Cesare Ducchi (XVIè siècle, Italie) : La bigamie fait vivre vieux.

L’Amour, Cynthie, sourcille, effaré que tu aies
Mon cœur – quand je te fais la cour, belle Isabelle.
Pour en avoir tâté, pourtant je dis : jamais,
Au grand jamais, un tendre amour ne se morcelle.

D’ensemble vous aimer, telle est la cause honnête :
Cynthie, tu es mon âme ; Isabelle, mon cœur.
Que de cœur on le prive, un corps d’homme végète ;
L’âme est-elle arrachée : le corps, vide, se meurt.

Je vivrai donc un siècle, avec vous pour soutien :
Toi, âme dans mes yeux, et toi cœur en mon sein.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Impatiens miratur Amor, quod, Cynthia, nobis
Es cordi, et quod te, pulchra Sabella, colo.
At verum expertus dico, fateorque, quod unquam
Divisus dulcis non erit ullus amor.
Vos quod amo simul, haec causa est (ni fallor) honesta ;
Cynthia namque anima es, corque, Sabella, meum.
Ut sine corde nequit corpus mortale vigere :
Sic anima erepta corpus inane perit.
Vivam igitur longum ut saeclum, vos stamina nostrae
Vitae, oculis animam, corque vovete sinu.

(in Carmina illustrium poetarum italorum [tomus quartus], Florence, 1719 [page 118])

Sénèque (4 av. J.-C. – 65 ap. J.-C) : Tout est la proie du temps vorace / Omnia tempus edax depascitur

Tout est la proie du temps vorace, il  sape tout,
De tout, il meut l’assise, et rend tout éphémère.
Fleuves à sec ; la mer enfuie tarit les grèves ;
Effondrement des monts ; et les hauteurs s’écroulent.
Et de plus grand ? – La masse admirable du ciel
D’un coup brûlera toute en sa propre fournaise.
La mort veut tout. Périr : la loi, et non la peine.
Ce monde, un jour viendra qu’il ne sera plus rien.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Omnia tempus edax depascitur, omnia carpit,
Omnia sede movet, nil sinit esse diu.
Flumina deficiunt, profugum mare litora siccat,
Subsidunt montes et juga celsa ruunt.
Quid tam parva loquor ? molis pulcherrima caeli
Ardebit flammis tota repente suis.
Omnia mors poscit. Lex est, non poena perire.
Hic aliquo mundus tempore nullus erit.

(in Anthologia latina ; attribué à Sénèque)

Giovanni Pontano (Joannis Pontanus) (1429-1503) : La jeune fille à la peau sombre / Loquitur puella fuscula

J’ai la peau sombre, et tirant vers le noir, et même
Sur mon sombre avant-cœur sont noirs mes mamelons :
Et donc ? La nuit est noire, et sombre la ténèbre,
On rend culte à Vénus par ténèbres nocturnes,
La nuit brigue Vénus, et Vénus les ténèbres,
Et les nuits, de Vénus, enténébrées, font les
Délices, quand nichée dans le sein des garçons
Elle excite leurs jeux et leurs effronteries.
Aussi, dans ces ténèbres dissimulatrices,
Dans ces dissimulations enténébrées,
Du long sur quelque couche, unis dans le repos,
Faisons venir Vénus : et vaincus de plaisirs,
Composons la ténèbre, attendant que du somme
Nous éveille Vénus au lever du soleil.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


Quod sim fuscula, quod nigella, et ipsae
fusco in pectore nigricent papillae,
quid tum ? Nox nigra, fusculae tenebrae,
nocturnis colitur Venus tenebris,
optat nox Venerem, Venus tenebras,
et noctes Venerem tenebricosae
delectant, pueri in sinu locata
lusus dum facit improbasque rixas.
Ergo his in tenebris latebricosis,
his nos in latebris tenebricosis,
lecto compositi, quiete in una,
ductemus Venerem, toroque vincti
condamus tenebras, sopore ab ipso
dum solis Venus excitet sub ortum.

(in Hendecasyllabi [1.20], première édition : 1505)


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Giovanni Pontano (Joannis Pontanus) (1429-1503) : Les tourterelles et l’amour / Turtures alloquitur sciscitans eas de amoris natura

Sur un rameau couplés et branchant de concert,
Qui de concert chantez, aventureux oiseaux,
Et jouez de concert à gorge harmonieuse,
Quand d’amour concertant, et concertant de zèle,
Vous concertez d’un soin fidèle dans l’amour
(Car les nôtres varient fréquemment, nos amours),
Vous, aimables oiseaux, à l’amour si pareils,
Exemple concertant de la foi conjugale,
Dites-moi, je vous prie : quelle force est d’amour,
Si durement constante et qui se désaccorde ?
Car si l’amour se pait de chaleur et de feu,
Pourquoi donc les amants, fréquemment malheureux,
Tremblent, saisis de froid, et sous l’effet d’un gel
Par toute leur poitrine ont le sang qui se fige ?
Si cette force est froide et que d’un même gel
Elle fait frissonner ensemble toutes moelles,
Pourquoi donc les amants, fréquemment malheureux,
Brûlent tacitement de chaleur et de feu,
Par toute leur poitrine ont le sang qui s’embrase ?
Quelle est donc, qui varie fréquemment, cette force
Régissant tour à tour la chaleur et le gel ?
Ô dites-le-moi donc, vous, aimables oiseaux,
Exemple concertant de la foi, de l’amour.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


Quae ramo geminae sedetis una
atque una canitis, vagae volucres,
una et gutture luditis canoro,
cum vobis amor unus, una cura,
unum sit studium et fidele amoris
(nostri nam variant subinde amores),
vos, blandae volucres, amoris instar,
exemplum fidei iugalis unum,
quae vis, obsecro, dicite, est amoris
tam constans male dissidensque secum?
Nam, si pascitur e calore et igni,
cur, o cur miseri subinde amantes
frigescunt simul et tremunt geluque
toto pectore sanguis obrigescit?
Sin est frigida vis geluque ab ipso
horrescit simul omnibus medullis,
cur, o cur miseri subinde amantes
uruntur tacito calore et igni,
toto et pectore sanguis ustilatur?
Quaen haec tam varians subinde vis, ut
alternis calore imperet geluque?
Vos o dicite, blandulae volucres,
exemplum fidei atque amoris unum.

(in Hendecasyllabi [1.22], première édition : 1505)


D'autres textes de Pontano sur ce blog :

 

Teofilo Folengo (1491-1544) : Éloge des femmes

……..Pas de femme
Pour, reniant le ciel et invoquant le diable,
Passer toutes les nuits à perdre son argent,
Perdre manteau, chemise, et perdre sa culotte,
Jouant à la bouillotte, au craps, ou aux tarots.

……..Pas de femme
Pour habiter les bois, spolier et tuer,
Brigandant, les passants, fréquenter un Palais
Bien pire que les bois, voler, gruger, flouer,
Truander orphelins indigents, pauvres veuves.

……..Pas de femme
Pour repaître de chair oiseaux de proie rapaces,
Braques de soupe, et de pain blanc ses lévriers.

……..Pas de femme
Pour, entendant heurter sa porte l’affamé
Mendigot haillonneux quêtant un bout de pain,
Lui dire : Va en paix, ne brise pas ma porte.

……..Pas de femme
Pour dépraver les gars ni violer les filles,
Usurer, écheler nuitamment les fenêtres,
Pratiquer l’alchimie ni rogner la monnaie
– Pour, suivant les armées, voler le bien d’autrui.

Ces dignes actions, ces vertueux exploits,
Ce sont les faits de l’homme, à qui seul Dieu donna
Sublimité de cœur, être, et subtilité
D’esprit, grave sagesse et solide raison.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Foemina non, coelum renegans, chiamansque diablum,
noctibus integris stat ludens perdere scudos,
perdere mantellum, camisam, perdere bragam,
sive sbaraino, seu cricca, sive tarocco.
Foemina non habitat boscos, non spoiat, amazzat
ladra viandantes, non praticat illa palazzum
peiorem boschis, ut robbet, strazzet, abarret,
scortighet orphanulos nudos, viduasque tapinas.
Foemina non cibat osellazzos carne rapaces,
non suppis braccos, non blanco pane levreros;
non quando sentit portam chioccare famatum,
strazzosumque inopem, panisque rogare tochellum:
–Vade–ait,–in pacem, nec voias frangere portam.–
Foemina non stuprat pueros, sforzatque puellas,
non dat ad usuram, non scalat nocte fenestras,
non facit alchimiam falsam, tosatque monetam,
non seguitans campum quae sunt aliena rapinat.
Hae sunt impresae dignae, sanctaeque facendae,
sunt bene gesta viri, cui summa potentia soli
cor sublime dedit, dedit esse, deditque vedutam
ingenii, sennumque gravem, saldamque rasonem.

(in Baldus [1517], livre VI, vers 476 – 496)

Teofilo Folengo (1491-1544) : Les quatre saisons

I – Le printemps

La terre vêt déjà sa jupe chamarrée,
Les beaux prés sont couverts de fleurettes nouvelles,
Et les montagnes rient, les bosquets reverdissent,
L’oiselle va cherchant son compagnon chéri.
Froid rampe le lézard sur les murailles chaudes,
La bonne abeille met à sac les champs fleuris,
La sagace fourmi sort de sa cache à grains,
La grenouille s’enquiert d’où va le pèlerin.
La pastoure au matin chante son amoureux :
Elle a pour lui tressé toutes sortes de roses
……………En galantes couronnes.

II – L’été

Chaud, l’Apollon déjà fend le sol enflammé,
Roustissant tous les champs de son feu dévorant.
Adagio pour sa charrette, et lents chevaux !
Sa dextre même est lasse, à tirer sur la bride.
Sous l’avoine mûrie blondit toute la plaine :
Les petits des chevaux ne mangent plus d’ivraie.
Chante jusqu’à crever sur le pieu la cigale,
La mouche à bœuf cherche des crosses aux mâtins.
Le plouc, brûlé, supporte à peine sa chemise,
Chez les Teutons, la cave est toujours grande ouverte.

III – L’automne

Mère Nature, pour nourrir les faims d’hiver
Stocke en ses magasins maintes provisions.
La fourmi porte sa glanée vers ses greniers,
L’abeille met le miel en ses cireuses ruches.
Pour ses bœufs, le bouvier fait des bottes de foin,
Et toi pareil, joli berger, pour tes moutons.
Quel vacarme sortant de ces caves obscures
Où pour le vin nouveau l’on prépare les fûts !
Le valet soûl remplit de rafle les tonneaux
Et chantent les Teutons « ohé, ohé, je trinque ! »

IV – L’hiver

Ce gredin de Borée déjà souffle des Alpes,
Dépouillant tous les bois de ce qui les parait.
Fleuves sont pris de glace, et les champs de gelée,
Et le brouillard partout disperse ses chandelles.
L’escargot se tient coi, huis clos, dans sa coquille.
La mouche meurt de froid, la cigale de faim.
Une vieillarde cuit pour le repas des raves,
Ne mangeant pas, tant que n’est vide sa quenouille.
D’insomnieux pédants pâlit la lampe à huile,
– Étudiant, jouis de la nuit mélancolique.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

I – De primavera

Multicoloritam recipit iam terra camoram
Bellaque florettos dat pradaria novos.
Montagnae rident, boscamina virda fiuntur,
Qua eque sibi charum cercat osella virum.
Frigida per caldas rampat luserta muraias
Et bona florigeros pecchia sachezzat agros.
Exit graniferas formica sacenta masones
Ranaque domandat quo peregrinus eat.
Pastorella suum cantat damatina morosum,
Cui texit variis serta galanta rosis.

II – De aestate

Caldus afogatum iam schiappat Apollo terenum
Cunctaque boiento brostolat arva foco;
Vult eat addagium pigris carretta cavallis
Ipsaque straccatur dextra tirando briam.
Omnia maturis ita flavent rura biavis,
Ut iam polledris fraina negatur equis.
Cantat supra palum crepatque canendo cicala,
Stigat mastinos mosca tavana canes.
Arsus comportat villanus apena camisam,
Caneva Todeschis semper aperta manet.

III – De autumno

Ut cibet Invernum mater Natura famatum,
Multa magazzenis stipat edenda suis.
Formichetta trahit segetum ad granaria somas
Mellaque ceratis condit apetta casis.
Stramina pro bobus mangianda bovarus adunat
Idque facis pegoris, bel pegorare, tuis.
Rumor ab obscuris cantinis maximus exit,
Dum cerchiant vino vasa paranda novo.
Mustolenta replet graspis fameia tinazzos
Todeschique canunt: « Ehu ohe, trincher io ».

IV – De inverno

Tornat Hyperboreis iam Borra gaioffus ab Alpis,
Manticibus sfoliat qui nemus omne suis.
Flumina deventant vitrum campique biacca,
Brumaque candelas spargit ubique suas.
Cheta stat in gusso foribus limaca seratis,
Frigore iam moritur mosca, cigala fame.
Vecchiarella parat coctae convivia rapae
Nec pransat, nisi sit voda conocchia prius.
Pallidat insomnes oliosa lucerna pedantos,
Tuque malenconica nocte, studente, godis.

(in Epigrammata [1520])

Jean Bonnefons (1554-1614) : Tétons mordus, amour fichu ? / Dens

Dent félonne, funeste, et trois fois scélérate,
Très exécrable dent, dent de sinistre augure,
Fus-tu donc si osée que d’accomplir ce crime :
Les tétons, les tétons, oui, de ma Pancharis,
Vénérés de Vénus comme de Cupidon,
Tu les as donc meurtris de féroces morsures ?
N’as-tu pas, malheureuse, idée de la puissance
Divine dont sur toi tu fouettes le courroux ?
– Attenter aux tétons de ma Pancharis, c’est
Tout ensemble attenter aux Vénus et aux Rires,
Et aux Amours, à tout l’essaim des Charités !

Mais toi, ma Pancharis, ma câline, ne va
Contre moi t’irriter de cet impie forfait !
Tes yeux m’en sont témoins, tes yeux, ces mêmes yeux
Que j’aime bien plus fort que mes propres pupilles,
Vénus m’en est témoin, à qui tu es vouée,
(Nul dieu n’est à mes yeux plus grand ni plus sacré) :
Je n’avais pas dessein de meurtrir tes tétons,
Je n’avais pas dessein d’offenser la Déesse.

En vérité, lorsque m’est apparue, superbe,
La somptuosité de tes tétontounets,
Quelque ardeur me poussant à vouloir les baiser,
Brûlant trop ardemment, en accès de délire,
Les pressant à l’excès, je les ai mordillés.
Voilà quel est mon crime et mon impie forfait,
Pour lequel je voudrais subir mille supplices,
Pour lequel je voudrais subir mille tourments […]

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

O dens improbe, dire, ter sceleste,
Dens sacerrime, dens inauspicate,
Tun’ tantum scelus ausus ut papillas
Illas Pancharidis meae papillas,
Quas Venus veneratur et Cupido,
Feris morsibus ipse vulnerares ?
Ne tecum reputas miselle, quanti
In te numinis excitaris iras ?
Qui dum Pancharidem meam lacessis,
Omnes et Veneres, jocos, amores,
Et quantum est Charitum simul lacessis.
At tu hoc pro scelere impioque facto
Ne mi irascere blanda Pancharilla,
Namque testor ego tuos ocellos,
Amo quos ego plus meis ocellis,
Et testor Veneris tuumque numen,
Quo majus mihi sanctiusque nullum.
Non has laedere mens fuit papillas
Non has mens mihi Diva vulnerare.
Verum ut se exeruit mihi superbus,
Tuarum ille decor papillularum
Et has impulit ardor osculari,
Ipse ardentius aestuans furensque,
Compressi has numium atque vellicavi.
Hoc meum scelus impiumque factum est
Pro quo mille adeo subire poenas,
Pro quo mille velim subire caedes […]

(in Pancharis, IV, vers 1-27 [1587])

Jean Bonnefons (1554-1614) : Envoi de fleurs

Je t’envoie des fleurs de tons différents,
Une rose blanche, une rose rouge.
Celle-là voyant, songe voir ce blanc
Qui pâlit les traits de ton pauvre amant.
Quand tu verras celle infuse de rouge,
Songe voir son cœur, de feu rougeoyant.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

En flores tibi mitto discolores,
Pallentemque rosam et rosam rubentem.
Illam cum aspicies, miselli amantis
Puta pallidulos videre vultus.
Cum tueberis hanc rubore tinctam,
Putes igne rubens cor intueri.

(in Pancharis, XXIV [1587])

Conrad Celtis (1459 – 1508) : Apprendre le latin en s’embrassant / De munere et epistola sibi ab Ursala missa

[…] Ursule, à supposer que Dieu me prête vie,
– Et si perdure encor notre amour débutant –,
Je t’enseignerai l’art du poème latin.
D’un plectre harmonieux, tu toucheras ma lyre,
Ma langue instillera les mots entre tes lèvres,
Indiquant à ton vers la longueur des syllabes :
Pour toi je marquerai de longs baisers les longues,
Et te bécoterai quand viendra quelque brève :
Tu apprendras ainsi tous les mots du latin […]

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

[…] Ergo fata meam si ducant Ursula vitam
Inceptusque manet si modo noster amor,
Carmina romanis doceam te scribere verbis
Pulsabisque meae plectra canora lyrae.
Tunc mea lingua tuis infundet verba labellis
Et dabitur versu syllaba quaeque tuo:
Hanc tibi nunc longam per basia longa notabo,
Oscula rapta dabo cum brevis ulla venit.
Omnia Romanae sic disces verba loquelae […]

(in Liber amorum [1502] III, 9, vers 55 – 63)

Richard Crashaw (1613 [?] – 1649) : Une épitaphe / Epitaphium

Toi qui goûtant, paisible, à l’âge de nectar,
Et, reflet de l’espoir doré de la jeunesse,
Ignores que s’en vont les purpurins soleils,
Ignores les carcans, la nuit ferrugineuse
Des geôles des Enfers et leur terrible maître,
Et regardes de loin la tremblante vieillesse :

Apprends ici les pleurs, ici faisant ta halte.
Ici, oui, sache-le, ici, dans ce réduit,
Des espoirs par milliers et par milliers des joies
Se vêtirent de longue, hélas !, trop longue nuit,
La torchère enflammée de l’ardente jeunesse
Fut noyée sous les eaux des infernaux paluds.

– Tu peux te refuser aux pleurs de la douleur :
Ici tu subiras les pleurs de l’épouvante.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Quisquis nectareo serenus aevo
Et spe lucidus aurea juventae
Nescis purpureos abire soles,
Nescis vincula, ferreamque noctem
Imi carceris, horridumque Ditem,
Et spectas tremulam procul senectam,
Hinc disces lacrimas, et hinc repones.
Hic, o scilicet hic brevi sub antro
Spes et gaudia mille, mille longam
(Heu longam nimis) induere noctem.
Flammantem nitidae facem juventae,
Submersit Stygiae paludis unda.
Ergo si lacrimas neges doloris
Huc certe lacrimas feres timoris.

(in The Delights of the Muses [1646])