Martial / Marcus Valerius Martialis (40 – 104 [?]) : Épigrammes 2

Un conseil : fuis les coups fourrés de Grande Pute,
Ô Gallus, plus léger que conques de Cythère !
Tu comptes sur ton cul ? – L’époux n’est pas culbute,
Et ne fait que deux trucs : il suce, ou se fait mettre.


Tu n’as souvent qu’un sou dans tout ton réticule
Et plus usé, Hyllus, que le trou de ton cul :
En verra la couleur ni boulanger ni queux
Mais qui sera nanti d’une imposante queue.
Ton pauvre ventre voit ton cul faire bombance :
Misère ! il meurt de faim ; l’autre s’emplit la panse.


Hyllus, mon gars, tu fous la femme d’un soldat,
Et de peine ne crains que ce qu’on fait aux gars.
Malheur à toi ! Jouant, seras castré ! – Tu dis :
« C’est pas permis ! » Tes faits, Hyllus, ils sont permis ?


Subdola famosae moneo fuge retia moechae,
levior o conchis, Galle, Cytheriacis.
Confidis natibus? Non est pedico maritus;
quae faciat duo sunt: irrumat aut futuit.


Unus saepe tibi tota denarius arca
cum sit et hic culo tritior, Hylle, tuo,
non tamen hunc pistor, non auferet hunc tibi copo,
sed si quis nimio pene superbus erit.
Infelix venter spectat convivia culi,
et semper miser hic esurit, ille vorat.


Uxorem armati futuis, Puer Hylle, tribuni,
supplicium tantum dum puerile times.
Vae tibi! dum ludis, castrabere. Jam mihi dices
‘Non licet hoc’. Quid? tu quod facis, Hylle, licet?


(in Epigrammatum libri II [47 ; 51 ; 60])


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


D'autres épigrammes 
de Martial sur ce blog :

Hölderlin, Friedrich (1770-1843) : Socrate et Alcibiade

Pourquoi toujours à ce jeune homme, saint Socrate,
……Rends-tu honneur ? Ne connais-tu rien de plus grand ?
…………Pourquoi d’un œil énamouré
………………Le regarder comme les dieux ?

Qui pense au plus profond aime le plus vivant ;
……Fleur de l’âge comprend qui regarde le monde,
…………Et à la fin souvent se penchent
………………Les sages sur ce qui est beau.


Warum huldigest du, heiliger Sokrates,
……Diesem Jünglinge stets? kennest du Größers nicht?
…………Warum siehet mit Liebe,
………………Wie auf Götter, dein Aug´ auf ihn?“

Wer das Tiefste gedacht, liebt das Lebendigste,
……Hohe Jugend versteht, wer in die Welt geblickt,
…………Und es neigen die Weisen
………………Oft am Ende zu Schönem sich.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Andrea Navagero (1483-1529) : Rocco Siffredi n’a qu’à bien se tenir…

Que fuis-tu donc, oui quoi, saloperie ?
Crains-tu le poids de mon artillerie ?
– Ou me crois-tu, plutôt, trop mal monté,
Trop chichement, pour toi, enquéquetté ?
Non, non, la miss, ne prends pas la tangente,
Car cet engin, à tes yeux maigre rente,
Mou, qui pendouille – un grenier à poussière ! –
Tripote-le de la bonne manière :
Il surgira, crête en chef, de son froc,
Et prendra telle ampleur – raide et duroc
Conjointement – que tu ne croiras pas
Que de moi c’est un bout, mais penseras
Que moi, plutôt, je suis un bout de lui.


Quid nam, pessima, quid fugis puella ?
Nostrae pondera num times columnae ?
An credor potius parum paratus
et parum tibi mentulatus esse.
Ne recte fuge, ne puella, ne ne !
Namque hic, qui tibi tantulus videtur
languens, pendulus atque araneosus,
idem, si digitis parum titilles,
cristatum caput exeret cucullo
tamque amplo pariter tumore crescet,
rectus turgidulusque ut esse nostri
jam pars non videatur hic, sed hujus
me possis potius putare partem.

(in Lusus, LXVI, in Carmina quinque illustrium poetarum [1548])


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

D'autres textes d'Andrea
Navagero sur ce blog :
D'autres épigrammes obscènes
d'expression latine
de la Renaissance et de l'Antiquité sur ce blog :

Epigrammes votives extraites de l’Anthologie palatine

L'Anthologie palatine est un recueil 
d'épigrammes grecques de l'Antiquité.
Les titres indiqués pour chacune de celles qui suivent 
correspondent au nom de leur auteur.

APOLLONIDAS

Prélevant du rucher la douceur de saison
Cliton le vieil apiculteur t’a fait, ô Pan,
Large libation d’un miel vierge soustrait
Aux rayons parfumés, don du troupeau volant
Sans borne ni berger. Multiplie à foison
Ses essaims, et emplis de nectar mordoré
Les alvéoles – faits de cire – de ses ruches.


ZONAS ( ?)

Cette grenade dont l’écorce se craquèle
Et ce coing duveteux, cette figue ridée
Avec sa queue, son ombilic, et cette grappe
Enivrante et de pourpre, aux grains innumérables,
Cette noix dégagée de son écale verte :
Ces fruits, le jardinier les consacre à Priape,
Dieu des jardins taillé dans un billot de bois,
En offrande rustique et champêtre à la fois.


MUCIUS

À toi Priape qui protèges cette plage,
Pour une prise au creux de leurs solides rets
De maints thons bondissant dans ce golfe aux eaux glauques,
En marque de reconnaissance, des pêcheurs
Ont fait d’humbles présents : une tasse de hêtre,
Un banc dur de bois blanc, une coupe de verre,
Pour que tu puisses délasser après la danse
Ton corps et rafraîchir tes lèvres assoiffées.


PHILIPPE

Une grenade à l’écorce dorée, des figues
À la peau qui se ride, une grappe aux grains roses,
Une pêche odorante au duvet délicat,
Une noix dépassant de son écale verte,
Un concombre soyeux déposé sur ses feuilles,
Et une olive presque mûre en habit d’or :
Lamon le jardinier, Priape, t’en fait don ;
À ses arbres, à lui, donne santé et force.


PHANIAS

Hermès gardien de ce chemin, nous te donnons
Cette grappe de beau raisin, cette portion
D’un onctueux gâteau que l’on cuisit au four,
Une figue bien mûre, une friande olive,
Des parts de tomme ronde, une mesure d’orge,
Des grenades en masse, un verre de vin doux
– Tous mets qui plairaient même à Cypris, ma déesse ;
Et vous, je vous suggère, amis, de sacrifier
Sur le bord du rivage une chèvre aux pieds blancs.


CRINAGORAS

Les roses autrefois fleurissaient au printemps,
Mais au gros de l’hiver nous ouvrons maintenant
Nos calices de pourpre, en sourire à ce jour
De ton anniversaire et du proche hyménée.
Mieux vaut parer le front de la reine d’amour
Que d’attendre un rayon de soleil printanier.


THÉÉTÈTE

– Enfants, soyez heureux ! Quel pays vous vit naître,
Vous qui êtes si beaux, comment vous nomme-t-on ?
– Moi, je suis Nicanor, mon père est Épiorète
Ma mère est Hégéso ; je viens de Macédoine.
– Et moi, je suis Phila, Nicanor est mon frère.
Ces statues de nous deux furent ici placées
À la suite d’un vœu que firent nos parents.


ANTIPHILE

Je suis un coing bien conservé – dirait-on pas
Comme un fruit de saison ? – dans ma première fleur
Et ma jeune pelure, immaculé, bien lisse
Et duveté comme une joue adolescente,
Noué encore à ma native belle branche,
Rare prérogative en ce temps de froidure !
– Mais c’est qu’en ton honneur, ô Suprême déesse,
L’hiver même acquiesce à pareil fruit d’automne.


APOLLONIDAS

Moi, Ménis le pêcheur, je te fais, Diane, don
D’un mulet cuit au gril et d’un goujon du port.
J’ai pour toi de vin pur rempli jusques au bord
Une coupe, et tranché dans ma miche un quignon
– L’offrande est miséreuse, il est vrai, mais pieuse.
Donne-moi – don pour don ! – des nasses toujours pleines
– Car est-il un filet qui point ne t’appartienne ?


PLATON

Moi la fière Laïs qui affolais la Grèce,
Qui avais à ma porte afflux de prétendus,
Je consacre à Vénus mon miroir : car il laisse
Voir celle que je suis, plus celle que je fus.


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Jacopo Sannazaro (1458 [?] – 1530) : Tu es trop vieux pour aimer Cassandre / De Cassandra Marchesia

Cesse de décompter les talents de la Belle,
Cesse de remuer des flambeaux bien éteints :
Car à te rappeler cheveux, front, bras et mains,
Toi-même tu construis tes propres tombe et stèle.
Cassandre emplit tes yeux, Cassandre emplit ton cœur,
Cassandre a tous les droits, hélas, sur ton esprit !
– Le caressant Amour nous gangrène sans bruit.
C’est ainsi que l’on œuvre à – même – son malheur.


Desine formosae dotes numerare puellae ;
Desine jam exstinctas sollicitare faces.
Nam dum saepe comas, frontemque, humerosque, manusque
Commemoras ; proprios exstruis ipse rogos.
Dumque oculis Cassandra, animo Cassandra recursat ;
Cassandra heu mentis jus habet omne tuae ;
Blandus Amor tacitis subrepsit in ossa venenis.
Sic sibi vel fatum quilibet esse potest.

(in Epigrammaton liber II, Actii sinceri Sannazarii opera omnia latine scripta nuper edita [1535] p. 69)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


D'autres poèmes, sur ce blog, 
de Jacopo Sannazaro :

Giovanni Antonio Taglietti (Italie, XVIe siècle) : Envois de fleurs

Bouquet de violettes (Albrecht Dürer)


Violettes, beau don de l’alme Violaine,
Heureux tribut de mes offices, violettes !
Nourries par Flore errant dans les jardins de Chypre ?
Et par Vénus la belle à coups d’ongles cueillies ?

Mieux que récoltes d’Arabie vous embaumez,
Mais la main qui vous offre est par trop violente
– Oui, violente : elle me sait souffrant d’amour,
Et ses présents sont à l’image de mes peines.

Car, si d’un filet d’or elle vous a liées,
Elle a noué mon cœur de ses cheveux dociles ;
Comme vous, malheureux, je suis pâle ; on vous dit
« Violettes » : ses yeux, tyrans !, me violentent.


Ô vous, fleurs que j’adore, offertes au temps faste,
Tenues de blanche main, par une chaste enfant !
De vous j’ai pris grand soin : mais sans vous embrasser,
Mais sans vous arroser d’une eau venue du ciel,
Quand le destin cruel, en sa dure inclémence,
L’eut menée avant l’heure aux champs élyséens.

Que faire ? Abandonné, sans cœur, hélas, dans l’ombre,
C’est à vous, à vous seuls, chers témoins, que je parle.
Je vous porte à présent, fleurs nées sous une heureuse
Étoile ‒ extravaguez ! ‒ d’exquises subsistances :
Pleurs de mes yeux, soupirs de mon cœur ‒ chaque jour
Je vous prodigue l’air et l’arrosage, hélas !

Vous seul soulagement d’un amant malheureux,
Ah, vivez à jamais en place de la morte !


Formosum o violae, munus Violanthidis almae;
Servitii violae praemia grata mei.
Num vos Idaliis aluit vaga Chloris in hortis,
Unguibus et carpsit Cypria pulchra suis?
Panchaeas grato messes superatis odore:
Sed mihi vos nimium dat violenta manus.
Dat violenta manus, miseri quae conscia amantis,
Munera fert poenis aequiparanda meis.
Namque ut vos molli vinctas circumdedit auro.
Me quoque flexilibus nexuit illa comis.
Estis pallentes, infelix palleo: nomen
Est violae, dominae luminibus violor.


O mihi dilecti flores, quos tempore fausto
Tradiderat nivea casta puella manu,
Vos equidem colui : sed nec grata oscula junxi
Nec me rorantes dante bibistis aquas.
At postquam hanc saevi dira inclementia fati
Ante diem sedes misit ad Elysias.
Heu quid agam ? sine corde miser, sine luce relictus
Vobiscum saltem pignora grata loquar.
Et nunc o flores stellis felicibus orti,
(Este vagi) vobis grata alimenta fero.
Fundo oculis lacrymas, suspiria pectore, numquam
Aura, vel effusis deficit miser aquis.
Vos modo vos saltem miseri solamen amantis,
Aeternum extincta vivite pro domina.

(in Carmina illustrium poetarum italorum, tomus nonus [1722], pp. 235-6)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


D'autres épigrammes, sur ce blog, de la même époque 
et sur le thème de la violette :
Nicolas Bourbon (1503-1550) :
Angelo Poliziano (1454 – 1494) :
Giovanni Pontano (1429-1503) :

Sur le thème de la violette 
dans l'épigramme néolatine
Marcos Ruis Sánchez :

 

 

 

Cornelius Gallus (69 – 26 av. J. C.) : Deux courtes (et charmantes) épigrammes amoureuses

Petite, souris-tu, ton regard étincelle,
Un murmure inconnu palpite sur tes lèvres :
Vite, dénoue ta bouche et donne-moi tes mots !

*

Ta gorge embaume la cannelle,
Tout ton être n’est que délice.
Couvre ton sein, dont m’est supplice
La neige rayonnante et belle !
Vois-moi, cruelle, qui languis :
M’abandonner, mort à demi !


Subrides si, virgo, faces jacularis ocellis,
Et tua nescio quo murmure labra sonant ;
Cur non ora mihi jamdudum in verba resolvis ?

*

Sinus expansa profert cinnarna:
Undique surgunt ex te deliciæ.
Conde papillas, quæ me sauciant
Candore et luxu nivei pectoris.
Sæva, non cernis quantum ego langueo?
Sic me destituis jam semimortuum?


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


Du même auteur sur ce blog :

Giovanni Pontano (1429-1503) : Malheurs d’amants / De qualitate amantum

Malheur : aimer sans voir jamais ce qu’on désire,
Plus grand malheur : aimer, voir, mais ne pas toucher,
Et comble de malheur : aimer, voir et toucher
Sans toucher comme on veut, et de cela souffrir.
– C’est un homme averti, qui parle, et malheureux.
Qui n’éprouve, au rebours, que des facilités
Est pour sûr un amant de la race des dieux.


Miser, qui amat, videtque quod cupit nunquam ;
magis miser, qui amat videtque, nec tangit ;
miserrimus, qui amat videtque tangitque,
nec tangit, ut vult, nec sibi gerit morem.
Expertus hanc sententiam miser dico.
At cui tot insunt commoda ac facultates,
diis is est profecto amans adaequandus.

(in Parthenopaeus sive Amorum libri duo (1455-58] I, 13)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


D'autres textes de Pontano sur ce blog :

Giovanni Pontano (1429-1503) : Amour et colère / ad Cinnamam

Lorsque l’amour me pousse à médire de toi,
Je veux mourir si je n’en souffre, Cinnama :
J’en souffre, mais l’amour est tel, qui m’incinère,
Que je meurs si ne dis ce que veut la colère.

J’en suis vite puni : à peine ai-je parlé
Que tout à coup me vient une peine à pleurer,
Honteux d’avoir blessé de mots mon amie chère,
Et je sens, malheureux, fondre en pleurs ma colère.


Cum me cogit amor quicquam maledicere de te,
dispeream, si non, Cinnama, discrucior ;
discrucior, verum tanto succendor amore,
ut peream, si non, quae velit ira, loquor.

Poena tamen praesto est ; nam vix dum lingua locuta est,
cum mihi fit subito flebile cordolium,
paenitet et caram dictis laesisse puellam,
ac misero in lacrimas vertitur ira mihi.

(in Parthenopaeus sive Amores [1457], I, 21)


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D'autres textes de Pontano sur ce blog :

Giovanni Pontano (1429-1503) : Les marjolaines de Bathylla/ ad Bathyllam de amaraco colenda

Prends soin des tendres marjolaines, Bathylla,
Arrose-les souvent, garde-les bien humides,
Arrange, de tes doigts, leurs sommités éparses
Et fais-les retomber pour en étendre l’ombre :
Amusement qui agrémente ta fenêtre,
Et rare apaisement d’un vieillard amoureux !
Te regardant donner tes soins à ton courtil,
Tailler les sommités, et comprimer les tiges
En faisceaux dans ta paume apte à toutes pratiques,
Il admire tes doigts, il contemple tes yeux,
Et de tout son pauvre être à tes seins adhérant,
Brûle en mourant de froid, meurt de froid en brûlant,
Malheureux d’un côté, et d’un autre – content.
Abeilles fortunées, qui voletant autour
De la potée prospère, et butinant les fleurs
Déposent leur pollen – autant que ton labeur –
À l’abri de leur ruche et en font un nectar !
Ô vous qui réclamez le fleurant miel d’Attique
Et de l’Hybla, dites adieu au miel d’Hymette
Et de l’Hybla, car c’est le miel de Bathylla
Qu’il vous faut réclamer plutôt. Pouah, l’Hybla, pouah
Montagnes de l’Attique et liqueur de Palerme :
Allez, et réclamez le miel de Bathylla.

NB1 : Dans l’Antiquité, les miels de l’Hymette (montagne de l’Attique, en Grèce) et de l’Hybla (montagne de Sicile) jouissaient de la meilleure réputation.

NB2 : Pontano joue ici visiblement sur les mots, et il n’est pas difficile de trouver un sens obscène à ce qui, de prime abord, paraît être un charmant tableautin domestique.


Et mollem cole amaracon, Bathylla,
Et multo madidam fove liquore,
Et sparsas digitis comas repone,
Atque illas patulam reflecte in umbram,
Lusum et delicias tuae fenestrae,
Et rarum cupidi senis levamen.
Dum te prospicit hortulos colentem,
Tondentemque comas, simulque ramos
In conum docili manu prementem,
Miratur digitos, stupetque ocellos,
Et totus miser haeret in papillis,
Frigensque aestuat, aestuansque friget,
Infelix simul et simul beatus.
Felices sed apes, nemus beatum
Quae circumvolitant leguntque flores,
Et rorem simul et tuos labores
In tectis relinunt, liquantque nectar.
O qui Mopsopii liquoris auram
Hyblae et quaeritis, et valere Hymetum
Hyblam et dicite, mel bathyllianum
Ipsi quaerite. Sordet Hybla, sordet
Vertex atticus, et liquor Panhormi:
Ite, et quaerite mel bathyllianum.

(in Hendecasyllabi seu Baiarum libri [1490-1500], I, 14)


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D'autres textes de Pontano sur ce blog :