Catulle : XXV, contre Thallus / XXV. ad Thallum

Thallus, pédé, plus mou que poil de lapinet,
Que fin duvet d’oiselle ou lobule d’oreille,
Que flasque vit de vieux, que gîte d’arentèles,
Thallus, plus grappilleur qu’orage forcené
Quand au dressing les gardes bâillent à la lune :
Rends-moi, que tu m’as chapardés, mon pardessus,
Mon mouchoir espagnol et mes broderies turques,
Que tu portes, Couillon, comme hérités des tiens !
Déglue-moi ça de tes pinceaux, rends-moi mes biens !
– Sinon je vais, à coups cuisants de trique, inscrire
La honte sur tes reins et tes fesses mollettes,
Et te faire ginguer tel un frêle navire
Pris sur la vaste mer dans un vent de tempête.

***

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

***

Cinaede Thalle, mollior cuniculi capillo
vel anseris medullula vel imula oricilla
vel pene languido senis situque araneoso,
idemque, Thalle, turbida rapacior procella,
cum luna vestiarios ostendit oscitantes,
remitte pallium mihi meum, quod involasti,
sudariumque Saetabum catagraphosque Thynos,
inepte, quae palam soles habere tamquam avita.
Quae nunc tuis ab unguibus reglutina et remitte,
ne laneum latusculum natesque mollicellas
inusta turpiter tibi flagella conscribillent,
et insolenter aestues, uelut minuta magno
deprensa navis in mari, vesaniente vento.

Catulle : XIII, pour Fabullus / XIII. ad Fabullum

Qui est Catulle ?


Je t’offrirai, mon Fabullus, un bon dîner
dans peu de jours – les dieux voulant te l’accorder –
si venant tu pourvois à l’abondante et fine
chère, sans oublier ni la blanche gamine
ni le vin ni le sel, ni tous les mots d’esprit.
Que si tu y pourvois, dis-je, mon bel ami,
je t’offrirai un bon dîner … car l’escarcelle
de ton ami Catulle est pleine d’arantèles.
Tu auras en retour mon pur empressement ;
voire plus de douceur et de raffinement :
car je te donnerai d’un baume qu’à ma môme
ont donné Cupidons et Vénus ; son arôme
est tel que tu prieras les dieux, l’ayant humé,
de faire, Fabullus, de tout ton être un nez !


Cenabis bene, mi Fabulle, apud me
paucis, si tibi di favent, diebus,
si tecum attuleris bonam atque magnam
cenam, non sine candida puella
et vino et sale et omnibus cachinnis.
Haec si, inquam, attuleris, venuste noster,
cenabis bene; nam tui Catulli
plenus sacculus est aranearum.
Sed contra accipies meros amores
seu quid suavius elegantiusve est:
nam unguentum dabo, quod meae puellae
donarunt Veneres Cupidinesque,
quod tu cum olfacies, deos rogabis,
totum ut te faciant, Fabulle, nasum.

Les traductions originales de ce blog, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Enea Silvio Piccolomini (1405-1464) : Nénette à son amant / Puella in Amatorem

Tu m’appelles de nuit, mais la nuit je la dois
À mon mari ; c’est mal, de bafouer ses droits.
Il passe tout le jour dans le champ de son père :
Pourquoi de nuit, puisque tu peux à la lumière ?
Tu as peut-être peur que je te voie tout nu ?
À aimer dans le noir, moi, mon plaisir est nul !
Que sert, de nuit, aux filles d’être bien fichues ?
– Plus d’une vieille bique y trompe son crédule.
Pour me faire plaisir : viens donc plutôt de jour !
Car dans le noir, je ne te trouve aucun glamour.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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Noctu me quaeris, sed habet me nocte maritus:
jura maritorum laedere, crede, nefas.
Ille diem patrio totam consumit in agro:
cur me nocte petis, tempora lucis habens?
Forsitan et totus nudusque viderier horres?
Mi tenebrosa potest nulla placere venus.
Quid prodest noctu formosas esse puellas?
Saepe fuit juvenis credita turpis anus.
Ergo placere magis si vis mihi, luce venito:
nam mihi per tenebras gratia nulla tui est.

(in Carmina selecta, 1, carmen 66b)

Jean Second / Johannes Secundus (1511-1536) : Les Baisers, 4 / Basia, IV

Les baisers de Néère ont le goût du nectar,
Ils coulent dans le cœur comme rosée doucette
Avec un goût de thym, de cannelle, de nard
Et de miel butiné sur les monts de l’Hymette
Par l’abeille d’Attique ou parmi les rosiers,
Çà et là, protégé de cire virginale,
Et mis sous le couvert de corbeilles d’osier.

Qu’à pleine bouche elle m’en donne d’innombrables,
Je me transformerai d’un coup en immortel,
Et jouirai des repas des plus grands de nos dieux.
Mais épargne, Néère, épargne-moi un tel
Don, ou te fais déesse avec moi dans les cieux :
Sans toi ne veux paraître à la table des dieux,
Dussent – sauf Jupiter – les Très-Hauts m’obliger
À tenir le haut bout dans le rouge empyrée.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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Non dat basia, dat Neaera nectar,
dat rores animae suaveolentes,
dat nardumque, thymumque, cinnamumque,
et mel, quale iugis legunt Hymetti,
aut in Cecropiis apes rosetis,
atque hinc virgineis et inde ceris
saeptum vimineo tegunt quasillo.

Quae si multa mihi voranda dentur,
immortalis in iis repente fiam,
magnorumque epulis fruar deorum.
Sed tu munere parce, parce tali,
aut mecum dea fac, Neaera, fias:
non mensas sine te volo deorum:
non si me rutilis praeesse regnis,
excluso Iove, di deaeque cogant.

Giovanni Pontano (Joannis Pontanus) (1429-1503) : Pour Terina / Ad Terinam

Avec toi je voudrais, si je puis, Terina
– Chat ou pas dans la gorge, et goutte au nez ou pas –,
Avec toi réchauffer toutes nuits de frimas.

Ô nuits où j’atteindrai jusqu’au septième ciel !
Ô sommeils sans limite et titillés d’envies !
Moi que, ma Terina, sur ta couche attiédie,
Moi que réchaufferont tes brassées fraternelles,
Moi que, coquinement, de tes lèvres rosées
Tu suceras tandis… que tu seras baisée.
– Ô nuits où j’atteindrai jusqu’au septième ciel !

N’y va pas, Terina, d’un doigt qui soit féroce,
N’y va pas, Terina, d’une canine rosse.
Ah oui, faisons tomber au sol le couvre-lit,
Faisons danser au lit la danse de saint-guy !
N’y va pas Terina, d’aucune cruauté,
Ou alors voici l’art dont tu peux y aller
(Et procède avec moi suivant cette leçon) :

Souffre tantôt d’être vaincue, et tantôt non,
Prodigue tes baisers, puis refuse-les-moi.
Mêle aux larmes le rire, aux chichis les émois,
Et tempère d’amer le sucre de tes mots.

À terme, tu pourras, ô Terina, bientôt
Te livrer avec moi à des jeux apaisés,
Et ceignant le vieillard de tes tendres brassées
Lui donner des plaisirs un peu plus délicats,
Lui tenir des propos un tantinet grivois,
Modeler la débauche en moule plus fripon,
T’adonner à des jeux gentiment polissons,
Et consacrer la nuit à d’amoureux ébats
Jusqu’au point du sommeil tiré de tes yeux las.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


Tecum, si liceat, velim, Terina,
(me tussis licet et premat gravedo)
tecum has frigidulas fovere noctes.

O noctes mihi ter quater beatas,
o somnos sine fine prurientes,
me cum sub tepido, Terina, lecto,
me cum sub teneris fovebis ulnis,
me cum roscidulis procax labellis
et suges simul osculaberisque.
O noctes mihi ter quater beatas.

Ne tu, ne digitis, Terina, saevi,
ne saevi aridulo, Terina, dente.
Ah quid pallia lectulo excidere?
Ah quid lectulus ipse subtremescit?
Ne saevi, rogo, ne, Terinna, saevi.
Sic, sic, o mea, saevias licebit,
hac mecum ratione litigato:

nunc vinci patiare, nunc repugna,
et nunc oscula porge, nunc negato.
Nunc risum lacrimis iocisque fletum
misce et dulcia verba tinge amaris.

Haec cum feceris, o Terina, mox te
ad lusus placidos resolve mecum,
complexa et teneris senem lacertis
ludas delicias venustiores,
dicas blanditias procaciores,
fingas nequitiam proterviorem,
et ludos, age, fac licentiores
et noctem quoque duc amantiorem,
dum lassis sopor instet ex ocellis.

(in Amores, 1513)


D'autres textes de Pontano sur ce blog :

Jean Second / Johannes Secundus (1511-1536) : Les Baisers, VII / Basia, VII

Des cents et des cents de baisers,
Et par centaines de milliers,
Des baisers par milliers de mille,
Par milliers de milliers, autant
Qu’embrasse la mer de Sicile
De gouttes d’eau, qu’il est au ciel
D’étoiles : sur tes joues de pourpre,
Tes lèvres tendrement gonflées,
Sur tes yeux tendrement jaseurs,
Je poserai, toujours ardent,
Ô, Nééra, ô ma charmante !

Mais que tout entier je m’abouche
Comme conque à tes joues de rose
Comme conque à tes lèvres rouges,
À tes yeux tendrement jaseurs,
Je n’ai loisir de contempler
Tes lèvres, ni tes joues de rose,
Ni tes yeux tendrement jaseurs,
Ni tes sourires caressants :

Eux qui – tel Apollon purgeant
Le ciel de ses nuages sombres
Et, parmi l’azur apaisé,
Brillant sur ses pur-sang gemmés,
Étincelant dans l’orbe blond –
D’un mouvement doré repoussent
Les larmes de mes joues, de mon
Cœur les soucis et les soupirs.

Ah suis-je malheureux ! – mes yeux
Sont donc en guerre avec mes lèvres ?
Moi qui ne pourrais endurer
De rival, fût-ce Jupiter,
Leurs rivaux devenus, mes yeux
Ne peuvent supporter mes lèvres.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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Centum basia centies,
centum basia millies,
mille basia millies,
et tot milia millies,
quot guttae Siculo mari,
quot sunt sidera caelo,
istis purpureis genis,
istis turgidulis labris,
ocellisque loquaculis,
ferrem continuo impetu,
o formosa Neaera!

Sed dum totus inhaereo
conchatim roseis genis,
conchatim rutilis labris,
ocellisque loquaculis,
non datur tua cernere
labra, non roseas genas,
ocellosque loquaculos,
molles nec mihi risus;

qui, velut nigra discutit
caelo nubila Cynthius,
pacatumque per aethera
gemmatis in equis micat,
flavo lucidus orbe,
sic nutu eminus aureo
et meis lacrimas genis,
et curas animo meo,
et suspiria pellunt.

Heu, quae sunt oculis meis
nata proelia cum labris?
Ergo ego mihi vel Iovem
rivalem potero pati?
Rivales oculi mei
non ferunt mea labra.

Andrea Navagero (en latin Andreas Naugerius) (1483 – 1529) : Epigrammes votives

Ces épigrammes votives sont directement
 inspirées de celles de l'Anthologie palatine,
 dont on trouve sur ce blog quelques traductions

Brises dorées, légèrement ailées, courant,
Murmurant – bruit plaisant – dans les hautes forêts,
Idmon, le laboureur, vous donne ces bouquets,
Vous offre à pleins paillons le crocus odorant.
Tempérez l’air, et entraînez les menues pailles
Quand il vanne à midi le fruit de ses semailles.


Ce cep, toujours fertile en grappes généreuses,
Qui jamais n’a déçu les attentes du maître,
Pour l’heure encor beaucoup fleuri : Bacchus, Damis
Le vigneron te le consacre de lui-même.
Ô dieu, fais-lui, tien devenu, tenir promesse,
Et que tout le vignoble ait du fruit comme lui.


Vivant pareil amour, moi Thysis qui cultive
Le bout de champ voisin, et avec son Thyrsis
Ma fidèle Napé, nous déposons ici
Pour toi, Vénus, ces amarantes immortelles
Entrelacées de lis en nattes consacrées :
Déesse, accorde notre amour à leur modèle,
Inaltérable au temps, et fleurissant toujours.
Qu’il soit pur et que brille en nos cœurs un éclat
Semblable au blanc des lis campé sur les feuillages.
Ainsi que ces deux fleurs nouées en tresse unique,
Qu’un fil unique noue de même nos deux âmes.


Les deux coupes qu’il porte, emplies de vin nouveau,
Acmon qui vigneronne un fertile coteau
Joyeusement les offre aux satyres gourmands
De vendange et à toi, de vendange parent,
Bacchus ! qui le premier t’en vins planter la vigne.
Conserve son vignoble indemne de rapine,
Et fais que ton raisin y croisse abondamment.


Aurae, quae levibus percurritis aera pennis,
et strepitis blando per nemora alta sono,
serta dat haec vobis, vobis haec rusticus Idmon
spargit odorato plena canistra croco.
Vos lenite aestum et paleas sejungite inanes,
dum medio fruges ventilat ille die.


Hanc vitem, multa quae semper fertilis uva
haud unquam domini fallere vota solet,
nunc etiam large florentem, consecrat ipse
vineti cultor Damis, Iacche, tibi.
Tu face, dive, tua haec spem non frustretur, et hujus
exemplo fructum vinea tota ferat.


Illi in amore pares, vicini cultor agelli
Thyrsis, cumque suo Thyrside fida Nape,
Ponimus hos tibi, Cypri, immortales amarantos
Liliaque in sacras serta parata comas:
Scilicet exemplo hoc, nullo delebilis aevo
Floreat aeternum fac, dea, noster amor.
Sit purus, talisque utriusque in pectore candor,
In foliis qualem lilia cana ferunt.
Utque duo hi flores serto nectuntur in uno,
Sic animos nectat una catena duos.


Quae duo fert collis fecundi vinitor Acmon
expressi primum cymbia plena meri,
haec avidis musti satyris mustique parenti
dat jucunde tibi vitis, Iacche, sator.
Illi illaesa suis linquant vineta rapinis,
tu tua fac largis auctibus uva fluat.

(in Lusus [II, IV, XIII, XV], in Carmina quinque illustrium poetarum [1548])


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

D'autres poèmes d'Andrea
Navagero sur ce blog : 

Thomas Campion (1567 – 1620) : Élégie

On n’a jamais cessé d’écrire en latin, langue universelle au moins jusqu’au XVIIè siècle en Europe, et de composer des poèmes dans une langue qui n’est certes plus tout à fait celle de Virgile ou d’Horace, mais qui en respecte la métrique. Témoin l’Anglais Thomas Campion, poète et musicien, à qui l’on doit 18 courtes élégies, inspirées de Tibulle et de Properce, dont voici la première, datée de 1619, qui développe le motif de l’écho traité par Ovide dans ses Métamorphoses.

Comme année, lune et jour étaient en leur printemps,
– Et en son doux printemps, Estelle, aussi ton âge –,
Je te vis qui cueillais de printaniers bouquets
De ta main blanche ; et dis : « Du printemps tu seras
La déesse » ; et l’Écho de répondre à voix tendre
« Déesse », se jouant, en nymphe imitatrice,
De mes souhaits ; de répéter, à peine émis,
Les soupirs si nombreux que m’inflige l’Amour
Lorsque je te contemple. Il faut que je me taise
Pour qu’il se taise – mais : qu’il me cuit de me taire !
Dis-je un mot, je subis son caquet de déesse.
Vénus, amie sournoise du printemps, attise
De ses flammes le sang généreux de nos veines,
Et l’Amour, tout aussi cruel, larde nos cœurs
De traits mordants lancés de sa main sans pitié.
« Pauvre, dis-je, de moi », « agressé de partout ! »
« Tout », me redit l’écho. « Dis-moi de qui tu parles,
Serait-ce pas d’Estelle ? » Il me répond « C’est elle »
Je sens l’oracle hélas trop exact et fatal :
C’en est fait : cette flamme allumée au printemps,
Jamais aucun hiver ne la refroidira.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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Ver anni lunaeque fuit: pars verna diei;
verque erat aetatis dulce, Sybilla, tuae.
Carpentem vernos niveo te pollice flores
ut vidi, dixi, « tu dea veris eris. »
Et vocalis « eris » blanditaque reddidit Eccho;
allusit votis mimica nympha meis.
Vixdum nata mihi simulat suspiria, formam
quae dum specto tuam plurima cudit Amor.
Si taceo, tacet illa; tacentem spiritus urit:
si loquor, offendor garrulitate deae.
Veris amica Venus fetas quoque sanguine venas
incendit flammis insidiosa suis.
Nec minus hac immitis Amor sua spicula nostro
pectore crudeli fixit acuta manu.
« Heu miser, » exclamo, « causa non laedor ab una; »
« una, » Eccho resonat; « quam, rogo, diva, refers?
Anne Sybillam? » « illam, » respondit: sentio vatem
mox ego veridicam fatidicamque nimis:
nam perii, et verno quae coepit tempore flamma,
jam mihi non ullo frigore ponet hiems.

Johannes Kühn (né en 1934) : Attablé désormais / Nun mit den Raben am Tisch

Attablé désormais à la campagne avec les corbeaux et quémandant
eux du pain
moi de l’amitié.

Elle est morte, l’époque
où nous nous retrouvions
pour louer la beauté,
jour ou fête,
jeune fille,
chanson nouvelle
traversant la campagne
en marche triomphale.

L’hiver a fait son nid
dans l’œil et dans la bouche,
opprimant le jardin
où nous nous asseyions naguère
et où l’étoile du berger
parvenait sans encombre parmi nous.

Sachant
que plus va l’âge il nous transforme et nous plonge dans le malheur,
sachant
que le souffle le plus ardent meurt brusquement sur la bouche la plus rouge,
je ne mendie
devenu sourd, aucun ciel.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. 
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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Nun mit den Raben am Tisch des Lands und klagend,
sie nach Brot,
ich nach Freundschaft.

Gestorben ist die Zeit,
wo wir uns fanden,
ein Schönes anzuloben,
Tag oder Fest,
ein Mädchen,
ein neues Lied,
das in Siegsfahrt
durchs Land zog.

Es hat sich der Winter eingenistet
in Aug und Mund.
Er knechtet den Garten,
in dem wir sonst saßen,
und wo der Abendstern
gut in unsere Mitte kam.

Wissend,
daß das Alter uns weiter ändert ins Unglück,
wissend,
daß der heißeste Atem wegstirbt am rötesten Mund,
bettle ich,
stumm geworden, an keinem Himmel.

Johannes Kühn (né en 1934) : Au café / im Gasthaus

Dans la bière jaune
le soleil jaune tombe.
Les ombres, hommes noirs,
aboient à leur table.

La patronne chenue s’empresse au robinet
qui prodigue ses dons
de client à client.
Et un air âcre
attrait les mouches,
les essaims se disjoignent
autour de gouttelettes sur le sol.

Moi assis dans mon coin,
le client qu’on évite,
de qui s’approche juste une vague de rires,
comme une mer venant
se briser sur mon front,
je réfléchis à la suée de ma monnaie.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. 
Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

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Ins gelbe Bier
die gelbe Sonne fällt.
Die Schatten, schwarze Männer,
bellen an den Tischen.

Die weiße Wirtin eilt zum Kranen,
der verschenkt
von Gast zu Gast.
Und herber Duft
lockt Fliegen an,
die Schwärme vereinzeln sich
um kleine Tropfen auf dem Boden.

Ich Winkelgast,
gemieden,
nur besucht vom welligen Gelächter,
das als Meer mir
an die Stirne spült,
bedenke, daß mein halber Groschen schwitzt.

(in Mit den Raben am Tisch [2000, Hanser Verlag])