Martial (40-104 ap. J.-C.) : Manger ou lire

Qui est Martial ?

Tu ne pries à dîner que pour cette raison :
Lire, Ligurinus, tes vers de mirliton.
Je me suis déchaussé¹ : voici que l’on apporte
Un livre épais, flanquant laitues et sauce forte.
On attend les entrées : second livre de vers,
Maintenant le troisième – et tardent les desserts.
Tu lis le quatrième, et le cinquième ensuite :
À tant m’en resservir, je boude ta marmite².
Fourgue-moi tes fléaux à des vendeurs d’anchois³
Ou tu vas dîner seul, Ligurinus, chez toi.

¹ : C’était l’habitude, chez les Romains, que de se déchausser avant de dîner.
² : Le latin dit, peut-être proverbialement : « Putidus est [aper], totiens si mihi ponis aprum » = On se lasse de sanglier (mets, au goût des Romains, des plus estimés), si chaque fois on en sert.
³ : Je traduis par « fléaux » les « scelerata poemata » de Martial = tes poèmes criminels, que tu fais subir en châtiments. Martial enjoint à Ligurinus de donner à des marchands de poissons (de « scombri » = maquereaux) ses livres de poèmes, afin qu’ils en utilisent le papier pour envelopper leur marchandise.

Haec tibi, non alia, est ad cenam causa vocandi,
___versiculos recites ut, Ligurine, tuos.
Deposui soleas, adfertur protinus ingens
___inter lactucas oxygarumque liber:
alter perlegitur, dum fercula prima morantur:
___tertius est, nec adhuc mensa secunda venit:
et quartum recitas et quintum denique librum.
___Putidus est, totiens si mihi ponis aprum.
Quod si non scombris scelerata poemata donas,
___cenabis solus jam, Ligurine, domi.

(in Epigrammaton liber III, 50)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Martial (40-104 ap. J.-C.) : La charrette de Bassus

Qui est Martial ?

On trouve ici, par Constant Dubos (1768-1845),
une autre traduction en vers de cette même épigramme.
Elle est assez typique de l’exercice scolaire appelé amplification

À la porte Capène¹ où l’eau tombe à foison,
Où le fer de Cybèle est lavé dans l’Almon¹,
Là où verdit le champ consacré des Horaces¹,
Où le petit Hercule a son temple vivace¹,
Bassus traînait, Faustin, à pleine cargaison
Tout ce que peut produire un domaine fécond.
Ah, tu aurais vu ça ! Choux de noble lignée,
Ciboulette, poireau², laitue ample et pommée²,
Bette point inutile au ventre fainéant ;
Grives grasses liées en chapelet pesant,
Un lièvre mâchuré par les crocs d’une lice,
Et un cochon de lait sans fève pour nourrice².
Le coureur³ n’allait pas devant le char, oiseux,
Mais portait dans du foin, bien protégés, des œufs.
‒ Bassus allait à Rome ?
______________________‒ Eh non : à la campagne.

¹ : La porte Capène, par où on sortait de Rome pour se rendre à Capoue. Elle supportait un aqueduc qui, à l’époque de Martial, n’était plus étanche (un autre auteur, Juvénal, parle de « madida Capena », « porte Capène imbibée d’eau »). L’Almon était un ruisseau qui se jetait dans le Tibre ; une fois l’an, on y lavait, au cours d’une fête, les instruments liés au culte de Cybèle. Le champ consacré des Horaces était supposé celui du combat mythique des Horaces et des Curiaces. Le temple du « petit Hercule » (à moins qu’il ne faille comprendre « Le petit temple d’Hercule » était ainsi nommé pour le distinguer des deux autres temples de Rome consacrés au même dieu.
² : Ciboulette et poireau portent le même nom, en latin (Martial parle « des deux variétés de poireaux »), la première est le « porrum sectivum », le second est le « porrum capitatum ». La « lectuca sessilis » est celle qui s’étale en pommant, sans monter en tige. Le cochon de lait, quant à lui, est un porcelet pas encore sevré, et qui n’est donc pas nourri de fèves.
³ : Le coureur (« cursor ») était un esclave qui précédait litière et attelage, afin de dégager la rue. Il avait d’ordinaire les mains libres (« feriatus »), pour pouvoir mieux exercer sa fonction.

Capena grandi porta qua pluit gutta
Phrygiumque Matris Almo qua lavat ferrum,
Horatiorum qua viret sacer campus
Et qua pusilli fervet Herculis fanum,
Faustine, plena Bassus ibat in raeda,
Omnis beati copias trahens ruris.
Illic videres frutice nobili caules
Et utrumque porrum sessilesque lactucas
Pigroque ventri non inutiles betas;
Illic coronam pinguibus gravem turdis
Leporemque laesum Gallici canis dente
Nondumque victa lacteum faba porcum.
Nec feriatus ibat ante carrucam,
Sed tuta faeno cursor ova portabat.
Urbem petebat Bassus? immo rus ibat.

(in Epigrammaton liber V, 47)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Martial (40-104 ap. J.-C.) : Vaine coquetterie d’homme

Qui est Martial ?

Tu joues, les cheveux teints, Létinus, au galant,
Rendu soudain corbeau, mais cygne il n’y a guère.
Tous ne s’y trompent pas : la Mort¹ sait ton poil blanc,
Elle t’enlèvera ton masque capillaire.

¹ : Proserpine, dit Martial, reine des Enfers.

Marot a donné de cette épigramme cette interprétation que je trouve bien troussée : 


Mentiris juvenem tinctis, Laetine, capillis,
___Tam subito corvus, qui modo cycnus eras.
Non omnes fallis; scit te Proserpina canum:
___Personam capiti detrahet illa tuo.

(in Epigrammaton liber III, 43)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Martial (40-104 ap. J.-C.) : Il y a figue et figue…

Qui est Martial ?

Contexte : Un certain Cécilien reprend Martial, qui dit « ficus » là où il faudrait dire, selon lui, « ficos ». Mais pour Martial, s’il s’agit de quasi homophones, les sens sont bien différents, le premier signifiant « figues = fruits du figuier », le second « hémorroïdes ». Martial de confirmer qu’il emploiera « ficus » (accusatif pluriel de la quatrième déclinaison) pour parler des figues que produisent les figuiers, et « ficos » (accusatif pluriel de la deuxième déclinaison) quand il s’agira de ce qui pousse ailleurs, et par quoi Cécilien semble concerné.
Maintenant : comment rendre ça en français ?
Je propose, à défaut de pouvoir traduire littéralement le jeu de mot original, les deux adaptations suivantes (la première est plus proche du latin, sachant qu’un fic est une sorte de grosse verrue) :

1 – Tu ris, car j’ai dit fic : « quel mot de mal instruit ! »
Et veux, Cécilien, que je prononce figue.
Je prononcerai figue en évoquant le fruit,
Mais prononcerai fic en évoquant tézigue.

2 – Tu ris : « Tu dis vérole, espèce d’Ostrogoth ! »
Et veux, Cécilien, que je dise virole :
Oui, je dirai virole en parlant de couteau,
Mais pour parler de toi : non, je dirai vérole.


Cum dixi ficus, rides quasi barbara verba,
___Et dici ficos, Caeciliane, jubes.
Dicemus ficus, quas scimus in arbore nasci:
___Dicemus ficos, Caeciliane, tuas.

(in Epigrammaton liber I, 65)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Martial (40-104 ap. J.-C.) : Les étrennes de Martial

Qui est Martial ?

Pour étrennes¹, Umber, tu m’as fait le présent
De tout ce que l’on t’a offert cette semaine¹ :
Deux lots de six carnets, un de sept cure-dents ;
Nappe, éponge, godet¹, sont venus à leur traîne,
Fèves (un demi-muid), olives (un panier),
Vin cuit de Tarragone (un cruchon noir de lie)²,
Canoniques pruneaux², petits fruits de figuier²,
Et pot pesant son poids de figues de Libye :
Tous ces présents ‒ valant, crois-je, à peine cent sous ‒
Livrés par un octet de Syriens immenses…
Qu’il eût été plus simple ‒ et moins tuant, du coup ‒,
De n’envoyer qu’un gars redorer mes finances³.

¹ : Mot à mot « à l’occasion des Saturnales », qui, au temps de Martial, duraient cinq jours (je traduis par « une semaine »). On trouve sur le site d’Arrête ton char un excellent résumé (dans des traductions parfois un peu surannées) des activités qui s’y pratiquaient, dont les échanges de cadeaux d’une valeur, parfois, très discutable. Umber est accusé par Martial de lui donner pour présents ce qu’à lui-même on a offert et dont il se défait.
² : Les vins d’Espagne étaient, dans l’Antiquité, déjà renommés, à l’exception de ceux de l’actuelle Catalogne, réputés épais et d’une couleur peu engageante. Les « canoniques pruneaux » sont littéralement « chenus » : il en va de pruneaux obtenus par dessiccation. Quant aux « petits fruits de figuier » (coctana ou cottona), il s’agit d’une variété petite de figues, produite en Syrie.
³ : Je prends ici, tout en conservant bien sûr le sens, quelque liberté avec le mot à mot de Martial, qui aurait préféré qu’un « gars » ( = un jeune esclave) lui apportât cinq livres (pondera) d’argent en cadeau…

Omnia misisti mihi Saturnalibus, Umber,
munera, contulerant quae tibi quinque dies:
bis senos triplices et dentiscalpia septem;
his comes accessit spongea, mappa, calix,
semodiusque fabae cum vimine Picenarum
et Laletanae nigra lagona sapae;
parvaque cum canis uenerunt coctana prunis
et Libycae fici pondere testa gravis.
Vix puto triginta nummorum tota fuisse
munera, quae grandes octo tulere Syri.
Quanto commodius nullo mihi ferre labore
argenti potuit pondera quinque puer!

(in Epigrammaton liber VII, 53)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Martial (40-104 ap. J.-C.) : Manger selon sa bourse

Qui est Martial ?

Un sanglier pillait le gland tusque, engraissé
De maint chêne ‒ on eût dit la Bête d’Étolie !
Éclat d’un coup d’épieu : l’ami Droit l’a percé,
Près de mon âtre gît ce gibier qu’on m’envie.
Ah, l’opulent chez moi, gras fumets de cuisson,
Odeurs de bois de crête¹ et de festive liche !
‒ Mais le queux va vouloir le poivrer² à foison,
Le mouiller de falerne³ et de garum³ pour riche !
Mon feu n’est pas pour toi, repars chez qui t’a pris,
Ruineux sanglier : j’ai faim à plus bas prix.

¹ le bois de montagne, supposé de meilleure qualité.
² le poivre était, dans l’Antiquité comme au Moyen âge (d’où l’expression « cher comme poivre ») une épice très coûteuse. 
³ le falerne était un des crus les plus fameux, et des plus onéreux, de l’Antiquité romaine. Le garum, quant à lui, était une sauce très prisée des Romains, à base de poissons fermentés dans de la saumure (cf. l’actuel nuocmâm). Il en existait diverses qualités

Tuscae glandis aper populator et ilice multa
__Jam piger, Aetolae fama secunda ferae,
Quem meus intravit splendenti cuspide Dexter,
__Praeda jacet nostris invidiosa focis:
Pinguescant madido laeti nidore penates
__Flagret et exciso festa culina jugo.
Sed cocus ingentem piperis consumet acervum
__Addet et arcano mixta Falerna garo:
Ad dominum redeas, noster te non capit ignis,
__Conturbator aper: vilius esurio.

(in Epigrammaton liber VII, 27)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Jean Dorat (1508-1588) : La possession bachique

Qui est Jean Dorat ?


N. B. : Le texte original de Jean Dorat est une curiosité : il s’agit de la traduction, en latin, de L’Hymne de Bacchus (1554) de Ronsard, dont la présente traduction est ainsi un écho.

[…] Où m’entraînes-tu, Père ? Ou quel autre plaisir
Veux-tu, plus loin, de moi ? Ne t’ai-je pas assez
Célébré dans mes vers ? Évohé, Père, Euhan,
La fureur bat mon cœur, ton délire sacré
Me fouette, plus brutal, me pousse : ô bon Bacchus,
Je te vois, et tes yeux rougeoyants tel un feu,
Et tes cheveux flottant, dorés, sur tes épaules,
Né-d’une-cuisse ! L’âme – ah ! – me fuit, fugitive,
Pour te suivre, légère, et tes orgies ; je sens
Mon cœur ravi, Bacchus, par ta rage en furie
Tremblant frémir, peiner, mu par tes aiguillons.
Vite, donnez ici cornes, cymbales, ces
Clochettes ; donnez, là, les sistres, les bruyants
Tambours ! Que sur ma tête on fixe les turbans,
Retenant mes cheveux, de la mitre à couleuvres
Êt mêlements de nœuds, toupets de lierre dense !
Que les vents d’Éolie ébranlent ma coiffure
– Ainsi parfois les monts d’Érymanthe plient-ils,
Semés de frondaisons et de feuilles caduques !
– Suis-je en proie à l’erreur ? ou vois-je, titubant,
Sans rythme se mouvant ni règle, près de l’Hèbre
Gesticulant des mains les folles Édonides
Bondir dans les déserts vêtus de gel neigeux,
Criant à cris d’horreur, ululant à l’aigu
À gorge que veux-tu ? donnant de force au joug
Leur cou fougueux pointé de thyrses verdissants ?
– Je n’ai plus mon esprit ! Hors haleine, mes flancs
Sont rompus, c’est le vin qui sans but me conduit,
Qui me mène, je vais, j’erre parmi les plaines
– Ou du moins mon esprit le croit-il […]


[…] Quo me rapis, o pater ? Aut quid
ulterius tibi dulce mei ? Non carmine nostro
laus tua jam celebrata satis ? Euhoe, pater Euhan,
corda furor quatit. Ah flagris magis acribus error
me sacer exagitat nuper tuus : o bone Bacche,
 te video, atque tuos oculos velut igne rubentes,
atque comas flavas, tua quae per colla vagantur
Coxigena. Ah fugitiva mihi mens aufugit, et te
ac tua subsequitur levis orgia ; capta furenti,
Bacche, tua rabie, mea corda trementia sensi
infremuisse, tuis stimulis ita pulsa laborant.
Ocius hinc aliquis da cornua, cymbala et ista
tinnula, daque illinc crepitacula, et illa fragosa
tympana. Quid cessas capiti redimicula mitrae
ferre  nodisque intertexta, hederisque horrentia densis ?
Dein ita compositos vexent mihi flamina crines
Aeolia, ut quondam juga cum nutant Erymanthi
frondibus arboreis, foliis et sparsa caducis.
Fallor ? An aspicio pede jam titubante moveri
nec numero nec ab arte ulla manuumque micare
gestibus insanas Edonidas Ebride ripa
saltantes per amicta gelu deserta nivali,
horrida clangentesque, et acuta cavis ululantes
gutturibus ? Sua subque jugum petulantia colla
vi dare cuspidibus Thyrsorum tacta virentum ?
Ast ego mentis inops et anhelo lassa fatigans
ilia proflatu, vinique errore regentis
ductus, eo per plana vagus ; certe ire per illa
mens se nostra putat. […]

(in Hymnus in Bacchum, vers 185-214)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Horace (65-08 av. J.-C.) : La possession bachique

Qui est Horace ?

_____Où donc, Bacchus, m’emportes-tu,
tout plein de toi ? Vers où suis-je entraîné, bois, grottes,
_____d’un pas vif et nouveau ? Dans quels
antres m’entendra-t-on chercher du grand César
_____à sertir la gloire éternelle
parmi les astres et le clan de Jupiter ?
_____Sublime et neuf sera mon dire
par nulle bouche encore dit. – Comme, en extase,
_____sur les monts veille l’Éviade¹
regardant au loin l’Hèbre et, brillante de neige,
_____la Thrace – et par un pied barbare
le Rhodope foulé² : j’aime à sortir des sentes
_____afin de contempler les rives
et le bois solitaire. Ô maître des Naïades
_____et des Bacchantes assez fortes
pour de leurs mains déraciner les frênes hauts,
_____je ne dirai rien de petit,
rien de mortel, ou bas de ton . Quel doux péril,
_____ô Lénéus³, c’est que de suivre
le dieu bordant son front de pampres verdoyants !

¹ Autre nom de la Bacchante.
² L’Hèbre est un fleuve, le Rhodope une montagne, les deux en Thrace.
³ Autre nom de Bacchus, qui en a de très nombreux, cf. Ovide, Métamorphoses, livre 4 : « […] les brus, les mères obéissent, / Laissent toile et fuseaux, tâches en cours ; encensent / Bacchus, en l’appelant « Bromius », « Lyaeus », / « Né-du-feu », « Deux-fois-né », « Seul-porté-par-deux-mères » ; / Et « Nysée », « Thyonée aux cheveux intondus », / « Lénéus », « Jovial découvreur de la vigne », / « Nyctélius », « Père Élélé », « Iacchus », « Evhan », /Te donnent tous les noms que tu as chez les Grecs […] (ma traduction).

N. B. : Cette ode aura, chez les poètes néo-latinisants, un écho considérable, et sera fréquemment imitée. De ces résonances, on trouve quelques exemples sur ce blog, ainsi chez Jules-César Scaliger (1484-1558), Marcantonio Flaminio (1498-1550) et Jean Dorat (1508-1588).


____Quo me, Bacche, rapis tui
plenum? Quae nemora aut quos agor in specus
____velox mente nova? Quibus
antris egregii Caesaris audiar
____aeternum meditans decus
stellis inserere et consilio Iovis?
____Dicam insigne, recens, adhuc
indictum ore alio. Non secus in iugis
____exsomnis stupet Euhias,
Hebrum prospiciens et niue candidam
____Thracen ac pede barbaro
lustratam Rhodopen, ut mihi devio
____ripas et vacuum nemus
mirari libet. O Naiadum potens
____Baccharumque valentium
proceras manibus vertere fraxinos,
____nil parvum aut humili modo,
nil mortale loquar. Dulce periculum est,
____o Lenaee, sequi deum
cingentem viridi tempora pampino.

(in Odes, III, 25)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Marcantonio Flaminio (1498-1550) : La possession bachique

Qui est Marc-Antoine Flaminio ?

Quelle fureur, Bacchus, me prend, m’enrage ? – Io, io,
Pris, emporté, je suis, volant par les futaies
– La Ménade y rend culte, et la Triétérique,
Y errant et menant leurs danses de délire.
Je crois entendre l’air retentir à vacarme
Partout ; je me crois joint, rapide, aux chœurs, aux troupes
Errant dans les futaies… Évohé, le sol tremble
Sous mes pieds ; un nuage, évohé, de poussière
M’ôte le jour. Voici le rejeton – tout près ! –
De Sémélè. Il vient : tinte clair le crotale,
Bruit bas la flûte courbe en roseaux de Phrygie.
Évohé, mon cœur vague ! Évohé, la fureur
Fouette mes reins tremblants ! – Cesse, de grâce, cesse
D’éperonner mon cœur : mène d’autres, véloces,
Dans les maquis de Thrace, à d’autres de ployer,
Tourner çà, là, la tête, et du thyrse enlierré
De massacrer le fauve ! Au calme retiré,
Moi, je rendrai ton culte, et dirai, nouveau prêtre,
Bacchus, sur cordes d’or, et son pieux pouvoir,
Chanterai tes secrets, Liber, habiterai,
Ma vie durant, tes bois, te servirai toujours.
– Que si, Père, tu veux m’inclure dans la troupe
Des Bacchants, m’entraîner, délirant, par les monts
Du Rhodope : fais-moi du moins cette faveur
D’entraver la fureur de la passion, Père,
Et que je vive exempt des corvées amoureuses.


Age, Bacche, quis furor me rabidum occupat ? Io io
rapior, et alta cursu volucri in nemora feror,
ubi sacra Maenades cum Trieterica celebrant,
furibunda solent vagantes agitare tripudia.
Audire videor alto reboantia strepitu
ubique aera : jam choris, jam videor nemorivagis
celer interesse turmis. Evoe mihi sola sub
pedibus tremunt, nubes Evoe pulverea diem
mihi tollit. Adest, adest jam Semeleia propius
soboles : io venit, tinnula cymbala resonant,
Phrygiis recurva stridet grave tibia calamis.
Evoe vagus abit animus, evoe tremula flagris
mihi terga quatit furor. Parce precor, precor, animum
stimulis citare tantis : alios rape celeres
per opaca Thraciae rura, alii capita rotent
hinc et hinc reflexa, thyrsisque feras hederigeris
lanient. In otiosis ego sacra latibulis
faciam, aureisque Bacchi pia numina fidibus
referam novus sacerdos. Tua, Liber, initia
cantabo, et ista, donec mihi vita supererit,
habitabo nemora, semper tuus, Evie, famulus.
Quod si bene, pater, Euhantum me inserere choris
animo est, et altae furibundum per juga Rhodopes
agitare, tuo mihi saltem munere liceat
rabidi furorem amoris compescere, pater, et
da servitio gravi dominae vivere vacuum.

(in Marci Antonii, Joannis Antonii et Gabrielis Flaminiorum Carmina [1743] p. 23)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Horace : Tout feu tout flamme pour Glycère

Qui est Horace ?

Texte scandé en latin : 
Le mètre est d’un glyconique suivi d’un asclépiade mineur :
‒  ‒  ‒  ̮   ̮  ‒  ̮  ‒̮
‒  ‒  ‒  ̮   ̮  ‒ || ‒  ̮   ̮  ‒  ̮  ‒̮

_____La rude mère des Amours,
Me somme, avec le fils de Sémélé de Thèbes¹
_____Et quelque libertine envie,
De redonner du souffle à mes ardeurs éteintes :

_____Tout feu pour la belle Glycère
– Plus pure est sa beauté que marbre de Paros –,
_____Tout feu pour son charme mutin,
Pour son minois que nul ne voit impunément.

_____Vénus sur moi fond toute entière,
Quitte Chypre et s’irrite à m’entendre chanter
_____Scythes et voltes cavalières
Des Parthes valeureux : tout ce qui n’est pas elle²…

_____Posez ici de l’herbe fraîche,
Garçons, et des rameaux ; posez là de l’encens,
_____Du vin vieux en patère³ :
Offrons-lui sa victime, elle viendra plus douce.

¹ Il s’agit de Bacchus ; sans doute faut-il comprendre qu’Horace a un peu bu, et que l’ivresse ranime des souvenirs amoureux…
² Vénus (« La rude mère des Amours » du premier vers, qui séjourne d’ordinaire à Chypre) reproche à Horace de se consacrer à la poésie épique (de chanter les Scythes, les volte-faces des Parthes…) au détriment de la poésie amoureuse.
³ Il s’agit dans cette strophe d’apaiser Vénus en dressant pour elle un autel champêtre, constitué d’un peu d’herbe et de verdure, et en lui faisant l’offrande d’encens et d’une libation du meilleur vin, ainsi que d’un animal sacrifié.

____Mater saeva Cupidinum
Thebanaeque iubet me Semelae puer
____et lasciva Licentia
finitis animum reddere amoribus.

____Urit me Glycerae nitor
splendentis Pario marmore purius;
____urit grata proteruitas
et voltus nimium lubricus aspici.

____In me tota ruens Venus
Cyprum deseruit, nec patitur Scythas
____aut versis animosum equis
Parthum dicere nec quae nihil attinent.

____Hic vivum mihi caespitem, hic
verbenas, pueri, ponite turaque
____bimi cum patera meri:
mactata veniet lenior hostia.

(in Odes, I, 19)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.