Georg Trakl (1887-1914) : Afre / Afra

Qui est Georg Trakl ?

Une enfant, cheveux bruns. La prière et l’amen
Assombrissent sans bruit la fraîcheur vespérale
Et Afre qui sourit, rouge en son jaune cadre
De tournesols, de peur et de gris temps d’orage.

Ceinte d’un manteau bleu la voyait autrefois
Peinte dévotement sur des vitraux le moine ;
C’est, souffre-t-il, encore une aimable compagne
Quand de son spectre astral elle hante son sang.

Automne qui décline et taire du sureau.
Le front touche de l’eau le mouvement bleuté,
Une haire gisant sur un porte-cercueil.

Des fruits décomposés tombent de la ramure ;
Indicible est le vol d’oiseaux, rencontre avec
Des moribonds ; des années sombres lui font suite.


Ein Kind mit braunem Haar. Gebet und Amen
Verdunkeln still die abendliche Kühle
Und Afras Lächeln rot in gelbem Rahmen
Von Sonnenblumen, Angst und grauer Schwüle.

Gehüllt in blauen Mantel sah vor Zeiten
Der Mönch sie fromm gemalt an Kirchenfenstern;
Das will in Schmerzen freundlich noch geleiten,
Wenn ihre Sterne durch sein Blut gespenstern.

Herbstuntergang; und des Hollunders Schweigen.
Die Stirne rührt des Wassers blaue Regung,
Ein härnes Tuch gelegt auf eine Bahre.

Verfaulte Früchte fallen von den Zweigen;
Unsäglich ist der Vögel Flug, Begegnung
Mit Sterbenden; dem folgen dunkle Jahre.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Sonja

Qui est Georg Trakl ?

Soir qui retourne au vieux jardin ;
Sonja : sa vie, un bleu silence.
Des migrateurs le vol lointain ;
Automne, arbre chauve et silence.

Des tournesols doux et ployés
Sur de Sonja la blanche vie.
Un rouge mal, jamais montré
En sombres chambres prête vie

Où bleues les cloches retentissent ;
Pas de Sonja, son doux silence.
Bête qui meurt salue et glisse,
Automne, arbre chauve et silence.

Soleil de jours anciens, clarté
Sur de Sonja les blancs sourcils,
Ses joues, de neiges humectées
Et le hallier de ses sourcils.


Abend kehrt in alten Garten;
Sonjas Leben, blaue Stille.
Wilder Vögel Wanderfahrten;
Kahler Baum in Herbst und Stille.

Sonnenblume, sanftgeneigte
Über Sonjas weißes Leben.
Wunde, rote, niegezeigte
Läßt in dunklen Zimmern leben,

Wo die blauen Glocken läuten;
Sonjas Schritt und sanfte Stille.
Sterbend Tier grüßt im Entgleiten,
Kahler Baum in Herbst und Stille.

Sonne alter Tage leuchtet
Über Sonjas weiße Brauen,
Schnee, der ihre Wangen feuchtet,
Und die Wildnis ihrer Brauen.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Les Maudits / Die Verfluchten

Qui est Georg Trakl ?

— 1 —

Le crépuscule. Vont au puits les vieilles femmes.
Un rougeoiement se rit dans les marronniers sombres.
D’une échoppe ruisselle une senteur de pain
Et le tournesol sombre au-dessus de la haie.

L’auberge au bord de l’eau bruit encor, calme et tiède.
Guitare qui bourdonne, un tintement d’argent.
Une auréole choit dessus cette petite
Qui attend devant l’huis vitré, suave et blanche.

Ô cet éclat de bleu qu’elle éveille au carreau,
Ceint de ronces et noir, figé dans son extase.
Un écrivain voûté sourit tel un dément
Vers l’eau que terrifie un tumulte sauvage.

— 2 —

Le soir venu la peste ourle son habit bleu,
Un hôte ténébreux ferme sans bruit la porte.
L’érable et son poids noir sombrent à la fenêtre ;
Un gamin met son front dans les mains de la fille

Aux paupières sombrant souvent, lourdes, mauvaises.
Dans ses cheveux les mains ruissellent, de l’enfant
Qui laisse retomber ses pleurs brûlants et clairs
Dans le creux vide et noir des yeux de la petite.

Elle, un nid de serpents de couleur écarlate
Se cabre mollement dans son sein convulsé.
Ses bras laissent partir quelque chose de mort
Ourlé serré dans la tristesse d’un tapis.

— 3 —

Vers le jardinet brun résonne un carillon.
Flotte une bleuité dans les marronniers sombres,
C’est là le doux manteau d’une femme étrangère.
Senteur de réséda et sentiment ardent

Du mal. Le front s’incline en sa blême moiteur,
Froid sur l’ordure en tas que triture le rat,
Baigné de l’éclat tiède, écarlate, des astres ;
Des pommes au jardin tombent, sourdes et molles.

Noire est la nuit. Le foehn gonfle spectralement
Le blanc habit de nuit du petit somnambule
Et lui grippe la bouche en silence la main
De la morte. Sonja sourit, suave et belle.


— 1 —

Es dämmert. Zum Brunnen gehn die alten Fraun.
Im Dunkel der Kastanien lacht ein Rot.
Aus einem Laden rinnt ein Duft von Brot
Und Sonnenblumen sinken übern Zaun.

Am Fluß die Schenke tönt noch lau und leis.
Guitarre summt; ein Klimperklang von Geld.
Ein Heiligenschein auf jene Kleine fällt,
Die vor der Glastür wartet sanft und weiß.

O! blauer Glanz, den sie in Scheiben weckt,
Umrahmt von Dornen, schwarz und starrverzückt.
Ein krummer Schreiber lächelt wie verrückt
Ins Wasser, das ein wilder Aufruhr schreckt.

— 2 —

Am Abend säumt die Pest ihr blau Gewand
Und leise schließt die Tür ein finstrer Gast.
Durchs Fenster sinkt des Ahorns schwarze Last;
Ein Knabe legt die Stirn in ihre Hand.

Oft sinken ihre Lider bös und schwer.
Des Kindes Hände rinnen durch ihr Haar
Und seine Tränen stürzen heiß und klar
In ihre Augenhöhlen schwarz und leer.

Ein Nest von scharlachfarbnen Schlangen bäumt
Sich träg in ihrem aufgewühlten Schoß.
Die Arme lassen ein Erstorbenes los,
Das eines Teppichs Traurigkeit umsäumt.

— 3 —

Ins braune Gärtchen tönt ein Glockenspiel.
Im Dunkel der Kastanien schwebt ein Blau,
Der süße Mantel einer fremden Frau.
Resedenduft; und glühendes Gefühl

Des Bösen. Die feuchte Stirn beugt kalt und bleich
Sich über Unrat, drin die Ratte wühlt,
Vom Scharlachglanz der Sterne lau umspült;
Im Garten fallen Äpfel dumpf und weich.

Die Nacht ist schwarz. Gespenstisch bläht der Föhn
Des wandelnden Knaben weißes Schlafgewand
Und leise greift in seinen Mund die Hand
Der Toten. Sonja lächelt sanft und schön.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Nuit d’hiver / Winternacht

Qui est Georg Trakl ?

De la neige est tombée. Passé minuit, tu quittes, enivré de vin pourpre, le sombre district des hommes, la flamme rouge de leur fournaise. Ô ténèbres !
Gelée noire. La terre est dure, l’air a goût d’amertume. Tes étoiles se ferment en mauvais signes.
À lourds pas pétrifiés tu piétines en longeant le ballast, écarquillant les yeux, pareil à un soldat assaillant un fortin noir. Avanti !
Neige et lune, amères !
Un loup roux, qu’étrangle un ange. Tes jambes tintent à chacun de tes pas comme de la glace bleue et un sourire plein de deuil et d’orgueil a pétrifié ta face dont le front blêmit devant la volupté du gel ; ou il s’incline sans mot dire sur le sommeil d’un garde effondré dans sa cabane en bois.
Gel et fumée. Une chemise blanche d’étoiles brûle les épaules porteuses et les vautours de Dieu dépècent ton cœur de métal.
Ô la colline en pierre. Fond en silence – et oublié – le corps froid dans la neige argentée.
Sombre est le sommeil. L’oreille suit longuement les sentes des astres dans la glace.
Au réveil les cloches sonnaient dans le village. Par le portail de l’est fit, argenté, son entrée le jour rose.


Es ist Schnee gefallen. Nach Mitternacht verläßt du betrunken von purpurnem Wein den dunklen Bezirk der Menschen, die rote Flamme ihres Herdes. O die Finsternis!
Schwarzer Frost. Die Erde ist hart, nach Bitterem schmeckt die Luft. Deine Sterne schließen sich zu bösen Zeichen.
Mit versteinerten Schritten stampfst du am Bahndamm hin, mit runden Augen, wie ein Soldat, der eine schwarze Schanze stürmt. Avanti!
Bitterer Schnee und Mond!
Ein roter Wolf, den ein Engel würgt. Deine Beine klirren schreitend wie blaues Eis und ein Lächeln voll Trauer und Hochmut hat dein Antlitz versteinert und die Stirne erbleicht vor der Wollust des Frostes; oder sie neigt sich schweigend über den Schlaf eines Wächters, der in seiner hölzernen Hütte hinsank.
Frost und Rauch. Ein weißes Sternenhemd verbrennt die tragenden Schultern und Gottes Geier zerfleischen dein metallenes Herz.
O der steinerne Hügel. Stille schmilzt und vergessen der kühle Leib im silbernen Schnee hin.
Schwarz ist der Schlaf. Das Ohr folgt lange den Pfaden der Sterne im Eis.
Beim Erwachen klangen die Glocken im Dorf. Aus dem östlichen Tor trat silbern der rosige Tag.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Septuor de la mort / Siebengesang des Todes

Qui est Georg Trakl ?

Bleuâtre crépuscule de printemps ; sous des arbres qui tètent
Parmi soir et déclin marche une forme obscure
Prêtant l’oreille au merle et à sa douce plainte.
Sans bruit paraît la nuit, gibier sanguinolent
Qui lentement descend sur la colline.

Dans l’air humide oscille une ramure de pommier en fleurs,
Un lacis se desserre, argenté,
Agonisant, issu d’yeux nocturnes ; étoiles qui tombent ;
Douce chanson d’enfance.

Le dormeur, mieux distinct, dévalait le bois noir
Et une source bleue bruissait en profondeur,
Aussi souleva-t-il avec douceur ses paupières livides
Au-dessus de sa face de neige ;

Et la lune chassait une bête roussâtre
De son terrier ;
Et en soupirs mourait obscure la plainte des femmes.

Leva, plus rayonnant, les mains vers son étoile
L’étranger blanc ;
Quelque chose de mort abandonne sans bruit la demeure détruite.

Ô forme corrompue de l’être humain : formée de froids métaux,
De la nuit, de la peur des forêts englouties,
De la sauvagerie brûlante de la bête ;
Calme sans vent de l’âme.

Sur un noirâtre esquif : lui, descendit des fleuves flamboyants
D’étoiles pourpres pleins et se ploya
Paisiblement sur lui la ramée reverdie,
Pavot chu d’une nue argentée.


Bläulich dämmert der Frühling; unter saugenden Bäumen
Wandert ein Dunkles in Abend und Untergang,
Lauschend der sanften Klage der Amsel.
Schweigend erscheint die Nacht, ein blutendes Wild,
Das langsam hinsinkt am Hügel.

In feuchter Luft schwankt blühendes Apfelgezweig,
Löst silbern sich Verschlungenes,
Hinsterbend aus nächtigen Augen; fallende Sterne;
Sanfter Gesang der Kindheit.

Erscheinender stieg der Schläfer den schwarzen Wald hinab,
Und es rauschte ein blauer Quell im Grund,
Daß jener leise die bleichen Lider aufhob
Über sein schneeiges Antlitz;

Und es jagte der Mond ein rotes Tier
Aus seiner Höhle;
Und es starb in Seufzern die dunkle Klage der Frauen.

Strahlender hob die Hände zu seinem Stern
Der weiße Fremdling;
Schweigend verläßt ein Totes das verfallene Haus.

O des Menschen verweste Gestalt: gefügt aus kalten Metallen,
Nacht und Schrecken versunkener Wälder
Und der sengenden Wildnis des Tiers;
Windesstille der Seele.

Auf schwärzlichem Kahn fuhr jener schimmernde Ströme hinab,
Purpurner Sterne voll, und es sank
Friedlich das ergrünte Gezweig auf ihn,
Mohn aus silberner Wolke.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Passion / Passion

Qui est Georg Trakl ?

Quand Orphée argentin joue du luth
Lamentant une mort dans le jardin du soir,
Qu’es-tu, forme au repos sous de hauts arbres ?
Lamentation que bruissent l’ajonc de l’automne,
L’étang bleu,
Et qui, à l’agonie sous la verdure d’arbres, 
Suit l’ombre de la sœur ;
Amour sombre
D’un sexe farouche,
Que délaisse en bruissant le jour sur ses roues d’or.
Nuit de calme.

Sous les ténèbres de sapins
Deux loups ont mélangé leur sang
Dans un embrassement pierreux ; dorure,
Une nue s’est perdue au-dessus de la sente,
Patience et taire de l’enfance.
De nouveau rencontrés les restes tendres
À l’étang du Triton
Ensommeillé dans ses cheveux d’hyacinthe.
Que se fracasse enfin la tête froide !

Car il suit, lui, toujours, gibier bleu,
Scrutement sous une brune d’arbres,
Lui qui veille et qu’émeut la nocturne euphonie,
Les sentiers plus obscurs
Et la sainte folie ;
Ou bien tintait, de sombre extase
Empli, le jeu de cordes
Aux pieds froids de la pénitente
Dans la ville de pierre.


Wenn Orpheus silbern die Laute rührt,
Beklagend ein Totes im Abendgarten,
Wer bist du Ruhendes unter hohen Bäumen?
Es rauscht die Klage das herbstliche Rohr,
Der blaue Teich,
Hinsterbend unter grünenden Bäumen
Und folgend dem Schatten der Schwester;
Dunkle Liebe
Eines wilden Geschlechts,
Dem auf goldenen Rädern der Tag davonrauscht.
Stille Nacht.

Unter finsteren Tannen
Mischten zwei Wölfe ihr Blut
In steinerner Umarmung; ein Goldnes
Verlor sich die Wolke über dem Steg,
Geduld und Schweigen der Kindheit.
Wieder begegnet der zarte Leichnam
Am Tritonsteich
Schlummernd in seinem hyazinthenen Haar.
Daß endlich zerbräche das kühle Haupt!

Denn immer folgt, ein blaues Wild,
Ein Äugendes unter dämmernden Bäumen,
Dieser dunkleren Pfaden
Wachend und bewegt von nächtigem Wohllaut,
Sanftem Wahnsinn;
Oder es tönte dunkler Verzückung
Voll das Saitenspiel
Zu den kühlen Füßen der Büßerin
In der steinernen Stadt.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : À ceux devenus muets / An die Verstummten

Qui est Georg Trakl ?

Ô folie de la grande ville quand au soir
Contre un mur noir transissent rabougris des arbres,
Que sous masque d’argent l’esprit du méchant guette ;
Que la lumière à coups de fouet magnétique évince la pierreuse nuit.
Ô les sons engloutis des cloches vespérales.

Putain qui à frissons de glace accouche d’un mort-né.
Déchaînée, la colère de Dieu fouaille le front du possédé,
Pourpre épidémie, faim, fracassant des yeux verts.
Ô rire horrible de l’argent.

Mais silencieuse saigne en une grotte sombre une plus muette humanité,
Aboute en dur métal la tête rédemptrice.


O, der Wahnsinn der großen Stadt, da am Abend
An schwarzer Mauer verkrüppelte Bäume starren,
Aus silberner Maske der Geist des Bösen schaut;
Licht mit magnetischer Geißel die steinerne Nacht verdrängt.
O, das versunkene Läuten der Abendglocken.

Hure, die in eisigen Schauern ein totes Kindlein gebärt.
Rasend peitscht Gottes Zorn die Stirne des Besessenen,
Purpurne Seuche, Hunger, der grüne Augen zerbricht.
O, das gräßliche Lachen des Golds.

Aber stille blutet in dunkler Höhle stummere Menschheit,
Fügt aus harten Metallen das erlösende Haupt.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Le Marcheur / Der Wanderer

Qui est Georg Trakl ?

Toujours la blanche nuit s’appuie à la colline
Où en tons argentés le peuplier se dresse,
Où sont astres et pierres.

Le ponceau dort en voûte au-dessus du torrent,
D’un visage défunt se fait suivre l’enfant,
Croissant de lune en ravin rose

Loin des pâtres qui louent. Dans un vieux tas de pierres
De ses yeux cristallins regarde le crapaud,
S’éveille le vent fleurissant, la voix d’oiseau du semble-mort
Et verdissent tout bas les pas dans la forêt.

Cela rappelle arbre, animal. Lentes marches de mousse ;
Et la lune,
Qui s’enfonce brillante en eaux tristes.

Lui s’en retourne et erre au long du vert rivage,
Sur le balancement d’une gondole noire au travers de la ville effondrée.


Immer lehnt am Hügel die weiße Nacht,
Wo in Silbertönen die Pappel ragt,
Stern’ und Steine sind.

Schlafend wölbt sich über den Gießbach der Steg,
Folgt dem Knaben ein erstorbenes Antlitz,
Sichelmond in rosiger Schlucht

Ferne preisenden Hirten. In altem Gestein
Schaut aus kristallenen Augen die Kröte,
Erwacht der blühende Wind, die Vogelstimme des Totengleichen
Und die Schritte ergrünen leise im Wald.

Dieses erinnert an Baum und Tier. Langsame Stufen von Moos;
Und der Mond,
Der glänzend in traurigen Wassern versinkt.

Jener kehrt wieder und wandelt an grünem Gestade,
Schaukelt auf schwarzem Gondelschiffchen durch die verfallene Stadt.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Traduire Tertullien (150? 160 ?-220 ap. J.-C.) : Le scorpion

Qui est Tertullien ?

Je me propose, ici, de montrer comment une traduction (la mienne) peut se vouloir au plus proche d’un texte dans sa syntaxe, son lexique et sa rhétorique (exprimée, en l’occurrence, au niveau surtout des sonorités que je m’efforce de rendre). À la suite : le même extrait, traduit (dans une manifeste intention d’élégance stylistique) par Antoine Eugène Genoud (1842)


Petit scorpion : grand mal, que ce pus de la terre. Autant de poisons que d’espèces ils ont, autant de nuisances que d’apparences, autant de douleurs que de couleurs (Nicandre en écrit et les dépeint). Cependant, chez tous, la violence vient d’un seul mouvement : de la queue, non pas de la bouche ; ladite queue étant ce qui prolonge l’extrémité du corps et frappe. Cette chaîne de nœuds (pourvue, à l’intérieur, d’une venimeuse fine veinule) s’érige, bandée comme un arc, et décoche un aiguillon crochu à l’exacte façon d’une catapulte. De là vient qu’on appelle scorpion la machine de guerre renforçant la projection par la tension arrière. Cet aiguillon, comme le conduit, s’évase en finesse et là où il se fixe le venin coule dans la blessure. Époque habituelle du danger : l’été ; sous l’auster et l’africus, la malignité fait voile. Comme remèdes : nombreux les naturels ; quelques entourloupes de la magie ; la médecine y pourvoit par le fer et les potions.  Dont certains boivent par prévention, pressés de s’immuniser : mais copuler les en vide et derechef ils sont secs.


La terre engendre des scorpions, animal terrible sous un faible volume. Autant de genres, autant de poisons; autant d’espèces, autant de fléaux; autant de couleurs, autant de douleurs, dont Nicandre a été l’historien et le peintre. Cependant le trait qui leur est commun à tous, c’est de nuire avec la queue. J’appelle queue ce prolongement de la partie inférieure du corps avec lequel ils blessent. Ces nœuds articulés dans le scorpion, armés à l’intérieur d’une petite veine empoisonnée, se tendent avec l’effort d’un arc, et décochent, à la manière d’une baliste, un dard recourbé. De là vient que la machine de guerre, qui lance le trait après l’avoir comprimé, a reçu le nom de scorpion. Ce dard, tout à la fois dard et canal, affilé à son extrémité afin de blesser plus sûrement, répand son poison dans la plaie. L’été est surtout la saison du péril. La malice de l’animal met à la voile par le souffle de l’auster et de l’africus. Quant aux remèdes, la nature nous en fournit quelques-uns; la magie a ses ligaments enchantés; la médecine se présente avec le fer et des breuvages. Ceux-ci boivent avant la cautérisation pour en hâter l’action bienfaisante. Je ne dis rien de l’accouplement ; s’il amortit la douleur du poison, c’est pour allumer bientôt une soif ardente¹.

¹ : Je ne suis pas bien sûr que Genoud ait saisi le sens exact de ces deux dernières phrases.  

Magnum de modico malum scorpio terra suppurat. Tot uenena quot et genera, tot pernicies quot et species, tot dolores quot et colores. Nicander scribit et pingit. Et tamen unus omnium uiolentiae gestus de cauda, non ore; quae cauda erit, quodcumque de postumo corporis propagatur et uerberat. Series illa nodorum uenenata intrinsecus uenula subtilis arcuato impetu insurgens hamatile spiculum in summo tormenti ratione stringit. Unde et bellicam machinam retractu tela uegetantem de scorpio nominant. Id spiculum et fistula est patula tenuitate et uirus, qua figit, in uulnus effundit. Familiare periculi tempus aestas; Austro et Africo saeuitia uelificat. In remediis naturalia plurimum; aliquid et magia circumligat; medicina cum ferro et poculo occurrit. Nam et praebibunt quidam festinando tutelam; sed concubitus exhaurit, et denuo sitiunt.

(in Liber scorpiace I)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Georg Trakl (1887-1914) : Foehn / Föhn

Qui est Georg Trakl ?

Plainte aveugle dans le vent, lunaires jours d’hiver,
Enfance, doucement le bruit des pas se perd au long de la haie noire,
Long tintement du soir.
Doucement la blanche nuit s’avance,

Changeant en rêves pourpres maux et plaies
De la pierreuse vie :
Que jamais ne renonce au corps qui se corrompt l’aiguillon de la ronce.
Profondément dans le sommeil l’âme apeurée soupire,

Profondément le vent dans les arbres brisés,
Et vacille la forme plaintive
De la mère à travers la forêt solitaire

De ce deuil qui se tait ; nuits,
Pleines de pleurs, d’anges de feu.
D’argent sur le mur nu se fracasse un squelette d’enfant.


Blinde Klage im Wind, mondene Wintertage,
Kindheit, leise verhallen die Schritte an schwarzer Hecke,
Langes Abendgeläut.
Leise kommt die weiße Nacht gezogen,

Verwandelt in purpurne Träume Schmerz und Plage
Des steinigen Lebens,
Daß nimmer der dornige Stachel ablasse vom verwesenden Leib.
Tief im Schlummer aufseufzt die bange Seele,

Tief der Wind in zerbrochenen Bäumen,
Und es schwankt die Klagegestalt
Der Mutter durch den einsamen Wald

Dieser schweigenden Trauer; Nächte,
Erfüllt von Tränen, feurigen Engeln.
Silbern zerschellt an kahler Mauer ein kindlich Gerippe.

(in Sebastian im Traum)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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