Girolamo Angeriano / Hieronymus Angerianus (1470-1535) : A propos de lui-même / De se ipso

Touchant du plectre ma cithare, je chantais
Seul aux portes, dans la nuit tue, de mon aimée.
J’entendis une voix. Elle disait : « Amant,
Que tu es sot ! Les mots d’aigreur s’en vont au vent. »
« Qu’importent mes propos, lui fis-je, l’affligé
Voit ses maux en parlant bien souvent s’alléger.
Adressés à moi seul, en sont destinataires
Les astres : s’ils sont sourds, j’implorerai les pierres,
Les vents, et les nuages noirs, et ce seuil-même
Qui me bannit : ce sont mots de douleur – car j’aime. »

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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Dum canerem et citharam pulsarem pectine solus,
Solus apud dominae, nocte silente, fores,
Audivi, fateor, vocem. sic dixit: « amator,
Stultus es. in ventos irrita verba fluunt. »
Respondi « nil esse loquor quodcumque, sed aegrum
Saepe iuvat poenas promere voce suas.
Haec mihi, non aliis refero. sint sidera testes,
Et, si surda manent sidera, saxa precor,
Et ventos, nubesque atras, et limina, quae me
Excludunt: sunt haec verba doloris; amo. »

(in Erotopaegnion [1512])

Girolamo Angeriano / Hieronymus Angerianus (1470-1535) : L’Amour / De Amore

« Le premier qui peignit l’Amour en tendre enfant
Manqua de connaissance et de discernement.
Un enfant ne saurait surpasser Pan, dompter
La mer, la terre et l’air, et toute immensité.
Est-il aveugle ? Non, ses armes sont des dards :
Mouche fait-on, sans faire mouche du regard ?
Il ne fend pas l’éther de ses ailes nocives :
Dès qu’à nous agriffé, jamais il ne s’esquive.
Je ne le vois pas nu : lui qui dépouille dieux
Et hommes, comment donc serait-il loqueteux ? »
– À ces mots, Célie rit, me dit : envisages-
Tu de peindre l’Amour ? Mire et peins mon visage !

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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In tabula primus tenerum qui pinxit Amorem,
Ingenio et docta non fuit ille manu.
Non puer est qui Pana potest superare fretumque
Qui domat et terras, aera, quique polos.
Non caecum dicam: pungentibus utitur armis,
Et quicumque ferit, num sine luce ferit?
Non findit latum pernicibus aethera pennis;
Sic nunquam a nostro corpore fixus abit.
Non mihi nudus erit: spoliat qui membra deorum
Quique hominum, nunquid veste carebit inops?
Dum loquor id, ridens inquit mihi Caelia, « Amorem
Pingere vis? Vultus aspice! pinge meos. »

(in Erotopaegnion [1512])

Girolamo Angeriano / Hieronymus Angerianus (1470-1535) : Le chant de Célie / De Caeliae cantu

Quelle joie : j’entendis mon amie qui chantait,
Quelle joie ! Et pour moi, quel spectacle c’était !
Contre son col fluait sa libre chevelure,
Nul fard ne corrigeait l’éclat de sa figure.
L’en trouvai mieux ornée, plus belle et ciselée :
Elle eût pu de sa voix émouvoir un galet.
Les joies ne durent qu’un moment : tournant soudain
Les yeux, elle me voit, et d’être vue se plaint.
M’apostrophant, chant tu, elle pose sa lyre,
Troublée – pauvre de moi ! –, me tance et se retire.
Délaissé, malheureux, pantelant, je m’affaisse,
Bats de l’œil – je suis mort. S’en revient ma maîtresse :
Sitôt perçus les os de mon corps consumé,
Les glane – et sans convoi, me voici inhumé.
L’impie grava sans pleurs sur moi ce vers fluet :
« Un amoureux, par une douce voix tué. »

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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Gaudebam, audivi dominam cum voce canentem,
Gaudebam. qualis tunc mihi, qualis erat!
Ex humeris nullo fluitabant ordine crines,
Et nulla nitidus stabat ab arte color.
Tunc mage compta mihi, mage tunc formosa decensque
Visa fuit; poterat saxa movere sono.
Sed, quia nulla diu firmantur gaudia, volvit
Forte oculos, videor, visa repente dolet.
Lingua ciens cantum silet, et sua plectra recondit.
Turbatur, misero multa minatur, abit.
Deseror infelix, avulso corde, cadoque,
Acclinans oculos mortuus. illa redit.
Ilico ut aspexit consumpti corporis ossa,
Colligit et nullo funere condit humi.
Impia, nil maerens, haud plenum carmen ibidem
Inscripsit, dulci hic voce peremptus amans.

(in Erotopaegnion [1512])

Girolamo Angeriano / Hieronymus Angerianus (1470-1535) : Célie / de Caelia

Voulant tester nos liens de constance et d’amour,
Je t’ai mandé mon cœur : il n’est point de retour.
Si doux est ton logis que seule ta maison
Lui sied – qu’il est heureux d’habiter ton giron.

J’ai mandé un soupir s’informer de mon cœur :
Il est allé, venu, mais chez toi fait demeure.
« Où est mon cœur ? » Il n’en sait rien ; muet, s’en tient
À d’un souffle attiser le feu lourd en mon sein.

À mes questions : « Que fait mon cœur ? Que fait Célie ? »
Pas de réponse, et me laissant inerte : il fuit.
– Mon âme t’envoyant, si je ne la recouvre :
Qu’aussitôt, malheureux, de terre on me recouvre.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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Ut scirem quanto sim tecum junctus amore
Atque fide, misi cor tibi. non rediit.
Hospitium praedulce tuum. non amplius optat
Hos artus; gremio gaudet adesse tuo.
Post, gemitum ejeci, qui cordis nuntius esset.
Illum etiam, est quamquam saepe reversus, habes.
Nescit ubi sit cor, nec novit dicere; solum
Spirat, et exusti pectoris auget onus.
Illi saepe loquor, « quid agit mea Caelia? quid cor? »
Nil referens, linquit corpus inane, fugit.
At nunc mitto animam, quae si non ipsa redibit,
Protinus infelix hac tumulabor humo.

(in Erotopaegnion [1512])

Girolamo Angeriano / Hieronymus Angerianus (1470-1535) : La poignée de neige / De Caeliae nive

Transi, j’allais – quand, me voyant : par jeu, Nadège
Me jeta au visage une poignée de neige.
– De neige ? Mais que non ! C’était comme un brasier
De petit bois, qu’une bourrasque eût attisé.
Je brûlai, malheureux. Par quel miracle peut
Se révéler parmi la neige un trait de feu
Capable d’embraser jusqu’aux plus lourdes nues
Et la plaine des eaux par la glace tenues ?
– Dépends ton arc, Amour,  et dépose ta flamme,
Si tel est ton pouvoir : brûler de gel une âme.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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Transibam, frigens. vidit me Caelia, risit,
Et mea compressam iecit in ora nivem.
Non nix illa fuit, rapido sed qualis ab Euro
Arentes calamos urere flamma solet.
Tunc arsi infelix. sunt haec miracula? possunt
In media fieri flammea tela nive?
Credo equidem, densas potuisset adurere nubes,
Cumque pruiniferis aequora fluminibus.
Pone arcum; pudeat te flammas ferre Cupido.
Hoc numen verum, hoc: corda cremare gelu.

(in Erotopaegnion [1512 ])

Girolamo Angeriano / Hieronymus Angerianus (1470-1535) : sur sa métamorphose / de sua metamorphosi

Comme à son pur miroir était Célie, je fis,
Fis à l’adresse de mes yeux cette homélie :
« Regardez ce reflet tant qu’il est miroité :
– Ce que c’est que de voir une divinité !
Que d’autres s’engouent d’or ou qu’ils s’engouent de gemmes !
De gemmes, d’or, qu’aurais-je à faire ? – Enjoué, j’aime.
Riche comme Crésus et les sous-sols lydiens,
J’ai de fortune autant qu’avait Crassus de biens.
Emportez-moi çà, là – cœur et âme : à Célie
– Elle peut – non à moi, de gouverner ma vie ! »
Et mes yeux d’obéir, mon corps se fait inerte,
En pierre se transmue de terre recouverte.
De là vient mon renom : car aux passants l’on dit
« Cette pierre autrefois fut un amant soumis. »

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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Conspicua in specula dum staret Caelia, dixi
Luminibus dixi talia verba meis:
Dum licet, et vobis haec lucent signa, videte.
quantum est unam posse videre deam!
Mirentur gemmas alii, mirentur et aurum;
Cum gemmis, cum auro quid mihi? laetor, amo.
Nunc habeo Croesi gazas, et Lydia quicquid
Fundit humus, quantas Crassus habebat opes.
Ferte illuc animos, ferte illuc corda; sub illa,
Non mecum, cupio vivere: numen habet.
Haec dum iussa oculi expediunt, immobilis illic
Factus ego, in lapidem vertor et addor humo.
Hinc data fama mihi; nam turbae dicor eunti:
Hic lapis, hic quondam mollis amator erat.

(in Erotopaegnion [1512 ])

L’Orgie latine, de Félicien Champsaur : des larmes, du sang, mais pour du bleu

 LOrgie-Latine-couverture-provisoire-332x510Ouvrant cette Orgie latine que viennent à bon droit de republier les éditions du Vampire Actif – qu’il nous faut remercier pour cette belle découverte –, on se demande comment Champsaur va s’en tirer, tant le  roman antique est déjà, en 1903, date de la première édition du texte, un genre éculé, dominé par quelques titres dont bien sûr le Salammbô de Flaubert. Difficile de refaire du neuf avec du vieux ? Il doit se dire, le Félicien, qu’il a dans sa boîte à malices bien assez de ficelles de prestidigitateur pour nous en mettre plein les yeux et y jeter sa poudre. Et il y va, franco, tirant de son haut-de-forme, avec un savoir-faire consommé d’homme de lettres, tous ces lapins qui font sourire autant qu’ils font battre les cœurs.

Car on lit L’Orgie latine sans trop y croire (ou voulant, comme des enfants, y croire), comptant les clins d’œil, reluquant les gros sabots du style, mais avec toujours la gourmandise aux lèvres, emporté par une intrigue abracadabrante, fourmillant d’événements et de clichés dont l’écriture a dû bien faire rigoler le vieux maître. Tout y est : Messaline, Bohémiens, jeux du cirque (gladiateurs, chrétiens jetés aux fauves, flots d’hémoglobine), catacombes, patriciens véreux, populace ivre de sang, luxe, volupté (sans trop de calme), tout est là des ingrédients attendus de la romance – mais qui, savamment travaillés à la spatule, donnent une excellente pâte bien lisse, fluide, que l’on dévore, quoi qu’on en veuille, animé d’une fringale évidemment de tigre.

C’est quoi donc, le résultat final, une fois pétries les différentes matières assez primaires qui le composent ? Un pavé de 500 pages de pur plaisir, un régal à lire selon son appétit et sa curiosité, laquelle peut relever du premier comme du deuxième degré. Dans les deux cas ça passe sans jamais casser – ni jamais gaver.

C’est que Champsaur sait jouer avec les genres, qu’il maîtrise parfaitement, en vieux routier des lettres (il a une bonne cinquantaine de titres à son actif). L’Orgie latine est ainsi d’abord une sorte de roman archéologique, d’ailleurs fort bien documenté : topologie de Rome, description des objets, façons de faire, tout est juste, relevant d’une belle érudition. On apprend, par exemple, de quelle manière, au premier siècle de notre ère, on prenait des notes sur des tablettes de cire : « Il tira, d’un pli de sa toge, trois planchettes très minces, couvertes de cire, relevées sur les bords pour préserver du frottement les choses écrites ; avec le bout large et plat d’un style d’ivoire, il effaça sur la troisième feuille quelques notes [ …], en unissant la cire, puis, retournant son style, avec la pointe il grava le pari. » (p. 299) Noms latins des choses, des vêtements, des composantes de l’architecture : rien qui nous soit caché, on plonge dans la latinité pour un dépaysement qui nous ravit, c’est Connaissance du monde à toutes les pages, et en panoramique – Félicien Champsaur, Albert Mahuzier de l’antiquité…

Envie de poésie ? Vous en avez pour votre argent, avec de ces brillances un peu trop clinquantes pour que Champsaur en soit la dupe : il s’amuse, soyez-en sûr, à vous distiller de ces phrases : « Des jeunes filles en subuculae montantes, d’où émergeaient leurs figures – comme, d’un grand lys, le pistil – passaient. » (p. 275), ne ménageant pas ses effets de toge, peignant « les remparts dont la mélancolie pelée se magnifiait dans les pourpres du soir » (p. 245) – magnifique, soit dit en passant, cette mélancolie pelée –, pastichant volontiers le poème à l’antique : « Baisers, papillons frôleurs, – vous me donnez faim de plus profondes étreintes ! » (p. 133) à la façon d’un Pierre Louÿs ou d’une Anna de Noailles, tous deux ses contemporains. Pastiches, vous avez dit pastiches ? – Il suffit, pour s’en convaincre, de lire « le livre cinquième » (à partir de la page 385) et les sonnets qui s’y inscrivent, sans autre intention que burlesque, où l’on croirait entendre un second Henry J.-M. Levey – cet autre maître, à peu ou prou la même époque, de la dérision poétique dans ses Cartes postales,

Sénèque, philosophe à la très bonne tête,
était chez Messaline, à l’heure du lever,
lasse du lupanar. « — Maître, je veux rêver.
Ébranle avec tes mots mon âme insatisfaite. […] »

Roman populaire ? Mais L’Orgie latine, ce sont les Mystères de Rome, comme Paris eut les siens sous une autre plume. Frissonnez, bonnes gens, rien n’est trop bon pour vous mettre en émoi : « Et ce fut, pendant quelques minutes, dans une ovation suprême de la foule, une pluie de roses – que le cadavre ensanglantait. » (p. 318) Érotisme à gogo, tableaux cruels imbus de sang, monstrueuses embroches de toutes sortes : rien, lecteur, ne vous est épargné – pas même l’idoine bondieuserie dans l’accumulation de ses poncifs : miracles ; mise en croix du héros, Sépéos, avec, survenue tel le deus ex machina, sa mère, la vieille Géo, pleurant au pied du pilori ; ours affamé faisant ami-ami dans l’arène avec la chrétienne Filiola, refusant de la dévorer, mais (on n’est pas à ça près…) succombant à ses charmes et forniquant plantigradement avec la malheureuse devant le regard médusé de milliers de spectateurs ; conversion – à la saint Gesnest plus qu’à la Polyeucte : « Une lumière étrange m’illumine… Je l’ai vu brûler dans tes yeux, Filiola ! À présent, je comprends, j’entends, je vois !… Oui, je sais, à présent, la puissance du Dieu de Filiola et de Macris. Sur la Croix, au spectacle des chrétiens, j’ai compris. Je crois en Kreistos, Filiola !… que j’aime !… je vois luire la vérité, ma mère Géo… Une sérénité étrange m’illumine. » (p. 379)

Bref : en deux mots, la totale, comme qui dirait…

De même que l’amateur de cinéma d’auteur peut se régaler de ces films dits « de série B », dès lors qu’il y distingue autre chose qu’une naïve impéritie de cinéaste – la volonté, bien plutôt, de pervertir le genre noble en le travestissant sous la peau d’âne –, on peut, m’est avis, lire L’Orgie latine comme la gigantesque farce (à laquelle on se laisse volontiers prendre), d’un auteur malicieux qui connaît ses classiques. Cependant, – et si c’est bien l’intention de Champsaur –, le roman, consciemment ou pas, va quelquefois beaucoup plus loin : ainsi de tout le chapitre intitulé « Crachat vertueux », où Messaline tente d’affrioler sexuellement le malheureux Sépéos, avec ceci pour tout résultat : « Quelque chose gicla soudain de sa bouche, un énorme crachat qui, tombé juste entre les seins de Messaline, dégoulinait, dans leur val, son écume blanche. » (p. 340). Éjaculation, certes, au sens étymologique du terme, mais pas celle attendue – à quoi fait écho, dans la page suivante, la « bave gluante » de « cent limaces » évoquée par la gouleyante impératrice. Cet exemple me paraît exemplaire de l’écriture de Champsaur dans ce qu’elle recèle de meilleur : il en va d’une thématique subtilement développée, où d’échos en échos, d’images en images, se construit un imaginaire – bien plus poétique, à mon sens, que telles ou telles de ces joliesses dont est ponctuée L’Orgie latine – auquel répond pleinement celui du lecteur, à l’ancre dans cet inconscient, où, selon toute vraisemblance, gîte toute grande et vraie littérature. – Le dirai-je ? C’est cela, surtout, que j’ai aimé, dans ce texte qui remue le plus lumineux comme le plus sombre de l’être.

Girolamo Angeriano / Hieronymus Angerianus (1470-1535) : A une cigale / ad cicadam

Tu chantes de bonheur sous l’herbette, cigale :
Je gémis devant l’huis d’une fille inhumaine.
Toi tu vis de rosée : moi de pleurs ; l’estivale
Ardeur ne te nuit point : l’amour est ma géhenne.

Tu volettes partout : je gis emprisonné.
Tes chants sont chants de joie : les miens de funérailles.
Zéphyrs d’avril, vents doux, sont pour toi volupté :
Une fournaise ardente embrase mes entrailles.

Tu sautelles : un arc aveugle cloue mon cœur.
Tu es riche : et mon sort, c’est d’aimer pauvrement.
– Nous n’avons que ce point pour partage : tu meurs
En gémissant, je meurs, chétif, en gémissant.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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Tu felix cantas molli sub fronde, cicada,
Ipse queror durae virginis ante fores.
Ros tibi dat vitam, mihi vitam fletus; adurit
Aestatis non te fervor, aduror amans.

Tu quocumque libet volitas, ego carcere claudor;
Garrula tu fundis carmina, funus ego.
Tu vernis zephyris et leni flamine gaudes,
At mea succendit fervidus ossa calor.

Tu nimis exsultas, ego caeco vulneror arcu;
Tu dives, sic est sors mea, pauper amo.
Hoc tantum similes, similes sumus ambo: querente
Voce peris, pereo voce querente miser.

(in Erotopaegnion [1512 ])

Andrea Navagero (1483-1529) : Les sanglots / Lacrimae

Si les sanglots étaient un remède aux malheurs,
Si, à qui toujours pleure, était moindre douleur,

C’est d’or qu’il nous faudrait apprêter nos sanglots.

Mais, camarade, ils ne servent à rien, les maux

N’en sont pas infléchis : que tu pleures toujours

Ou jamais, rien ne peut en détourner le cours.

Quel est donc leur apport ? Aucun ! – si la douleur

Est prodigue en sanglots comme l’arbre de fleurs.


Si quid remedi lacrimae afferrent malis,
Minorque semper fieret lugenti dolor,
Auro parandae lacrimae nobis forent.
Sed nil, here, istaec prosunt, res ipsae nihil
Moventur istis: sive tu semper fleas,
Seu nunquam, eandem pergere insistent viam.
Quid his juvamur ergo? nil certe: at dolor
Ut ipsa fructus arbor, sic lacrimas habet.

(in Lusus, XXXXII, in Carmina quinque illustrium poetarum [1548])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

D'autres textes d'Andrea
Navagero sur ce blog :

Folengo, Teofilo, dit aussi Merlinus Coquus (1491-1544) : à sa houe

Je t’aime avec raison, ma houe : tu as la main
Sur toutes houes, prêtresse de nos gras jardins :
Car de tous les hoyaux à venir ou présents,
Ou qui furent hoyaux depuis la nuit des temps,
Personne mieux que toi n’as jamais désherbé :
De là, tant de moissons, et toute quantité
Prospère et fraîche de légumes et de fleurs !
Nos champs regorgent grâce à toi de la verdeur
Des bettes, grâce à toi la laitue digérée
Nous rend après repos la vigueur recouvrée ;
Et je ne dirai rien de la pousse des choux…
Je préfère mourir que de laisser partout
Les herbes égaler la hauteur des cyprès !

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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Amo te merito, ligo, ligonum
Antistes, nitidi minister horti,
Nam quantum est, vel erit, vel ante constat
Tot jam saecla fuisse sarculorum,
Nemo te melius repurgat herbas,
Unde tot sata multiplexque vernat
Pubertas holerum decusque florum;
Tua namque opera nemus virentum
Betarum superat suosque late
Dat lactuca dapum quies lacertos;
Non est dicere quanta brassicarum
Sit vis: dispeream nisi praealtis
Se herbae subiciant pares cupressis.

(Epigrammata, in Opus macaronicum, 1520)