Nouveaux échos de Nativité cinquante et quelques

« […] Lionel Edouard Martin excelle à nous plonger dans cette féerie dont il garde assurément la nostalgie, son style à la syntaxe épurée, au vocabulaire ancré dans la terre est une pure merveille dont on ne se lasse pas. […] »

C’est Pierre-Vincent Guitard qui l’écrit sur Exigence Littérature à propos de Nativité cinquante et quelques.

, c’est Nicola Delescluse qui en parle longuement dans son émission sur Radio Campus Lille.

Giovanni Matteo Toscano (ca. 1500-1580) : Don d’une couronne de fleurs à Naevia / Ad Naeviam

NB : plutôt que de traduire stricto sensu l’original et de le rendre insipide, j’ai préféré tenter de reproduire le jeu sur les mots, tout baroque et éblouissant de virtuosité, auquel Toscano se prête dans cette épigramme.

Que prison des frisons, ce tortis tors se fasse
D’honneur des frondaisons le bonheur de ton front !
Pour payer à son prix cette brassée de fleurs,
Tiens mon col embrassé, fleuris-le de faveurs.
Roses ceignant ton front, rosée teignant mes lèvres,
Tu cueilleras des dons où ton printemps s’empreint.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Serta comas inserta tuas ut, Naevia, comant
Hic, age, frondis honos sit tibi frontis onus.
Floribus implexis ut munera justa rependas,
Floridus amplexus fac mihi colla liget.
Cingens flore comam, tingens mihi rore labella,
Vera metes veris sic bona dona tui.

(in Carmina illustrium poetarum italorum tomus IX [1722], p. 368 )

Articles de Marc Villemain et de Zazymut sur Nativité cinquante et quelques

« […] C’est par leur physiologie que Martin témoigne de ses personnages, de leurs pauvres gestes d’esseulés, en grattant l’os du sentiment, en ne lui laissant rien d’autre sur le dessus que le blanc de l’entaille, la morsure de la vie. Il témoigne d’eux, disais-je, mais tout autant pour eux, comme toujours : c’est toujours cette voix-là qu’il emprunte, cette voix des gens d’hier, bien souvent des gens de peu, des gens de corps, qui de la vie, peu ou prou, ne connaissent  que ce qu’elle donne, c’est-à-dire pas grand-chose en dehors de la fatigue, de la sueur, du ventre. Pourtant, tous, et peut-être est-ce aussi à cela que tient la beauté de cette écriture, tous ont un rapport tellement immédiat, tellement physique au monde, qu’en sourd une sorte d’énergie lointaine, souterraine, pas secrète mais simplement enfouie, intérieure. […] »

C’est Marc Villemain qui le dit dans la belle note de lecture qu’il consacre à Nativité cinquante et quelques.

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« […] Lionel-Edouard Martin a une écriture gourmande (les pages 45, 46 font saliver), une prose bienheureuse, simple mais pas simpliste pour un sou, riche, colorée, sensible. Les racines le retiennent à ce pays. Il y a du Giono, du Fallet, du Chabrol dans cet homme. J’ai lu ce conte en dégustant chaque page, chaque mot jusqu’à une fin que je ne vous dévoilerai pas. »

, c’est Zazymut qui l’écrit sur son blog où elle parle de « [s]es lectures et autres passions ».

Critiques de Nativité cinquante et quelques

Francesco Maria Molza (1489 – 1544) : Dernières volontés / Ad sodalem in morbo mortifero

[…] Je ne veux, sur du marbre ouvragé, d’épitaphe :
Qu’on dépose mes os dans une urne d’argile,
Qu’en son sein les accueille une terre paisible
Et les tienne à l’abri des animaux sauvages.
Qu’autour chemine un ru dont les eaux partagées
Bruissent comme en roulant sur une forte pente… […]
Longtemps peut-être après, je deviendrai humus,
L’urne se couvrira de fleuraisons nouvelles ;
Ou mieux : blanc peuplier aux ramures montantes,
Bellement chevelu, je grandirai superbe… […]
Si du fait de vos soins, l’arbre, de mon tombeau
S’élance et déploie haut sa verte chevelure :
L’été, sa ramée pure, autour, fera de l’ombre,
Voilant d’opacité le sol et ses fissures […]

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

[…] Non operosa peto titulos mihi marmora ponant,
Nostra sed accipiat fictilis ossa cadus :
Exceptet gremio quae mox placidissima tellus,
Immites possint ne nocuisse ferae.
Rivulus haec circum dissectus obambulet, unda
Clivoso qualis tramite ducta sonat. […]
Fortisan in putrem longo post tempore glebam
Vertar et haec flores induet urna novos.
Populus aut potius abruptis artubus alba
Formosa exsurgam conspicienda coma. […]
Quod mihi si tumulo vobis curantibus arbor
Ingruat et virides explicet alta comas ;
Quae circum nitidis, aestus dum saevit, obumbret
Frondibus et scissam tegmine opacet humum […]

(in Carmina illustrium poetarum italorum, tomus sextus, 1720, p. 353 [vers 23 – 42])

D’autres poèmes de Francesco Maria Molza sur ce blog :

Francesco Maria Molza (1489 – 1544) : Un grillon en cadeau / gryllus

J’ai enfermé pour toi, Délie, en ce roseau
Un grillon stridulant, garant de mon repos
– Car, lorsqu’à m’endormir ne parvenaient l’Auster
Ni la plainte de l’eau (même plus qu’argent pure),
Répétant le refrain qui lui est ordinaire,
Il a fait plus que vent, plus qu’onde, et leur murmure.
Bientôt, moissons finies, t’offrirai davantage :
De notre amour, c’est un chevreau qui sera gage.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Argutum inclusi junco tibi, Delia, gryllum,
Cuius saepe mihi munere parta quies.
Nam mihi nec somnum veniens cum duceret Auster,
Argento vel quae purior unda gemit;
Hic veterem instaurans propius de more querelam
Plus venti, et lymphae murmure plus potuit.
Mox etiam majora feres, cum messe peracta
Capreolus nostri pignus amoris erit.

(in Carmina illustrium poetarum italorum [tome 6], 1747, p. 363)

D’autres poèmes de Giovanni Matteo Toscano sur ce blog :

Magma : une critique de Basile Rouchin (revue Diérèse, n° 61)

Lionel-Édouard Martin, Magma, Publie Papier, 2013, 129 p.

Ce « poème symphonique transposé dans la langue » s’inspire d’une part, d’une littérature élégiaque mue par des sentiments contraires et d’autre part, s’en éloigne. Un homme trompé quitte « la capitale » où sa compagne résidait pour rejoindre la demeure familiale et provinciale. Romancier reconnu, il n’ose pas y ouvrir son ordinateur et « son caillot de paroles »… Sa « Lesbie » l’obsède et il sait n’être pas « Catulle ». Aussi, traverse-t-il son désert sentimental à force de vin, de solitude, de visites aux ancêtres enterrés, de contacts avec la Nature : « l’eau coule grosse et sombre crespelée de lueurs (…) abandonnant sa mue d’écume aux branches immergées des vieux arbres » (p 39). Maintes références religieuses émaillent son calvaire et son deuil masque / marque une renaissance. A mesure que les souvenirs d’enfance émergent, l’auteur chemine vers le cœur de son histoire et de cette relation. En insistant pour connaître ses aventures passées n’a-t-il pas conduit « sa Carmen » à prendre amant ? « Son imaginaire toujours en désir de crucifixion », sa curiosité assouvie, il se détache de sa mélancolie. Des dialogues parfois crus succèdent au monologue et une conversion intérieure s’opère. On notera l’art maîtrisé de la mise à distance : un narrateur parlant du personnage principal (un double ? lui même ?) à la deuxième personne du singulier, des protagonistes sans nom, une topographie parfois imprécise (la retraite du poète, « près de la Gartempe ») et ce, sous le patronage d’auteurs latins et classiques. Pour autant, cet homme cultivé, floué se sent dépossédé de son langage et doit « sortir du balbutiement » (p 96). Son phrasé souvent précieux se déroule en de longs segments jouant avec les temps, la ponctuation, les conjonctions. Le style trahit alors un dégout de vivre, de la confusion (« la Tour Montparnasse » devient «  la cour »). La passion ravageuse fait place à l’uniformité, au « rien ». « Toutes les villes se ressemblent, grandes, moyennes, petites » signe le début du texte et figure en bandeau sur la 4ème de couverture.

Pris dans un duo/duel avec son histoire, l’auteur donne un tour inattendu à sa peine : jeux avec le langage, introspection et dialogue, érotisme et abstinence, huis clos urbain, pèlerinage sur la concession familiale, traductions libres et à quatre mains de Catulle, propos sur la géographie, la grammaire, la rhétorique, alternance d’argot et de subjonctif jalonnent cette plongée vers l’essentiel – le sentiment amoureux, ses différentes formes et expressions.

Basile Rouchin

(revue Diérèse, n° 61 [été automne 2013], page 283)

D’autres critiques sur le même texte ici,
sous la plume de :

Girolamo Amalteo (1507 – 1574) : les seins de Lycoris

Deux pommes sur son sein d’albâtre a Lycoris
Et sur son sein d’albâtre la même a deux fraises.
Deux pommes ? ses tétons ; deux fraises ? ses tétins,
Pommes primant, de teinte, neige – et fraises, roses.
Amour dit, les tétant : « Foin des seins de ma mère !
De ces seins-là s’écoule un bien plus doux nectar ! »

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Fert nitido duo poma sinu formosa Lycoris,
illa eadem nitido fert duo fraga sinu.
Sunt mammae duo poma: duo sunt fraga papillae:
poma nives vincent, fraga colore rosas.
Haec Amor exsugens: Valeant, ait, ubera matris;
dulcius his manat nectar ab uberibus.

(in Trium fratrum Amaltheorum Hieronymi, Johannis Baptistae et Cornelii Carmina [1627])

D’autres poèmes de Girolamo Amalteo sur ce blog :

Marcantonio Flaminio (1498-1550) : Paroles de fontaine / Fons Nicolai Rodulphi cardinalis

Qui est Marcantonio Flaminio ?

Flaminio fait s’exprimer la fontaine
du cardinal (de Florence) Nicolas Rodulphe :

« Moi dont le cours fluait entre de hauts taillis
Je hante le palais d’une auguste lignée :
Grâces t’en soient rendues, grand Rodolphe, toi qui
M’as parmi le sein dur des montagnes guidée
Pour me faire, connue à peine des troupeaux,
Laver les mains des rois, leur face, de mes eaux. »


Quod solitus silvis liquido pede currere in altis
Nunc celebro augustae regia tecta domus,
Gratia magna tibi, magne Rodulphi; meam tu
Per duri montis viscera ducis aquam:
Ut qui vix fueram pecori bene cognitus ante,
Nunc regum lymphis ora manusque lavem.

(in Carminum libri VIII [1727], liber II , p. 73)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Marcantonio Flaminio (1498 – 1550) : à sa mère Veturia et ses frères Jules et Fauste, tous les trois décédés

Ô mère bienheureuse, et vous, bienheureux frères,
Qui me voyez, ravis en d’amères obsèques,
Lamenter votre deuil dans le noir des ténèbres
– Qu’au soleil rie la terre éclairée brillamment
Ou qu’apporte la nuit le tranquille sommeil :

Ayez pitié de moi, et suppliez le père
Des dieux que, défaisant mes chaînes corporelles,
Il me laisse voler jusqu’à votre séjour :

Il ne me reste rien d’aimable, rien qui puisse
Calmer l’affliction de mon esprit malade,
Hors les pleurs, les sanglots et les soupirs issus
Du profond de mon cœur.

…………………………………En ce temps qu’il lui tarde
De vous rejoindre, si mon âme ne craignait
De devoir à jamais, bannie loin des morts pieux,
Souffrir de votre absence, un coup de ce poignard
Aurait tôt fait de me défaire de mon corps.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Mater candida, candidique fratres,
Qui me funere rapti acerbo, in atris
Lugentem tenebris videtis, et cum
Sol terras hilarat nitente luce,
Et cum nox placidum refert soporem,
Jam mei miserescite, et deorum
Supplicate parenti, ut exuens me
Vinclis corporeis, volare vestros
Ad manes sinat; est enim relictum
Nihil dulce mihi, nihil quod aegrum,
Et maerentem animum levare possit,
Praeterquam lacrimae, et querelae, ab imo
Et suspiria corde tracta. Quod ni
Timeret mea mens, adire dum vos
Urget, ne, procul a piis repulsa,
Vobis perpetuo careret, ipsum
Ferrum jam mihi corpus exuisset.

(in Carminum libri VIII [1727], liber I, p. 26)