Ludovico Ariosto (1474-1533) : Pour se moquer d’Olivier / In Olivam

Cet Olivier refuse d’être enterré dans la promiscuité de certaines plantes. Le texte original fait parler une Olive, jouant sur le double sens du nom, propre et commun (oliva = olivier). J’ai cru bon, pour des raisons sémantiques, de le transposer au masculin.

J’aurai pour compagnie, moi l’arbre de Pallas,
Roses – Vénus ! –, oignons – Priape ! – et ceps – Bacchus ! –
À tort jugé grivois, adultère et ivrogne,
Moi qui fus toujours sobre, et chaste, et pudibond ?
Enlevez-moi d’ici, ou bûcheronnez-moi,
Que les tares d’autrui ne puissent me salir !

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Hicne rosas inter Veneris bulbosque Priapi
Et Bacchi vites Palladis arbor ero?
Immeritoque obscaena et adultera et ebria dicar,
Sobria quae semper casta pudensque fui?
Hinc me auferte, aut me ferro succidite, quaeso,
Ne mihi dent turpem probra aliena notam.

(in Carmina [rédaction de 1494 à 1502, première édition : 1553])

Ludovico Ariosto (1474-1533) : Deux variations sur une petite marchande de roses / Ad puellam vendentem rosas

Petite, que vends-tu ? Des roses ? toi ? les deux ?
– Car tu es rose et dis « vouloir vendre des roses »…

*

Tu dis « vouloir vendre des roses » : tu es rose.
Que veux-tu donc ? Donner des roses ? toi ? les deux ?

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Hasne rosas, an te vendes, an utrumque, puella,
Quae rosa es, atque inquis vendere velle rosas?

*

Vendere velle rosas, inquis, cum sis rosa: quaero
Tene, rosasne velis, virgo, an utrumque dare.

(in Carmina [rédaction de 1494 à 1502, première édition : 1553])

Ludovico Ariosto (1474-1533) : Épitaphes de Philippine / epitaphia Philippae

Deux épitaphes pour la même Philippine, de moeurs sans doute assez légères…

Dans un caveau de marbre énorme est Philippine
Claquemurée : son homme a pris toutes mesures
Afin de l’empêcher de prendre la tangente…

*

La morte s’adresse, de sa tombe, à un passant :

Qui je fus ? – Sache donc que je fus Philippine.
Mais encor ? – Nulle envie d’en dire plus ; ou ça :
« Femme, rien ne me fut de la femme étranger. »
(Surtout, prends cet aveu du côté positif…)
– Mieux me connaître en mes tréfonds ? Te connais-tu
Toi-même ? Occupe-toi de tes oignons, et file !

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Marmoris ingenti sub pondere clausa Philippa est:
Cavit vir tandem ne ulterius fugeret.

*

Quaeris quae fuerim? Me scito fuisse Philippam:
Plura rogas? Nolo plura loqui, nisi quod
Nil alienum a me mulier muliebre putavi:
Hoc, heus! in partem accipe, quaeso, bonam.
Quid tibi vis? An me interius vis nosse? Quid ipsum
Ten noscis? Prior haec sit tibi cura, et abi.

(in Carmina [rédaction de 1494 à 1502, première édition : 1553])

Giuseppe Sporeni (1490 – 1562) : La Lumière et l’amour / Eroticon

Lumière, ma Lumière, ô toi souvent qui viens
Tramer mes durs tourments, sois saluée, Lumière !
Et telle qu’apparue dans le repos nocturne
Sous les traits de Vénus, viens souvent, ma Lumière !

Quels plaisirs sensuels ressentis, nuit splendide,
Quand sommeillant j’étreins le sein de mon amie !
– Quels chagrins ressentis, nuit jalouse, qui hâles
Loin de moi ce sommeil qui me prive de joies…

S’il me fallait tout bien peser, pour moi le jour
Serait plus noir que n’est torpeur et que ténèbres :
– Car les ténèbres me prodiguent la lumière,
Quand la lumière impie renforce les ténèbres,

S’il est vrai que la nuit me prodigue une amie,
Que dans sa perfidie m’arrache la lumière.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Lux mea, lux quae mi duras innectere curas
Saepe venis, salve lux iterumque vale
Et qualem nocturna quies te ostenderat in re
Formosae Veneris, lux mea, saepe veni.
Gaudia quae lasciva tuli, nox aurea, dum me
Complexum dominae pectora somnus habet!
Invida nox, quae damna tuli dum mi procul omnem
Somnum aufers, somnus gaudia vitae adimit!
Si pensare licet factum hoc ratione, magis mi
Atra dies fuerit quam sopor et tenebrae
Dant lucem tenebrae, tenebras lux impia densat;
Nox dominam dat mi, lux inimica rapit.

(in Carmina)

Ludovico Ariosto (1474-1533) : Que m’importe la guerre ! / Ad Philiroen

Peut bien Charles de France, armant vaisseaux, chevaux,
Furieux combattants effrayants de courage,
Menacer les châteaux d’Italie de saccage –
Peut bien notre adversaire ourdir des plans nouveaux :

Je ne m’en soucie pas, sous un arbre allongé,
Près d’une chute d’eau murmurante, tandis
Que Corydon, vaillant, s’épuise aux blonds épis…
Si, comme tu l’as dit souvent, Philiroé,

Tu as souhait de mutuel amour, contrains
Toutes sortes de fleurs pourpres, le couronnant,
À courir sur le front moite de ton amant –
Que tu auras tressées de ta candide main ;

Et, étendue à mes côtés, sur ce gazon :
Aux sons de la cithare, émets douce chanson.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Quid Galliarum navibus aut equis
Paret minatus Carolus, asperi
Furore militis tremendo,
Turribus Ausoniis ruinam;
Rursus quid hostis prospiciat sibi,
Me nulla tangat cura, sub arbuto
Iacentem aquae ad murmur cadentis
Dum segetes Corydona flavae
Durum fatigant. Philiroe, meum
Si mutuum optas, ut mihi saepius
Dixisti, amorem fac corolla
Purpureo variata flore
Amantis udum circumeat caput,
Quam tu nitenti nexueris manu;
Mecumque cespite hoc recumbens
Ad citharam canito suave.

(in Carmina [rédaction de 1494 à 1502, première édition : 1553] ; le présent poème date de 1496)

Teofilo Folengo (1491-1544) : une platée de corbeaux

Bien reçu tes corbeaux dans leur double service
– Au gril, à l’étouffée –, plaisantin de Baldus,
Que, tenus bien au chaud dans une ample marmite,
M’a apportés ta vieille embéguinée de bonne.
Mais quand tout fut mangé, et bien propre le plat,
J’en suis resté baba : que d’os, que d’os, que d’os !
J’ai voulu les remettre en la gamelle vide
Qui n’a pu contenir de telles quantités.
Maintenant : que j’essaie de parler consistance :
La chair de mes talons est bien moins coriace ;
Pattes, têtes jetées, ainsi qu’ailes striées :
Le plat demeure plein de bien durs rogatons.
Juré : il m’a semblé mastiquer de l’acier,
J’ai, après ce repas, la mâchoire en compote.
Gros travail pour les dents, des nèfles pour le bide :
Si tu crois que je vais me confondre en mercis…

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Cornacchias partimque speto partimque guazetto
Suscepi coctas, Balde facete, tuas,
Quas bene copertas satis ampla scudella tenebat,
Cum tua portavit vecchia beghina mihi.
Sed postquam totas netto remanente cadino
Edimus, heu, qualis tanta per ossa stupor!
Rursus in exhaustum tornavimus illa piattum,
Verum tantorum non fuit ille capax.
Quarum gustigolum cogor narrare saporem:
Est caro calcagnis plus tenerina meis;
Tolle viam gambas, testas alasque striatas,
In vaso brognis conca piena manet.
Juro tibi, videor tantum rosegasse corammum,
Post illas mansit stracca ganassa dapes.
Dens habuit partem maiorem, panza minorem,
Gratia quapropter nulla redenda tibi est.

(in Epigrammata [1520])

Teofilo Folengo (1491-1544) : Baldraque / de Baldracco

Baldraque n’a jamais que mangements en tête,
Et ne sait, quand il mange, avoir la panse pleine.
Il donne aimablement tout conseil de cuisine,
Sans cesse étudiant l’art de la bonne chère.
« Pour rôtir, ce dit-il, à la broche une oiselle,
On devra la farcir d’épices succulentes.
Tant qu’elle rôtira, tournera à la broche,
Qu’un marmiton l’arrose avec du lard fondu.
C’est ainsi qu’on procède en l’art de cuisiner,
Telle est la docte règle apprise en nos écoles. »

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Baldraccus numquam nisi de mangiamine pensat:
Cum mangiat, satiam nescit habere gulam.
Scit dare praeceptum galantiter omne coquinae,
Namque lecatoria semper in arte studet.
Sic ait: « In speto rostirier oca tenetur
Plenaque sint spetiis interiora bonis,
Quae dum arrostitur, quae dum gyratur atornum,
Non cesset lardi serva butare brodum.
Haec est materies atque ars et forma coquendi,
Haec venit a nostris regula docta scholis ».

(in Epigrammata [1520])

Teofilo Folengo (1491-1544) : La mort de Tonellus / de morte Tonelli

Tonellus se mourait de quelque fièvre tierce,
Était à son chevet sa mère avec sa sœur.
Une chandelle en suif, qui valait bien un sou,
Cramait, en main tenue par la pauvre vioque :
Or déjà jusque au cul l’avait roustie la flamme.
La mère alors : « Mon fils, meurs vite, s’il te plaît ;
Vois-tu : tu ne meurs pas, et moi qui crie misère,
Pendant ce temps je ne suis pas à ma quenouille
– Et de plus la chandelle est brûlée jusqu’au cul. »

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Venerat ad mortem terzana febre Tonellus,
Cui stabat praesens mater et una soror.
Affuit hic candela sefi constata quatrino,
Quam tenet in propria povera vecchia manu;
Dum brusat et culum iamiam focus ardet ad imum,
Mater ait: « Fili, iam moriare, precor;
Nam neque tu moreris, nec ego meschinula filo,
Et iam candelae culus adustus abit ».

(in Epigrammata [1520])

Teofilo Folengo (1491-1544) : Le lac de Garde / De Benaco

Mais comme la nature a donc bien fait les choses,
Mais comme tout s’ordonne et s’accomplit au mieux !
Il est en Italie un lac – dit « lac de Garde » –
Qui frétille à tous vents, comme de l’eau de mer.
On n’en tire à manger que de fort bons poissons :
Sardine, anguille et carpe, et des tanches, des truites.
Mais que vaut le poisson sans le jus de l’olive
– Poissons en noir poêlon sont-ils pas frits à l’huile ?
Donc : les rives autour sont plantées d’oliviers,
Et la proche Brescia pourvoit aux pots de fer.
Huile, poissons, pêcheurs, tout est tiré d’ici –
Et même les poêlons à frire les poissons.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Quam bene disposuit cunctis natura facendis,
Quam bene procedunt ordine cuncta suo!
Est lagus Italiae, qui nunc de Garda vocatur
Quique procellosis ut mare balzat aquis.
Non nisi bon pisces mangiantur semper ab illo:
Sardenae, anguillae, carpio, tenca, trotae.
Sed nil Palladio piscis valet absque liquore:
Nonne oleo pisces nigra padella coquit?
Ergo per intornum ripae carigantur olivis
Datque vasos ferri Bressa propinqua sui.
Nascitur hic oleum, piscis, piscator et ipsa
Piscibus assandis apta padella simul.

(in Epigrammata [1520])

Teofilo Folengo, dit aussi Merlinus Coquus (1491-1544) : sonnet en latin macaronique

Soleil dit bye au monde et se camoufle ès Alpes
Et veut dessus sa couche aller se riposer.
Piochateur piocha laisse et foulcheur la charrue,
Moissonneur a déjà posi sa faucilla.

Tout va faire dodo : poule le poularium,
Goret le goretium, et bœuf l’étable gagnent.
Déjà battent le lin femmes sous lune ou lampe
– La lampe donne aux jloues une belle apparence.

Fèvres posent martiaux et nodaires la plume,
Messire Tognola installe ses bourriques.
Chacun cherche repos comme le jour s’esquive :

Tigre, biche, lion, truie, loup, serpent, sanglier ;
– Mais moi tel pipistrelle, appelant Zanina,
Je m’apprête à voler çà, là, toute la nuit.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. 
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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Phoebus abandonat mundum latitatque per Alpes
Vultque super lectum se reposare suum.
Zappator zappam, laxatque bifulcus aratrum,
Depositam ranzam jamque segator habet.

Cuncta repossatum vadunt: gallina polarum,
Porcus porcillum, bos stabulumque petit.
Jam fomnae spadolant ad lunam sive lucernam,
Nam bellas goltas esse lucerna facit.

Martellos ponunt fabri pennamque nodari,
Installatque asinos medda Tognola suos.
Quisque suum quaerit, dum scampat Apollo, ripossum:

Tigris, cerva, leo, sus, lupus, anguis, aper;
Ast ego gregnapolae similis chiamando Zaninam
Huc illuc tota nocte volare paro.

(in Zanitonella sive Innamoramentum Zaninae et Tonelli [1520])