Jean-Antoine de Baïf (1532-1589) : Bestiaux

 

Joue ton chant sacré, Pan, pour les moutons qui paissent,
broyant les chaumes d’or entre leurs lippes courbes.
Les mères, pis gonflés, de retour à la crèche,
feront fumer de lait bourru le vase à traire.
Mais pour toi coulera, d’un cou velu, du sang
quand on t’immolera le mâle du troupeau.


Et cette vache fend les labours, d’un soc courbe,
s’arc-boutant du jarret sur le coutre pointu,
puis, déposé le joug d’une longue besogne,
donne à téter au veau, seconde et lourde tâche.
Fermier, ne la bats pas : ce veau, mère épargnée,
deviendra une vache épaisse et apte au joug.


Méris juge ‒ à bon droit ‒ que doit être exilé
du soc le bœuf fourbu par les labours et l’âge :
engraissé, le tuera. Le bœuf, là, dételé
mugit en sa retraite, égayant son herbage.


Pascenti pecori sacrum Pan praecine carmen
curva per auratos labra terens calamos.
Quo distenta domum referentes ubera matres,
lacte suo faciant fervere vasa novo.
At tibi villoso fusus de gutture sanguis
ibit, victima cum vir gregis ipse cadet.


Et vacca haec curvo sulcos proscindit aratro,
adpungente femur cuspide dum premitur ;
et juga post longi rursum sublata laboris,
ubera dat vitulae, cura secunda gravis.
Ne nimium vexa : Matri si parcis arator,
post vitula haec crescet vacca torosa jugo.


Moeris aratorem sulco senioque caducum
jure bovem ferri vindicat exitio
mactandum memor. Emeritus bos liber aratri
herbida mugitu pascua nunc hilarat.

(in Сarminum Jani Antonii Baifii liber I, 1577 [pp. 24, 22 et 12])


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Jean-Antoine de Baïf (1532-1589) : Cigales

 

Admonestation aux bergers

Pourquoi me chassez-vous de mon seul lieu de vie,
bergers, de l’arbre où perle une fraîche rosée,
moi la cigale à voix de flûte et chère aux nymphes,
dont au gros de l’été résonnent monts et bois ?

Voici la grive goinfre et les merles, voici
toutes sortes d’oiseaux saccageurs de campagnes.
Chassez qui nuit aux fruits, décimez-les. Mais moi
pourquoi me mesurer rosée et feuille tendre ?


Épitaphe d’une cigale

(C’est la cigale qui parle,
s’adressant à un passant imaginaire,
les tombeaux se trouvant, dans l’Antiquité,
disposés le long des routes)

Il peut bien, ô passant, ce tout petit sépulcre
avoir un sol tout plat sans se gonfler en tertre
ni s’élever bien haut ; quand tu verras ce bout
de pierre où gît un corps : ne désapprouve pas
Philénis, qui voulut que tel il fut dressé.
Car elle a, ce dit-elle, aimé de longue amour
‒ cela dura deux ans ‒ sa chère ailée, habile
au chant flûté, Cigale ! hôtesse, ci-devant,
des arbres épineux. À ma mort, elle eut soin
de me faire enterrer, quand j’eus cessé de vivre
et de chanter un chant plaisant à son oreille,
car il la disposait au bon sommeil nocturne.
M’honorant par la suite encore, me donnant,
en son affliction, sépulcre à ma mesure,
et gravant sur le marbre en mémoire d’amour :
C’est le don personnel de Philénis, sa mère,
à sa très douce enfant, Cigale à voix de flûte,
de son vivant, musique. À jamais tue, hélas !
Que son cri n’emplit-il le silence éternel !


Cur me Pastores praedam loca sola colentem
rore novo madidis traxtis ab arboribus ;
me gratam nymphis, arguta voce cicadam,
aestu cui medio monsque nemusque sonant ?
En turdusque vorax merulaeque. Ecce volantum
omne genus ruris quod male perdit opes.
Praedite quae fructus laedunt : has perdite. Nobis
quae frondis rorisque invidia est teneri ?


Licet viator hoc sepulcrum parvulum
solo sit aequum, nec tumente se aggere
attollat alte ; saxulum cum videris
hoc non inane, ne tamen culpaveris,
quae tale jussit erigi, Philaenida.
Nam cantionis stridulae sciam alitem
caram cicadam, spinicultricem prius,
amasse dicit ipsa longo tempore
binos per annos. Meque tandem mortuam
curasse poni, desii cum vivere
cantareque una carmen ipsi blandulum,
quod conciebat nocte molles somnulos.
Nec post reliquit cassam honore ; sed dolens,
amplo sepulcro sorte pro mea satis
donans, amoris marmor inscribit memor.
Altrix alumnae de suo suavissimae
donat Philaenis hoc Cicadae stridulae
argutulae dum vixit. At nunc, heu, silet :
quin sempiternis obstrepit silentiis.

(in Сarminum Jani Antonii Baifii liber I, 1577 [pp. 22 et 8])


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Rainer Maria Rilke (1875-1926) : Jour d’automne / Herbsttag

 

Seigneur, il en est temps. L’été fut colossal.
Couche ton ombre en long sur les cadrans solaires,
Et sur l’aire des champs donne aux vents libre cours.

Ordonne aux derniers fruits d’aller à plénitude ;
Procure-leur deux jours encore de soleil,
Intime-leur d’avoir à s’accomplir et pousse
Les dernières douceurs dans le vin pondéreux.

Le sans-toit désormais ne va plus s’en bâtir.
L’esseulé désormais va le rester longtemps,
Va veiller et va lire, écrire de longs mots,
Marcher par les allées de-ci, de-là, sans but,
En intranquillité, quand tournoieront les feuilles.


Herr: es ist Zeit. Der Sommer war sehr groß.
Leg deinen Schatten auf die Sonnenuhren,
und auf den Fluren laß die Winde los.

Befiehl den letzten Früchten voll zu sein;
gieb ihnen noch zwei südlichere Tage,
dränge sie zur Vollendung hin und jage
die letzte Süße in den schweren Wein.

Wer jetzt kein Haus hat, baut sich keines mehr.
Wer jetzt allein ist, wird es lange bleiben,
wird wachen, lesen, lange Briefe schreiben
und wird in den Alleen hin und her
unruhig wandern, wenn die Blätter treiben.

(in Das Buch der Bilder, 1902)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Pétrone (14-66 ap. J.-C.) : Scène de plage

 

Qui ne veut tôt mourir ni forcer le destin
À trancher brusquement le fil fin de la vie,
N’aille pas s’exposer à la mer orageuse.
Sans danger le ressac vient lui mouiller les pieds ;
La moule est ballottée parmi les algues vertes ;
Sourdement, bruit, traîné, le visqueux coquillage ;
Le sable se rétracte où la vague a roulé ;
Tiré du sol raclé, le galet y contraste.
Chacun peut y marcher ; sur le rivage, au sûr,
Jouer ; juger que c’est, la mer, juste cela.


Qui non uult properare mori nec cogere fata
Mollia praecipiti rumpere fila manu,
Hactenus iratum mare nouerit. Ecce refuso
Gurgite securos subluit unda pedes,
Ecce inter uirides iactatur mytilus algas,
Et rauco trahitur lubrica concha sono.
Ecce recurrentes qua uersat fluctus harenas,
Discolor attrita calculus exit humo.
Haec quisquis calcare potest, in litore tuto
Ludat et hoc solum iudicet esse mare.

(in Anthologia latina [Alexander Riese éd. 1869])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

L’oreille qui siffle (attribué à Pétrone ; ou à Sénèque ; ou à Virgile)

 

« Toute la nuit l’oreille et me babille et siffle ;
Tu dis que c’est quelqu’un ‒ qui donc ? ‒ qui pense à moi ?
― Tu veux savoir qui c’est ? Si l’oreille te siffle,
Siffle toute la nuit : c’est Délie qui te parle. »
Aucun doute : Délie me parle ‒ un faible souffle
Me parvient, qui frémit, doux, d’un léger murmure.
C’est ainsi qu’à voix basse et dans un chuchotis,
Délie rompt le silence intime de la nuit,
Ainsi qu’en accolant du tendre de ses bras
Elle coule ses mots dans l’oreille attentive.
C’est elle : j’ai perçu l’écho de sa vraie voix,
Un son plus caressant tinte en ma fine oreille.
De grâce, continue, susurre tout du long !
Je déplore, en parlant, déjà que tu te taises.


‘Garrula quod totis resonat mihi noctibus auris,
Nescio quem dicis nunc meminisse mei?’
‘Hic quis sit, quaeris? resonant tibi noctibus aures:
Et resonant totis: Delia te loquitur.’
Non dubie loquitur me Delia : mollior aura
Venit et exili murmure dulce fremit.
Delia non aliter secreta silentia noctis
Submissa ac tenui rumpere uoce solet,
Non aliter teneris colium complexa lacertis
Auribus admotis condita uerba dare.
Agnoui: uerae uenit mihi uocis imago,
Blandior arguta tinnit in aure sonus.
Ne cessate, precor, longes gestare susurros!
Dum loquor haec, iam uos opticuisse queror.

(in Anthologia latina [Alexander Riese éd. 1869])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Publius Terentius Varro Atacinus (82 [?] av. J.-C. – 37 av. J.-C.) (attribué à) : Trois épigrammes

 

Un ivrogne impuissant

Tu baises fréquemment, sans relâche, à foison,
Sans épargner ta peine ‒ à part lorsque pompette
Tu y vas de tes pleurs : tu ne vaux pas tripette
Pour la bourre, amolli par l’excès de boisson.
Lucinus, mes conseils : ou freine tes baisades
Et continue de boire et chouine aux débandades,
Ou cesse de baiser ‒ pour ça, prends du poison.


Début, fin de l’amour

Par quel malheur poussé faut-il que je divorce !
Un pareil sacrilège outrepasse ma force :
C’est la décision, l’impulsion de feu
De quelque destinée ou bien de quelque dieu.
Qui croirait vains les dieux ? Pour dire vrai, Délie :
Amour à toi me donne ‒ et de toi me délie.


En amour, on se tait

Je dois ‒ juré, craché ‒ te promettre, Galla,
De me taire. En retour, jure-moi que ta pomme
N’en parlera pas plus (oui oui, c’est lex dura…)
Sauf si tu veux, Galla, en parler à un homme.


Saepius futuis nimisque semper,
Nec parcis, nisi forte ebriatus
Effundis lacrimas, quod esse moechus
Multo non ualeas mero subactus.
Plura ne futuas, peto, Lucine;
Aut semper bibe taediumque plange,
Aut, numquam ut futuas, uenena sume.


Nescio quo stimulante malo pia foedera rupi.
Non capiunt uires crimina tanta meae.
Institit et stimulis ardentibus inpulit actum
Siue fuit fatum, seu fuit ille deus.
Arguimus quid uana deos? uis, Delia, uerum?
Qui tibi me dederat, idem et ademit: amor.


Juratum tibi me cogis promittere, Galla,
Ne narrem. Jura rursus et ipsa mihi,
Ne cui tu dicas (nimium est lex dura, remittam),
Praeterquam si uis dicere, Galla, uiro! 

(in Anthologia latina [Alexander Riese éd. 1869])


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Rainer Maria Rilke (1875-1926) : « Tranquille ami des nombreux lointains »

 

Tranquille ami des nombreux lointains, sens
comme ton souffle accroît l’espace encore.
Dans la charpente des clochers obscurs,
laisse-toi donc sonner. Ce qui te ronge,

ainsi nourri, en force se transforme.
Va donc et viens dans la métamorphose.
De quelle épreuve as-tu le plus souffert ?
S’il t’est amer de boire, fais-toi vin.

Dans cette nuit de démesure, sois
force magique au croiser de tes sens,
sois sens de leur rencontre inusuelle.

Et si le globe un jour t’a oublié,
à la tranquille terre, dis : Je coule,
à l’eau rapide, parle et dis : Je suis.


Stiller Freund der vielen Fernen, fühle,
wie dein Atem noch den Raum vermehrt.
Im Gebälk der finstern Glockenstühle
laß dich läuten. Das, was an dir zehrt,

wird ein Starkes über dieser Nahrung.
Geh in der Verwandlung aus und ein.
Was ist deine leidendste Erfahrung?
Ist dir Trinken bitter, werde Wein. 

Sei in dieser Nacht aus Übermaß
Zauberkraft am Kreuzweg deiner Sinne,
ihrer seltsamen Begegnung Sinn.  

Und wenn dich das Irdische vergaß,
zu der stillen Erde sag: Ich rinne.
Zu dem raschen Wasser sprich: Ich bin.

(in Sonette an Orpheus, II, 29 [1922])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

On parle sur la Toile d’Icare au labyrinthe

Icare


Entretien avec Pierre Perrin : « Vous savez, on est toujours des héritiers : on ne peut pas écrire ex nihilo, sans avoir lu, et l’avantage de mon âge ‒ je vais avoir soixante ans ‒, c’est qu’on a eu le temps de beaucoup lire et de beaucoup relire. J’ai pleinement conscience que mon écriture est aux marges de ce qu’on publie de nos jours, et de ce qu’on lit. C’est aussi là que je situe mon Icare : dans les marges, dans les limbes ; dans les coulisses d’un opéra que Gaston Leroux savait peuplé de machineries et de fantômes ‒ « fantômes » c’est d’ailleurs le dernier mot du livre. »


Jacques Josse : Lionel-Édouard Martin conduit son récit à sa main, le frottant aux paysages, à l’étymologie des noms de lieux, aux plaisirs du palais et à certains faits rattachés à l’histoire des localités traversées. […] Les dialogues fusent. Qui rythment une narration bien moins désinvolte qu’il n’y paraît. L’écrivain la manie à la perfection. Il s’y montre à son aise, brouillant les pistes ou clarifiant les choses, selon l’envie ou la nécessité.


Zazymut : La nostalgie y est légère avec l’autodérision qui lui sied à merveille. La vigueur des éclats de rire, des échanges verbaux se font un beau chemin dans le labyrinthe de l’auteur. Lionel-Edouard Martin tisse les mots pour relier les géographies, lier les opposés.


Grégory Mion : Voici peut-être l’une des questions les plus délicates de la création littéraire : comment le personnage vient à l’esprit du romancier et comment ce même romancier finit par s’en défaire après l’avoir longuement apprécié ? Loin de proposer un traitement scolaire de cette énigme, Lionel-Édouard Martin, dans son nouveau roman, emploie un dispositif habile où il se met lui-même en scène en train de dialoguer avec son personnage, comme une sorte de Socrate qui inventerait son propre interlocuteur après avoir éprouvé toute la jeunesse philosophique d’Athènes.


Pierre-Charles Kaladji : Cette écriture « qui fait la boule », vivant de mouvements ophidiens, se rétractant et se dénouant dans la phrase au rythme des syllabes, peu à peu, nous fait entrer dans autre chose qu’un simple effet de style. Progressivement, on s’aperçoit qu’Icare au labyrinthe est une tentative de poème dans le roman. On a pu aimer le style poétique de Céline, Proust, Aragon, Gracq, Giono ou Cendrars mais il me semble ici qu’on avance un cran plus loin, cette invention de la langue (au sens religieux et au sens technique du terme) au sein de la narration d’un roman qui apprend à naître, tout cela pourrait nous conduire à abuser du vocable de « proème » inventé par Francis Ponge pour tenter de révéler le genre littéraire auquel appartient Icare au labyrinthe.


Michel Gros-Dumaine : Et çà dit, çà s’accroche au souvenir, çà collectionne les lieux, les itinéraires comme un retour à une psychogéographie oubliée, çà rempli l’espace laissé vide par l’arbre mort et abattu, çà gronde la beauté du monde, çà dépèce le vivant, tripes et boyaux, çà rechigne au grand vide contemporain des arts et des lettres, çà mange, çà boit.


Pierre-Vincent Guitard : Un roman qui contribue à donner à la littérature française des perspectives que l’on croyait disparues.


Marc Villemain : Ce qu’il y a de très beau dans ce roman, c’est cela : tout ce qui persiste à lier, relier ces deux êtres qu’en apparence tout oppose. Que le vieil homme ait un faible pour la jeunesse, voilà qui ne surprendra personne ; il était moins évident que cette jeune fille aussi moderne trouvât autant d’agrément à la présence du vieil homme. Or, Lionel-Edouard Martin a su montrer que la chose était possible : que les générations ne s’opposent peut-être pas autant qu’on veut bien le dire, et qu’elles s’épient plutôt, se dévisagent, se jaugent dans un mouvement mutuel d’apprivoisement. D’où la grande beauté, la grande sensibilité de cette relation.

Horace (65-8 av. J.-C.) : Amours impossibles (Odes I 33)

 

Point d’excès de douleur, Albius, repensant
À Douce l’insensible, et n’écris d’élégie
Où chanter ton malheur qu’un jeunet ne t’éclipse
____Et n’outrage la foi donnée.

Lycoris au front court ‒ qui la pare en beauté ‒
S’enflamme pour Cyrus, et Cyrus lui préfère
La froide Pholoé : mais aux loups d’Apulie
____S’uniront les chevreuils avant

Que Pholoé ne sombre en affreux adultère.
Ce sont là les désirs de Vénus qui se plaît
À subjuguer corps, cœurs à l’impossible accord
____‒ Jeu cruel ‒ sous l’airain d’un joug.

Vénus m’y invitant ‒ plus tendre à mon encontre ‒,
J’eus moi-même plaisir aux chaînes de Myrtale,
Plus rageuse affranchie que n’est l’Adriatique
____Creusant les golfes de Calabre.


Albi, ne doleas plus nimio memor
inmitis Glycerae neu miserabilis
decantes elegos, cur tibi iunior
___laesa praeniteat fide.

Insignem tenui fronte Lycorida 
Cyri torret amor, Cyrus in asperam
declinat Pholoen: sed prius Apulis
___iungentur capreae lupis

quam turpi Pholoe peccet adultero.
Sic visum Veneri, cui placet imparis
formas atque animos sub iuga aenea
___saevo mittere cum ioco.

Ipsum me melior cum peteret Venus,
grata detinuit compede Myrtale
libertina, fretis acrior Hadriae
___curuantis Calabros sinus.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

 

Catulle (84-54 av. J.-C.) : Victius pue du bec (poème 98)

 

Puant de Victius, c’est bien de toi qu’on peut
Dire ce que l’on dit des fats et des verbeux :
« On peut, si nécessaire, avec sa langue sale,
Torcher des troufignons ou du cuir de sandale. »
Si tu veux, Victius, nous faire tous mourir,
Bée du bec : tu verras ton souhait s’accomplir.


In te, si in quemquam, dici pote, putide Victi,
id quod verbosis dicitur et fatuis.
ista cum lingua, si usus veniat tibi, possis
culos et crepidas lingere carpatinas.
si nos omnino vis omnes perdere, Victi,
hiscas: omnino quod cupis efficies.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.