Alexandra Bernhardt (née en 1974) : confinement : un modèle / Isolationsmodell


La croix de la fenêtre
surplombe la pièce et son vide
comme la Croix du Sud
l’hémisphère inversé

il n’est ici de cataracte qui s’épuise
dans le silence du cyclone

de nuit se tient un timonier
près du beaupré : d’actes anciens
revenant rescapé


Das Kreuz des Fensters
steht über der Leere des Zimmers
wie das Kreuz des Südens
über der verkehrten Hälfte der Erde

Es ist kein Katarakt das sich hier
in der Stille der Mallung erschöpft

Nächtens steht ein Rudergast
am Bugspriet : einstigen Tuns
abgewetterter Wiedergänger

(inédit)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Jana Volkmann (née en 1983) : investissement / investition


sur mon lave-linge
il y a trois pièces garantissant
nos retrouvailles
de 50 lek de 20 lek et de 10 lek

j’espère à chaque essorage que ça va marcher
qu’elles vont chuter l’une après l’autre
dans l’interstice
entre mur et machine
où les tuyaux serpentent
avalant tout ce qui tombe
et c’est à peine chaque fois si elles remuent

je vais prochainement mettre
les 20 lek dans ma poche droite de robe
les 10 dans la gauche et les 50
me les fourrer sous la langue
je vais vendre le lave-linge
et la maison autour
partir avec le cirque
ou les criquets pèlerins
et puis filer vers Toi
sur le plus long chemin
franchir dix-sept frontières
fendre des eaux plus ou moins calmes
je veux qu’on me rende ma mise
c’est incroyable pensé-je
c’est incroyable ce qu’on obtient
pour 80 lek


auf meiner waschmaschine
liegen drei münzen pfand
für unser wiedersehen
50 lek 20 lek und 10 lek

mit jedem schleudergang hoff ich es haut
eine münze nach der anderen zu boden
und hinein in diese lücke
zwischen wand und maschine
wo sich die schläuche schlängeln
und alles schlucken was hinunterfällt
und jedes mal liegen sie kaum verrückt

in naher zukunft nehm ich
20 lek in die rechte rocktasche
10 in die linke und die 50
schieb ich unter meine zunge
verkaufe die waschmaschine
und das haus drumherum
zieh mit dem zirkus
oder den wanderheuschrecken
und dann stiefel ich zu Dir
auf dem längsten weg
über siebzehn grenzen hinweg
durch mehr oder weniger ruhige gewässer
ich verlang meinen einsatz zurück
es ist unfassbar denke ich
es ist unfassbar was man bekommt
für 80 lek


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Alexandra Bernhardt (née en 1974) : Merle / Amsel


Au petit matin : toi
ma claire beauté noire
toi l’oignant cri d’éveil
m’ôtant à ma torpeur

comme je m’émerveille
encore somnolente
de ta force

inflexible
tu me flûtes
du Magma dans l’oreille

Je deviens merle
_______________et me réveille


Frühmorgens : du
meine helle Schönschwarze
du salbender Ruf der Weckung
aus meiner Ohnmacht

Wie bewundere ich
dämmernd noch
deine Kraft

Unbeugsam
flötest du mir
Magma ins Ohr

Ich werde Amsel
_______________und bin wach

(inédit)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Alexandra Bernhardt (née en 1974) : Stances urbaines / Städtische Stanze


Le soleil est à nu, le goudron des rues fond,
Un épervier, cri creux, laisse échapper ses peines.
Dans l’été pâle et chaud, les hachements de sons
D’un marteau-burineur, tambourant ses rengaines.
Comme un affolement sur moi tout à coup fond —
L’épervier fait gonfler, les agitant, ses pennes
Et prend, silencieux, son essor, éperdu,
Comme s’il recelait ce qu’ici j’ai perdu.


Versengt der Straße Teer, die Sonne nackt,
Ein Sperber schreiet hohl sein Sehnen nieder,
Und in der sommerbleichen Hitze hackt
Ein Preßlufthammer trommelnd seine Lieder.
Wie mich mit einem Mal das Grauen packt —
Der Sperber spreizt und schüttelt sein Gefieder
Und hebet sich in stummem Gram empor,
Als bärge er, was ich gerad’ verlor.

(in Et in Arcadia ego. Klagenfurt am Wörthersee: Sisyphus, 2017)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Eva Christina Zeller (née en 1960) : Robinsonnade / Robinsonade


Källskär

si tu ne comprends pas la langue pas la langue du vent
pas celle des anges qui dans les linges sombres
vont sur le ciel pas éclairé
ce sont tes peurs sans sexe
le finnois ne connaît pas d’article

qui vienne quand soleil a plongé
nous nous tournons sur île en mer
terre pierre sans sexe
comme esprits anges et seuls serpents
serpentent pierre connaît période glaciaire
connaît flotteurs glace dessus là-dessus
qu’y a-t-il vent te pénètre
de corpuscules tu es pour être pénétré translucide
seuls pierres serpents araignées
petits bouleaux bruyère broussaille
mer frappe vent
aventure sans sexe
vent est vent
aussi mer fracas bruine
poème asexué polyglotte
pour que tu parles en langue
tu retiens dedans toi
tu manges esprits peur avec pain
tu vois drapeau dans serviette
tu capitules rends gorge de
douleurs et mot


Källskär

dass du die sprache nicht verstehst die sprache des windes nicht
nicht die der engel, die in den dunklen tüchern
über den nichterleuchteten himmel ziehen
es sind deine ängste ohne geschlecht
das finnische kennt keine artikel

kommen, wenn sonne abgetaucht ist
dabei drehen wir uns auf insel im meer
erde steine ohne geschlecht
wie geister engel und nur schlangen
schlängeln sich stein kennt eiszeit
kennt tonnen eis auf sich drauf
was ist da wind fährt durch dich
mit teilchen du bist zum durchfahren durchsichtig
nur steine schlangen spinnen
kleine birken und erika gestrüpp
meer schlägt wind auf
abenteuer ohne geschlecht
wind ist wind
auch meer getöse gischt
gedicht geschlechtslos vielsprachig
damit du sprichst in sprache
du hältst inne
du isst geister angst mit brot
du siehst handtuch als fahne
du kapitulierst du übergibst dich
ziehen und wort

(Paru dans Proviant von einer unbewohnten Insel, Eva Christina Zeller, klöpfer, narr 2020)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Nicola Quaß (née en 1974) : Silence dans la maison / Still ist es im Haus


Voix qui s’estompent.
Je n’imagine encore
les tableaux en tas, brisés,
derrière des vitres humides de pluie.
Le bois et les montagnes, parcourus
par un imperceptible
train. Demeures insensibles
au mutisme
d’autrefois. Je disais peut-être
ne vais-je pas revenir.
On est samedi, dimanche ou
un autre jour où nous
n’allons pas nous retrouver.
J’entre en des pièces coites. Manquent
vos regards en chaque angle. Le temps
s’affiche en des heures oubliées,
en des tasses poussiéreuses. J’aimais
vos vieilles mains,
croisées dans le dos.


Stimmen verschwimmen.
Noch ahne ich nicht
den Haufen zerbrochener Bilder
hinter regennassen Scheiben.
Der Wald und die Berge, durchfahren
von einem unsichtbaren
Zug. Häuser haben kein Gefühl
für vergangenes
Schweigen. Ich sagte, vielleicht
komme ich nicht wieder zurück.
Es ist Samstag oder Sonntag oder
ein anderer Tag, an dem wir
einander nicht begegnen.
Ich betrete ruhige Zimmer. Es fehlt
in jedem Winkel euer Blick. Die Zeit
zeigt sich in vergessenen Stunden,
in Tassen voller Staub. Ich mochte
eure alten Hände,
über den Rücken gekreuzt.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Benedikt Steiner (né en 1990) : tiré des sons / aus den Klängen


profondément rêvent
pierre devenues
baignées constamment
d’eaux de monts lointains
croissant de source ainsi
que les plus lents des rythmes
jamais ne trompent
désormais vivent
autres les villes qui demeurent
sans au-dessus plus de fumée
et de la brume fine
entre les maisons
tisse une nuit toute première  


träumen tief
zu Stein gewordene
stets umflossen
vom Gewässer ferner Berge
in Quellgebieten wachsend als
langsamste Rhythmen
täuschen nie
leben von nun an
anders gebliebene Städte
über denen kein Rauch mehr steht
und feiner Nebel
zwischen den Häusern
eine allererste Nacht webt


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Joscha Röhrkasse (né en 1994) : raie 14.03.2019 / rochen 14.03.2019


dans ta salle de bain c’est
toujours novembre
partout ailleurs on est en mars
la raie au-dessus de la porte
sur la page novembre
de ton calendrier de salle de bain
reflète avec la tache
blanche sur son ventre
le bleu de l’océan
où elle nage
et là on dirait
que ce n’est pas une zone
blanche reflétant du bleu
mais un trou dans son
corps avec l’océan
nageant à travers.
et la raie de dire :
au juste qui nage ici
à travers qui ?
et moi de dire :
max, il n’y a plus de papier
toilette dans votre salle
de bain.
et lui :
va donc aux WC
chez ton thérapeute.
là on est en mars,
je pense.


in deinem badezimmer ist
immer noch november
überall sonst ist es märz
der rochen über der tür
auf dem novemberblatt
deines badezimmerkalenders
reflektiert mit dem weißen
fleck auf seiner brust
das blau des ozeans
in dem er schwimmt
und jetzt sieht es aus
als wäre das keine weiße
stelle, die blau reflektiert,
sondern ein loch in seinem
rumpf, durch das der ozean
schwimmt.
und der rochen so:
wer schwimmt hier eigentlich
durch wen?
und ich so:
max, da ist kein toiletten-
papier mehr in eurem bade-
zimmer.
und er sagt:
geh halt bei deinem
therapeuten aufs klo.
da ist es märz,
denke ich.

(in Sandhunde in Fußgängerzonen [verschlag verlag, 2020])

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Kathinka Zitz-Halein (1801-1877) : Le poète / der Dichter

Qui est Kathinka Zitz-Halein ?


C’est le sort du poète, à lui seul imparti,
Que de haut s’élever au-dessus du vulgaire
Du fait que dans sa vie, il vit d’imaginaire,
Se tenant au plus près du céleste parvis.

La parole divine en ses mots retentit,
Le spleen et ses génies volètent sur son aire,
Et le Beau dont le ciel l’a fait dépositaire
Expire dans ses vers faits de rêve et dépit.

De douces harmonies émanent de sa bouche
Et ses mots au complet sont des sensations
Qu’éprouvent mêmement l’envie et la blessure.

Jamais nulle bassesse ici-bas ne le touche,
Car il va librement vers de beaux horizons,
Bellement couronné de sa gloire future.


Nur dem Dichter ist das Loos geworden,
Über And’re hoch sich zu erheben,
Denn er lebt ein Phantasieenleben,
Näher steht er an des Himmels Pforten.

Sprach’ der Gottheit tönt aus seinen Worten,
Genien der Wehmut ihn umschweben,
Was der Himmel Schönes ihm gegeben,
Haucht er aus in sehnenden Akkorden.

Seiner Lipp’ entströmen sanfte Lieder,
Alle seine Worte sind Gefühle
Die der Schmerz und auch die Lust empfunden.

Niedriges zieht nimmer ihn hernieder,
Denn er wandelt frei zum schönen Ziele,
Mit des Nachruhms schönem Kranz umwunden.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

Elke Engelhardt (née en 1966) : Pour que les jours commencent convenablement / Die Tage mit Anstand beginnen lassen


Faire le poirier
pour, les bougeant, mettre en lumière les choses
(question de perspective).
Juste encore quelques pages d’un livre ouvert :
la certitude alors disparaîtra,
et avec la certitude la seconde peau faite de mauvaises réponses.
Les questions qui se poseront alors sur la peau à vif et qui feront mal,
les supporter jusqu’à pouvoir admettre :
c’est là la réponse.


Einen Kopfstand machen,
um die Dinge ins rechte Licht zu rücken
(eine Frage der Perspektive).
Nur noch wenige Seiten eines offenen Buches,
dann wird die Gewissheit verschwinden,
und mit der Gewissheit die zweite Haut aus falschen Antworten.
Die Fragen, die sich dann schmerzhaft auf die rohe Haut legen
aushalten, bis man zugeben kann:
das ist die Antwort.

(Publié ce jour [16 mai 2020] dans Fixpoetry)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


 

%d blogueurs aiment cette page :