Ton âme est là, qui va, sur les champs de la mort, le chemin de ton fils est gorgé de douleur, tes pleurs en toi refluent pour déplorer la nuit. Tes soupirs sont nombreux comme les blanches fleurs des shrapnels dans le ciel. Les obus jouent avec tes heures solitaires. La mort chante le monde, elle est tout ton amour, le gris de tes cheveux veut beaucoup de soleil. Tes fils sont les chaumes du monde tombés sous la faux étrangère.
Auf den Feldern des Todes wandelt deine Seele, deines Sohnes Weg ist mit Schmerzen getränkt, deine Tränen weinen die Nacht herein. Viel sind deine Seufzer wie die weißen Blumen der Schrapnelle am Himmel. Mit deinen einsamen Stunden spielen die Granaten. Der Tod singt die Welt, der Tod ist all deine Liebe, viel Sonne braucht dein graues Haar. Deine Söhne sind Halme der Welt gefallen der fremden Sense.
(in Rings fallen Sterne, 1917)
Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.
Dans l’obscurité volettent les heures, Leur lointain visage envoie de la nuit dessus ton sommeil Et ton cœur se noie dans la mer du temps.
Tu vas au-travers, sauvage et pressé, de prières bègues, Tu te vois peureux accroupi au bord de ton existence. Ceints d’obscurité les murs tombent tous De leur haut sur toi.
Tu te croirais dans le courant de la minuit. Sur tes cheveux le savoir jette, amer, l’écorce. La nuit trop pleine de douleurs t’a fait renaître doucement Dans les berceurs bras de ta mère.
Im Dunkeln flattern Stunden auf, Ihr fernes Angesicht senkt Nacht auf deinen Schlaf, Dein Herz ertrinkt im Meer der Zeit.
Du hastest wild durch stotternde Gebete, Du siehst dich bang am Rande deines Lebens kauern. Umdunkelt fallen alle Mauern Herab auf dich.
Im Strom der Mitternacht erfühlst du dich. Erkenntnis senkt die Schale bitter auf dein Haar. Die schmerzenübervolle Nacht gebar dich sacht zurück In deiner Mutter Wiegenarme.
(in Rings fallen Sterne, 1917)
Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.
Le mince est tout ce que je peux sentir, Et minces sont tes mots qui heurtent mes contours. Qu’était beau mon visage, Désormais je m’élève au travers d’air limpide Dans un rêve sans fin.
Allonge-moi, oui, sur mon lit, L’herbe fraîche me porte légère, Et les fleurs sont chaudes. Chambre de jeune fille avec tant de parfums Où encore le pas de mon ami appelle Dont j’ai pris congé.
Ich kann nur dünn fühlen, Und dünn stoßen deine Worte an meinen Rand. Wie schön war mein Gesicht, Nun steige ich durch helle Luft In endlosen Traum.
Ja, lege du mich auf mein Bett, Das frische Gras trägt mich leicht, Und die Blumen sind warm. Mädchenzimmer mit dem vielen Duft, In dem noch Schritt meines Freundes ruft, Von dem ich Abschied nahm.
(in Neigungen, 1988)
Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.
Il neige des pétales sur ma mère assise, Dans ses cheveux ruisselant rouges, les oiseaux jouent au printemps. Caresses d’ailes sur sa mer rouge. Laquelle roule autour d’elle, Secoue son corps infime Et remplit les yeux vieux. Toi, mon sang rouge sur la neige, Je ne peux pas venir à toi, Ni t’aider à déposer ta charge. Tu ris, couleur — Ma mère s’est noyée. Pétales, embrassez son cadavre de colombe, Oiseaux, posez-vous sur elle, Buvez-la toute, recouvrez-la : Tous, vous deviendrez rouges, d’un brun de crépuscule, Terre-amour.
Meine Mutter sitzt im Blütenschnee, Vögel in ihren roten Haarbächen spielen Frühling. Sie läßt sich kosen von Flügeln auf ihrem roten Meere. Es fließt um sie, Schüttelt ihren winzigen Körper Und füllt die alten Augen. Du, mein rotes Blut im Schnee, Ich kann nicht zu dir, Dir nicht helfen aus deinen Lasten. Du lachst so, Farbe — Meine Mutter ertrank. Blüten, küßt ihren Taubenleib, Vögel, legt euch an sie heran, Trinkt sie aus, deckt sie zu: Ihr werdet alle rot, schimmrig braun, Liebeserde.
(in Neigungen, 1917)
Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.
Les rues courent parmi les pâtés de maisons : Ciment colosse. Éclats de mercure pour tresses. Des veines sous la peau, c’est leur comparaison. Des nuées sont tirées par un soir sombre, épaisses.
Te voici maintenant qui coules sur des pentes De lumière et de pierre. Es soudain visible. Oui, Les trams font ton portrait sur alarme bruyante, Les roues glissent. Dedans, tout à coup, plus de nuit,
Te voici ceint par le courant, place soignée Par lui de ses rumeurs, douchée de firmament. La poitrine au zénith en brillant s’est scindée, Fusante hostie. Incendiant espace et vent.
Die Straßen rinnen zwischen Häuserquadern: Koloß Zement. Quecksilberner Glast verflicht. So scheinen sie wie unter Häuten Adern. Ein brauner Abend zieht die Wolken dicht.
Jetzt spülest du heraus aus den Gefällen Von Licht und Stein. Bist plötzlich deutlich. Ja, Es schildern dich die Trams in einem gellen Signal mit Räderrutsch. Bis steigend jäh umfah
Dich Strom aus Nacht, der von Geräuschen heilte Den Platz, beduscht mit Sternenfirmament. Der Schoß sich strahlend am Zenith entteilte, Raketenhostie. Windigen Raum durchbrennt.
(in An Europa, 1916)
Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.
Le plat pays est recouvert de neige bleue, L’hiver s’étale. Et les panneaux indicateurs Se montrent l’un à l’autre en étendant la main Le violet silencieux de l’horizon.
Quatre routes ici progressant vers le vide Se joignent. Dénudés, les arbres bas se dressent Comme des mendiants. Le rouge de la sorbe Brille trouble, semblable à leur œil. Les chemins
Font une courte halte et parlent sous les branches Avant de repartir vers leur isolement, Vers le nord et le sud et vers l’est et vers l’ouest Où pâlit le jour bas de la saison d’hiver.
Un panier à haut bord au cannage éventré Est depuis la moisson demeuré dans le champ. Barbe blanche, un soldat, qui après la bataille Et la chaude journée est de garde des morts.
La neige s’appâlit et le jour se consume. L’haleine du soleil sur le firmament fume, Avec pour résultat que la glace des flaques Brûle au bas du chemin, rouge comme du feu.
Der blaue Schnee liegt auf dem ebenen Land, Das Winter dehnt. Und die Wegweiser zeigen Einander mit der ausgestreckten Hand Der Horizonte violettes Schweigen.
Hier treffen sich auf ihrem Weg ins Leere Vier Straßen an. Die niedren Bäume stehen Wie Bettler kahl. Das Rot der Vogelbeere Glänzt wie ihr Auge trübe. Die Chausseen
Verweilen kurz und sprechen aus den Ästen. Dann ziehn sie weiter in die Einsamkeit Gen Nord und Süden und nach Ost und Westen, Wo bleicht der niedere Tag der Winterzeit.
Ein hoher Korb mit rissigem Geflecht Blieb von der Ernte noch im Ackerfeld. Weißbärtig, ein Soldat, der nach Gefecht Und heißem Tag der Toten Wache hält.
Der Schnee wird bleicher, und der Tag vergeht. Der Sonne Atem dampft am Firmament, Davon das Eis, das in den Lachen steht Hinab die Straße rot wie Feuer brennt.
(in Umbra vitae [1912])
Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.
Toutes les routes sont Recouvertes de neige, Seul y marche un aveugle Grelottant dans le vent.
Et les arbres en rangs Sont pareils à des nonnes Implorant le pardon Dans leur haire de crin.
Sur la croix de l’étang Le Rédempteur pend, nu, Du bec, une corneille Le blesse dans sa chair.
Alle Wege sind Vom Schnee verweht, Nur ein Blinder geht Frostzitternd im Wind.
Und die Baume stehn Wie Nonnen gereiht, Die im Büßerkleid Vergebung erflehn .
Auf dem Kreuz am Teich Hängt der Heiland nackt, Eine Krähe hackt Ihm Wunden ins Fleisch.
(in Rudolf Kayser (éditeur): Verkündigung [1921])
Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.
Le pâle drap de lin couvrant les lits nombreux Se fond sur le mur nu dans la salle commune. Toutes les maladies, frêles marionnettes, Marchent, s’y promenant, dans les allées. Sa part
En a chaque malade. Et à la blanche craie Est proprement noté le mal qui le tourmente. La fièvre bruit comme un tonnerre. Leurs entrailles Brûlent comme des monts. Leur œil hagard regarde
La couverture, où quelques grosses araignées Extirpent de longs fils hors de leur abdomen. Ils se tiennent assis dans la froideur du lin Et leur sueur, genoux repliés vers le haut.
Ils creusent en mordant les ongles de leurs mains. Les rides à leur front, qui est rougeâtre et brûle, Paraissent un labour à sillons de grisaille Sur quoi fleurit la grande aurore de la mort.
Ils tendent vers avant la blancheur de leurs bras, Le froid les fait trembler, l’horreur les rend muets. Déjà, leur cerveau, noir, va d’une oreille à l’autre, Roulant vite en tous sens et monstrueux remous.
Alors, derrière eux, noire, une fissure bâille, Et, ressortant du mur badigeonné de blanc, Un bras se tend. Autour de leur gosier se serre Une main, lentement, qui est dure et osseuse.
Die bleiche Leinwand in den vielen Betten Verschwimmt in kahler Wand im Krankensaal. Die Krankheiten alle, dünne Marionetten, Spazieren in den Gängen. Eine Zahl
Hat jeder Kranke. Und mit weißer Kreide Sind seine Qualen sauber aufnotiert. Das Fieber donnert. Ihre Eingeweide Brennen wie Berge. Und ihr Auge stiert
Zur Decke auf, wo ein paar große Spinnen Aus ihrem Bauche lange Fäden ziehn. Sie sitzen auf in ihrem kalten Linnen Und ihrem Schweiß mit hochgezognen Knien.
Sie beißen auf die Nägel ihrer Hand. Die Falten ihrer Stirn, die rötlich glüht, Sind wie ein graugefurchtes Ackerland, Auf dem des Todes großes Frührot blüht.
Sie strecken ihre weißen Arme vor, Vor Kälte zitternd und vor Grauen stumm. Schon wälzt ihr Hirn sich schwarz von Ohr zu Ohr In ungeheurem Wirbel schnell herum.
Dann gähnt in ihrem Rücken schwarz ein Spalt, Und aus der weißgetünchten Mauerwand Streckt sich ein Arm. Um ihre Kehle ballt Sich langsam eine harte Knochenhand.
(in Der ewige Tag [1911])
Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.
Des nuées de fumées, roses, comme au printemps, Que pousse promptement le noir poumon des trains, S’affaissent sur le fleuve immense qui emporte, Large, des blocs de glace à coups bruyants et chocs.
Le vaste jour d’hiver sur la rase campagne Brille au loin comme un feu, rouge et or cristallin, Sur plaines et sur neige où sombre le ballon Ignescent du soleil sur bois et crépuscule.
Les trains vont en tonnant sur le chemin de miles Qui court par les forêts, tel la traîne du jour. Leur fumée en montant ressemble à une flamme
Qui haut dans la clarté frappe au bec le vent d’est, Lequel, emplumé d’or, comme un puissant griffon, Fond à pic sur le soir, poitrine déployée.
Rauchwolken, rosa, wie ein Frühlingstag, Die schnell der Züge schwarze Lunge stößt, Ziehn auf dem Strom hinab, der riesig flößt Eisschollen breit mit Stoß und lautem Schlag.
Der weite Wintertag der Niederung Glänzt fern wie Feuer rot und Gold-Kristall Auf Schnee und Ebenen, wo der Feuerball Der Sonne sinkt auf Wald und Dämmerung.
Die Züge donnern auf dem Meilendamme, Der in die Wälder rennt, des Tages Schweif. Ihr Rauch steigt auf wie eine Feuerflamme,
Die hoch im Licht des Ostwinds Schnabel zaust, Der, goldgefiedert, wie ein starker Greif, Mit breiter Brust hinab gen Abend braust.
(in Umbra vitae [1912])
Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.
Tels les troubles matins de journées de lenteur Au-dessus des marais et des lacs pleins de plaintes, Des roseaux chatoyants, la nuit est au repos. Il se met à pleuvoir. Dans les arbres s’éveille
Tout un bouquet de cris. Les chiens passent, furtifs, Tout à l’entour des murs avec leur gueule chaude. Mais s’élèvent des monts, pâlissantes, les tours Sises sans bruit autour des étangs rabougris.
Une torche s’enflamme. Et les oiseaux des friches Prennent de la hauteur, gagnant le firmament, S’envolant sourdement des aires dénudées D’arbres géants que fend leur grand élancement,
Touchant avec lenteur de leurs puissantes mains Les bornes de la nuit qui vont s’obscurcissant, Menaçants comme l’ombre et les pensées mauvaises, Et montant, descendant, dans les nuées qui crèvent.
Un claquement soudain fuse près de la lune Criant comme un enfant devant le bruit des plumes. Battant de l’aile, ils vont nicher au-dessus d’elle Et vertement du bec poussent une chanson.
Wie trübe Morgen langsamer Tage Über den Seen und Sümpfen voll Klage Über dem schillernden Schilf ruht die Nacht Regen [beginnt]. In den Bäumen erwacht
Ein Geschrei. Und huschen die Hunde Rund um die Mauern mit heiserem Munde. Aber die Türme steigen von Bergen, bleichen, Hockend stumm um die verschrumpften Teiche.
Eine Fackel brennt auf. Und die Vögel der Öden Hoch herauf zu Himmels-Böden Schwer flattern von den kahlen Horsten Riesiger Bäume mit großen Schwingen zerborsten,
Langsam mit ihren gewaltigen Händen Fassend die Nacht an den dunkelnden Enden Drohend wie Schatten und böse Gedanken, Die in brechenden Wolken schwanken.
Plötzlich stürmet vorbei an dem Mond ein Geschwirre. Und er schreit wie ein Kind vor der Federn Geklirre. Schlagend den Flügel, nisten sie über ihm, Und krähen ein Lied aus den Schnäbeln so grün.
(in Umbra vitae [1912])
Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.