqu’à ce que grand-mère appelle pour la messe

tes cris nuptiaux troublaient les chevêches, les chauves-souris
se taisaient tout-à-coup
dissimulés dans des tranchées des trous d’obus
nous nous terrions devant l’invisible ennemi

dans l’automnal petit bois de l’Eifel
je respirais feuillage et mousse
goûtais à la paix d’un terroir


der sommer war wdr 4 und tiroler nussöl
wenn dein bart mein wange zärtlich kratzte
tanzten wir kalinka durch die gute stube
bis oma zum kirchgang rief

deine balzrufe verwirrten käuzchen und fledermäuse
verstummten jäh
in schützengräben bombenlöchern hinterhalten
wenn wir vor dem unsichtbaren feind uns duckten

im herbstlichen eifelwäldchen
war mein atem laub und moos
schmeckte ich erdigen frieden


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Lisbeth Eisner (1867-1949) : Je vais t’abattre / Ich will dich erschlagen


« Je vais t’abattre !

Moi ! Penthésilée »

Et de piquer des deux.

En bond de mort se dresse
sabot luisant un destrier.
Achille frémit : son trait se teinte
d’un sang bouillant coulant de cœur.
Deux bras à nu,
parés d’armilles,
choient près de lui –
plus jamais ne montera,
plus jamais ne se battra
Penthésilée.

Achille se terra dans sa tente
trois jours durant.
Son cœur fut à jamais souffrant.
C’est ainsi qu’abattit le héros
Penthésilée.

 


« Ich will dich erschlagen!

Ich! Pentesilea! »

Sie sprengt heran.

Im Todessprung steigt
hufblitzend ein Roß.
Achilles schaudert: sein Geschoß
färbt sich in heißem Herzblut.
Zwei nackte Arme,
ringgeschmückt,
fallen zur Seite –
Nie wieder reitet,
nie wieder streitet
Pentesilea.

Achilles barg sich in seinem Zelt
drei Tage lang.
Sein Herz blieb ihm für immer krank.
So schlug den Helden
Pentesilea.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Kathrin Bach (née en 1988) : printemps (en français dans le texte)

Qui est Kathrin Bach ?


comme nous aimons la mer
nous nous faisons des minivagues

je recueille tes cils
comme des dents de lait

spleen en standby / la lune idoine
question couleur, une paupière

04 heures 50 : le soir qui tombe

& là jardin d’hiver en tête
nous faisons ça printemps venant

crocus fichés en bouche
nous mâchons trois minutes


weil wir das meer lieben
machen wir uns wellen ins haar

ich sammle deine wimpern
wie milchzähne

die sehnsucht auf standby / der mond
farblich passend, ein augenlid

04:50 uhr: dämmerung

& dann wintergarten im kopf
wir machen so auf frühlingsgefühl

stecken uns krokusse in den mund
u. kauen 3 minuten


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


Kathrin Bach (née en 1988) : bêtes d’orage / gewittertiere

Qui est Kathrin Bach ?


excluant à pleins muscles
& ligaments le monde
jusqu’aux éclairs
nous demeurons au sec assis

moi orvet
toi rongeur & pâtée sèche
l’attente sacs de sable en bordure d’Oder

enfin la pluie popcorn
sur vitre éclatement de maïs
déglutir point, je puis juste mâcher

l’après-midi TV clignant écran
pas de fleur à arroser
plus tard présentateur
& au jardin plantation de tomates


eskapismus in den muskeln
& sehnen
bis es blitzt
sitzen wir im trockenen

ich blindschleiche,
du nagetier & trockenfutter
das warten sandsäcke an der oder

der regen schließlich popcorn
auf glas platzender mais
schlucken nicht, bloß kauen kann ich

der nachmittag flimmerndes fernsehbild
keine blumen zu gießen
später nachrichtensprecher
& im garten tomatenpflanzen


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Kathrin Bach (née en 1988) : KOOG

Qui est Kathrin Bach ?


ces jours-ci tu n’arrêtes pas
comme il n’y a plus de rues
tu dois en faire une autre
sacs de sable devenus bêtes
phoques nombreux bien nourris
je me mets à essorer contre peau
tu trimes de jour de nuit l’eau coule
fouille les maisons cherche des nageurs
j’apprends dehors à me servir
de ma langue comme chauffe-liquide
pour qu’ait chaud le frai tu
dois derechef t’attaquer au sec


in diesen tagen setzt du nicht ab
es gibt keine straßen mehr
also musst du eine neue bauen
die sandsäcke sind tiere geworden
gut genährte seehunde zuhauf
ich fange an die haut zu wringen
du arbeitest tags nachts fließt wasser
durchsucht die häuser nach schwimmern
draußen lerne ich meine zunge
als tauchsieder zu benutzen
damit der laich es warm hat du
musst erneut mit dem trocknen beginnen


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.