Enregistrement du poème en latin (strophe asclépiade A) :
Gros de fruits abondants, déjà le bon automne Prépare le retrait précipité des brises ‒ Voici venir les froids ‒, et retire du cœur _____Des arbres les feuilles qui tombent.
Délivrés des travaux, c’est l’heure que te chantent, Bacchus, les paysans, que leur intempérance Au murmure plaintif de la flûte où l’on souffle, _____Entraîne aux plaisirs de la danse.
Le retour de ce temps de l’année nous remet Sous le joug, qu’il est doux de porter, de la Muse ; Au cours des longues nuits, les astres nous engagent _____À nous saisir du jour ailé.
Troupe docile, allons ! marchons à pas rapides Par les hauts du Parnasse au double mamelon, Où, libre de vieillesse et de tombeau, nous hèle _____La gloire à partager des dieux.
Que je vous accompagne ou vous y guide – jeunes,
À votre gré ! – je viens ! Fatigue ni mollesse Du pied ne mèneront qui cherche à pénétrer _____Aux tréfonds de l’âpre vertu.
Jam cornu gravidus praecipitem parat afflatus subitis frigoribus fugam Autumnus pater, et deciduas sinu ____frondes excipit arborum.
Cantant emeritis, Bacche, laboribus te nunc agricolae, sed male sobrios ventosae querulo murmure tibiae ____saltatu subigunt frui.
Nos anni rediens orbita sub jugum Musarum revocat, dulce ferentibus ; porrectisque monent sidera noctibus ____carpamus volucrem diem.
I mecum, docilis turba, biverticis Parnassi rapidis per juga passibus, expers quo senii nos vocat et rogi ____consors gloria caelitum.
Nam me seu comitem seu, juvenes, ducem malitis, venio : nec labor auferet quaerentem tetricae difficili gradu ____virtutis penetralia.
(in Odae)
Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.
La métrique de cette ode, composée à l’occasion de la mort de Laurent de Médicis (1449-1492), semble ne correspondre à aucune de celles répertoriées chez les poètes antiques : elle me paraît fondée moins, comme de coutume, sur l’alternance des syllabes longues et brèves que sur leur nombre (strophe de 3 octosyllabes suivis de 2 pentasyllabes) et des effets de sonorités. J’en ai tenu compte dans ma traduction, j’essaie de le rendre sensible dans mon enregistrement :
Qui changera ma tête en eau, Qui me transformera les yeux En une source de sanglots __Que de nuit je pleure __Que de jour je pleure ?*
Ainsi la tourterelle veuve, Ainsi le cygne qui se meurt, Ainsi se plaint le rossignol, __Las, malheur, malheur, __Ô douleur, douleur !
Le laurier** frappé par la foudre, Ce laurier, oui, sitôt se couche, Ce laurier fréquenté de toutes __Les Muses qui dansent, __Les Nymphes qui dansent.
Sous l’étendue de sa ramure La lyre tendre de Phébus Et la voix douce retentissent ; __Et là : tout se tait, __Et là : tout est sourd.
Qui changera ma tête en eau…
* Paraphrase de Jérémie, 9, dans le texte de la Vulgate
** Jeu de mots sur Laurus (laurier) et Laurentius (Laurent) ; selon certaines croyances, la foudre ne frappait jamais le laurier : la mort de Médicis relève en quelque sorte de l’exception.
Sic turtur viduus solet, sic cycnus moriens solet, sic luscinia conqueri. __Heu miser, miser ! __O dolor, dolor !
Laurus impetu fulminis illa illa jacet subito, Laurus omnium celebris __Musarum choris, __Nympharum choris.
Sub cujus patula coma et Phoebi lyra blandius et vox dulcius insonat ; __nunc muta omnia, __nunc surda omnia.
Quis dabit capiti meo…
(in Epigrammata)
Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.
Les 8 premiers vers du texte latin (le mètre est le sénaire iambique) :
Iambes, vite, vite, arrachez-moi ‒ mordez ! ‒, Cette vieillarde en proie aux furies du désir ! Empriapée, la chienne ! en chaleur, et cracra, Catarrheuse et flétrie, et puante et rancie, Cadavérique, au front rugueux, chenue du crâne, Dégarnie du cheveu, décillée des paupières Et glabre du sourcil, croulante de la lippe, Rubiconde de l’œil, larmoyante des joues, Édentée (mis à part deux chicots lui restant, Noirs, crasseux), à l’oreille exsangue de tout sang Et flasque, à la narine exsudant la pituite, Au rire à postillons, à l’haleine putride, Aux mammes distendues, avachies de vieillesse, Arentelées, choyant, sans rien à l’intérieur, Ulcéreuse du con, vermoulue de l’anus, À la fesse chétive, aride et squelettique, Et sèche de la jambe, et sèche des deux bras, Aux genoux bien saillants, pareil pour les chevilles, Aux talons gravement alourdis d’engelures : Rien de plus méprisable et de plus dégoûtant, Et de plus monstrueux, de plus pestilentiel ! Boulangers, bistrotiers, larbins et débardeurs, Camelots et bouchers, maîtres des hautes œuvres, Maquignons, marmitons, tous, ils l’ont culbutée, Jadis, comme une grue, une pure cocotte. Personne ne veut plus la voir ni lui parler, Dégoût de tout le monde, objet de moquerie Que la vieille éperdue de récentes chaleurs ! Mais qui ose, impudique ‒ oui, qui ose, impudique, La cochonne effrontée, la plus morte que vieille, Chaque fois qu’en chaleur (ses chaleurs, c’est toujours) ‒ Vouloir que je la touche et pour elle aie la gaule, Comme un verrat, un âne, ou même comme un chien. Du balai, du balai, la vieille, va au diable, Du balai, l’assassine obscène ! que tu sois Vraie vieille, épouvantail ou spectre de charnier ! À tout prendre, morbleu ! j’aimerais mieux baiser Une truie, une ânesse, une chienne ! ‒ que toi.
Huc huc, iambi ! arripite mi jam mordicus anum hanc furenti percitam libidine, tentiginosam, catulientem, spurcidam, gravedinosam, vietam, olentem, rancidam, cadaverosam, fronte rugosa, coma cana atque rara, depilatis palpebris, glabro supercilio, labellis defluentibus, oculis rubentibus, genis lachrymantibus, edentulamque (ni duo nigri et sordidi dentes supersint), auriculis exanguibus flaccisque, mucco naribus stillantibus, rictu saliva undante, tetro anhelitu, mammis senecta putridis praegrandibus araneosis deciduis inanibus, cunno ulceroso, verminante podice, natibusque macris aridis et osseis, utroque sicco crure utroque brachio, talo genuque utroque procul extantibus, calcaneoque pernionibus gravi ; ut nil sit aspernabilius, nil tetrius monstrosiusque aut nauseabundum magis : quam pistor olim, caupo, calo, bajulus, et institores, et lanius, et carnifex, et muliones permolebant et coci, ceu prostitutam et sellulariam meram ; nunc nemo jam vult visere nemo colloqui, fastidit unusquisque et habet ludibrio anum subante perditam prurigine : sed audet impudens tamen, audet impudens, procax, proterva, nec jam anus sed mortua, utcumque prurit (prurit autem jugiter), se postulare ut comprimam, sibi ut arrigam, quasi ipse verres quasi asinus sim vel canis. Abi hinc, abi, anus, in maximam malam crucem, abi scelesta, obscaena ; sive vera anus seu terriculum es seu larva bustuaria. Nam si optio mi detur, aedepol magis scrofam futuam quam te vel asinam vel canem.
(in Epigrammata)
Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.
Si je pouvais ôter le lacs qui me collette, Et libérer mes pieds des chaînes qui les lient ! Mon chant surpasserait celui de ces oiseaux Que nourrit le Caytros aux plaines qu’il traverse. Mais tel un jars parmi les cygnes de Phébus, Je lance, à gorge rauque, une fruste clameur ; Mais serais, Médicis, vite libre et chantant, Dès lors que tu dirais : « Politien, viens-t’en ! »
O ego si possem laqueo subducere collum, __et pedicis vinctos explicuisse pedes ! Haud equidem dubitem volucres superare canendo __quas aluit campis unda Caystra suis. At nunc, Phoebeos inter velut anser olores, __agrestem rauco gutture fundo sonum. Sed facile expediar, Medices, fiamque canorus, __si modo tu dicas : Politiane, veni.
(in Epigrammata)
Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.
Gloire, Flaminio, des Nymphes d’Apollon, Toi qui peux, de tes vers, freiner le cours rapide Du Tibre et contenir le fougueux Aquilon ___‒ Comme au Notus passer la bride ;
Ô toi qui amadoues, des sons de ta cithare, Le tigre, même hostile, et la sauvagerie ; Qui d’un plectre latin sais toucher le barbare, ___Et charmer l’homme au cœur impie ;
Si tu peux à jamais arrêter en chantant Les fleuves et laver le ciel de sa nuée Quand les grands vents partout y vont retentissant ___‒ Et calmer l’âme remuée :
Mets le plectre à ta lyre, et joue de ces accords Que d’une oreille amie ira bien vite entendre Lygide, trop cruelle et rude en ses abords ___‒ Afin qu’elle me soit plus tendre.
Tu en recueilleras plus de célébrité, Et en tireras plus ‒ aussi ‒ de sympathie, Que d’avoir de tes vers, ton luth et ton doigté, ___Apaisé la mer en furie.
Nympharum decus, o Flamini Apollinis cursum qui rapidi carmine Tibridis, spirantemque morari boream potes ; ___nec non praecipitem notum.
Qui lenis cithara, sint licet asperae, tigres, atque ferarum genus omnium ; Latinoque movens pectine barbaros, ___mulces corda virum impia.
Si sic dum canis et sistere flumina possis perpetuo, et nubila tergere cum venti celeres undique perstrepunt, ___et sedare animos probe,
plectro tange lyram ; dicque modos quibus crudelis nimium saevaque Lygida sic aures modo amicas satis applicet, ___ut jam sit mihi lenior.
Nam si feceris id, te mage redditum cognosces celebrem, teque magis pium ; quam si versiculis arteque barbiti ___placasses rabiem maris.
(in Io. Baptistae Pignae carminum lib. quatuor [1553] p. 23)
Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.
1 — Que se taisent bois dense, et fontaines sourdant Du roc et cris mêlés de la bêlante troupe ! Pan qui vague en montagne aime enfler la ciguë, Sur le chaume assemblé portant rondes ses lèvres ; Danses à son entour, par dryade aux pieds lestes Et naïade ordonnées. Chut aussi, rossignol !
2 — À Pan le ruricole, et au bon Lyéus, Et aux nymphes, le vieux Biton d’Arcadie offre : À Pan, la jeune chèvre, avec sa grasse mère, Folâtre ; à Bromius, la couronne de lierre, Aux nymphes, maintes fleurs tirées d’arbres fruitiers, Et feuilles qu’ensanglante, épanouie, la rose. Accroissez son avoir, Pan d’un lait continu, Toi Bacchus, de raisins, et vous d’eau, les Naïades.
Deux épigrammes bachiques
1 — Des amis de Bacchus, les satyres m’extirpent : C’est la seule façon d’avoir un cœur de pierre. Moi qui servais du vin, j’habite avec les Nymphes, Et me fais maintenant majordome d’eau fraîche. Marche d’un pas de loup, que cet enfant¹, tiré De son calme sommeil, ne te provoque, armé.
¹ Sans doute s’agit-il de Bacchus, qu’on représente à l’occasion sous les traits d’un tout jeune garçon (comme ici, par exemple). NB (20/10/2018) : à reprendre ce texte, je pense qu’il s’agit plutôt de Cupidon, fréquemment appelé « puer » en poésie latine et traditionnellement représenté armé d’un arc, de flèches et de foudres. Le sens serait alors, dans ce qui pourrait être un dialogue de Baïf avec lui-même : Maintenant que je ne bois plus, je me dois, pour vivre heureux, d’éviter de tomber amoureux.
2 — Ô mon bon, tu t’endors, mais ces coupes t’appellent ! Debout, sans succomber à de pauvres études ! Plonge sans lésiner, Dieudonné, dans de longues Rasades, bois du vin jusqu’aux genoux qui tremblent ! Un jour, nous cesserons de boire : vas-y donc ! Déjà la neige blanche a éclairci nos tempes.
Heic sileant densumque nemus, saxoque fluentes ___fontes, balantis mixtaque vox pecoris. Quandoquidem Pan montivagus inflare cicutam ___gaudet junctilibus labra terens calamis ; et teneris circum pedibus statuere choreias ___et Dryas et Nais. Vel Philomela tace.
Ruricolae Pani pariter, Patrique Lyaeo ___et nymphis Arcas dona Biton dedit haec. Pani senex teneram pasta cum matre capellam ___ludentem ; Bromio serta retecta hederae ; nymphis fructifera varios ex arbore flores, ___et folia expansae sanguine tincta rosae. Pro quibus hanc augete domum, Pan lacte perenni, ___Bacche uva, nymphae flumine Naiades.
Me Bromii comitem satyrum manus exprimit arte, ___qua sola lapidi spiritus inseritur. Cum Nymphis habito ; qui quondam vina solebam ___fundere, nunc gelidae fio minister aquae. Sensim ferto gradum, somno ne sorte quieto ___hic puer excitus, te petat arma movens.
O bone dormiscis, verum haec tibi pocula clamant. ___Surge, neque oblectes te studio misero. Tu ne parce, sed in largum Diodore Lyaeum ___lapsus genua tenus² lubrica, vina liques. Tempus erit quo non potabimus. Ergo age, perge : ___jam canent alba tempora nostra nive.
² triple curiosité philologique : genu (le genou) avec « e » long, alors qu’il est donné court par tous les dictionnaires ; synérèse de « ua » quand on attendrait, comme d’ordinaire, la diérèse ; enfin, tenus (jusqu’à) construit avec l’accusatif (les constructions admises sont avec le génitif et l’ablatif) : selon Forcellini, « Olim putabatur [tenus] copulari posse etiam cum Accusativo ; sed loca quae afferebantur unice debentur falsae lectioni ».
(in Carminum Jani Antonii Baiffi Liber I [1577])
Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.
Ô soupirs exhalés, compagnons de mes larmes ! Ô soupirs enfantés au profond de mon cœur ! Allez, derniers présents de qui fut ma Sophie ! Puisse-t-elle verser sur mes larmes des larmes, Elle verrait alors quelles douleurs j’endure, Elle verrait ma vie dans toute sa misère, Pouvant seule au maudit destin maudit m’ôter. – Que je meure, mon deuil lui sera peu de chose.
Voyez, la langueur règne en mon corps épuisé, Voyez, en mon visage, il n’est rien que pâleur ; Mes membres sont sans force, et me sort par la bouche Toute vigueur ; des yeux, seul me coule du sang. Ah nulle envie de vie ! Et Parques qui me gardent ! Que tardé-je sans toi, hélas, Sophie, sur terre ?
Oiseau cher à Minerve au Parthénon, chouette, Se peut-il que mon sort soit pire que ton sort ? Tous deux nous soupirons ! Et si tu prises l’ombre, Je prise l’ombre aussi ; tu gémis : je gémis ; Tu es seule et moi seul ; tu pleures et je pleure ; Toi moquée des oiseaux ? Je suis moqué des hommes. Malheureux tous les deux ; mais tu es plus heureuse : Ta Dame te chérit, la mienne me dédaigne.
O Inter lacrumas Suspiria exhalata! O corde imo Suspiria nata mihi! Ite, meae quondam, Sophiae ehen! ultima dona, Si potis illa meis inlacrumet lacrumis! Adspiciat grandes, quas dudum perfero poenas? Adspiciat, vitam quam miserabilem agam! Sola potest, miserum heu! misero subducere fato; Si moriar, tituli, ah! pars quota ei fuero.
Adspicite, exhausto regnat mî in corpore languor; Adspicite, in voltu nil nisi pallor habet: In membris vis nulla meis; Vigor omnis ab ore Exsulat; ex oculis nil nisi sanguis abit. O vitam invitam! ô parcas mî in stamine Parcas! Quid Sophia, heu! sine Te duxero in orbe moras?
Noctua, Partheniae Volucris dilecta Mineruae; Inferiorne etiam Sors mea, sorte tua est? Suspiras; Suspiro et Ego: Tibi gratior umbra; Gratior umbra mihi: Tu gemis; Ipse gemo, Sola sedes, Ego solus: luges lugeo et Ipse: Ut tu sanna avium, sic ego sanna hominum. Hactenus ambo infelices; felicior hoc Tu, Grata quod es Dominae, Me mea temnit Hera,
(in Tobiae Sculteti Ossitiensis Subsecivorum Poeticorum Tetras Prima : In Qua Suspiria ; Phaleuci ; Philotesia ; Epigrammata [1594])
Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.
Plaisirs d’amants : les yeux, et plaisirs les baisers ; Goûtées, la bouche rouge et les roses des joues. Les cheveux, cependant, n’ornent pas moins la tête, Et parent à l’envi les visages superbes. J’aime une chevelure épandue sur la nuque, Le cheveu se complaît à l’éclat des poitrines. Toi qui surpasses seule en beauté toutes Nymphes, Tes beaux cheveux me sont, belle Isabelle, grâce.
Un corps de jeune fille orné de beaux cheveux, C’est comme le ciel haut qu’orne la lune blanche. Car que vienne une chauve ‒ et fût-elle bien faite, Et de sa chevelure eût-elle été privée, Fût-elle l’envoyée du plus profond des cieux, Ou bien fût-elle née d’écume océanique, Serait-elle Vénus, menât-elle les Grâces, Fût-elle accompagnée des chœurs de Cupidon, Fût-elle parfumée de cinname ou de baume : Plaire même à Vulcain, elle ne le pourrait.
Telle d’édifier ses cheveux en tourelles, Telle de préférer les hauteurs du chignon : Qu’elle est belle, la fille ornée à l’italienne ! La Batavie n’en fait pas assez pour la mise. Plais-moi, Chérie, parée à la batave : non Coiffés, que tes cheveux te volent sur le cou ; Ou noue-les de deux nœuds, si tu veux les contraindre, Contiens ta chevelure avec un bandeau blanc.
Delectant oculi, delectant basia amantes Cumque genis roseis rubra labella juvant. Non minima at, capitis sunt ornamenta capilli, Qui pulchros vultus condecorare solent. Me certe exhilarant pendentes vertice crines, Fulgidaque oblectat pectora caesaries. Ante alias, Nymphis formosior omnibus una, Me recreas pulchris, pulchra Isabella, comis.
Virginis exornant formosi membra capilli Non secus accelsum candida Luna polum. Nam, formosa licet, procedat calva puella, Crinibus et fuerit despoliata suis, Illa licet caelo fuerit demissa supremo Spumantique licet nata sit Oceano Sit licet ipsa Venus, Charitum sive agmina ducat Sitque Cupidineis consociata choris Cinnama odora licet flagret, vel balsama roret Non vel Vulcano complacuisse queat.
Aedificent aliae turrita mole capillos, Suggestum comptae praeferat illa comae. Quam juvat Italico decorari more Puellam : Nec satis ad cultus terra Batava facit. Tu placeas Batavis mihi, Vita, ornatibus. Haud mi Come comam. Leviter per tua colla volet Aut si stricta juvat binis conjungito nodis ; Albaque connectat fascia caesariem.
(in Poemata Alberti Eufreni Georgiadis […] Erotica, Basia, Coma, Sylvae [1601] pp. 70 à 80)
Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.
Telle qu’en DardanieCythérée sur l’Ida Se soumit au verdict du berger phrygien, Pressant de Jupiter les filles et l’épouse, Pâle belle Déesse ! au jugement d’un homme : Telle ma Vie s’extrait de sa couche secrète, Nul fard ne rehaussant sa native beauté.
Vois-tu briller, poli, son front lisse, vois-tu De dans ses yeux l’Amour, cruel, darder ses flèches ‒ Qu’il lance au ciel, au sol d’Amathonte, le dieu, Se jouant, pour sa joie, des hôtes qui l’hébergent ? Que ses jeunes cheveux lui ombrent bien les tempes ! Que sur ses joues de rose il resplendit de grâce !
Feu des lèvres pareil au rouge du corail, Nez d’ivoire émulant le blanc des primes neiges. Doigts faits au tour ! Et cou léger ! Quelle beauté Que son corps ! Et que d’art apporté à sa marche ! Point mortelle de port ! Que tout en elle est rare, Fait même pour le lit de Jupiter le grand !
Tant que tu peux : retiens ton char lancé, Aurore, Cache-toi de nouveau dans les flots d’Orient, Ou embrume de gris ton visage, sinon Sur terre va briller, plus claire que la tienne, Une clarté ; sors-tu, gare à la belle honte, Quand, vaincue, tu verras le minois de ma Belle !
Qualis Dardania quondam Citherea sub Ida pastoris Phrygii venit in arbitrium ; cum nuptam, natasque Jovis Dea livida formam perpulit humano subdere judicio : talis et arcano egreditur mea Vita cubili, nativum nullis artibus aucta decus. Cernis ut explicito niteat frons aequore ? Cernis acer ut ex oculis spicula stringat Amor ? His Deus ille, polo, terraque Amathuside missis, ut propriis gaudens ludit in hospitiis. Quam bene caesaries vernans sua tempora obumbrat ! Emicat e roseis gratia quanta genis ! Flammea puniceo non cedunt labra corallo : et primis certat narium ebur nivibus. Quam teretes digiti ! Quam levia colla ! Venustum quam latus ! Artifici quae data forma pedi est ! Ut non mortalem se prodit ! Ut omnia rara, omnia vel magni sunt thalamo apta Jovis ! Dum licet, admissos Tithonia flecte jugales : teque iterum Eois abde sub aequoribus : aut ferruginea vultum tege nube, refulget clarior e terris lux modo luce tua Ni facis ; egressam temere pudor obruet aureus : victa meae postquam videris os Dominae.
(in Jani Lernutii Basia, Ocelli & alia Poemata [1614 ; première éd. 1579] p. 343)
Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.
Pour me brûler le corps à flammes dévorantes, Seule Ursule employait les laves de l’Etna ; Pour éteindre les feux qui m’embrasent le cœur, Ursule seule emploie la froidure de l’onde. Cette fille vit seule ‒ et vivra ‒ dans mon cœur, Tant que l’eau sera fraîche à la claire fontaine.
Nul ne connait d’amours si commodes, Corneille, Que qui aime, à son gré, ou montre sa froideur, Jetant, quand il lui plaît, des brûlots par ses yeux, Nymphe, quand il lui plaît, déversant des eaux fraîches. Tu cultives, Ursule, ensemble chaud et froid Et les souffles sans cesse, ensemble, en ton discours. Flamme jadis, Ursule, et là froide eau de source, Tu brûlas ton poète, ensemble, et tu l’apaises.
« De nymphe faite lymphe, et de chaud, froid : d’amour, J’ai embrasé ‒ j’éteins (dure avant ; là : badine). Mon poète le sait, qui mourait d’amour fou, Et chante, sage, là, dans la grotte aux eaux froides. »
Cum libuit rapidis torreri viscera flammis Una ministrabat Ursa quod Aetna vomit, Cum libet urentes exstinguere pectoris aestus Una mihi gelidas Ursa ministrat aquas, Una meo haec vivit vivetque in pectore virgo Dum liquidi fontis frigidus humor erit.
Tam faciles nullus, Corneli, expertus amores Arbitrio quam qui friget amatque suo, Cum iuvat aestiferas iaculatur lumine flammas, Cum iuvat egelidas nympha refundit aquas, Una tibi calor est, Helice, tibi frigus et una Aeternum haec spires carmine et una tuo. Flamma Helice quondam, nunc fontis frigidus humor, Una suum vatem torruit, una levat.
Nympha prius nunc lympha, calor nunc frigus, amore Accendi, exstinguo nunc levis ante gravis. Scit meus hoc vates, qui insanus amore peribat, Nunc sanus gelidi fontis ad antra canit.
(in Carmina)
Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.