Anonyme (Antiquité) : « étant toujours aimé l’on aimera toujours »

Belle Vénus, est-ce accomplir ton ministère
Que de ne point payer de retour un amant ?
Toute beauté périt, jeunesse est éphémère :

Rosée passée, la violette se déflore,
La rose est sans parfum ; et passé le printemps,
Le lis, toute candeur perdue, se décolore.

Exemples qu’il faut craindre ! – Aussi, paie de retour,
Qui aime – et ce : toujours : parce qu’il est constant
Qu’étant toujours aimé l’on aimera toujours.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Dic, quid agis, formosa Venus, si nescis amanti
Ferre vicem ? perit omne decus, dum deperit aetas.

Marcent post rorem violae, rosa perdit odorem,
Lilia post vernum posito candore liquescunt.

Haec metuas exempla precor, et semper amanti
Redde vicem, quia semper amat, qui semper amatur.

(in Anthologia latina)

Actualités novembre 2013

Marcantonio Flaminio (1498 – 1550) : Le trouble d’un ruisseau

D’où d’un coup, ruisselet troublé, te vient tant d’eau,
Dis-moi, qui trouble ainsi le clairet de ton cours ?
C’est la mort, malheureux,  d’Hyella qui te trouble,
Ta crue, infortuné, provient de tes sanglots !

Fini, que de toucher à ses lèvres de rose,
Pour tes eaux pures de baigner ses membres blancs ;
Tu ne la verras plus, saisie par ton murmure
Clapotant, cueillir, lasse, un languide sommeil

Où jouait l’air lascif entre ses seins de neige,
Agitant de concert l’or de sa chevelure
– Et remuant, léger, des retombées de myrtes,
D’une caduque fleur embaumer sa poitrine.

Comme brillant d’or fauve – et si brillant lui-même ! –
S’orne le péridot d’une clarté stellaire ;
Comme le lierre blanc pare de jaunes grappes
Le laurier, nouant à de beaux bras ses bras :

De son image belle se paraient tes eaux
Quand en leur plat cristal Hyella se mirait.
Alors, ô froidelet, tu brûlais d’amour tendre,
Eaux limpides, alors, quel n’était votre éclat ! […]

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Cur subito, fons turbidule, tuus humor abundat?
Dic age, lucidulam quis tibi turbat aquam?
Ah miser! exstinctae turbat te casus Hyellae:
Ipse tuis crescis, perdite, de lacrimis.
Infelix! non jam tanges rosea illa labella:
Candida nec liquidis membra lavabis aquis:
Non fessam, atque tuo crepitanti murmure captam,
Aspicies somnos carpere languidulos;
Dum niveas inter ludit lasciva papillas,
Et simul aureolam ventilat aura comam:
Ac leviter motans myrtos superimpendentes,
Spargit odoratos flore cadente sinus.
Ut fulvum nitidumque aurum nitidissimus ipse
Ornat sidereo lumine chrysolithus:
Ut laurum decorat croceis hedera alba corymbis,
Nectens formosis brachia brachiolis;
Sic formosa tuas lymphas decorabat imago,
Se vitreo quoties viderat illa lacu.
Tunc, o frigidule, blando urebaris amore:
Vos liquidae melius tunc nituistis aquae.

(in Carminum libri VIII [1727], liber IV [Reliqui lusus pastorales], p. 92)

Marcantonio Flaminio (1498 – 1550) : Bergeries / Lusus pastorales

Extraits des Lusus pastorales (Bergeries, au sens qu’on donne au terme aux XVIe et XVIIe siècles). Il s’agit d’une série d’épigrammes (29 en tout) narrant la passion d’un berger pour une bergère.  Sujet certes convenu, mais charme incomparable de ces petits tableaux.

— 8 —

Il tonne, un vent puissant fait mugir les forêts,
L’averse tombe drue sans retenir ses eaux :
Ceinte d’ailes hypnotiques, la nuit noircit
La terre aveugle en la voilant d’horribles nues.

Mais vaincu, mis aux fers inhumains de Vénus,
Je veille astreint devant le seuil de mon amante.
Sévit l’hiver, l’Auster compact dans l’air sévit,
Mais dans mon cœur plus durement sévit l’Amour.

— 21—

Ruisselet trait des eaux froidelettes des Nymphes,
Qui parmi les futaies presses ton pas fluide,
Si tu touches, mon beau, le beau clos de Phyllis
Et apaises des fruits dorés la soif ardente,
Phyllis te donnera cent baisers, qui rendront
Plus doux tes flots ravis que le miel de Sicile.

— 27 —

As-tu vu, scintillant sur les lis blancs, les gouttes
S’ébattre, à la tombée de l’averse en pluie fine,
Et la rosée perler sur les rosiers pourpres
Quand souffle, au jour naissant, quelque fraîcheur câline ?
C’est le portrait juré de Ligurine en larmes :
Cruellement, dès qu’elle pleure, Amour m’enflamme.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

— 8 —

Et tonat, et vento ingenti nemus omne remugit,
Et cadit effusa plurimus imber aqua:
Noxque soporiferis alis circumdata caecam
Horrenti latebra nubis opacat humum.

Ipse tamen Veneris crudeli compede vinctus
Ad dominae cogor pervigilare fores.
Saevit hiems, Auster densissimus aere saevit,
Sed gravius nostro pectore saevit Amor.

— 21—

Rivule, frigidulis Nympharum e fontibus orte,
Qui properas liquido per nemora alta pede,
Si, formose, venis formosum ad Phyllidis hortum,
Arentique levas aurea mala siti,
Illa tibi centum dabit oscula, queis tua fiet
Dulcior Hyblaeis unda beata favis.

— 27 —

Vidisti nitidas per candida lilia guttas
Ludere, cum tenui decidit imber aqua?
Et rorem de puniceis stillare rosetis,
Cum spirat nascens frigora blanda dies?
Haec facies, haec est Ligurinae flentis imago;
Illius lacrimis me ferus urit Amor.

(In Lusus pastorales [in Carmina quinque illustrium poetarum, liber III, 1548)

Cesare Ducchi (XVIè siècle, Italie) : La bigamie fait vivre vieux.

L’Amour, Cynthie, sourcille, effaré que tu aies
Mon cœur – quand je te fais la cour, belle Isabelle.
Pour en avoir tâté, pourtant je dis : jamais,
Au grand jamais, un tendre amour ne se morcelle.

D’ensemble vous aimer, telle est la cause honnête :
Cynthie, tu es mon âme ; Isabelle, mon cœur.
Que de cœur on le prive, un corps d’homme végète ;
L’âme est-elle arrachée : le corps, vide, se meurt.

Je vivrai donc un siècle, avec vous pour soutien :
Toi, âme dans mes yeux, et toi cœur en mon sein.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Impatiens miratur Amor, quod, Cynthia, nobis
Es cordi, et quod te, pulchra Sabella, colo.
At verum expertus dico, fateorque, quod unquam
Divisus dulcis non erit ullus amor.
Vos quod amo simul, haec causa est (ni fallor) honesta ;
Cynthia namque anima es, corque, Sabella, meum.
Ut sine corde nequit corpus mortale vigere :
Sic anima erepta corpus inane perit.
Vivam igitur longum ut saeclum, vos stamina nostrae
Vitae, oculis animam, corque vovete sinu.

(in Carmina illustrium poetarum italorum [tomus quartus], Florence, 1719 [page 118])

Sénèque (4 av. J.-C. – 65 ap. J.-C) : Tout est la proie du temps vorace / Omnia tempus edax depascitur

Tout est la proie du temps vorace, il  sape tout,
De tout, il meut l’assise, et rend tout éphémère.
Fleuves à sec ; la mer enfuie tarit les grèves ;
Effondrement des monts ; et les hauteurs s’écroulent.
Et de plus grand ? – La masse admirable du ciel
D’un coup brûlera toute en sa propre fournaise.
La mort veut tout. Périr : la loi, et non la peine.
Ce monde, un jour viendra qu’il ne sera plus rien.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Omnia tempus edax depascitur, omnia carpit,
Omnia sede movet, nil sinit esse diu.
Flumina deficiunt, profugum mare litora siccat,
Subsidunt montes et juga celsa ruunt.
Quid tam parva loquor ? molis pulcherrima caeli
Ardebit flammis tota repente suis.
Omnia mors poscit. Lex est, non poena perire.
Hic aliquo mundus tempore nullus erit.

(in Anthologia latina ; attribué à Sénèque)

Magma vu par Gregory Mion, sur Critiques Libres.

« […] le sujet est séculaire, un homme qui se fait larguer, qui se sent minable, c’est même un des thèmes de prédilection de Jean Echenoz et de toute une clique de romanciers imposants, et voilà que L-É. Martin se ramasse la patate chaude, ce « magma qui palpite, profond, dans le cœur de la terre » (p. 15), voilà qu’il en accepte les dépositions et les prolongements, les profondeurs communes et les manifestations casanières, qu’il en rédige un rapport à tout le moins éblouissant, aussi vif que les nausées du volcan qui s’apprête à rendre les puissances de ses tripes. […] »

Magma vu par Gregory Mion, sur Critiques Libres

Giovanni Pontano (Joannis Pontanus) (1429-1503) : La jeune fille à la peau sombre / Loquitur puella fuscula

J’ai la peau sombre, et tirant vers le noir, et même
Sur mon sombre avant-cœur sont noirs mes mamelons :
Et donc ? La nuit est noire, et sombre la ténèbre,
On rend culte à Vénus par ténèbres nocturnes,
La nuit brigue Vénus, et Vénus les ténèbres,
Et les nuits, de Vénus, enténébrées, font les
Délices, quand nichée dans le sein des garçons
Elle excite leurs jeux et leurs effronteries.
Aussi, dans ces ténèbres dissimulatrices,
Dans ces dissimulations enténébrées,
Du long sur quelque couche, unis dans le repos,
Faisons venir Vénus : et vaincus de plaisirs,
Composons la ténèbre, attendant que du somme
Nous éveille Vénus au lever du soleil.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


Quod sim fuscula, quod nigella, et ipsae
fusco in pectore nigricent papillae,
quid tum ? Nox nigra, fusculae tenebrae,
nocturnis colitur Venus tenebris,
optat nox Venerem, Venus tenebras,
et noctes Venerem tenebricosae
delectant, pueri in sinu locata
lusus dum facit improbasque rixas.
Ergo his in tenebris latebricosis,
his nos in latebris tenebricosis,
lecto compositi, quiete in una,
ductemus Venerem, toroque vincti
condamus tenebras, sopore ab ipso
dum solis Venus excitet sub ortum.

(in Hendecasyllabi [1.20], première édition : 1505)


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Giovanni Pontano (Joannis Pontanus) (1429-1503) : Les tourterelles et l’amour / Turtures alloquitur sciscitans eas de amoris natura

Sur un rameau couplés et branchant de concert,
Qui de concert chantez, aventureux oiseaux,
Et jouez de concert à gorge harmonieuse,
Quand d’amour concertant, et concertant de zèle,
Vous concertez d’un soin fidèle dans l’amour
(Car les nôtres varient fréquemment, nos amours),
Vous, aimables oiseaux, à l’amour si pareils,
Exemple concertant de la foi conjugale,
Dites-moi, je vous prie : quelle force est d’amour,
Si durement constante et qui se désaccorde ?
Car si l’amour se pait de chaleur et de feu,
Pourquoi donc les amants, fréquemment malheureux,
Tremblent, saisis de froid, et sous l’effet d’un gel
Par toute leur poitrine ont le sang qui se fige ?
Si cette force est froide et que d’un même gel
Elle fait frissonner ensemble toutes moelles,
Pourquoi donc les amants, fréquemment malheureux,
Brûlent tacitement de chaleur et de feu,
Par toute leur poitrine ont le sang qui s’embrase ?
Quelle est donc, qui varie fréquemment, cette force
Régissant tour à tour la chaleur et le gel ?
Ô dites-le-moi donc, vous, aimables oiseaux,
Exemple concertant de la foi, de l’amour.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


Quae ramo geminae sedetis una
atque una canitis, vagae volucres,
una et gutture luditis canoro,
cum vobis amor unus, una cura,
unum sit studium et fidele amoris
(nostri nam variant subinde amores),
vos, blandae volucres, amoris instar,
exemplum fidei iugalis unum,
quae vis, obsecro, dicite, est amoris
tam constans male dissidensque secum?
Nam, si pascitur e calore et igni,
cur, o cur miseri subinde amantes
frigescunt simul et tremunt geluque
toto pectore sanguis obrigescit?
Sin est frigida vis geluque ab ipso
horrescit simul omnibus medullis,
cur, o cur miseri subinde amantes
uruntur tacito calore et igni,
toto et pectore sanguis ustilatur?
Quaen haec tam varians subinde vis, ut
alternis calore imperet geluque?
Vos o dicite, blandulae volucres,
exemplum fidei atque amoris unum.

(in Hendecasyllabi [1.22], première édition : 1505)


D'autres textes de Pontano sur ce blog :

 

Le chuchotis de la structure (à propos de Destin d’un ange, de Jean-Jacques Marimbert, aux éditions du Cygne)

Destin d'un angeÀ l’intéressante question si la poésie est d’essence narrative, posée dans une des dernières livraisons de la revue Triages, le regretté Robert Marteau répondait par l’affirmative : tout poème, foncièrement, raconte une histoire. Ce n’est certes pas un scoop si on envisage la poésie jusqu’à, au moins, Saint John Perse  – peut-être le dernier représentant de cette longue tradition : c’en est un, toutefois, si on examine la poésie contemporaine, peu encline au récit, s’en méfiant même comme de la peste, au point de vouloir à tout prix s’en démarquer. Sur cette base, c’est bien là, dans ce livre, la gageure de Jean-Jacques Marimbert : se démarquer de la poésie contemporaine en écrivant un très court roman, une nouvelle, sous forme d’une suite de poèmes (quarante en tout, pour Destin d’un ange) entonnés par la voix d’une narratrice.

Car ça raconte, oui, ça narre. Histoire à l’ancre d’une époque et d’un terroir ; personnages typés ; actions ; psychologie – bref, tous les ingrédients du roman traditionnel. Du reste, la quatrième de couverture explicite tout cela, et on comprendra que je ne veuille pas m’y attarder : si l’intrigue, profondément humaine, se révèle prenante – poignante, même, par moments –, là ne me semble pas résider le cœur de ce livre singulier, de ce très beau livre, que je situe plutôt dans la démarche rédactionnelle de son auteur.

*

Depuis au moins Rimbaud, la poésie, que ce soit son but ou son moyen, brusque la langue – pas toute la poésie, mais certaines de ses expressions –, dans, semble-t-il, deux directions contraires : celle de la luxuriance (Romain Fustier, par exemple, ou Michèle Dujardin), et celle de l’économie (par exemple Jos Roy). C’est cette dernière voie qu’emprunte Marimbert, dont les monologues, calés sur l’oral, vont à l’essentiel d’une parole condensée qui se perd, s’émiette, dans le silence, dans l’à-peu-près d’une syntaxe rompue, d’une phrase inachevée, balbutiante, tortueuse, rognant tout l’inutile du fatras linguistique, mais qui, si elle heurte à l’occasion l’intelligibilité du propos, le fait sans trop d’embrouille – comme on écoute, finalement, parler celle ou celui qui ne termine pas ses phrases et s’égare dans leur déroulé : pour peu qu’on s’y montre attentif, on s’y retrouve.

Cela donne, on s’en doute, un phrasé bien caractéristique – appelons ça une voix –, d’autant qu’il est mis à la forme d’une scansion nerveuse délivrée par un vers court, irrégulier (autour de six syllabes) composant d’assez longues laisses, posées roides colonnes sur la page, et par une ponctuation plus que parcimonieuse favorisant l’ambiguïté sémantique et, partant, la lecture lente et scrupuleuse (scrupulus : petit caillou pointu, au sens où on achoppe parfois, mais pour mieux avancer).

Poésie ? On aura peine, comme chez Follain, à trouver une image – si l’image caractérise la poésie – dans cette affaire de rudesse syntaxique et d’avarice langagière. Si poésie il y a – et il y a poésie, assurément –, c’est ailleurs qu’il faut la débusquer : dans ce qui manque, dans les blancs de la parole, dans des effets de rythmes, de sonorités, très subtils, plus perceptibles à l’oreille qu’à l’œil, et supposant qu’on oralise le texte écrit en marquant le tempo. Qu’on en juge par cet extrait, à mon avis très représentatif de l’écriture poétique de Marimbert – et, pour le dire en toute sincérité, de son art :

Pierre parti ne sais plus
intenable des riens
font la vie entêtés
mordre l’autre et soi
moi à vif lui la petite
des yeux de peur une main
échappée je la cajolais lui
caractère pourrissait gueulait
des bricoles dents serrées le
repas mains marteaux jamais
touché la petite souvent parti
il l’aimait sa Marion filait
dans ses jambes bêtise faite […] (p. 30)

Il serait facile, au vu de ce qui les précède et de ce qui leur fait suite, de reconstituer le continuum syntaxique et sémantique de ces quelques vers : mais qu’en resterait-il alors, qu’une forme pas assez sèche pour résonner du chuchotis de sa structure  – et sans doute peu susceptible d’être embouchée par la narratrice, tant forme et sens se conjuguent, ici, dans leur extrême condensation, pour constituer le poème dans toute sa force musculeuse, dégraissée du superflu ?

*

Un chant. Âpre, certes, mais un chant. Un court roman chanté dans la gravité de sa voix. Quelque chose de profondément beau, qui nous étreint, nous travaille la chair – le frisson n’est pas bien loin, dans certaines laisses, telles celles, magnifiques, narrant l’accouchement de l’héroïne.

J’ai découvert Marimbert et son écriture sur les réseaux sociaux, vu jour après jour s’écrire  – work in progress, c’est à la mode  – Destin d’un ange. Sans en avoir, à l’époque, mesuré toute l’ampleur  – le fragment, livré au coup par coup, ne permet pas d’en prendre pleinement conscience. Cette ampleur, je viens de la saisir en lisant l’œuvre dans sa belle entièreté, dans sa composition. Conclusion à en tirer ? Si un extrait peut nous donner quelque aperçu d’une écriture, seul le livre, s’il n’est pas simple recueil de pièces hétéroclites, peut la restituer dans son contexte et lui donner du sens. Truisme ? Mettons. Mais à lire à la suite les quarante laisses de Destin d’un ange, j’ai bien cette impression d’avoir re-découvert Marimbert, dans l’évidence, toute simple, toute bête, de celui qu’il est : un grand poète. Peut-être ne l’avais-je pas vu plus tôt. Croyez-m’en : je bats humblement ma coulpe.